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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Pic de Williamson (Sphyrapicus thyroideus) au Canada

Information sur l'espèce

Nom et classification

Le Pic de Williamson (Sphyrapicus thyroideus) a été signalé pour la première fois au Canada en 1882 dans la vallée de la Similkameen, dans la partie sud de l’intérieur de la Colombie-Britannique (Fannin, 1891; cité par Cannings et al., 1987). L’espèce est subdivisée en deux sous-espèces (Cassin, 1852) : les populations qui se trouvent dans l’ouest de l’aire de répartition de l’espèce, soit dans les monts Cascades, la Sierra Nevada et les montagnes du sud de la Californie et du nord de la Basse-Californie, appartiennent à la sous-espèce nominative, Sphyrapicus thyroideus thyroideus (Cassin), et celles qui se trouvent dans la partie est, soit dans les montagnes Rocheuses, appartiennent à la sous-espèce Sphyrapicus thyroideus nataliae (Malherbe). Il existe probablement des formes intermédiaires dans l’est de l’Oregon et en Idaho, seule région où les deux sous-espèces se rejoignent (Cowan, 1938; Dobbs et al., 1997). Le nom anglais du Pic de Williamson est Williamson’s Sapsucker (Godfrey, 1986).

Le plumage est très différent chez le mâle et la femelle (voir la description morphologique ci-après). C’est la femelle qui a d’abord été décrite, en 1851, par Cassin, sous le nom de Black-breasted Woodpecker (« Pic à poitrine noire ») (Picus thyroideus), à partir de spécimens provenant du nord de la Californie. En 1854, Cassin a changé ce nom pour Melanerpes thyroideus. Le mâle a ensuite été décrit par Newberry, en 1857, sous le nom de Picus williamsonii, d’après un spécimen provenant du sud de l’Oregon. Baird a par la suite identifié ces spécimens comme des oiseaux se nourrissant de sève (sapsuckers), et en 1858, il les avait classés dans le genre Sphyrapicus sous les noms respectifs de S. thyroideus et S. williamsonii. Ce n’est qu’en 1873 que Henry Henshaw a compris qu’il s’agissait du mâle et de la femelle de la même espèce (S. thyroideus). (Ce résumé de l’histoire taxinomique de l’espèce est tiré des comptes rendus de Ridgway [1914] et de Bent [1939]).

Les deux sous-espèces du Pic de Williamson sont faiblement définies, la seule différence mesurable entre les deux étant la longueur et la largeur du bec. Mearns (1890) a constaté des différences dans le plumage de spécimens provenant d’Arizona qui, à son avis, pouvaient justifier la création d’une sous-espèce distincte de la forme existant sur la côte du Pacifique. Ridgway (1914) a été le premier à observer une différence de longueur du bec en comparant 20 spécimens de la région des Rocheuses et 17 spécimens de la Californie, du Nevada et de l’Oregon. À la suite de l’examen de 123 spécimens, Swarth (1917) concluait que la différence de longueur du bec était assez constante pour justifier la reconnaissance de la forme thyroideus, présente sur la côte du Pacifique depuis la Colombie-Britannique jusqu’en Californie, comme sous-espèce distincte de la forme nataliae, présente dans les Rocheuses (Arizona, Colorado et Nouveau-Mexique). La seule différence dans le plumage des deux sous-espèces mentionnée par Swarth concernait la tache jaune-vert se trouvant sur l’abdomen des mâles adultes, qui est légèrement plus foncée chez les spécimens des Rocheuses.

Cowan (1938) a chiffré la différence de longueur et de largeur du bec des deux sous-espèces. D’après ses données (1938) (reportées sur un graphique, mais non soumises à des analyses statistiques), il y a des différences significatives dans la longueur moyenne du bec (ANOVA F(4,48) = 10,4; P < 0,0001) et la largeur moyenne du bec (ANOVA F(4,52) = 11,8; P < 0,0001) entre les spécimens de cinq régions différentes qu’il a examinés. Le test de comparaison multiple des moyennes de Tukey montre qu’au niveau de signification P = 0,05, il n’y a pas de différence significative dans la longueur et la largeur moyennes du bec entre le nataliae d’Arizona et du Colorado et le nataliae de l’est de la Colombie-Britannique, ni entre ces deux derniers et les spécimens de la zone de chevauchement des deux sous-espèces dans l’est de l’Oregon et en Idaho. Par contre, la longueur et la largeur moyennes du bec des spécimens de nataliae provenant de ces trois régions diffèrent de manière significative de celles des spécimens de thyroideus de Californie et de l’ouest de la Colombie-Britannique, mais il n’y a aucune différence significative entre les thyroideus de ces deux dernières régions.

D’après les mesures individuelles consignées par Cowan (1938), la largeur du bec est égale ou inférieure à 7,0 mm chez tous les spécimens de nataliae et égale ou supérieure à 6,6 mm chez tous les spécimens de thyroideus (il y a ici exclusion des spécimens provenant de la zone de chevauchement des deux sous-espèces dans l’est de l’Oregon et en Idaho). La plage de largeurs communes aux deux sous-espèces (6,6 à 7,0 mm) englobe 4 des 14 nataliae (29 p. 100) et 10 des 32 thyroideus (31 p. 100), ce qui signifie qu’environ 30 p. 100 des spécimens ne peuvent être identifiés à la sous-espèce sur la seule base de la largeur du bec. Le recoupement est encore plus important pour la longueur du bec, la plage de longueurs communes (18,9 à 21,6 mm) englobant 75 p. 100 des spécimens (34 sur 45). Aucune étude sur la division infraspécifique du Pic de Williamson n’a été publiée depuis celle de Cowan (1938).

Morphologie

Le Pic de Williamson est un pic de taille moyenne, mesurant en moyenne 23 cm (longueur totale, variant entre 21 et 25 cm; Winkler et al., 1995; Godfrey, 1986) et pesant entre 44 et 64 g (Short, 1982). Le dimorphisme sexuel du plumage est de loin le plus marqué de toutes les espèces de pics (figure 1). Le plumage de la femelle est principalement brun et noir, rappelant ceux du Pic des saguaros (Melanerpes uropygialis) et du Pic flamboyant (Colaptes auratus), tandis que celui du mâle est principalement noir et blanc, comme celui de nombreux pics du genre Picoides.

Le mâle a la tête, la poitrine et les parties inférieures noires et luisantes, une rayure superciliaire et une rayure malaire blanches, le croupion blanc, une large barre alaire blanche voyante, une petite tache rouge sur la gorge, le ventre jaune et de nombreuses rayures et barres noires et blanches sur les flancs (Winkler et al., 1995). La femelle a la tête brunâtre avec des rayures malaires diffuses, de nombreuses barres sur les parties inférieures et les ailes, le croupion blanc, la poitrine noirâtre, le ventre jaune et de nombreuses barres sur les flancs (Winkler et al., 1995). Les juvéniles ressemblent aux adultes sauf que les mâles n’ont pas de tache rouge sur la gorge et les femelles n’ont pas la poitrine noire.

Description génétique

Le genre Sphyrapicus regroupe quatre espèces, toutes nord-américaines. Sur le plan génétique, le Pic de Williamson (S. thyroideus) est celui qui se distingue le plus du groupe; les trois autres espèces, à savoir le Pic maculé (S. varius), le Pic à poitrine rouge (S. ruber) et le Pic à nuque rouge (S. nuchalis), forment la super-espèce Sphyrapicus varius (Johnson et Zink, 1983; Cicero et Johnson, 1995). Il semble qu’il y ait eu différenciation du S. thyroideus d’avec les trois autres espèces de Sphyrapicus il y a environ 3,7 à 5,2 millions d’années. Le S. thyroideus a conservé une plus grande partie du matériel génétique ancestral que les autres Sphyrapicus, et il est le plus étroitement apparenté au genre Melanerpes (Cicero et Johnson, 1995). Le S. thyroideus a probablement évolué dans l’ouest de l’Amérique du Nord, alors que le S. varius ancestral aurait évolué dans l’est de l’Amérique du Nord puis se serait dispersé vers l’ouest et aurait donné plus récemment les trois espèces actuelles regroupées sous la super-espèce (Short et Morony, 1970; Johnson et Zink, 1983; Cicero et Johnson, 1995). L’aire de répartition du Pic de Williamson recoupe largement celle du Pic à nuque rouge, avec lequel le Pic de Williamson s’hybride occasionnellement (Short et Morony, 1970).

Figure 1. Pics de Williamson, mâle (à gauche) et femelle (à droite), à l’entrée d’une cavité de nidification dans un peuplier faux-tremble, chemin Copper Mountain, Princeton (Colombie-Britannique), juin 2001. Photos de Les W. Gyug.

Figure 1.  Pics de Williamson, mâle (à gauche) et femelle (à droite), à l’entrée d’une cavité de nidification dans un peuplier faux-tremble, chemin Copper Mountain, Princeton (Colombie-Britannique), juin 2001. Photos de Les W. Gyug.

Johnson et Zink (1983) ont réalisé une analyse génétique du genre Sphyrapicus portant sur 39 loci (17 d’entre eux montraient une variation au sein du genre) et n’ont découvert aucune différence génétique entre les deux sous-espèces de S. thyroideus. Ils ont donc regroupé tous les spécimens de S. thyroideus pour leur analyse du genre. Il est à noter que leur échantillon était très limité : 15 spécimens provenant de Californie (présumés de la sous-espèce thyroideus), 1 spécimen d’Oregon (localité non précisée) et 2 spécimens du Montana (présumés de la sous-espèce nataliae). Cicero et Johnson (1995) ont étudié l’ADN mitochondrial des Sphyrapicus; cependant, ils n’ont pas pu comparer les deux sous-espèces puisque leurs spécimens provenaient tous des monts Cascades de l’Oregon et du Washington et appartenaient donc tous à la sous-espèce thyroideus. Aucune étude génétique n’a été faite sur un échantillon représentatif de l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce.

L’indice d’hétérogénéité génétique du Pic de Williamson, déterminé pour 39 loci, est faible (H = 0,016). Les valeurs obtenues pour les autres Sphyrapicus sont toutes plus élevées, allant jusqu’à 0,043, soit l’indice moyen pour les oiseaux en général (Johnson et Zink, 1983). Un faible indice d’hétérogénéité génétique peut indiquer une capacité relativement faible à s’adapter à divers milieux ou à des changements survenant dans l’habitat.

Unités désignables

Bien que les deux sous-espèces reconnues de Sphyrapicus thryroideus, le St. thyroideus et le S. t. nataliae, soient présentes au Canada, la distinction entre elles est faible, et il faudrait revoir le traitement taxinomique de l’espèce pour confirmer que les différences observées entre la forme existant sur la côte du Pacifique et celle des montagnes Rocheuses sont suffisantes pour justifier la distinction de deux sous-espèces. C’est pourquoi nous avons jugé pertinent d’évaluer la situation du Pic de Williamson sans distinction des sous-espèces. Toutefois, nous avons retenu les noms de sous-espèces nataliae et thyroideus pour désigner respectivement la population vivant dans le sillon des Rocheuses, près de Cranbrook (figure 3), et les populations vivant à l’ouest de Greenwood.