Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Pic de Williamson (Sphyrapicus thyroideus) au Canada

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Des études quantitatives sur l’abondance et la répartition de la sous-espèce thyroideus ont été menées de 1996 à 2004 (Gyug, données inédites). Nous avons notamment diffusé un enregistrement de cris de l’espèce à 1 400 sites séparés par un intervalle de 400 à 500 m, en 1997 (206), 1998 (46), 2003 (161) et 2004 (987), entre Grand Forks et Merritt, en Colombie-Britannique (Gyug, données inédites). Nous avons recherché des nids à la plupart des sites où nous avons obtenu une réponse, à l’exception, en 2004, de celles situées près de Merritt, où nous avions obtenu trois réponses. En outre, entre 1996 et 2004, nous avons fouillé 37 secteurs de 100 à 200 ha chacun où nous n’avions pas diffusé de cris de l’espèce. Nous avons tenté de faire un recensement complet dans cinq secteurs (tableau 1). Les données de Gyug et Bennett (1995) et celles de Manning et Cooper (1996) sur les sites de nidification du S. t. thyroideus au ruisseau Wallace sont comprises, bien qu’elles n’aient pas été recueillies dans le cadre d’un relevé officiel.

L’aire d’échantillonnage, qui comprenait un rayon de 250 m autour de chacune des sites de diffusion de cris de l’espèce (250 m étant la distance moyenne entre les sites où nous avons obtenu une réponse et le nid repéré par la suite) ainsi que la superficie des autres secteurs de recherches et de recensements, couvrait 162 km² (27 p. 100) des 594 km² occupés par la population principale d’Okanagan-Greenwood. En outre, nous avons fait des recherches sur 182 km² en dehors de cette zone d’occupation; ces dernières ont été vaines, mais ont servi à redéfinir les limites de la zone d’occupation. Comme tout au plus 20 p. 100 de la zone d’occupation du Pic de Williamson dans cette région offre un milieu répondant parfaitement aux exigences de l’espèce (voir la section « Abondance » ci-après) et que la majeure partie de ce milieu a été explorée à la recherche de l’espèce, il reste très peu de milieux favorables où on pourrait découvrir de nouvelles populations.

Nous sommes à peu près certains qu’il n’existe aucune population importante (certainement pas plus de 3 couples) de S. t. thyroideus en dehors des zones d’occupation répertoriées. L’abondance de mentions de Sphyrapicus et d’autres Pics (compilées par Campbell et al., 1990) pour tout le sud de la Colombie-Britannique indique que l’absence de mentions pour le Pic de Williamson à l’extérieur des zones d’occupation répertoriées n’est pas due à un effort de recherche insuffisant, mais bien à l’absence ou à la rareté réelle de l’espèce.

Avant les recherches relativement intensives et extensives réalisées pour la présente étude, il n’existait pas de données quantitatives permettant une estimation valable de l’effectif du S. t. thyroideus en Colombie-Britannique. Gyug et Peatt (2000) donnent une estimation qui ne fait plus autorité puisqu’elle repose sur une estimation de la densité de l’espèce dans un seul secteur (Johnstone Creek, de 1997 à 1999), laquelle s’est avérée moins élevée que la densité observée ailleurs par la suite (voir tableau 1).

En 1996, Cannings (1997) a diffusé des cris à 52 sites et parcouru intensivement 14 secteurs à la recherche de la sous-espèce nataliae. Ses recherches sont restées vaines. Toutes les mentions du S. t. nataliae et les connaissances sur la sous-espèce viennent d’observations fortuites et de sources très diverses.

Abondance

La zone d’occupation du principal groupe de sites de nidification de la région d’Okanagan-Greenwood couvrait en 2003-2004 une superficie de 594 km², dont environ 89 km² (15,0 p. 100) de forêt ancienne (voir la section « Tendances en matière d’habitat »). La moyenne générale des densités moyennes de couples de Pics de Williamson nicheurs de chacun des trois secteurs de recensement (Okanagan Falls : 3,11; Gregoire Creek : 1,96; Johnstone Creek : 0,75; voir le tableau 1) a été utilisée pour estimer la densité moyenne de l’espèce dans la forêt ancienne de mélèze de l’Ouest et de douglas de la région. Cette dernière a été estimée à 1,94 couples nicheurs/km². En multipliant cette valeur par la superficie estimée de forêt ancienne, on obtient une estimation de 173 couples nicheurs. Il faut encore ajouter neuf couples nichant au nord du ruisseau Shuttleworth. Ainsi, on estime que, en 2004, la population d’Okanagan-Greenwood comptait au total 182 couples nicheurs de S. t. thyroideus.

Il faut ajouter à cet effectif les populations secondaires de thyroideus. Il pourrait y avoir jusqu’à six couples nicheurs au ruisseau Hat, puisque trois nids ont été observés une même année, et il est probable que d’autres soient passés inaperçus (Wayne Campbell, comm. pers. 2004). Nous croyons que la population de Merritt compterait jusqu’à huit couples nicheurs : deux dans la région de Sunshine Valley, quatre au ruisseau Midday et deux dans la région de Kane Valley-Aspen Grove. La population de Princeton pourrait compter jusqu’à dix couples nicheurs; en 2004, 3 nids, un couple nicheur et deux mâles adultes ont été observés dans le secteur du chemin Copper Mountain et du lac August, et quelques couples nichent peut-être dans des secteurs qui n’ont pas été explorés. On peut penser qu’il existe également un petit nombre de couples nicheurs en dehors des populations répertoriées. En 2004, il y en avait probablement quatre : on en a observé un au ruisseau Trout, et on pense qu’il y en aurait peut-être trois entre cette localité et la région de Kamloops, au nord.

L’information disponible est insuffisante pour permettre une estimation valable du nombre de couples de la sous-espèce nataliae nidifiant en Colombie-Britannique. D’après les rares mentions de nid et autres observations, on peut au mieux supposer qu’il y a moins de cinq couples, ou 10 adultes reproducteurs. L’abondance et la zone d’occupation de la population de nataliae se compareraient à celles de la population de thyroideus de Princeton, sauf qu’il n’y a pas de concentration connue de la sous-espèce nataliae comme il y en a une de thyroideus à Princeton.

On a estimé que, en 2004, il y avait 215 couples nicheurs de Pic de Williamson en Colombie-Britannique, soit 182 dans la population d’Okanagan-Greenwood (85 p. 100 de la population totale) et 33 dans les quatre autres populations et les sites épars. Le nombre d’adultes reproducteurs dans la population totale est donc estimé à 430 (le double du nombre de couples nicheurs).

Selon nos estimations, seulement 95,6 km² (3,4 p. 100) de l’aire de nidification de la sous-espèce nataliae seraient couverts de forêt de plus de 140 ans (voir la section « Tendances en matière d’habitat »). Il n’existe pas suffisamment d’information sur la densité de cette population pour permettre une extrapolation valable de son effectif à partir de l’estimation de la quantité de milieu pouvant lui servir d’habitat. Cependant, puisqu’à l’heure actuelle seulement 3,4 p. 100 de l’aire de nidification du S. t. nataliae peut être considérée comme habitat possible de la sous-espèce, on peut penser qu’il y a eu dans le passé un recul important de la forêt ancienne dans cette région et que cette perte expliquerait en partie la grande rareté de la sous-espèce.

Fluctuations et tendances

Il n’existe pas de données démographiques à long terme pour l’ensemble de la population canadienne de Pic de Williamson. On peut cependant penser que l’espèce est en déclin puisque les milieux pouvant lui servir d’habitat se sont rétrécis. Les seules données à long terme que nous ayons trouvées sont incomplètes et limitées à deux fragments de la population de thyroideus d’Okanagan-Greenwood. Au mont Schoonover (à l’est d’Okanagan Falls), l’espèce a été observée pour la première fois en 1913 (Munro et Cowan, 1947), et elle y est toujours commune, probablement parce que le peuplement vétéran de mélèze de l’Ouest a été conservé. Ce peuplement est toutefois très réduit par rapport à son étendue d’origine et se trouve isolé de tout autre peuplement de la même espèce. En outre, une part importante est visée par un projet de coupe (voir la section « Tendances en matière d’habitat »).

La seule autre localité pour laquelle il existe des données à long terme est le mont Anarchist, qui abritait la plus forte concentration de S. t. thyroideus de la province (Guiguet, 1970) et où l’espèce était commune dans les arbres vétérans, depuis Midway jusqu’au lac Osoyoos, à environ 4 000 pieds (1 200 m) d’altitude (Spreadborough, cité par Macoun et Macoun, 1909). Cette localité n’est plus le centre de la population de S. t. thyroideus en raison de la coupe forestière et du déboisement extensifs qui ont eu cours dans les 50 dernières années. Un secteur du mont Anarchist familièrement connu sous le nom de « Sapsucker Woods » (bois des Pics) (Dick Cannings, comm. pers., 2004) a été complètement rasé et n’abrite plus aucun nid de Pic de Williamson (Gyug, données inédites). Quelques spécimens vétérans dans lesquels l’espèce semble avoir déjà niché ont été conservés, mais le milieu tout autour ne répond absolument plus aux besoins de l’espèce. On peut raisonnablement penser que la population de S. t. thyroideus est en déclin puisque son habitat s’amenuise, mais aucune estimation antérieure de son effectif ne permet de mesurer ce déclin.

Le Pic de Williamson est observé trop rarement dans les parcours du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) pour permettre de dégager des tendances démographiques générales (Sauer et al., 2004); dans la seule région où des tendances ont pu être dégagées (Oregon), l’espèce est en déclin, au taux annuel de 3,3 p. 100.

Effet d’une immigration de source externe

Il existe des populations de S. t. thyroideus au Washington, près de la frontière avec la Colombie-Britannique. Bien que, en principe, des migrants pourraient venir grossir l’effectif canadien dans l’éventualité où celui-ci atteindrait un niveau non viable, il n’y a pas de réelle possibilité de rétablissement puisque le facteur limitant la principale population canadienne, nichant dans la région d’Okanagan-Greenwood, est le manque de milieu répondant aux exigences écologiques de l’espèce. De toute façon, même s’il y avait des milieux favorables à occuper, la dispersion à grande distance des jeunes est probablement faible, comme l’indique l’étude de Crockett (1975), où la moitié des six jeunes bagués au nid sont revenus nicher dans l’aire d’étude dans les deux ans qui ont suivi. On ne connaît pas le taux de mortalité hivernale chez les jeunes, mais il peut fort probablement atteindre 50 p. 100. Ainsi, on peut penser que la plupart ou la totalité des jeunes ayant survécu jusqu’à un an sont revenus dans le voisinage de leur lieu de naissance, et il est possible qu’il n’y ait pratiquement pas de dispersion à grande distance.

Les populations de S. t. nataliae les plus proches, au Montana, sont assez éloignées (Sauer et al., 2004; Hutto et Young, 1999; Weydemann et Weydemann, 1928; McClelland et al., 1979). En supposant que le milieu propice à l’espèce soit abondant au Canada ou qu’il augmente, les populations du Montana ne sont peut-être pas assez abondantes et ne possèdent peut-être pas un potentiel de dispersion à grande distance assez élevé pour permettre un éventuel rétablissement de la population canadienne.