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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la cicutaire de Victorin au Canada – Mise à jour

Besoins en matière d’habitat

La cicutaire de Victorin préfère les dépôts de surface épais (plus de 15 cm) de texture fine ou mixte (jamais grossière), dont la pierrosité est très variable, allant de non pierreux à très pierreux. Dans les secteurs couverts de graviers et de cailloux, la densité des plantes est nettement plus faible (Robert, 1993). Le pH de l’eau qui baigne certaines localités varie de 8,5 (anse Saint‑Vallier) à 8 (anse de Berthier et L’Islet) (Rousseau, 1930, 1932). Les dépôts de surface se composent de schistes émiettés et de limons dilués (Legault, 1986), dont le pH est de 7,5 (Rousseau, 1930).

La cicutaire de Victorin croît plutôt dans une herbaçaie à spartine pectinée dense et haute de l’hydrolittoral moyen et supérieur de la zone intertidale (Robert, 1993; Brouillet et al., 1996). Quelquefois, la cicutaire de Victorin se retrouve dans une herbaçaie ouverte et basse lorsqu’elle se situe dans l’hydrolittoral moyen ou sur un substrat mince. Cette zone est couverte d’eau pendant deux à trois heures par jour lors des marées hautes d’équinoxe, mais les basses marées hautes l’atteignent rarement. Dans l’étude de Brouillet et al. (1996), la cicutaire de Victorin se retrouve dans 43 segments (8,88 p.100) de leurs 34 sites d’échantillonnage, dont 32 segments (74,42 p.100) se situent dans l’hydrolittoral supérieur, qui est l’habitat préféré de la cicutaire de Victorin. Le long de 11 segments (25,58 p.100), plusieurs individus isolés ont été recensés dans la partie supérieure de l’hydrolittoral moyen, qui est submergée lors des pleines mers moyennes. La taille de ces individus est toutefois plus petite que sur l’hydrolittoral supérieur (Robert, 1993).

Deux espèces possédant le statut «espèce préoccupante» du COSEPAC partagent le même habitat que la cicutaire de Victorin. Une population de la vergerette de Provancher et la plupart des populations de la gentiane de Victorin croissent à proximité de la cicutaire de Victorin.

Tendances

Le rapport de Legault (1986) indique que la cicutaire de Victorin est connue dans 10 localités (9 localités après avoir révisé la population de Batiscan). Depuis, plusieurs nouvelles populations ont été découvertes et le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ) a transmis, durant l’été 2002, de l’information sur 42 occurrences de la plante. Plusieurs des localités présentes dans la base de données sont erronées, même si le rapport de Coursol (1999) mentionnait qu’un certain nombre de spécimens de Brouillet et al. (1996) ont été révisés à la variété maculata. Après vérification, le CDPNQ a aussi créé deux occurrences à Saint‑Jean‑Port‑Joli pour une même localité, alors que ces deux sous‑populations ne sont pas éloignées de plus de 100 mètres. La révision de deux spécimens d’herbier (Batiscan et Cap‑Saint‑Ignace pour la variété maculata et Chandler pour la variété victorinii) provoque aussi des modifications. Tous ces problèmes ont été signalés au CDPNQ et les données seront bientôt corrigées pour obtenir finalement 39 occurrences.

L’habitat potentiel de la cicutaire de Victorin a fortement régressé à un certain nombre d’endroits, notamment dans la région métropolitaine de Québec. La construction de routes et de voies ferrées sur les battures du fleuve Saint‑Laurent a détruit la presque totalité des hydrolittoraux moyen et supérieur des habitats potentiels entre Boischâtel et Cap‑Rouge. Le remblayage de l’hydrolittoral supérieur et la construction de murs de soutènement pour de nombreuses résidences dans les secteurs de Lévis, de Saint‑Romuald, et dans plusieurs autres secteurs résidentiels bordant le fleuve Saint‑Laurent où des populations ont été recensées, ont grandement affecté la qualité de l’habitat.

L’adoption de lois environnementales plus rigoureuses semble avoir stoppé ou ralenti cette tendance. L’effort d’échantillonnage important effectué par Brouillet et al. (1996) a permis de mieux connaître les taxons estuariens et leur répartition. Ainsi, depuis la parution du rapport de situation de Legault (1986), 30 nouvelles populations ont été découvertes et certaines localités, comme Île aux Grues, pointe Martinière à Lévis, L’Islet et pointe Dauphine à Saint‑Jean, comptent maintenant des populations abondantes, qui représentent entre 20 et 40 pour cent du total des cicutaires de Victorin. Depuis le rapport de Brouillet et al. (1996), la tendance générale semble stable, mais un certain nombre de menaces pourraient modifier cette tendance.

Protection et propriété des terrains

Actuellement, deux localités (anse Saint‑Vallier et Grosse‑Île) sont situées dans les limites de territoires protégés : le refuge d’oiseaux migrateurs de Saint‑Vallier et le lieu historique national du Canada de la Grosse‑Île‑et‑le‑Mémorial‑des‑Irlandais. Cependant, d’autres populations historiques imprécises peuvent se retrouver dans les limites d’autres territoires protégés : les refuges d’oiseaux migrateurs de L'Islet et de Trois‑Saumons. En outre, l’organisme Conservation de la nature Québec est propriétaire d’une partie du site de la population de Saint‑Vallier.

La plupart des localités québécoises de la cicutaire de Victorin occupent des territoires dépourvus d’un statut de conservation et dont la propriété est mal définie. L’habitat de la cicutaire de Victorin se trouve sur des terres publiques relevant de la juridiction du gouvernement du Québec. Cependant, les localités situées dans la M.R.C. de la Côte‑de‑Beaupré (Boischâtel et l’Ange‑Gardien) peuvent être sur des terres privées et pourraient être revendiquées jusqu’à la ligne de l’eau à marée basse. Des études cadastrales officielles sont nécessaires afin d’identifier ces sites.

Le Règlement sur la circulation de véhicules motorisés dans certains milieux fragiles du Québec (L.R.Q., c. Q‑2, r.2.2) protège l’habitat de la cicutaire de Victorin en interdisant l’accès aux battures du fleuve Saint‑Laurent aux véhicules motorisés. L’application et la mise en œuvre de ce règlement pourraient enrayer définitivement les problèmes de circulation des V.T.T. à Saint‑Augustin‑de‑Desmaures.