Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Renard véloce Vulpes velox au Canada – 2009


Habitat

Besoins en matière d’habitat

Les renards véloces préfèrent les milieux de prairies à graminées courtes ou mixtes, sur un terrain plat ou des pentes doucement vallonnées. (Cutter, 1958a; Kilgore, 1969; Hillman et Sharps, 1978; Hines, 1980). Ils occupent parfois des terres cultivées en jachère, habituellement à proximité de prairies à graminées courtes (Cutter, 1958a; Kilgore, 1969; Floyd et Stromberg, 1981; Jackson, 1997; Sovada et al., 1998; Matlack et al., 2000). Ils choisissent habituellement des zones à végétation rase (25 cm tout au plus) et clairsemée et comportant peu d’accidents de terrain comme des canyons, des pentes raides et des coulées. (Whitaker Hoagland, 1997). Ces milieux permettent vraisemblablement aux renards véloces de voir loin, ce qui réduit les risques associés à la prédation (Pruss, 1999).

Au Canada, les renards véloces préfèrent les prairies indigènes aux terres cultivées (Carbyn, 1998). Même si les taux de survie des individus vivant dans des champs de tournesol en jachère du Kansas sont semblables à ceux des renards véloces occupant des prairies (Sovada et al., 1998; Matlack et al., 2000), les terres agricoles du Canada ne semblent pas être aussi habitables pour l’espèce que celles des États-Unis, probablement en raison des différences entre les deux systèmes agricoles. La disponibilité des prairies à graminées mixtes de l’Alberta et de la Saskatchewan semble donc essentielle à la réintroduction et la survie de l’espèce (Carbyn, 1998; Smeeton et al., 2003). Aux États-Unis, on trouve parfois des renards véloces dans les badlands, (Wyoming; Lindberg, 1986; Wooley et al., 1995), les dunes (Nebraska; Blus et al., 1967) et l'habitat du pin d'Arizona et du genévrier (Colorado; Covell, 1992). Bien que les renards véloces puissent occuper divers milieux, des zones agricoles mixtes (Kilgore, 1969; Hines, 1980; Sovada et al., 2003) aux zones de transition entre les steppes d’armoises et les prairies à graminées courtes (Olson et al., 1997), le schéma de répartition de cette espèce au Canada laisse croire que le contexte dans lequel se situent ces milieux influe grandement sur leur qualité relative.

La qualité de l’habitat est également liée à la concentration des proies (particulièrement en ce qui concerne la densité des mammifères fouisseurs) et à la faible abondance des prédateurs. Des preuves indiquent que les renards véloces n’ont pas besoin de sources d’eau permanente (Pruss, 1999), mais la proximité d’une telle ressource accroît la qualité de l’habitat (Mamo, 1994). On présume que la présence d'espèces fouisseuses comme le blaireau d'Amérique (Taxidea taxus) et le spermophile (Spermophilus spp.) est souhaitable, car ces espèces creusent des terriers que les renards véloces s’approprient en les modifiant facilement (Carbyn, 1998). Toutefois, lorsque le type de sol le permet, les renards véloces creusent leurs propres terriers (Carbyn, 1998). La densité et la répartition des terriers constituent également une caractéristique importante de l’habitat des renards véloces (Herrero et al.., 1991), particulièrement pour que ceux-ci puissent éviter la prédation par les coyotes ou la compétition avec les renards roux (Tannerfeldt et al., 2003).

Moehrenschlager et al. (2007a) ont utilisé des analyses des données issues de recensements des populations pour évaluer les caractéristiques de l’habitat essentiel qui permettent de prévoir l’occurrence de renards véloces. Ils ont élaboré des paramètres de modèles à partir de données recueillies en Alberta, en Saskatchewan et au Montana, entre le 15 octobre 2005 et le 15 février 2006, au cours d’un relevé réalisé au moyen de captures. Ils ont également utilisé des données issues d’imagerie satellitaire recueillies entre août 1999 et septembre–octobre 2000 pour évaluer 15 variables environnementales caractérisant les zones de piégeage qui pourraient être utiles pour déterminer la répartition des renards véloces. Quatre paramètres de l’habitat ont permis d’expliquer avec succès les variations liées à la présence de renards véloces : l’humidité, la topographie, la présence de terres agricoles et la fragmentation de l’habitat. Les renards véloces occupent principalement des zones relativement sèches, et ils ont tendance à éviter les zones présentant d’importantes variations d’altitude, car ils préfèrent les milieux où les pentes sont douces. Leurs terriers sont souvent situés dans des zones de léger relief (Pruss, 1999; Tannerfeldt et al., 2003). La présence de terres cultivées n’a pas été associée à celle de renards véloces. On a signalé la présence de quelques individus dans des zones agricoles (Sovada et al., 1998; 2001), mais à des sites qui sont généralement mis en jachère tous les ans en alternance. Les renards véloces évitent également les paysages fragmentés, les habitats de lisière et les routes. Les paramètres de l’habitat influent sur l’occurrence des renards véloces à plus de 5 km de leur site de réintroduction, probablement en raison de l’étendue du domaine vital de l’espèce (Moehrenschlager et al., 2007a). D’octobre 2008 à avril 2009, A. Moehrenschlager a réalisé des relevés au moyen de pièges à caméra appâtés à l’aide de poteaux odorants dans 32 cantons déjà échantillonnés et 28 cantons non précédemment échantillonnés, dans la partie ouest de l’aire de répartition canadienne du renard véloce. Les résultats de ces relevés indiquent que le modèle permet non seulement de prédire la présence ou l’absence de renards véloces dans les recensements, mais aussi de prédire plus certainement encore la présence d’individus dans les régions non précédemment examinées (A. Moehrenschlager, 2009).

Haut de la page

Tendances en matière d’habitat

Les renards véloces occupent certains des paysages les plus modifiés en Amérique du Nord. L’écozone des Prairies, dont 52 % se trouve en Saskatchewan et 34 % en Alberta, représente environ 5 % du territoire canadien (Gauthier et Wiken, 2003). Les estimations actuelles indiquent qu’il ne reste plus que 25 à 30 % des milieux de prairies indigènes au Canada. Ces zones sont concentrées dans le sud-est de l’Alberta et le sud-ouest de la Saskatchewan (Hammermeister et al., 2001).

La conversion importante des milieux de prairies indigènes au Canada en terres agricoles est le principal facteur ayant contribué à la contraction historique de l’aire de répartition des renards véloces (Hillman et Sharps, 1978). Dans les régions comptant les terres cultivables les plus fertiles en Saskatchewan, il reste moins de 2 % de prairies indigènes (Prairie Conservation Action Plan [PCAP] Partnership 2003). 

Au cours des dernières années, le développement énergétique et les réseaux routiers qui y sont associés ont remplacé l’agriculture comme facteur dominant de la perte d’habitat des renards véloces. En Alberta comme en Saskatchewan, les infrastructures liées au développement énergétique (p. ex. les routes, les puits et les sentiers de service) sont en constante expansion et empiètent sur bon nombre des prairies indigènes restantes, ce qui contribue à la fragmentation continue du paysage (Carbyn, 1998; Moehrenschlager, 2000; Forrest et al., 2003; Samson et al., 2004). Les zones de prairies indigènes autrefois isolées sont de plus en plus visées par ces activités. Moehrenschlager et Moehrenschager (2006) font mention des « niveaux sans précédent » de développement industriel lié à l’exploitation pétrolière et gazière au cours du dernier recensement, comparativement au début des années 1990. Il y a également un certain nombre de projets d’exploitation d’énergie éolienne importants dans la région, à divers stades d’approbation et de construction. Parmi ces projets, on compte une résolution présentée par le comté de Cypress visant à demander au gouvernement de l’Alberta la permission d’établir des installations de production d’énergie éolienne sur des terres publiques situées au coeur de l’aire de répartition des renards véloces (Binder, 2009).

La demande constante de combustibles fossiles mènera probablement à l’exploration d’un plus grand nombre de régions, ce qui aura des répercussions négatives sur les renards véloces. Les conséquences de ce type de perturbation sont une dégradation et une perte générales de l’habitat, une diminution du nombre de proies, un accroissement du risque de prédation et de compétition interspécifique avec d’autres prédateurs, une augmentation considérable de la circulation et de la mortalité causée par les routes, l’apparition de perturbations liées au bruit et une augmentation du nombre d’ouvrages dans les prairies fournissant des perchoirs aux oiseaux de proie (Moehrenschlager et Sovada, 2004; Doherty et al., 2008).

En plus des changements physiques qu’entraîne la conversion des prairies dans l’habitat du renard véloce, des changements importants ont eu lieu dans les prairies sur le plan biologique. Le bison des plaines (Bison bison) était l’ongulé brouteur prédominant de ce milieu jusque dans les années 1870, mais il a été remplacé par du bétail, dont le mode de pâturage est différent. De 1956 à 1976, les pressions qu’exerce le pâturage sur les prairies à graminées mixtes ont augmenté du tiers en Saskatchewan et de la moitié en Alberta (Coupland, 1987). Les changements quant au mode de pâturage et à son intensité ont altéré l’étendue et la composition du couvert végétal et, donc, la composition et la répartition des proies du renard véloce. Par exemple, les renards véloces préfèrent les régions à végétation clairsemée où sont disséminés des sites convenant aux petits mammifères dont ils se nourrissent (Carbyn, 1998). Dans les régions très cultivées du sud de la Saskatchewan, les petits mammifères étaient abondants dans tous les types de milieux, sauf dans les pâturages (Sissons et al., 2001), ce qui a probablement eu un impact négatif sur les renards véloces. Des zones convenablement gérées de parcours naturels dans lesquelles les régimes de pâturage favorisent l’abondance des rongeurs devraient offrir un habitat convenable aux renards véloces pendant toute l’année (ASFRT, 2007).

Les changements climatiques peuvent également entraîner la modification de l’habitat. La plupart des modèles prévoient que la température annuelle moyenne grimpera dans les Prairies, ce qui mènera à une augmentation de la durée et de l’intensité des sécheresses (voir par exemple Sauchyn et al., 2002; Bonsal et Regier, 2007). Les sécheresses accrues pourraient altérer la structure et la composition de la végétation et, donc, avoir un impact sur les populations de renards véloces (Lawton, 1993). De plus, l’altération des paysages pourrait modifier l’abondance et la répartition des proies, des prédateurs et des concurrents interspécifiques, ce qui pourrait entraîner un déclin des populations de renards véloces.

L’étendue historique de l’habitat potentiel des renards véloces au Canada a diminué de 58 % (Gauthier et Wiken, 2003). Dans les régions restantes, les renards véloces évitent les endroits comportant d’importants accidents de terrain et beaucoup d’arbustes. Or, ce sont ces sites qui sont les moins susceptibles d’être convertis en terres agricoles. L’habitat optimal des renards véloces ne représente donc qu’une fraction des prairies restantes (Carbyn, 1998). Les résultats des dernières réalisations en matière de modélisation et de validation de l’habitat indiquent qu’il existe peu de milieux convenables pour le renard véloce hors des zones que l’espèce occupe déjà. L’aire de répartition existante se dégrade lentement dans certaines régions, principalement à cause de l’expansion du secteur de l’exploration pétrolière et gazière et des réseaux de routes et de sentiers qui y sont associés (A. Moehrenschlager, 2009).

Haut de la page

Protection et propriété

Dans la région canadienne des Prairies, on estime que 45 % de l’ensemble des prairies indigènes que l’on y trouve encore pourraient être arables et susceptibles d’être cultivées (Erickson et al., 2004). La Saskatchewan protège 28 % de ses prairies par l’établissement de zones de conservation, mais l’Alberta n’en protège que 2 % (Gauthier et Wiken, 2003). Cependant, les terres publiques de l’Alberta réservées au pâturage sont assujetties à une politique interdisant la culture, ce qui réduit les risques que ces terres soient labourées pour y planter des cultures annuelles.

Bien que le programme de pâturages communautaires de l’Administration du rétablissement agricole des Prairies (ARAP) ait permis de rétablir un couvert herbacé sur plus de 145 000 hectares de terres cultivées de faible qualité (ARAP, 2008), la présence d’espèces fourragères exotiques rend ces terres moins convenables pour les renards véloces. De plus, le réseau de zones représentatives de la Saskatchewan (Representative Areas Network Program) vise à conserver des exemples représentatifs et particuliers de paysages multiples et variés. Depuis le lancement du programme en 1997, plus de deux millions d’hectares de terres publiques et privées ont été ajoutés aux terres déjà protégées de la province, qui totalisaient déjà près de trois millions d’hectares (p. ex. parcs, réserves écologiques; Saskatchewan Environment, 2006). En Saskatchewan, sous le régime de la Wildlife Habitat Protection Act, il est interdit de défricher les prairies indigènes sur environ deux millions d'hectares du territoire domanial.