Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la cicutaire de Victorin au Canada – Mise à jour

Nom et classification

Nom scientifique :          Cicuta maculata Linnaeus var. victorinii (Fernald) Boivin

Synonyme pertinent :     Cicuta victorinii Fernald

Noms français :              Cicutaire de Victorin, cicutaire maculée variété de Victorin

Noms anglais :               Victorin’s water‑hemlock, Spotted water‑hemlock

Nom de la famille :         Apiacées (famille des panais)

Le traitement du genre Cicuta a toujours causé des maux de tête à plusieurs auteurs. La cicutaire de Victorin (Cicuta victorinii) a été décrite pour la première fois par Fernald en 1939 sur la base de spécimens récoltés sur les grèves intertidales à Cap‑Rouge et à Saint‑Laurent de l’Île d'Orléans par le frère Marie‑Victorin (9 et 16 août 1922). Mathias et Constance (1942) retiennent ce taxon dans leur synopsis des espèces américaines de Cicuta. Boivin (1966) la considère comme une variété de Cicuta maculata, position acceptée par Scoggan (1978) et Mulligan (1980). Ce dernier traite le complexe du Cicuta maculata et retient la variété sur la base de son fruit aux côtes réduites et aux régions intercostales gonflées. Gleason et Cronquist (1991) ne reconnaissent pas la variété victorinii et considèrent que seule la variété maculata existe dans l’est de l’Amérique du Nord. Kartesz (1994) reconnaît les taxons proposés par Mulligan (1980). La position adoptée dans le présent rapport consiste à suivre la classification de Mulligan (1980). Dans ses études, réalisées en partie sur des plantes obtenues à partir de graines, Mulligan (1980) reconnaît deux variétés distinctes; il mentionne également qu’il existe une certaine gradation entre la variété endémique victorinii et la variété typique maculata et que des fruits mûrs sont nécessaires pour les distinguer facilement.

Description

Plante herbacée vivace (figure 1), glabre, de 0,5 à 2 m de hauteur, issue d’un court rhizome surmontant un faisceau de 5 à 10 tubercules oblongues. Tige dressée, souvent rayée de pourpre, creuse sauf aux nœuds, entourée par le pétiole des feuilles. Feuilles lancéolées à ovées‑lancéolées, alternes, de 10 à 80 cm de longueur et de 4 à 8 cm de largeur, divisées en trois segments composés de folioles linéaires‑lancéolées, finement dentées. Inflorescence formée d’ombellules à pédicelles inégaux; fleurs blanches, petites et pédicellées. Fruit : un akène double, brun pâle à brun foncé (pourpré sur le terrain), de 3,5 à 4 mm de longueur, se séparant en deux moitiés à maturité, chacune ornée de côtes liégeuses plus proéminentes sur les côtés que sur le dos où elles sont parfois absentes. Une fois coupés, la tige et les tubercules exsudent un liquide huileux jaunâtre à odeur de panais. Toutes les parties de la plante sont toxiques (Coursol, 2001).

Figure 1. Cicutaire de Victorin (x 0,2); illustration par Réjean Roy

Figure 1. Cicutaire de Victorin (x 0,2); illustration par Réjean Roy

Au Canada, on connaît trois variétés de cicutaire maculée (var. victorinii, var. maculata et var. angustifolia). Legault (1986) indique que la cicutaire de Victorin (var. victorinii) est la seule variété dans les zones estuariennes. En réalité, les deux variétés présentes au Québec (var. victorinii et var. maculata) poussent dans la zone intertidale du fleuve Saint‑Laurent. Au moins deux critères permettent de les différencier (Fernald, 1950; Mulligan, 1980; Mulligan et Munro, 1981).

1)       Les fruits de la cicutaire de Victorin var. victorinii sont réniformes à ovoïdes‑cordés avec des côtes latérales proéminentes et des côtes dorsales obscures, tandis que les fruits de la cicutaire maculée var. maculata sont ellipsoïdes, ovoïdes ou subglobuleux avec des côtes dorsales et latérales pâles et proéminentes alternant avec des sillons foncés.

2)       Les folioles sont linéaires‑lancéolées chez la cicutaire de Victorin var. victorinii et lancéolées à ovées‑oblongues chez la cicutaire maculée var. maculata.

Le deuxième critère est généralement inutilisable, surtout lorsque les deux variétés croissent ensemble dans le milieu estuarien. L’unique caractère utilisable pour identifier avec certitude la cicutaire de Victorin var. victorinii est le fruit mature au début de septembre. Lors du séchage des spécimens d’herbier récoltés avant septembre, il arrive que les côtes dorsales obscures des fruits nouvellement récoltés se transforment parfois en côtes dorsales proéminentes après le séchage. Les spécimens d’herbier de la cicutaire de Victorin var. victorinii ne présentent jamais de côtes dorsales proéminentes.

Depuis la rédaction du rapport provincial sur la situation de la cicutaire de Victorin (Coursol, 1999), l’incertitude concernant sa validité taxinomique est grandissante. En 2002, l’auteur a même observé, sur des individus de Cap‑Saint‑Ignace, quelques fruits avec des côtes dorsales bien développées et d’autres avec des côtes dorsales obscures sur la même ombelle. L’hybridation des deux variétés doit être un phénomène commun dans certaines populations. Déjà, lors des inventaires réalisés en 1996 et en 1997, l’auteur avait observé que les deux variétés poussent souvent à proximité l’une de l’autre et que les individus se trouvant à la limite de l’hydrolittoral supérieur ont tendance à montrer les caractères de la variété maculata, tandis que les individus plus longtemps submergés montrent les caractères de la variété victorinii. Des études approfondies sur le sujet permettraient d’éclaircir le problème.