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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Renard véloce Vulpes velox au Canada – 2009


Répartition

Aire de répartition mondiale

Dans le passé, les renards véloces occupaient les prairies à graminées courtes ou mixtes qui s’étendent du centre de l’Alberta au centre du Texas et du Dakota du Nord au centre du Colorado (Allardyce et Sovada, 2003; figure 2) – une superficie approximative de 1,6 million de km² (Scott-Brown et al., 1987). Les plus importantes réductions de l’aire de répartition des renards véloces se sont produites du début des années 1800 au milieu des années 1900; aux États-Unis, on estime que l’aire de répartition actuelle ne représente que 40 % de l’aire de répartition historique de l’espèce (Kahn et al., 1997).


Figure 2 : Aire de répartition actuelle et aire de répartition historique du renard véloce en Amérique du Nord

Carte illustrant l’aire de répartition actuelle et l’aire de répartition historique du renard véloce en Amérique du Nord.

© Canid Specialist Group et Global Mammal Assessment, 2003.

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À la suite de la disparition des renards véloces au Canada, à la fin des années 1930, des programmes de réintroduction de l’espèce ont été lancés en 1983 (Carbyn, 1998). Il existe actuellement deux populations autosuffisantes de renards véloces au Montana, dont l’une est contigüe aux populations canadiennes. Cette population résulte de la réintroduction de l’espèce au Canada (Moehrenschlager et Moehrenschlager, 2006). L’autre population est présente dans l’ouest de la réserve des Pieds-Noirs (Ausband et Foresman, 2007). Cette population réintroduite prend rapidement de l’expansion, grâce à une dispersion naturelle dans l’habitat vacant à plus de 100 km du site de réintroduction d’origine (Giddings, 2006).

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Aire de répartition canadienne

Les renards véloces ont déjà été très nombreux au Canada. Entre 1853 et 1877, 117 025 individus ont été achetés par la Compagnie de la Baie d’Hudson (Rand, 1948), bien que la traite ait diminué à une moyenne annuelle de seulement 508 fourrures entre 1922 et 1925 (Carlington, 1980). Avant 1900, l’aire de répartition des renards véloces au Canada correspondait approximativement à l’écorégion de prairie mixte du sud de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba (Merriam, 1902; Seton, 1909; Rand, 1948; Soper, 1964; Carbyn, 1998) et s’étendait des collines Pembina, au Manitoba, aux contreforts des Rocheuses, en Alberta (Soper, 1964; Carlington, 1980). À l’origine, la limite nord de l’aire de répartition de l’espèce au Canada était le 53e parallèle, en Alberta (Soper, 1964). La dernière capture d’un spécimen de renard véloce au Canada avant la réintroduction de l’espèce a eu lieu en 1928, près de Govenlock (Saskatchewan), à 14 km à l’est de la frontière de l’Alberta et à 28 km au nord de la frontière des États-Unis (Carbyn, 1998). La dernière observation confirmée d’un renard véloce au Canada avant la réintroduction de l’espèce a eu lieu en 1938, près de Manyberries, en Alberta (Soper, 1964). L’espèce a été désignée comme disparue du pays par le COSEPAC en 1978 (Saskatchewan Department of Tourism and Renewable Resources, 1978). De 1983 à 1997, 805 renards véloces ont été relâchés dans le sud de l’Alberta et de la Saskatchewan. En 2004, 15 individus ont été réintroduits dans les terres de la Tribu des Blood, dans le sud-ouest de l’Alberta (voir la section Réintroduction).

Pour surveiller le rétablissement de l’espèce dans le sud-est de l’Alberta et le sud-ouest de la Saskatchewan, des recensements des populations ont été réalisés tous les cinq ans depuis 1996 au moyen de captures et de relevés visuels. Il y a deux populations dans cette région (figure 3), mais les distinctions entre celles-ci sont de plus en plus floues en raison de l’augmentation de la connectivité entre elles (Moehrenschlager et Moehrenschlager, 2006; Ausband et Moehrenschlager, 2009). L’une des populations est présente à la frontière entre l’Alberta et la Saskatchewan (ci-après nommée « population frontalière »; figure 4). L’autre occupe la région du parc national du Canada des Prairies (ci-après nommée « population du PNCP »; figure 5). Ces populations sont faiblement reliées par leur habitat contigu qui s’étend jusque dans le nord du Montana. Selon Ausband et Moehrenschlager (2009), il y a lieu de considérer ces populations (y compris celle du nord du Montana) comme une seule et même métapopulation, en raison des preuves de dispersion de renards véloces sur de longues distances dans ces régions.

Les trois recensements réalisés depuis 1996 ont été faits selon une méthodologie normalisée, tout en intégrant des activités d’échantillonnage chaque fois plus poussées afin d’évaluer l’expansion de l’aire de répartition. Cette méthodologie a permis d’évaluer les tendances en matière de répartition, d’effectif et de proportion d’individus nés dans la nature au sein des populations de renards véloces des deux côtés de la frontière depuis les réintroductions. De façon générale, l’aire de répartition connue du renard véloce dans la région contigüe Alberta–Saskatchewan–Montana a considérablement augmenté au Canada, parce qu’on a intensifié les relevés, mais aussi parce qu’il y a une plus grande occurrence des renards véloces dans les régions examinées. L’expansion de la population, depuis 2001, s’est surtout produite du côté du Montana (Moehrenschlager et Moehrenschlager, 2006).


Figure 3 : Carte de la répartition actuelle du renard véloce au Canada et dans le nord du Montana produite au moyen de l’ensemble des emplacements confirmés de l’espèce (observateur fiable, animaux tués sur les routes, captures ou caméra télécommandée) consignés depuis le début des années 1990, exception faite de 9 points qui ont été jugés comme issus de valeurs aberrantes

Carte illustrant la répartition actuelle du renard véloce au Canada et dans le nord du Montana.

La limite illustrée a été établie au moyen d’un estimateur par noyau à 99 % (carte produite par Parcs Canada).

Figure 4 : Carte indiquant l’emplacement des pièges, le nombre de renards véloces capturés et les observations fortuites dans la population frontalière au cours du recensement de 2005–2006

Carte indiquant l’emplacement des pièges, le nombre de renards véloces capturés et les observations fortuites dans la population frontalière au cours du recensement de 2005-2006.

Moehrenschlager et Moehrenschlager, 2006.


Figure 5 : Carte indiquant l’emplacement des pièges, le nombre de renards véloces capturés et les observations fortuites dans la population du PNCP au cours du recensement de 2005–2006

Carte indiquant l’emplacement des pièges, le nombre de renards véloces capturés et les observations fortuites dans la population du parc national du Canada des Prairies au cours du recensement de 2005–2006.

Moehrenschlager et Moehrenschlager, 2006.

À la suite de la réintroduction de l’espèce, des observations ont été faites au-delà du cœur de l’aire de répartition du renard véloce, à Suffield, en Alberta, et au nord de Swift Current, en Saskatchewan. Carbyn (1998) fait mention d’une observation qui a eu lieu en 1997, près de Glenboro, dans le centre-sud du Manitoba, au cours de laquelle un renard véloce a été photographié dans un terrier situé dans un milieu atypique, en bordure d’une terre agricole. Cet endroit était à environ 600 km du site d’occurrence connu le plus proche au Canada pour cette espèce (le bloc est du PNCP) et à au moins 300 km du lieu d’observation le plus proche aux États Unis (comté de Morton ou de Cass, dans le Dakota du Nord).

L'estimation actuelle de la superficie de la zone d’occurrence du renard véloce au Canada (basée sur un polygone convexe minimal englobant la totalité de l’aire de répartition canadienne de l’espèce [UICN Standards and Petitions Working Group, 2008]) est de 21 544 km². Cette superficie représente environ 2 % de la zone d’occurrence mondiale (ASFRT, 2007). La connectivité s’est améliorée : les renards capturés n’étaient pas séparés de plus d’un canton en 2005–2006, comparativement à trois cantons en 2000–2001 (Moehrenschlager et Moehrenschlager, 2006). Il y a également un accroissement du nombre de preuves de dispersion entre les populations (Ausband et Moehrenschlager, 2009).

Entre 2000–2001 et 2005–2006, l’estimation de la zone d’occupation (zone occupée à l’intérieur de la zone d’occurrence) des renards véloces au Canada a augmenté de 7 %, passant de 5 901 km² à 6 343 km² (Moehrenschlager et Moehrenschlager, 2006; voir USFWS, 2007). Cette mesure de la zone d’occupation équivaut à un indice de zone d’occupation (UICN Standards and Petitions Working Group, 2008). Bien qu’elle ne soit pas basée sur l’utilisation d’une grille de 2 x 2 km², l’approche basée sur les cantons utilisée par Moehrenschlager et Moehrenschlager (2006) permet d’obtenir un indice de zone d’occupation qui devrait être très semblable à la valeur obtenue au moyen d’une grille de 2 x 2 km². Cette valeur serait difficile à calculer, puisque tous les cantons ne font pas l’objet d’un relevé et que l’information en matière de milieux occupés et non occupés est limitée.

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Réintroduction

Canada

Les renards véloces sont vulnérables au piégeage; c’est pourquoi il est très peu probable que personne ne les ait détectés au cours des 45 années qui se sont écoulées entre la dernière observation confirmée, en 1938, et les premières réintroductions, en 1983. La présence des populations actuelles au Canada est donc entièrement attribuable aux réintroductions. Environ 90 % des renards véloces relâchés dans la région de la frontière entre l’Alberta et la Saskatchewan et dans la région du PNCP et du mont Wood sont issus de la captivité (Carbyn, 1998). Ils ont été fournis par le Cochrane Ecological Institute (antérieurement la Wildlife Reserve of Western Canada) du centre-ouest de l’Alberta, qui a lancé un programme de reproduction du renard véloce en 1971. Les autres établissements participants sont : le zoo de Calgary (Alberta; de 1983 à 1994), le Moose Jaw Wild Animal Park (Saskatchewan; de 1984 à 1995), et le Valley Zoo d’Edmonton (Alberta; de 1989 à 1997) (Carbyn, 1998). De 1973 à 1986, 151 renards véloces ont été importés des États-Unis, pour être relâchés ou pour être élevés en captivité. Parmi ceux-ci, 99 provenaient du Wyoming, 40 du Colorado et 12 du Dakota du Sud (Carbyn, 1998).

De 1983 à 1996, 479 renards véloces ont été relâchés dans la région de la frontière entre l’Alberta et la Saskatchewan, tandis que 420 individus ont été relâchés dans les régions du PNCP et du mont Wood entre 1990 et 1997 (population du PNCP; figure 6; voir Carbyn, 1998).


Figure 6 : Emplacement des sites de réintroduction de renards véloces de la population frontalière (en haut) et de la population du PNCP (en bas)

Deux cartes montrant les sites de réintroduction de renards véloces de la population frontalière (carte du haut) et de la population du parc national du Canada des Prairies (carte du bas).

Smeeton et Weagle, 2000. Les pâturages communautaires de l’Administration du rétablissement agricole des Prairies (ARAP) ont été désignés par erreur comme « pâturages », et « Aut. 48 (Alb.) » dans la carte du coin supérieur gauche devrait être « Aut. 41 (Alb.) ».

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Les dernières réintroductions au sein de la population frontalière et de la population du PNCP ont eu lieu en 1996 et 1997, respectivement. Pendant plus de 10 ans, les deux populations se sont maintenues, sans aucune autre réintroduction. En 1996–1997, 81,3 % des renards véloces capturés étaient nés dans la nature (Cotterill, 1997b), et ce pourcentage a grimpé à 98,6 % en 2000–2001 (Moehrenschlager et Moehrenschlager, 2001). En 2005–2006, tous les renards véloces capturés étaient des individus nés dans la nature (Moehrenschlager et Moehrenschlager, 2006).

En 1989, on a tenté de réintroduire l’espèce dans la région de la crête de la rivière Milk, dans le centre-sud de l’Alberta, en y relâchant 61 individus (Brechtel et al., 1993). Ce programme a pris fin après seulement un an, en raison de l’abondance des prédateurs dans la région et de la mise en place de programmes intensifs de lutte contre les prédateurs et contre la rage (Brechtel et al., 1993). Depuis ce temps, il n’y a eu aucune preuve convaincante de la présence de renards véloces dans la région, ni de l’existence de reproducteurs qui pourraient contribuer à la croissance d’une population existante ou d’une métapopulation (A. Moehrenschlager, 2009.). 

En 2004, 15 renards véloces ont été relâchés sur les terres de la Tribu des Blood, dans le sud-ouest de l’Alberta, dans une zone de 1 424 km² caractérisée par des prairies de fétuque et des contreforts (Smeeton, 2006). Cette zone, située à l’ouest de l’aire de répartition actuelle des renards véloces, était à une distance favorable pour la dispersion à partir des terres des Pieds-Noirs, au Montana, où les réintroductions réalisées entre 1998 et 2002 avaient permis d’établir une petite population (Ausband, 2005). Un rapport verbal présenté à l’équipe de rétablissement du renard véloce par le personnel de la Tribu des Blood en 2005 (J. Nicholson, 2009) indiquait que des 5 individus munis de colliers émetteurs issus de la réintroduction, 3 avaient disparu, 1 avait perdu son collier et 1 avait été trouvé mort. Il n’y a pas eu d’autre suivi documenté. On discute actuellement de la possibilité de réaliser de nouvelles réintroductions dans cette zone, dans le cadre du programme national de rétablissement des renards véloces (ASFRT, 2007).

États-Unis

Les renards véloces ont disparu du Montana vers le milieu des années 1950 (Hoffman et al., 1969). Le programme canadien de réintroduction en Alberta et en Saskatchewan a permis d’établir au moins deux populations apparemment autosuffisantes le long de la frontière canadienne et au Montana (voir la section Aire de répartition mondiale; Zimmerman, 1998). Ailleurs dans l’aire de répartition du renard véloce aux États-Unis, des réintroductions ont été réalisées avec succès dans le Dakota du Sud (Grassel, 2007; Dowd Stukel, 2008; Licht et Schroeder, 2008; Odell, 2008) et dans d’autres régions du Montana (Ausband et Foresman, 2007; Kunkel et al., 2008).