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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la cicutaire de Victorin au Canada – Mise à jour

Cicutaire de Victorin

Cicuta maculatavar. victorinii

Information sur l’espèce

La cicutaire de Victorin (Cicuta maculata var. victorinii) est une plante vivace de la famille des panais (Apiacées). Le taxon a subi peu de changements taxinomiques depuis sa description par Fernald. Boivin (1966) la considère comme une variété de Cicuta maculata, point de vue qui a été accepté par tous les auteurs ultérieurs, à l’exception de Gleason et Cronquist (1991), qui n’acceptent pas la validité du taxon. La variété victorinii se distingue de la variété maculata parses fruits réniformes à ovoïdes‑cordés avec des côtes latérales proéminentes et des côtes dorsales obscures et ses folioles linéaires‑lancéolées. Même si l’auteur a noté une gradation dans la forme des fruits entre la cicutaire de Victorin et la variété typique (var. maculata), le caractère distinctif de la cicutaire de Victorin comme espèce unique endémique de la zone intertidale de l’estuaire du fleuve Saint‑Laurent est reconnu ici sur la base de l’étude de Mulligan (1980). Dans son étude réalisée en partie sur des plantes obtenues à partir de graines, Mulligan (1980) souligne l’importance des fruits mûrs pour identifier les variétés de Cicuta maculata.

Répartition

La cicutaire de Victorin se rencontre exclusivement au Canada et est considérée endémique de l’estuaire supérieur du fleuve Saint‑Laurent. Elle ne croît que dans les zones intertidales d’eau douce et légèrement saumâtre. Jusqu’à maintenant, elle a été répertoriée dans 39 localités. La limite sud‑ouest de son aire de répartition se situe à Sainte‑Anne‑de‑la‑Pérade et sa limite nord‑est à Saint‑Jean‑Port‑Joli. Une population isolée à Chandler (dans le comté de Gaspé) a été répertoriée par l’auteur pendant l’examen des spécimens de cicutaire, mais la localité demeure à confirmer.

Habitat

La cicutaire de Victorin croît dans les herbaçaies à spartine pectinée denses et hautes de l’hydrolittoral moyen et supérieur de la zone intertidale. Elle préfère les dépôts de surface épais (plus de15 cm) de texture fine ou mixte (jamais grossière), dont la pierrosité est très variable, allant de non pierreux à très pierreux. La densité des plantes est nettement plus faible dans les secteurs couverts de graviers et de cailloux. Dans plusieurs localités, le pH de l’eau varie de 8 à 8,5 et les dépôts de surface se composent de schistes émiettés et de limons dilués, dont le pH est de 7,5. Dans l’hydrolittoral moyen ou sur un substrat mince, la cicutaire de Victorin pousse parfois dans une herbaçaie ouverte et basse.

Biologie

La cicutaire de Victorin est une plante herbacée vivace qui fleurit de juin à début septembre. La fructification débute en août et se poursuit jusqu’en septembre. Les graines sont entourées par des côtes spongieuses qui permettent aux fruits de flotter jusqu’à leur imprégnation complète dans l’eau. Les ombelles et les fruits sont parfois couverts de centaines de pucerons, dont l’impact n’est pas connu.

Tailles et tendances des populations

Depuis le rapport de Legault (1986), 30 nouvelles populations ont été découvertes et l’espèce est maintenant connue dans 33 localités existantes qui se classent de la façon suivante : quatre localités ayant un indice de qualité A (>100 plantes et peu de perturbation), dix localités ayant un indice de qualité B (51 à 100 plantes et perturbation légère ou >100 et perturbation importante), six localités ayant un indice de qualité C (10 à 50 plantes et peu de perturbation ou 51 à 100 avec une perturbation importante), treize localités ayant un indice de qualité D (<10 plantes et peu de perturbation ou 10 à 50 plantes avec une perturbation importante), deux populations disparues du Canada et quatre localités historiques.

Facteurs limitants et menaces

Plusieurs menaces réelles ou imminentes pourraient nuire aux populations de la cicutaire de Victorin. Son habitat limité l’empêche de coloniser d’autres sites à l’extérieur de la zone intertidale d’eau douce et légèrement saumâtre, la prédation des fruits peut nuire au recrutement, la tonte des herbaçaies et la récolte des fleurs empêchent la reproduction, l’affleurement glaciel et la débâcle printanière arrachent des plantes et des parties du rivage, la fluctuation des niveaux d’eau peut provoquer l’érosion des rives, la mauvaise qualité de l’eau peut entraîner la mortalité des plantes, la Loi sur les abus préjudiciables à l’agriculture oblige les propriétaires à arracher toutes les cicutaires maculées de leurs terrains, sans tenir compte du statut variétal, et le remblayage des rives provoque une perte de son habitat et pourrait détruire des populations. Cependant, les menaces les plus graves pour l’espèce sont le piétinement anthropique et la circulation des véhicules récréatifs (V.T.T.).

Importance spéciale de l’espèce

La cicutaire de Victorin intéresse les scientifiques car elle soulève tout le problème de l’origine de la flore endémique des rives estuariennes du fleuve Saint‑Laurent. En outre, certaines cicutaires possèdent des propriétés médicinales reconnues (la cicutoxine), mais aucune étude n’a été effectuée sur la cicutaire de Victorin.

Protection existante ou autre statut

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a attribué en 1987 le statut d’espèce préoccupante à la cicutaire de Victorin. L’organisme NatureServe lui a attribué la cote globale G5T2 (espèce répandue et stable à l’échelle mondiale avec les sous‑espèces en péril), une cote canadienne N2 (en péril à l’échelle nationale) et une cote québécoise S2 (en péril) (NatureServe 2001).

Les populations de Saint‑Michel‑de‑Bellechasse (anse Saint‑Vallier), L’Islet et Saint‑Jean‑Port‑Joli (anse de Trois‑Saumons) sont protégées parce qu’elles sont situées dans les refuges d’oiseaux migrateurs de Saint‑Vallier, L’Islet et Trois‑Saumons. La population de Grosse Île est également protégée à cause de sa situation dans le lieu historique national du Canada de la Grosse‑Île‑et‑le‑Mémorial‑des‑Irlandais. En outre, l’organisme Conservation de la nature Québec est propriétaire d’une partie du site de la population de Saint‑Vallier.

Au Québec, la cicutaire de Victorin a été désignée «espèce menacée» en février 2001 et est maintenant protégée en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Toutefois, la cicutaire maculée (Cicuta maculata) est considérée comme une mauvaise herbe en vertu de la Loi sur les abus préjudiciables à l’agriculture (L.R.Q. A‑2). Son habitat est protégé contre la principale menace à sa survie par le Règlement sur la circulation de véhicules motorisés dans certains milieux fragiles (L.R.Q., c. Q‑2, r.2.2). En outre, la politique québécoise concernant la protection des rives, du littoral et des plaines inondables vise à maintenir et à améliorer la qualité de l’eau en accordant une protection adéquate minimale au littoral.


HISTORIQUE DU COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé  pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

MANDAT DU COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, à l’échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés ou autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes et incluant les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

COMPOSITION DU COSEPAC

Le COSEPAC est formé de membres de chacun des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature) et de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité de connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour examiner les rapports de situation sur les espèces candidates.

DÉFINITIONS

(depuis mai 2004)

EspèceToute espèce, sous‑espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement ou génétiquement distincte.
Espèce disparue (D)Toute espèce qui n’existe plus.
Espèce disparue du pays (DP)*Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.
Espèce en voie de disparition (VD)**Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.
Espèce menacée (M)Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas inversés.
Espèce préoccupante (P)***Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.
Espèce non en péril (NEP)****Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.
Données insuffisantes (DI)*****Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.
  
*Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.
**Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.
***Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
****Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».
*****Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.
   
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de la faune            Service

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Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.