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Programme de rétablissement de l'abronie rose (Abronia umbellata) au Canada (Proposition)


1 Contexte

1.1 Description

1.1.1 Description de l'espèce

L'espèce

« L'Abronia umbellata est une plante herbacée vivace à grosse racine pivotante s'enfonçant profondément dans le sol. Au Canada, la plante est dotée d'une tige rampante pouvant atteindre 1,5 m de longueur, à rameaux courts et à feuilles opposées, lancéolées à étroitement ovées, épaisses, charnues et densément glanduleuses. Le pétiole mesure 2,5 à 7 cm de longueur. Le limbe est long de 2 à 6 cm et large de 0,8 à 3,5 cm. Les inflorescences sont arrondies et portées par un gros pédoncule de 2 à 4 cm de longueur. Elles regroupent un grand nombre de fleurs à périanthe soudé en un tube de 6 à 8 mm de longueur, verdâtre à rosâtre, qui s'évase en 5 lobes roses de 5 à 6 mm de largeur. Le fruit est un akène de 10 à 12 mm de longueur, à 3 ou 4 ailes bien développées. Les ailes sont plus larges que le reste du fruit. Chaque akène renferme une seule graine, brune, longue de 3 mm et large de 1,5 mm environ. » (COSEPAC, 2004).

Il existe deux sous-espèces (umbellata et breviflora), mais seule la dernière est présente au Canada (Kaye, 2002; Hitchcock, 1964). Le nom « abronie rose » s'applique en fait aux deux sous-espèces. Dans le cadre du présent programme de rétablissement, il désigne l'Abronia umbellata ssp. breviflora.

Populations et répartition

L'abronie rose se limite au littoral du Pacifique d'Amérique du Nord (Figure 1), s'étendant du centre de l'île de Vancouver au centre de la Californie (Kaye, 2002).

Le tableau 1 indique les cotes de conservation attribuées à la sous-espèce breviflora, qui est classée à l'échelle mondiale comme une espèce menacée. Elle a été signalée dans quatre localités du Washington (toutes dans le coin nord-ouest de l'État), mais, n'ayant pas été vue récemment, elle est maintenant classée comme espèce disparue de cet État. En Oregon, Kaye (2003a) signale seize populations qui ont été observées au cours de relevés exhaustifs entre 1998 et 2003, mais treize de ces populations avaient été introduites dans le cadre d'un programme de rétablissement. Entre 1993 et 2003, on a trouvé trois à cinq populations naturelles chaque année. Bien que ses populations soient plus nombreuses en Californie, la sous-espèce a été inscrite sur la liste des espèces préoccupantes par le US Fish and Wildlife Service (Kaye, 2003a). Selon cette inscription, il faudrait des renseignements supplémentaires pour proposer l'inscription sur la liste établie en vertu de l'Endangered Species Act des États-Unis ( Oregon Natural Heritage Information Center, 2004).

Figure 1. Répartition de l'abronie rose (Abronia umbellata ssp. breviflora) en Amérique du Nord (selon COSEPAC, 2004).
Figure 1. Répartition de l'abronie rose (Abronia umbellata ssp. breviflora) en Amérique du Nord (selon COSEPAC, 2004).

Au Canada, on a déjà signalé des populations d'abronie rose à la baie Clo-oose, à Ahousat et à la baie Pachena (figure 2, tableau 2). Le tableau 2 donne des renseignements plus exacts sur les emplacements que ne le fait le rapport de situation 2004 du COSEPAC.

Il est probable que les populations d'Ahousat et de la baie Pachena sont disparues. La première observation de la population de la baie Clo-oose remonte aux environs de 1940. Au cours des quelques années suivantes, on a observé 10 à 12 plantes chaque année (Delcie Cox, comm. pers., 2005; Jim Hamilton, comm. pers., 2005). Le rapport de situation 2004 du COSEPAC ne présente pas cette information. Jim Hamilton a signalé la population au BC Conservation Data Centre en 2000, et on a récolté un spécimen (Douglas nº 13339) un peu plus tard cette année-là. On ne sait pas exactement si la population avait existé dans l'intervalle. On a vu deux individus en 2000 et trois en 2001. Malgré des relevés effectués avec soin en 2002, 2003, 2004 et 2005 (Jim Hamilton, comm. pers., 2005; Matt Fairbarns, comm. pers., 2005), on n'a plus revu l'espèce depuis, mais elle persiste peut-être sous forme de réservoir de semences local (voir la section 1.1.2 : Besoins biologiques, rôle écologique et facteurs limitatifs).

 

Tableau 1. Cotes de conservation attribuées à l'abronie rose (Abronia umbellata ssp. breviflora). Sources : NatureServe, 2005; BC Conservation Data Centre, 2005; Washington Natural Heritage Program, 2005; California Department of Fish and Game, Natural Diversity Database, juillet 2005.
Cote à l'échelle mondialeBCWAORCA
G4G5T2S1SXS1S2.11

1 La Californie répartit les taxons S2 en sous-catégories, selon la gravité des menaces qui pèsent sur eux. Parmi les taxons S2, ce sont les taxons S2.1 qui sont exposés aux menaces les plus graves.

Figure 2. Répartition de l'abronie rose (Abronia umbellata ssp. breviflora) au Canada. L'encart indique les populations situées au sud de la baie Barkley. Le cercle représente la population récemment observée (2001) dans la baie Clo-oose, tandis que les triangles représentent les populations historiques d'Ahousat et de la baie Pachena. Cette figure doit remplacer celle du rapport de situation 2004 du COSEPAC, qui contenait une erreur quant à l'emplacement de la population d'Ahousat.
Répartition de l’abronie rose (Abronia umbellata ssp. breviflora) au Canada. L’encart indique les populations situées au sud de la baie Barkley. Le cercle représente la population récemment observée (2001) dans la baie Clo-oose, tandis que les triangles représentent les populations historiques d’Ahousat et de la baie Pachena. Cette figure doit remplacer celle du rapport de situation 2004 du COSEPAC, qui contenait une erreur quant à l’emplacement de la population d’Ahousat.

Le rapport de situation 2004 du COSEPAC ne fournissait aucune estimation de la zone d'occurrence et de la zone d'occupation. Les trois populations forment un triangle mesurant environ 112 km², mais environ 30 % du triangle se trouve en haute mer, ce qui laisse une zone d'occurrence historique corrigée d'environ 80 km². Si on suppose que la population de la baie Clo-oose existe toujours et que les deux autres sont disparues, la zone d'occurrence actuelle n'est que de quelques mètres carrés, puisqu'elle se confond alors avec la zone d'occupation actuelle. On ne connaît pas la zone d'occupation historique. La zone d'occurrence canadienne représente beaucoup moins de 5 % de l'aire de répartition mondiale de l'espèce. En 2001, la zone d'occupation et l'effectif de la population canadienne représentaient beaucoup moins de 1 % de la zone d'occupation et de l'effectif mondiaux de la sous-espèce breviflora.

Tableau 2. Sommaire des populations d'abronie rose (Abronia umbellata ssp. breviflora) au Canada
Population (régime foncier)Position*Situation et description
ZoneAbscisseOrdonnéeNotes
Baie Clo-oose (Parcs Canada)10U3668875390570±10 m NAD 83Peut-être disparue, vue pour la dernière fois en 2001 (3 individus), subsistant peut-être sous forme de réservoir de semences. Dans les années 1940, on la trouvait dans des endroits isolés, au sud de la rivière Cheewhat, le long des plages de la baie Clo-oose.
Ahousat
(inconnu)
    Apparemment disparue du pays, non signalée depuis 1915. Aucune estimation de population n'est disponible.
Baie Pachena
(Parcs Canada)
10U3442805406778± 500 m NAD83Peut-être disparue, non signalée depuis 1927. Aucune estimation de population n'est disponible.

* La position est indiquée par les coordonnées UTM (Universal Transverse Mercator), uniquement dans le cas des terres fédérales.

1.1.2 Besoins de l'espèce

Besoins biologiques, rôle écologique et facteurs limitatifs

L'abronie rose ne se reproduit pas par boutures ni par morceaux de plante (Kaye, 1998); la dispersion de l'espèce dépend donc des graines. Même si l'abronie rose peut être pérenne, les tempêtes d'hiver entraînent tous les ans la perte de plantes établies, dans la plupart des stations où l'habitat n'est pas abrité. Les populations canadiennes se reconstituent par recrutement à partir d'un réservoir de semences local et/ou par dispersion à longue distance à partir de populations du sud. Le réservoir de semences pourrait jouer un rôle particulièrement important dans la persistance des populations. Les graines demeurent viables pendant longtemps en conditions de laboratoire, et les taux de germination demeurent très faibles jusqu'à l'abrasion complète des fruits qui contiennent les graines. On a observé de faibles taux de germination dans le cas des fruits non traités éparpillés le long de plages naturelles. Cependant, contrairement à ce qui est mentionné dans le rapport de situation 2004 du COSEPAC, on n'a fait aucune étude semblable avec des graines nettoyées (Kaye, 1999a; Kaye et al., 1998; Kaye, comm. pers., 2005). On ne connaît pas la répartition du réservoir de semences, mais il se peut que les graines soient enfouies sur place (certaines peuvent être profondément enfouies et ne pas germer avant que le sable ne soit déplacé et que leur profondeur d'enfouissement soit ainsi réduite) ou dans des milieux qui ne conviennent pas à la germination, à la croissance et à la maturation, p. ex., dans les dépôts de sables situés au large ou au-dessus de la ligne des marées de tempête (COSEPAC, 2004; comm. pers., Tom Kaye, 2005).

Une population peut être très petite et disparaître et réapparaître régulièrement dans une station donnée (Kaye, 2004), comme cela s'est produit à la baie Clo-oose. Bien que cela puisse résulter du « sauvetage » régulier par transport de graines à partir de populations situées en Oregon, l'apparition de populations aux mêmes endroits de la plage de la baie Clo-oose indique que celles-ci sont probablement recrutées à partir du réservoir de semences, et non par immigration à longue distance.

Besoins en matière d'habitat

En Colombie-Britannique, les milieux propices ne se rencontrent que sur les côtes exposées, dans la partie haute des plages de sable, juste en bas de la zone de dépôt des débris flottants, le long de la zone biogéoclimatique côtière à pruche de l'Ouest (sous-zone hypermaritime très humide, variante du sud). Ces sites en pente douce orientés vers l'ouest sont balayés par les vagues à marée haute et pendant les tempêtes d'hiver. Peu de plantes sont adaptées à ce milieu éphémère exposé à la sécheresse. Seuls quelques pieds épars de caquillier maritime (Cakile maritima), espèce européenne, ont réussi à s'implanter sur la plage de cette région (COSEPAC, 2004; Matt Fairbarns, comm. pers.).

Imper (1987) décrit les milieux constituant l'habitat de l'abronie rose au nord de Big Lagoon, en Californie : plages de sable fin non structuré en sol, sable non stabilisé se déplaçant librement, plage basse et large où il y a 15 à 23 mètres entre la ligne normale des hautes eaux et l'avant-dune, avec une dénivellation de moins de 1,5 à 3 mètres entre la ligne normale des hautes eaux et la base de l'avant-dune, et avant-dune de moins de 2 mètres ayant une façade ondulée plutôt qu'abrupte. On a également remarqué que l'abronie rose semble trouver des conditions optimales près de l'embouchure de petits ruisseaux. Bien qu'elle pousse aussi dans les dunes de sable dans la partie sud de son aire de répartition, il semble qu'elle se limite aux plages de sable (en dessous de l'avant-dune) entre le nord de la Californie et la Colombie-Britannique (Tillet, 1967; Wilson, 1972; Imper, 1987; Kaye, 2004).

Les plages de sable convenant à l'espèce ne sont pas communes le long de la côte exposée de Colombie-Britannique. L'abronie rose a déjà été signalée sur trois plages, et plusieurs autres plages sont susceptibles d'abriter l'espèce puisqu'elles abritent ou ont déjà abrité l'abronie à feuilles larges (Abronia latifolia), dont les exigences en matière d'habitat sont semblables à celles de l'abronie rose. Bien que l'habitat de l'abronie rose soit peu commun dans la région, ce n'est pas un facteur qui limite son rétablissement.

Les zones situées en haut de la ligne des marées de tempête et les dépôts de sable situés au large jouent peut-être un rôle important en stockant les graines et en les libérant pendant les tempêtes. Les tempêtes d'hiver pourraient quant à elles exposer les graines profondément enfouies, limiter l'établissement d'une végétation concurrente et créer des conditions propices à la germination (Kaye, 2002; COSEPAC, 2004; Matt Fairbarns, comm. pers.).

Résidence

La description d'une résidence, selon la LEP:

“Gîte – terrier, nid ou autre aire ou lieu semblable – occupé par un ou plusieurs individus pendant tout ou partie de leur vie, notamment pendant la reproduction, l'élevage, les haltes migratoires, l'hivernage, l'alimentation ou l'hibernation.”

Comme l'abronie rose n'utilise pas de résidence assimilable à un nid ou à une tanière, elle ne remplit pas les conditions exigées par la LEP pour posséder une résidence. Il n'y a donc pas lieu d'accorder à l'espèce une protection juridique à cet égard, outre celle déjà conférée à la plante et à son habitat essentiel.

1.2 Menaces

1.2.1 Menace 1 : Effondrement démographique

La principale menace apparente vient de la petite taille de la population, qui l'expose aux phénomènes stochastiques et à l'effondrement démographique (la population peut devenir trop petite pour se suffire). Il n'est pas certain que le réservoir de semences renferme suffisamment de graines pour perpétuer la population, d'autant plus qu'il n'y a aucune production de graines depuis plusieurs années.

1.2.2 Menace 2 : Activités récréatives

La population de la baie Clo-oose se trouve le long du sentier de la Côte-Ouest, et de nombreux randonneurs se rendent à la plage pendant les mois d'été (Matt Fairbarns, obs. pers.). Ces randonneurs peuvent nuire directement à l'abronie rose en la piétinant ou en s'y frottant quand ils se promènent, campent ou ramassent du bois de chauffage. D'autre part, ils peuvent abîmer les plantes en cueillant leurs jolies fleurs. Suite à l'examen de publications et à des discussions avec Jim Hamilton (Matt Fairbarns, comm. pers., 2005), nous avons décidé d'attribuer à la menace émanant des activités récréatives une cote de gravité plus élevée que celle proposée initialement dans le rapport de situation 2004 du COSEPAC.

1.2.3 Menace 3 : Tempêtes d'hiver

Les tempêtes d'hiver constituent à la fois une menace pour les individus et un processus indispensable au maintien de l'habitat. Du fait que les plages de sable constituant l'habitat de l'abronie rose sont normalement érodées par les marées hautes et les tempêtes d'hiver, il n'y a donc pratiquement pas de plantes qui survivent à l'hiver dans cette zone. Ces tempêtes modifient aussi la morphologie des dunes et des plages de sable, ce qui modifie la disponibilité de milieux convenant à la germination et ramène peut-être plus près de la surface les graines enfouies (Tom Kaye, comm. pers., 2005). Il est probable que les processus géomorphologiques naturels du littoral associés aux tempêtes d'hiver restaurent tous les ans des milieux propices à la germination.

1.2.4 Menace 4 : Augmentation de l'accumulation de billes

L'impact des tempêtes d'hiver peut être aggravé par la quantité élevée de bois flotté (résultant de la récolte forestière et de l'utilisation d'une estacade flottante le long de la côte), qui entraîne une érosion accrue des plages et occupe des zones de croissance potentielles. Le bois flotté modifie aussi le déplacement du sable dans l'écosystème, et le dépôt accru de bois par suite de l'activité humaine risque d'éliminer l'habitat de l'abronie rose. La station de la baie Clo-oose subit déjà des changements anthropiques associés aux billes. Il faudra faire d'autres recherches pour déterminer l'effet global du dépôt accru de billes sur l'habitat de l'abronie rose.

1.2.5 Menace 5 : Ammophiles et autres espèces envahissantes

Le rapport de situation 2004 du COSEPAC mentionne que la principale menace pour la survie de l'abronie rose vient des espèces envahissantes telles que les ammophiles (Ammophila arenaria et A. breviligulata). Ces graminées robustes modifient la dynamique des dunes et, selon le rapport de situation, peuvent envahir le haut des plages de sable, habitat naturel de l'abronie rose à la baie Clo-oose (COSEPAC, 2004). En Oregon, l'abondance des ammophiles présente une corrélation avec la diminution du taux de reproduction et de la taille de l'abronie rose (Kaye, 2004). On ne trouve pas ces graminées à la baie Clo-oose à l'heure actuelle, mais elles pourraient constituer une menace considérable à long terme parce qu'elles sont présentes à proximité sur la côte et peuvent se disperser à longue distance. Toutefois, on a avancé que les stations de la baie Clo-oose et de la baie Pachena ne sont pas propices aux ammophiles et ne sont donc pas menacées par ces graminées (Nick Page, comm. pers., 2005). Les ammophiles menacent aussi la survie de l'abronie rose parce qu'elles occupent probablement des habitats de dispersion potentiels et les rendent ainsi non disponibles à l'espèce. Cependant, les menaces précédentes sont plus immédiates.

1.3 Habitat essentiel

1.3.1 Définition de l'habitat essentiel

Nous proposons un habitat essentiel conformément au but du rétablissement (section 2). Dans le cadre du présent programme de rétablissement, nous ne proposons qu'un « habitat de survie » requis par la seule population existante actuelle. D'autres superficies d'habitat essentiel devraient être proposées dans le plan d'action à venir, en vue du rétablissement ou du remplacement des deux populations disparues de la côte ouest de l'île de Vancouver (« habitat de rétablissement »).

On a observé des plantes appartenant à la population de la baie Clo-oose le long du haut de la plage depuis un point situé au sud de la réserve indienne Cheewhat 4a jusqu'à l'extrémité ouest de cette plage (Jim Hamilton, comm. pers., 2005); il s'agit de l'aire centrale essentielle à la survie de la population. La zone de marées de tempête qui se trouve au-dessus du haut de la plage ainsi que le bas de plage et les eaux peu profondes sont aussi essentiels à la survie de l'espèce, en raison du rôle que ces zones jouent dans la dynamique des plages. La section 1.1.2 présente en détail d'autres besoins en matière d'habitat. D'après les besoins mentionnés ci-dessus et l'avis d'experts, il faudrait considérer que l'habitat essentiel, à la baie Clo-oose, est la plage de sable qui s'étend depuis la limite sud de la réserve indienne Cheewhat 4a jusqu'à l'extrémité sud de cette plage, y compris une zone tampon de 30 mètres des deux côtés de la ligne de marée haute moyenne (voir le tableau 2 pour les coordonnées UTM). Les experts ont proposé cette zone tampon de 30 mètres pour protéger à la fois le haut de la plage, le bas de la plage et la zone de mer peu profonde (Matt Fairbarns, comm. pers., 2005).

À l'heure actuelle, l'habitat essentiel proposé N'EST PAS suffisant pour le rétablissement de l'espèce. Tant qu'on n'identifiera pas de lieux propices, on ne pourra pas définir l'habitat essentiel au rétablissement d'autres populations. Il faudra effectuer d'autres recherches dans le but de définir l'habitat essentiel de manière complète. Les recherches sont décrites dans les calendrier des études, ci-dessous (1.3.4). De futurs plans d'actions identifieront probablement d'autres habitats essentiels jugés nécessaires au rétablissement de l'espèce.

1.3.2 Exemples d'activités susceptibles de détruire l'habitat essentiel

L'aménagement des plages et l'introduction d'espèces exotiques envahissantes (ex. gazons) peuvent détruire l'habitat essentiel, en l'occupant directement ou en modifiant la dynamique du littoral et le mouvement du sable. La modification du déplacement du sable peut avoir de profondes répercussions pour la morphologie des plages, au point d'en éliminer certains caractères qui sont nécessaires à l'abronie rose (voir la section 1.1.2). On ne pourra pas préciser quelles activités menacent l'habitat de rétablissement avant d'avoir défini cet habitat.

1.3.3 Approches existantes et recommandées pour la protection de l'habitat

L'habitat existant à la baie Clo-oose se trouve dans la réserve de parc national Pacific Rim et est protégé par des dispositions de la Loi sur les parcs nationaux du Canada et de la Loi sur les espèces en péril.

1.3.4 Calendrier des études nécessaires à la définition de l'habitat essentiel

Cartographie des milieux propices

Il faudra dresser une carte des plages de la côte ouest de l'île de Vancouver, entre Port Renfrew et Estevan Point, et évaluer ces plages sur le terrain afin de déterminer si elles pourraient convenir comme lieux de rétablissement. Date d'achèvement : 2008.

Relevés

À la fin août ou au début septembre, il faudra effectuer des relevés dans les localités convenant à la recherche de populations non répertoriées. Il ne suffit pas de faire un relevé une seule année dans une localité donnée, car il peut arriver qu'aucune graine ne germe et qu'aucune plante ne pousse pendant plusieurs années de suite. Par conséquent, il faudra effectuer des relevés dans toutes les stations potentielles pendant au moins trois années non consécutives, entre 2006 et 2010. Si l'on trouve des populations que l'on n'avait pas vues auparavant, il faudra définir l'habitat essentiel de chacune.

Surveillance

Il faudra surveiller station de la baie Clo-oose annuellement en août ou au début septembre et y vérifier s'il y a germination ou croissance, afin de déterminer la présence de l'espèce.

On pourra incorporer toutes ces mesures dans un plan d'action futur.

1.4 Mesures déjà achevées ou en cours

Depuis plusieurs années, l'Institute for Applied Ecology (Corvallis, Oregon) mène des études sur la biologie de l'abronie rose sur la côte de l'Oregon. On y a fait des recherches sur plusieurs aspects de la biologie de conservation de la plante, notamment sur la diversité génétique des populations naturelles, les mécanismes de dormance, les techniques de multiplication et la réintroduction (Braun, 1991; Karoly, 2001; Kaye, 1995, 1996, 1998, 1999a, 1999b, 2000, 2001, 2002, 2003a, 2003b, 2004; Kaye et al., 1999; McGlaughlin, 1999; McGlaughlin et al., 2002).

En 2001, on a récolté des graines de l'espèce à la baie Clo-oose, et on les a mises de côté aux fins de conservation du matériel génétique et d'études expérimentales. Certaines semences sont entre les mains de Jim Hamilton, résident de Clo-oose. D'autres, récoltées par George Douglas, sont conservées au Centre de foresterie du Pacifique, à Victoria, en Colombie-Britannique. On a utilisé les graines récoltées à la baie Clo-oose pour mettre à l'essai localement des techniques de multiplication -- toutes les plantes obtenues sont mortes sans fleurir. Lors d'une étude, les graines ont germé dans des fûts de 20 gallons remplis de sable, mais les plantes n'ont pas fleuri. Lors d'une seconde expérience, on a semé les graines dans un sillon peu profond, mais l'essai fut interrompu par des randonneurs, qui ramassaient les marqueurs en bois pour allumer des feux ou piétinaient le site d'essai (Jim Hamilton, comm. pers., 2005). Une petite quantité de semences ont été envoyées à des chercheurs en Oregon et semées dans des pots de 2 gallons remplis de gros sable, dans le cadre d'une expérience de jardinage commune avec des plantes indigènes d'Oregon; l'abronie rose a bien poussé et fleuri dans ce cas (Tom Kaye, comm. pers., 2006).

Depuis 1999, la station de la baie Clo-oose fait l'objet d'un suivi.

1.5 Lacunes dans les connaissances

On ne sait pas s'il existe un réservoir de semences enfoui à la baie Clo-oose.

On manque d'information sur la façon d'utiliser la petite quantité de semences récoltées à la baie pour restaurer ou augmenter la population locale. Il faudra d'autres renseignements sur la quantité de graines nécessaire à la multiplication aux fins de réintroduction. D'autre part, on a peu d'expérience appliquée sur l'aménagement de « jardins de multiplication » in situ qui permettraient d'accumuler des réserves de semences.

Les techniques de réintroduction élaborées en Oregon par l'Institute for Applied Ecology n'ont pas été mises à l'essai sur la côte ouest de l'île de Vancouver.

Il n'existe aucune description des caractéristiques démographiques et phénologiques des populations d'abronie rose canadiennes, ni des facteurs sous-jacents. Par exemple, on ne sait pas quel rôle ont joué les introductions (production de graines sur place, graines provenant d'autres populations) et les sorties (transport vers l'extérieur, déclin de la viabilité naturelle avec le temps).

On ne sait pas s'il reste des populations à Pachena et à Ahousat ou s'il y en a ailleurs dans l'île de Vancouver. Les relevés effectués dans le passé ne suffisent pas, si l'on tient compte du fait que les populations de ce taxon sont souvent très petites et peuvent demeurer dormantes pendant plusieurs années sous forme de réservoir de semences. S'il existe de tels réservoirs enfouis dans une de ces stations ou dans les deux, il faudra les rétablir à l'aide de matériel génétique indigène plutôt que de semences provenant d'ailleurs.

Il faudra mener d'autres recherches afin de comprendre les répercussions des dépôts de billes et des ammophiles envahissantes pour l'abronie rose et son habitat.