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Programme de rétablissement de la couleuvre à nez plat (Heterodon platirhinos) au Canada (Proposition)


1. Contexte

1.1 Sommaire de l'évaluation du COSEPAC

Nom commun : Couleuvre à nez plat

Nom scientifique : Heterodon platirhinos

Sommaire de l'évaluation : 2001

Statut : Menacée

Justification de la désignation : La couleuvre à nez plat est rare, et son abondance et son aire de répartition diminuent. Son habitat disparaît et elle est exceptionnellement sujette à la persécution des humains parce qu'il s'agit d'une grosse couleuvre au comportement défensif menaçant, bien qu'inoffensif. Elle est en outre exceptionnellement vulnérable à la circulation routière parce qu'elle se déplace lentement.

Répartition : Sud de l'Ontario

Historique du statut : Désignée espèce préoccupante en 1997, puis réévaluée et désignée espèce menacée en 2001.

1.2 Description

La couleuvre à nez plat est un serpent au corps épais dont les écailles sur le museau lui donnent un air retroussé, qui la distingue des autres. Elle mesure généralement de 50 à 85 centimètres de long au total. Sa couleur et ses motifs sont très variables. Certaines couleuvres ont un motif distinctif composé de taches foncées sur le dos, alternant avec d'autres taches plus claires sur les côtés. D'autres couleuvres n'ont pas de taches et sont grises, brunes ou de couleur olive, rarement noires (mélanisme). Certaines couleuvres à nez plat se situent entre les deux descriptions et leurs taches sont pâles (figure 1).

Figure 1. Photographie de couleuvre à nez plat, Photographie : Jeremy Rouse
Figure 1. Photographie de couleuvre à nez plat, Photographie : Jeremy Rouse

La couleuvre à nez plat a un comportement défensif compliqué. Lorsqu'elle est menacée, elle lève la tête, aplatit le cou à la manière des cobras, ouvre la bouche toute grande et siffle fort. Elle s'élancera en direction de l'attaquant perçu, mais la bouche fermée; elle mord rarement et n'est pas venimeuse. Si ce comportement défensif n'effraie pas son attaquant, la couleuvre à nez plat se contorsionne, se retourne sur le dos et fait la morte.

1.3 Populations et répartition

La couleuvre à nez plat est répandue dans l'est de l'Amérique du Nord, mais moins de 10 % de sa répartition mondiale se trouve au Canada. Elle vit surtout de la Floride jusqu'au Texas, au sud, jusqu'au sud de la Nouvelle-Angleterre, en Ontario et au Minnesota, au nord. À l'ouest, on la trouve jusqu'à l'ouest du Kansas. La couleuvre à nez plat est absente du réseau hydrographique du Saint-Laurent (est de l'Ontario et la majeure partie de l'État de New York). On la considère comme très commune tant à l'échelle internationale (G5) qu'aux États-Unis (N5), mais rare et peu commune au Canada (N3). En général, la couleuvre à nez plat est plus commune dans le sud de son aire de répartition nord-américaine et moins dans le nord (figure 2).

Figure 2. Rangs de conservation de la couleuvre à nez plat (NatureServe, 2007).
Figure 2. Rangs de conservation de la couleuvre à nez plat (NatureServe, 2007).

 

Au Canada, on ne trouve la couleuvre à nez plat qu'en Ontario où elle vit dans deux régions géographiques distinctes : la zone biologique carolinienne du sud-ouest de l'Ontario et du centre de l'Ontario, au sud de la rivière French et du lac Nipissing (figure 3). La limite nord de l'aire de répartition correspond environ à la période sans gel de 120 jours (Schueler, 1997).

Même si on ne connaît pas complètement la répartition actuelle de la couleuvre à nez plat en Ontario, il est clair que l'abondance de cette espèce a diminué. Le Centre d'information sur le patrimoine naturel (CIPN) du ministère des Richesses naturelles de l'Ontario a déterminé que 8 % des occurrences d'éléments connues ou « populations » de couleuvres à nez plat en Ontario ont disparu (Oldham et Austen, 1998). La couleuvre à nez plat a complètement disparu des municipalités régionales de Halton, de Peel et de York, de même que de l'île Pelée et du parc national de la Pointe-Pelée (Oldham et Austen, 1998). Même si elle a surtout disparu du sud-ouest de l'Ontario, on indique également que des populations ont disparu dans l'ensemble de l'aire de répartition.

De plus, 35 % des occurrences d'élément ont été classées historiques ou non confirmées au cours des 20 dernières années. Même si la couleuvre à nez plat a été observée par le passé dans les comtés de Bruce et de Prince Edward, elle a peut-être maintenant disparu de ces régions (Oldham et Austen, 1998). On manque de données quantitatives sur la taille des populations, mais celles qui restent peuvent avoir diminué, par suite de taux de mortalité accrus.

Figure 3. Observations de couleuvres à nez plat en Ontario.
Figure 3. Observations de couleuvres à nez plat en Ontario.

1.4 Besoins de la couleuvre à nez plat

1.4.1 Besoins en matière d'habitat et de biologie

La couleuvre à nez plat grandit rapidement et atteint la maturité en environ deux ans au Kansas (Platt, 1969), mais peut-être en quatre à cinq ans en Ontario (Cunnington, comm. pers., 2004 et Rouse, comm. pers., 2004). Les femelles qui vivent dans la partie nord de l'aire de répartition pondent en moyenne 25 œufs, et les femelles plus grosses en pondent davantage (Platt, 1969). Au moins certaines femelles se reproduisent deux années ou plus d'affilée en Ontario (Cunnington et Cebek, 2005).

Il y a eu peu d'études approfondies sur l'écologie de la couleuvre à nez plat. Il est nécessaire d'effectuer d'autres travaux de recherche sur l'utilisation de l'habitat dans différentes régions de l'Ontario. Cinq caractéristiques physiques ont été utilisées pour définir l'habitat préféré de la couleuvre à nez plat : un sol bien drainé; un sol meuble ou sablonneux; un couvert végétal clair, par exemple un boisé clair, une arbustaie ou la lisière d'une forêt; la proximité de l'eau; ainsi que des conditions climatiques typiques du biome des forêts de feuillus de l'est (Platt, 1969). L'analyse de l'utilisation de l'habitat dans le parc provincial Wasaga Beach en Ontario a montré que les couleuvres à nez plat préfèrent les régions boisées et les milieux humides. Les plantations de conifères, les prés et les régions aménagées semblent moins bien leur convenir (Cunnington, 2004b). Les couleuvres semblent préférer les régions qui offrent une gamme diversifiée d'habitats. Une description de la résidence de l'espèce sera affichée dans le registre public de la Loi sur les espèce en péril.

Dans le sud-ouest de l'Ontario, dans des régions comme le parc provincial Rondeau et Long Point, les couleuvres à nez plat vivent sur la plage et dans les dunes, comptant souvent sur le bois de grève et d'autres couverts artificiels et naturels (Gillingwater et Piraino, 2004). On a vu des couleuvres se déplacer entre du bois de grève et des peupliers deltoïdes le long des dunes de la plage, à la recherche active de crapauds de Fowler (Gillingwater et Piraino, 2004). Les couleuvres à nez plat utilisaient un réseau de tunnels naturels à Long Point (Gillingwater et Piraino, 2004). Les tunnels, dont les points d'entrée se trouvaient souvent à proximité de rondins exposés, se poursuivaient jusque dans les bois et les débris recouverts d'une épaisse couche de sable par les années. Les couleuvres fauves (Elaphe gloydi) et les crapauds de Fowler utilisaient également ces zones (Gillingwater et Piraino, 2004).

1.4.2 Rôle écologique

Le régime alimentaire de la couleuvre à nez plat se compose principalement de crapauds d'Amérique (Bufo americanus) et de crapauds de Fowler (Bufo fowleri), même si elle mange aussi des grenouilles, des salamandres, des œufs de tortue, de petits mammifères et des oiseaux (Platt, 1969). Les jeunes se nourrissent de petites proies comme des salamandres cendrées (Plethodon cinereus), des rainettes crucifères (Pseudacris crucifer) ou des invertébrés (Michener et Lazell, 1989). Étant donné que les couleuvres à nez plat se nourrissent principalement de crapauds, leurs populations peuvent réagir aux changements dans les populations de crapauds. Leur dépendance peut être importante dans la zone carolinienne où l'abondance du crapaud de Fowler a diminué, même si le crapaud d'Amérique demeure l'un des amphibiens les plus répandus et les plus abondants dans le sud de l'Ontario (Hecnar, 1997).

1.4.3 Facteurs limitatifs

La couleuvre à nez plat atteint la limite nord de son aire de répartition en Ontario, et le climat est donc un facteur limitatif pour cette espèce. C'est pourquoi il est possible que l'espèce ait un recrutement limité, en particulier dans la partie nord de son aire de répartition en Ontario.

L'habitat est également un facteur limitatif pour la couleuvre à nez plat en raison de sa dépendance à la présence d'un sol sablonneux. Comme ce type d'habitat a été soumis au développement, la quantité d'habitats disponibles pour l'espèce en Ontario s'en trouve réduite.

Les populations de couleuvre à nez plat existent le plus souvent en faible densité (Platt, 1969; Michener et Lazell, 1989; Cunnington, 2006; Rouse, comm. pers., 2004). On ne connaît pas très bien l'incidence de l'augmentation des taux de mortalité sur la viabilité des populations.

Les couleuvres à nez plat adultes sont très mobiles et leur domaine vital dépasse les 100 hectares; elles se déplacent quotidiennement sur 100 mètres environ (Cunnington, 2004a). Les longueurs d'aire (la distance maximale entre deux emplacements radio) pour dix individus suivis par radio dans la baie Georgienne ont atteint en moyenne 2,7 km et la longueur maximale enregistrée a été de 6 km (Rouse et Willson, données inédites). Cette mobilité rend les couleuvres à nez plat plus vulnérables que les espèces sédentaires aux menaces comme la mortalité due à la circulation et la fragmentation de l'habitat. La situation est aggravée par le fait que ces couleuvres se déplacent assez lentement et risquent ainsi davantage de mourir sur les routes (Andrews et Gibbons, 2005).

1.5 Menaces

Les menaces pour la couleuvre à nez plat, énumérées par ordre d'importance perçue, sont les suivantes : destruction, dégradation et fragmentation de l'habitat, routes, persécution, capture et contaminants. Toutes ces menaces sont présentes dans l'ensemble de l'aire de répartition.

1.5.1 Classification des menaces

Tableau 1. Classification des menaces
1 Destruction, dégradation et fragmentation de l'habitatInformation sur les menaces
Catégorie de menaceDestruction et dégradation de l'habitatÉtendueGénéralisée
 LocaleEnsemble de l'aire de répartition
Menace généraleDéveloppement domiciliairePrésenceActuellement présente
FréquenceContinue
Menaces particulièresConversion d'habitats; fragmentation d'habitats; isolementCertitude causaleÉlevéeMoyenne
GravitéÉlevéeMoyenne
StressRéduction de la taille de la populationDegré de préoccupationÉlevé
2 Mortalité routièreInformation sur les menaces
Catégorie de menaceDestruction et dégradation de l'habitatÉtendueGénéralisée
 LocaleEnsemble de l'aire de répartition
Menace généraleAménagement de routesPrésenceActuellement présente
FréquenceSaisonnière
Menaces particulièresMortalité routière; fragmentation de l'habitatCertitude causaleÉlevée
GravitéÉlevée
StressMortalité accrueDegré de préoccupationÉlevé
3 PersécutionInformation sur les menaces
Catégorie de menacePerturbation ou blessureÉtendueGénéralisée
 LocaleEnsemble de l'aire de répartition
Menace généraleAbattage discriminatoirePrésenceActuellement présente
FréquenceSaisonnière
Menaces particulières Certitude causaleÉlevéeMoyenne
GravitéMoyenne
StressMortalité accrueDegré de préoccupationMoyen
4 CaptureInformation sur les menaces
Catégorie de menaceUtilisation de ressources biologiquesÉtendueGénéralisée
 LocaleEnsemble de l'aire de répartition
Menace généraleCommerce d'animaux domestiquesPrésenceActuellement présente
FréquenceSaisonnière
Menaces particulièresCapture d'animauxCertitude causaleMoyenne
GravitéInconnue
StressRéduction de la taille de la populationDegré de préoccupationMoyen
5 ContaminantsInformation sur les menaces
Catégorie de menacePollutionÉtendueGénéralisée
 LocaleEnsemble de l'aire de répartition
Menace généraleProduction agricole (p. ex., application de pesticides, d'herbicides, ou de fertilisants)PrésenceInconnue
FréquenceSaisonnière
Menaces particulièresConsommation de proies contaminéesCertitude causaleFaible
GravitéInconnue
StressValeur sélective réduite ou faible succès de reproductionDegré de préoccupationFaible

1.5.2 Description des menaces

1.5.2.1 Destruction, dégradation et fragmentation de l'habitat

Le développement continue de faire disparaître des habitats de la couleuvre à nez plat. Wasaga Beach, par exemple, est l'une des collectivités à la croissance la plus rapide en Ontario (Watters, 2003). Des régions naturelles appartenant à des particuliers, voisines du parc provincial Wasaga Beach et fréquentées par la couleuvre à nez plat, sont maintenant transformées en quartiers d'habitation. Même lorsque l'habitat n'est pas complètement détruit, la présence d'habitations peut multiplier les rencontres entre les couleuvres et les gens; ces rencontres ont d'ailleurs entraîné la mort d'au moins trois couleuvres à nez plat aux environs du parc provincial Wasaga Beach (Cunnington, comm. pers., 2004). D'autres formes de développement (p. ex. la construction routière, les carrières de sable ou de gravier) peuvent également dégrader ou détruire l'habitat de la couleuvre à nez plat.

Le paysage du sud-ouest de l'Ontario, tout particulièrement, a considérablement été modifié par les humains au cours du dernier siècle. L'une des répercussions en est la fragmentation des régions naturelles. Même si les effets de la fragmentation de l'habitat sur la couleuvre à nez plat n'ont pas été étudiés, d'autres travaux sur une large gamme de vertébrés donnent à penser que la fragmentation accrue mène à une diminution des populations, à une augmentation du risque de disparition en raison d'événements stochastiques, à une diminution du flux des gènes entre les populations, à une consanguinité accrue et à la perte de la diversité génétique (Young et Clark, 2000).

1.5.2.2 Routes

Les routes représentent une menace écologique répandue et importante (Trombulak et Frissell, 2000). Dans le sud de l'Ontario, le principal réseau routier est passé d'environ 7 000 km à plus de 35 000 km de routes entre 1935 et 1995 (Fenech et coll., 2001). On ne connaît pas très bien si la mortalité attribuable à la présence des routes constitue une menace importante pour la couleuvre à nez plat. Le parc national de la Pointe-Pelée a fait état de cas de mortalité sur les routes avant que la couleuvre ne disparaisse du parc (parc national de la Pointe-Pelée, données inédites); il en va de même dans les parcs provinciaux suivants : Petroglyphs, Pinery, Port Burwell et Rondeau (CIPN, données inédites). Ces observations indiquent que même les populations qui vivent dans des aires protégées ne sont pas à l'abri de cette menace. Les couleuvres à nez plat se déplacent assez lentement et risquent donc davantage d'être écrasées lorsqu'elles traversent les routes. Par contre, on a également observé qu'elles semblent éviter les routes, ce qui contribuerait à la fragmentation de la population (Andrews et Gibbons, 2005). La construction routière peut aussi détruire, dégrader et fragmenter l'habitat de la couleuvre à nez plat et permettre le développement dans des régions où il n'y avait auparavant pas de routes, ce qui augmente la probabilité de rencontres intempestives entre les humains et les couleuvres. Les véhicules hors route représentent également une menace pour les couleuvres et leurs nids. Des traces de véhicules tout‑terrain (VTT) ont été observées à un mètre d'un nid connu (Cunnington, comm. pers., 2004); la circulation des vélos hors piste représente également un risque.

1.5.2.3 Persécution

Le comportement défensif de la couleuvre à nez plat exacerbe la peur des couleuvres qu'éprouvent certaines personnes. Pour cette raison, de nombreuses couleuvres sont inutilement tuées autour des maisons, des jardins et des fermes, et même dans les aires protégées. La couleuvre à nez plat fait partie des reptiles qui bénéficient d'une protection spéciale en vertu de la Loi de 1997 sur la protection du poisson et de la faune qui interdit de la tuer, de la capturer, de la chasser ou de la piéger, mais elle demeure persécutée. Un propriétaire terrien voisin du parc provincial Wasaga Beach, par exemple, a tué deux couleuvres à nez plat en 2002 (Cunnington, 2004a). Le propriétaire a été poursuivi en vertu de la Loi. Au parc provincial Rondeau, des propriétaires locaux de chalet ont dit qu'ils avaient souvent tué des couleuvres à nez plat dans le parc ou qu'ils connaissaient d'autres personnes qui l'avaient fait (Gillingwater, comm. pers., 2004) et l'espèce est maintenant rare dans ce parc. Des propriétaires terriens locaux qui vivent autour du parc ont également dit qu'ils avaient déjà tué cette espèce par le passé (Gillingwater, comm. pers., 2004). Même s'il est difficile de quantifier le degré de menace, cette dernière vise principalement les adultes et fait ainsi disparaître des reproducteurs importants.

1.5.2.4 Capture

Beaucoup de gens gardent des reptiles chez eux. Même si la plupart sont des citoyens respectueux des lois, des reptiles sont capturés illégalement pour le commerce des animaux de compagnie. Même s'il est interdit par la loi de vendre des couleuvres à nez plat en Ontario, on en a déjà vu dans des animaleries (Gillingwater, comm. pers., 2004). Même si la couleuvre à nez plat a la réputation d'être difficile à garder en captivité, la demande ne cesse de croître. Un couple de couleuvres à nez plat se vendait 160 $US sur Internet en octobre 2004. On a également vu de la publicité en ligne d'un commerçant qui offrait d'acheter des couleuvres à nez plat capturées dans la nature. Il y a même un site Web de plusieurs pages consacré aux soins, à l'alimentation et à la reproduction en captivité des couleuvres à nez plat.

1.5.2.5 Contaminants

La couleuvre à nez plat peut être sensible à certains contaminants, en particulier aux effets des contaminants absorbés dans ses aliments. Par exemple, au parc national de la Pointe-Pelée, d'où la couleuvre à nez plat est maintenant disparue, on a évalué les concentrations totales de DDT chez les rainettes crucifères et les résultats approchaient les effets toxiques observables (Russell et Haffner, 1997). De petits amphibiens comme les rainettes crucifères peuvent être une source importante d'alimentation des jeunes couleuvres à nez plat (Michener et Lazell, 1989). On a épandu du DDT dans le parc de 1950 à 1965 environ (Linke, 1994). Il est également important de souligner que le crapaud de Fowler, une importante source alimentaire de la couleuvre à nez plat, a disparu de Pointe-Pelée à peu près au moment où on a commencé à épandre du DDT dans le parc (Russell et Haffner, 1997).

1.6 Mesures déjà achevées ou en cours

1.6.1 Recherche et surveillance

  • Le Centre d'information sur le patrimoine naturel tient une base de données de toutes les observations connues de la couleuvre à nez plat en Ontario. La base de données est mise à jour à mesure que de nouveaux renseignements sont communiqués.
  • Des travaux de recherche sur les données démographiques, les mouvements et l'utilisation de l'habitat de la couleuvre à nez plat sont en cours au parc provincial Wasaga Beach depuis 2001 (Cunnington, 2002, 2004a, b et 2006; Doucette et Gurr, 2001).
  • Il y a eu des relevés de la couleuvre à nez plat au parc provincial Rondeau en 2000 et en 2001 (Gillingwater, 2002).
  • Il y a eu des relevés de la couleuvre à nez plat dans la réserve nationale de faune de Long Point de 1996 à 1999 et de nouveau, en 2003‑2004 (Gillingwater et Piraino, 2004).
  • Il y a eu des relevés sporadiques de la couleuvre à nez plat dans la forêt de la Couronne de St. Williams de 1997 à 2004 (Gillingwater, comm. pers., 2004).
  • Des radiotélémesures du modèle des déplacements de la couleuvre à nez plat ont été faites dans le cadre d'une vaste étude sur l'effet de la prolongation de la route 69 à proximité de Parry Sound sur les espèces de reptile menacées (Rouse, 2006).
  • Inventaire et surveillance des couleuvres au parc provincial Pinery.
  • Relevés effectués le long de la voie navigable Trent–Severn en 2005, en particulier dans les endroits où ces couleuvres ont été observées dans le passé. Même si on n'y a pas vu de couleuvres à nez plat au cours des relevés sur le terrain, on a obtenu des données de deux observations confirmées de l'espèce (Cunnington et coll., 2005).
  • On a observé des couleuvres à nez plat pendant des décennies dans le parc national des Îles-de-la-Baie-Georgienne (PNIBG). Depuis 1993, toutes les couleuvres à nez plat capturées dans les aires à forte utilisation du parc ont été dotées d'une étiquette à transpondeur passif intégré, mesurées, pesées et relâchées. Depuis ce temps-là, le personnel du parc a installé 15 nouvelles étiquettes et 13 couleuvres qui en étaient dotées ont été capturées de nouveau. Entre 2003 et 2005, on a également enregistré des mortalités dues à la route, dans le voisinage de la route nº 5 de Muskoka.
  • L'épuration des données sur les occurrences d'élément a été faite en 2006 pour tous les dossiers du CIPN sur la couleuvre à nez plat. 

1.6.2 Éducation

  • Le programme de recherche sur la couleuvre à nez plat de Wasaga Beach comporte un volet d'éducation scolaire depuis 2000. En collaboration avec le programme de sensibilisation aux reptiles de la grande baie Georgienne, un programme de sensibilisation a été offert aux élèves de quatre écoles primaires de Wasaga Beach de 2001 à 2003 (Doucette et Gurr, 2001; Cunnington, 2004a). Environ 1 700 élèves y ont participé annuellement.
  • Les responsables du programme de recherche sur la couleuvre à nez plat de Wasaga Beach ont préparé une vidéo éducative de cinq minutes en 2002 sur la couleuvre à nez plat et la recherche menée au parc provincial Wasaga Beach. La vidéo est utilisée durant des activités d'interprétation au parc et est également offerte sur Internet.
  • Une fiche éducative en couleur sur la couleuvre à nez plat a été distribuée dans les foyers et les entreprises de Wasaga Beach en 1999 et en 2003. Une nouvelle fiche a été produite en 2005.
  • Le programme de sensibilisation aux reptiles de la grande baie Georgienne, à Parry Sound, a tenu de nombreuses activités de sensibilisation sur toutes les espèces de reptiles en péril dans l'ensemble de la baie Georgienne. Les activités ont touché environ 2 000 élèves et 2 300 personnes du public en 2003 (en plus des programmes organisés conjointement avec le programme susmentionné de recherche sur la couleuvre à nez plat de Wasaga Beach). Des programmes ont été offerts dans les écoles (à l'intention des élèves de la 4e à la 10e année) et à des associations de propriétaires de chalet, et les travailleurs de la construction ont reçu une formation sur le sujet (G. Clayton, comm. pers., 2004). Les responsables du programme ont également produit une affiche et une brochure sur les reptiles de la grande baie Georgienne qui ont été largement diffusées.
  • Des programmes de diffusion externe de la Upper Thames River Conservation Authority font connaître les espèces en péril, notamment la couleuvre à nez plat. Ces programmes comprennent l'élaboration et la diffusion de feuillets recto verso couleur sur la couleuvre à nez plat. La fiche a été mise à jour en 2005.
  • Certains parcs de l'Ontario dans lesquels vit cette espèce offrent des programmes d'interprétation de l'histoire naturelle qui comprennent de l'information sur la couleuvre à nez plat.
  • Le Zoo de Toronto a créé une affiche intitulée « Snakes of Ontario » qu'il distribue afin de promouvoir la conservation des reptiles. Auparavant, les Norfolk Field Naturalists ont produit et distribué une affiche aussi intitulée « Snakes in Ontario » dans toutes les écoles publiques du comté de Norfolk.
  • Les Norfolk Field Naturalists ont réalisé un sondage auprès des propriétaires terriens et un programme d'éducation sur les grosses couleuvres (couleuvre fauve, couleuvre à nez plat et couleuvre obscure) dans la région de Long Point en 1992 et en 1993.
  • L'éducation sur la couleuvre à nez plat, de même que sur d'autres espèces en péril, fait partie intégrante des programmes d'interprétation du PNIBG depuis de nombreuses années. Cette mesure éducative touche des milliers de visiteurs et de jeunes qui participent aux deux camps du YMCA dans le parc national. Les programmes et l'information sont orientés sur la sensibilisation et la réduction de la persécution humaine.
  • Des activités de diffusion externe (dont des présentations et la distribution de fiches éducatives) ont été organisées le long de la voie navigable Trent–Severn pendant l'été 2005. Environ 600 personnes ont été touchées (Cunnington et coll., 2005).

1.7 Lacunes dans les connaissances

Diverses questions doivent être résolues pour mieux mettre en œuvre les activités de rétablissement :

  • Répartition. Il est essentiel de mieux comprendre la répartition actuelle pour connaître l'état des populations de cette espèce. Il faut en outre des données plus complètes sur la répartition pour mieux classer les aires de conservation importantes. Compte tenu de la difficulté d'obtenir des estimations fiables des populations, l'occupation de l'aire de répartition est le meilleur substitut à la taille des populations.
  • Densité des populations. Des estimations fiables des densités de population dans différents types de paysages fourniront des renseignements importants pour l'identification du nombre d'habitats différents et de mosaïques d'habitats nécessaires si l'on veut protéger adéquatement les populations.
  • Utilisation des habitats. Il est indispensable de comprendre en profondeur l'utilisation des habitats à toutes les saisons, tant par les jeunes que par les adultes, et dans différents paysages, pour déterminer les caractéristiques clés de ces habitats et protéger un nombre suffisant de terres et de configurations. La compréhension de l'utilisation de l'habitat permettra d'examiner la qualité des habitats qui restent dans la province.
  • Particularités génétiques. Des mesures de la variabilité génétique des populations de couleuvre à nez plat dans l'aire de répartition fourniront des renseignements précieux sur les caractéristiques génétiques uniques de diverses populations et aideront à fixer les priorités de conservation. Ces mesures contribueront à déterminer si les populations du nord et du sud de l'Ontario sont génétiquement distinctes et si, par conséquent, elles représentent peut-être ainsi des populations sources différentes.