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Programme de rétablissement de l'abronie rose (Abronia umbellata) au Canada (Proposition)


2 Rétablissement

2.1 Faisabilité du rétablissement

Il existe des lacunes considérables dans les connaissances sur cette espèce. Cependant, les décisions prises dans le cadre du rétablissement doivent tenir compte de la conservation de la biodiversité et du principe selon lequel le manque de certitude scientifique ne doit pas être prétexte à retarder la prise de mesures efficientes pour prévenir la disparition ou la décroissance de l'espèce, si elle est menacée d'atteinte grave ou irréversible (selon l'article 38 de la LEP). La survie de l'espèce peut exiger qu'on intervienne en tenant pour acquis que l'activité humaine a eu sur elle des effets négatifs qu'il faut maintenant atténuer pour perpétuer sa présence au Canada. En agissant autrement, on risque la perte évitable d'une composante de la biodiversité canadienne.

Pour déterminer la faisabilité du rétablissement, nous avons tenu compte des quatre critères suivants :

  • Y a-t-il actuellement des individus reproducteurs permettant d'augmenter le taux de croissance de la population ou son effectif? Il est possible que la population de la baie Clo-oose existe à l'état de réservoir de semences. Si ce n'est pas le cas, nous avons des graines qui ont été récoltées sur le site en 2001. En dernier recours, il existe des populations en santé aux États-Unis, dont les graines seraient probablement viables au Canada. Après avoir obtenu des semences qui conviennent, on pourrait faire pousser les plantes en milieu contrôlé et réussir à les transplanter dans la nature lorsqu'elles seront en mesure de se reproduire et d'établir une population (Kaye, 2003b).
  • Existe-t-il suffisamment d'habitat pouvant abriter l'espèce, ou peut-on en créer par des mesures d'aménagement ou de restauration? À la baie Clo-oose et à la baie Pachena, l'habitat est relativement intact, et il y a plusieurs autres plages entre Port Renfrew et Estevan Point qui semblent offrir un milieu propice. Les plages où se sont installées des graminés envahissantes peuvent être restaurées grâce à des mesures de rétablissement (Pickart, 1997).
  • Les menaces appréciables pesant sur l'espèce ou son habitat peuvent-elles être évitées ou atténuées grâce à des mesures de rétablissement? Aucune menace pesant sur l'espèce et son habitat n'est inévitable ou empêche le rétablissement.
  • Les techniques de rétablissement nécessaires existent-elles, et leur efficacité a-t-elle été démontrée? On a mis à l'essai des techniques de rétablissement en Oregon (Kaye, 2003a,b), et on pourrait réussir à les adapter aux stations canadiennes.

Aux termes de la Politique sur le caractère réalisable du rétablissement (Environnement Canada et al., 2005), le rétablissement peut donc être considéré comme réalisable.

2.2 But, objectifs et approches correspondantes du rétablissement

2.2.1 But du rétablissement

Le but du rétablissement à long terme (pour les vingt prochaines années) est réparti en plusieurs volets dans le tableau 3. Ce but vise à réduire la probabilité de voir le taxon disparaître du pays, en assurant un approvisionnement annuel du réservoir de semences permettant aux individus de survivre entre les épisodes de germination. Il est peu probable que l'atteinte de ce but aboutisse à l'inscription de l'espèce dans une catégorie de moindre risque, parce qu'il n'existe aucune preuve historique que la population canadienne ait jamais dépassé le seuil d'effectif le plus bas utilisé par le COSEPAC pour la détermination du statut (250 individus matures). Cependant, l'atteinte du but du rétablissement assurera la stabilité à long terme de l'effectif à son niveau historique, dont on peut présumer qu'il a toujours été faible.

Tableau 3. But du rétablissement de l'abronie rose pour les 20 prochaines années (2006 à 2025)
Critères du COSEPACTermeVoletBut du rétablissement
B1, B1aLong terme
(vingt ans)
1Conserver l'abronie rose dans toute son aire de répartition historique canadienne : une population existante à la baie Clo-oose et au moins deux autres populations, à introduire ou réintroduire d'ici 2015 dans l'aire de répartition historique ou à proximité.
B1aCourt terme
(cinq ans)
2Protéger la population existante à la baie Clo-oose.
D1Long terme
(vingt ans)
3Protéger toutes les populations existantes et les gérer de façon que leur effectif ne tombe pas à un niveau inférieur à celui d'une population viable.
D1Court terme
(cinq ans)
4S'assurer que la population de la baie Clo-oose ait au moins l'effectif d'une population minimale viable.

2.2.2 Objectifs de rétablissement (effectif et répartition)

Le tableau 4 présente les objectifs de rétablissement de l'abronie rose pour les cinq prochaines années.

Tableau 4. Objectifs de rétablissement pour 2006 à 2010
ObjectifBut (volets visés)MenacesCritères d'évaluation du COSEPAC
1. Faire pousser des plantes à partir d'une source de semences génétiquement appropriée et les introduire dans la nature à la baie Clo-oose.2, 4Effondrement démographiqueB1a
D1
2. Atténuer les menaces pesant sur l'habitat et la survie à la baie Clo-oose en enlevant les billes qui se sont échouées sur les plages en provenance des exploitations forestières de la côte ouest.2, 4Augmentation de l'accumulation de billesB1a
D1
3. Sensibiliser le public à l'existence et à la valeur de conservation de l'abronie rose, des espèces en péril associées et des dunes constituant leur habitat.1, 2, 3, 4Activités récréativesB1
B1a
D1
4. Assurer la protection permanente (juridique ou par intendance) de l'habitat des populations historiques.1, 3Effondrement démographiqueB1
B1a
D1
5. Faire participer à la protection de l'habitat tous les propriétaires fonciers concernés.1, 2, 3, 4Effondrement démographiqueB1
B1a
D1
6. Repérer et classer 5 à 10 milieux de rétablissement potentiels (translocation).1, 3Effondrement démographiqueB1
B1a
D1
7. Restaurer les conditions de fonctionnement de l'habitat à l'intérieur ou à proximité des milieux proposés pour des populations restaurées ou nouvelles.1, 3Augmentation de l'accumulation de billes
Effondrement démographique Espèces envahissantes
B1
B1a
D1

2.2.3 Justification du but et des objectifs

Il existe des lacunes considérables dans les connaissances sur cette espèce, et il n'y a pas suffisamment de renseignements pour établir les caractéristiques précises de la dynamique de sa population. En particulier, on ne sait pas ce dont la population a besoin pour être viable à long terme (Matt Fairbarns, comm. pers., 2005). L'hypothèse la plus sûre est celle selon laquelle la population était stable avant l'activité humaine, qui a réduit l'approvisionnement du réservoir de semences (production locale ou transport à longue distance). Il semble peu probable que l'activité humaine ait pu affecter considérablement la sortie de semences (diminution de la viabilité et transport à l'extérieur de la station). Si cette hypothèse est juste, une intervention immédiate pourrait sauver l'espèce au Canada. Si elle ne l'est pas, les coûts environnementaux de l'augmentation de la quantité de semences dans un environnement qui n'est pas propice localement semblent négligeables. L'autre hypothèse est celle selon laquelle le déclin de la population s'est fait naturellement (pour des raisons autres que l'intervention humaine) et qu'on ne devrait rien faire pour venir en aide à l'espèce. En agissant selon cette hypothèse, on risque de laisser les activités humaines causer la perte d'une composante de la biodiversité canadienne, laquelle perte aurait pu être évitée. La première hypothèse semble donc comporter le moins de risques.

Selon l'hypothèse la plus sûre mentionnée ci-dessus, l'abronie rose devrait être la cible d'interventions de rétablissement visant à augmenter l'approvisionnement en semences. Une hypothèse supplémentaire, selon laquelle il existe un réservoir de semences, permet quant à elle de réduire au minimum le risque d'introduire des gènes étrangers dans une population adaptée localement. Selon cette hypothèse, on ne devrait utiliser pour la restauration que la source de semences qui convient le mieux du point de vue génétique -- c'est-à-dire utiliser d'abord les semences locales, puis, s'il n'y en a pas assez, les semences dont les gènes sont les plus semblables.

Au moment de l'estimation des effectifs dans le contexte de la viabilité, il faut tenir compte des individus qui se trouvent dans le réservoir de semences. Il se peut que l'espèce forme des populations viables dont la plupart des individus se trouvent dans un tel réservoir, réapprovisionné par reproduction périodique (Matt Fairbarns, comm. pers., 2005). Dans ce cas (selon les taux d'approvisionnement et de sortie du réservoir de semences), un nombre relativement petit de plantes matures peut constituer une population viable.

Le présent programme de rétablissement propose une intervention immédiate accompagnée d'études démographiques visant à déterminer les facteurs influant sur les taux de recrutement, les taux de survie des plantes et des éléments de plantes (fleurs, tiges florifères, fruits, etc.) ainsi que les taux d'approvisionnement et de sortie (par séquestration à long terme, germination ou mortalité) du réservoir de semences. Ces renseignements devraient permettre de préciser le but du rétablissement au cours des dernières étapes du processus.

2.2.4 Approches générales contre les menaces

Le tableau 5 présente les approches générales pour le rétablissement de l'abronie rose.

Tableau 5. Approches générales visant le rétablissement
PrioritéObj.Approche généraleMenace viséeMesures proposéesRésultats attendus ou cibles
Urgent1Conservation des gènesEffondrement démographiqueAméliorer les conditions d'entreposage des semences récoltées à la baie Clo-oose.
Établir un programme de multiplication des semences entreposées.
Régulariser les questions entourant la récolte et l'entreposage légal des semences.
Source de semences adaptées localement.
Urgent1Augmentation de la populationEffondrement démographiqueDans un cadre expérimental, mettre à l'essai des techniques visant à augmenter la population de la baie Clo-oose en repiquant des plantes dérivées de semences adaptées localement.
Établir un programme de repiquage régulier à la baie Clo-oose.
Faire des études démographiques à la baie Clo-oose.
Restauration de la population de la baie Clo-oose.
Identification des facteurs limitatifs de la population.
Urgent3Vulgarisation et sensibilisation du publicActivités récréativesÉtablir un programme d'interprétation à la station de la baie Clo-oose, afin d'éviter les effets négatifs causés involontairement par les randonneurs.
Envisager de clôturer temporairement, pendant la saison de randonnée, les aires exposées aux activités récréatives.
Meilleures conditions de survie.
Sécurisation de la stationMettre sur pied des programmes de sensibilisation pour contacter les propriétaires fonciers au sujet de sites de translocation potentiels.Trousse de sensibilisation destinée aux propriétaires fonciers.
Priorité élevée1,8SuiviToutesFaire un suivi annuel de la population et de l'habitat essentiel de la baie Clo-oose.
Inviter le public à signaler les plantes observées (grâce aux programmes d'interprétation).
Identification des menaces et détermination des tendances de la population.
Priorité élevée6, 8RelevésEffondrement démographiqueÉvaluer si les plages situées entre Estevan Point et Port Renfrew (y compris les stations historiques) conviennent comme habitat.
Faire un relevé annuel des plages qui conviennent, pendant cinq ans (de 2006 à 2011).
Inviter le public à signaler les plantes observées (grâce aux programmes d'interprétation).
Identification et délimitation de sites en vue d'établir ou de rétablir des populations.
Découverte de populations passées inaperçues.
Priorité élevée2, 7Intendance de l'habitatAugmentation de l'accumulation de billes de boisEnlever de la station de la baie Clo-oose les billes laissées par l'exploitation forestière.Meilleures conditions d'habitat à la baie Clo-oose.
Priorité élevée2, 7Intendance de l'habitat

Augmentation de l'accumulation de billes

Activités récréatives

Espèces envahissantes

Enlever les billes (laissées par l'exploitation forestière) des sites de translocation potentiels, s'il y a lieu.
Lors de la translocation, mettre en place un programme d'interprétation dans les sites afin d'éviter les effets négatifs causés involontairement par les amateurs d'activités récréatives.
Détruire les graminées envahissantes dans les sites de translocation potentiels, s'il y a lieu.
Assurer un suivi en vue d'une gestion adaptive.
Meilleures conditions d'habitat et réduction du piétinement dans les sites de translocation potentiels.
Priorité élevée4, 5Sécurisation de l'habitatEffondrement démographiqueDéterminer la position probable des populations disparues de la baie Pachena et d'Ahousat et évaluer la pertinence d'une restauration.
Si le milieu semble propice, communiquer avec les propriétaires fonciers et discuter des questions concernant la restauration des populations disparues.
S'il y a lieu, sécuriser les stations historiques à l'aide de mécanismes de protection.
Si l'habitat des stations historiques ne convient plus, sécuriser d'autres sites en vue d'y implanter des populations.
Sécuriser des sites pour les programmes de translocation.

2.2.5 Répercussions pour les espèces non visées

On ne rencontre aucune autre plante indigène dans le milieu littoral occupé par la population de la baie Clo-oose, et ce petit secteur ne semble pas jouer un rôle important pour des espèces vertébrées. Par conséquent, les approches proposées dans le tableau 5 n'affecteront pas de façon considérable ni directe les populations actuelles de plantes indigènes ou de vertébrés.

Le retrait des billes résultant des activités humaines restaurera vraisemblablement les processus naturels de la géomorphologie des plages et de la succession littorale. En particulier, le retrait de ces billes pourrait entraver ou inverser la stabilisation non naturelle des systèmes littoraux. Or, un certain nombre d'espèces des milieux sableux ouverts inscrites sur la liste bleue du Centre de données sur la conservation de la Colombie-Britannique poussent à proximité des populations d'abronie rose. À la baie Clo-oose, on rencontre des populations de gléhnie à fruits lisses (Glehnia littoralis ssp. leiocarpa), de renouée paronyque (Polygonum paronychia)et de liseron des dunes (Convolvulus soldanella), sur les dunes et les crêtes des arrière-plages. L'abronie à feuilles larges (Abronia latifolia) est une autre plante inscrite sur la liste bleue qu'on trouvait en abondance sur les arrière-plages de la baie Clo-oose, mais qu'on n'a pas vue depuis environ 1995 (Jim Hamilton, comm. pers., 2005). La dune d'arrière-plage où on trouvait le plus en abondance la gléhnie à fruits lisses, le liseron des dunes et la renouée paronyque (et où on a vu l'abronie à feuilles larges pour la dernière fois) a été stabilisée par une bande de forêt qui a poussé sur les débris d'exploitation forestière de la partie basse de l'arrière-plage et qui protège aujourd'hui la dune des vents de l'océan. On pourrait arrêter ou inverser la stabilisation des dunes en enlevant ces débris et la bande de forêt. Les espèces inscrites sur la liste bleue mentionnées ci-dessus en profiteraient, et cela pourrait mener au rétablissement de l'abronie à feuilles larges, si elle possède encore un réservoir de semences enfoui dans le sol.

On rencontre aussi l'abronie à feuilles larges à la baie Pachena, mais cette population est très petite, et son effectif a diminué par suite des activités récréatives. À la baie Pachena, les mesures de rétablissement visant la restauration de la population d'abronie rose disparue pourraient aussi profiter à la population en déclin d'abronie à feuilles larges.

Les activités de vulgarisation et de sensibilisation feront davantage apprécier du public les écosystèmes dunaires de la côte ouest de l'île de Vancouver et certaines des espèces rares qui s'y trouvent.

2.2.6 Évaluation

L'ensemble des approches de rétablissement décrites dans le présent programme seront évaluées à l'aide d'un suivi régulier de l'abronie rose et de son habitat. On a établi des niveaux cibles pour l'espèce en termes de zone d'occupation et de persistance (tableau 3). Ces cibles serviront à mesurer les progrès réalisés. On examinera le programme de rétablissement dans cinq ans afin de comparer les progrès réalisés aux objectifs fixés et de déterminer si d'autres approches et des changements sont nécessaires. Les mesures de rendement suivantes pourront aussi servir à évaluer les progrès du rétablissement :

  • Régularisation des désignations d'habitat essentiel dans le cadre d'un plan d'action de rétablissement;
  • Nombre de mesures de protection établies pour l'habitat essentiel;
  • Nombre de lacunes dans les connaissances comblées;
  • Priorisation adéquate des sites à sécuriser;
  • Nombre de sites à priorité élevée protégés par des conventions d'acquisition ou de conservation;
  • Désignation de l'espèce comme espèce en péril en vertu de la loi provinciale Wildlife Amendment Act;
  • Production et diffusion d'une certaine quantité de matériel de vulgarisation et de sensibilisation sur l'abronie rose;
  • Nombre de sites ayant des plans de gestion appropriés mis en place;
  • Création d'un programme d'entreposage de semences ex situ;
  • Création d'un guide sur la réintroduction et la translocation de l'abronie rose;
  • Nombre de protocoles et de meilleures pratiques de gestion élaborés et diffusés;
  • Nombre de sites sécurisés et améliorés grâce à une lutte contre les espèces envahissantes et à d'autres activités de restauration;
  • Établissement d'un programme de multiplication des semences.

2.2.7 Approche recommandée pour le rétablissement

L'Équipe de rétablissement doit favoriser la participation de ses membres à l'équipe qui gère le rétablissement de ce taxon aux États-Unis ainsi qu'à la ou les équipes qui seront mises en place pour le rétablissement d'autres espèces rares du littoral sablonneux de l'île de Vancouver, notamment la noctuelle de l'abronie (Copablepharon fuscum) et l'onagre à fruits tordus (Camissonia contorta). Malgré les avantages évidents d'une telle participation croisée à ces équipes, c'est une approche fondée sur une seule espèce qui convient le mieux au rétablissement de l'abronie rose, car elle facilite l'élaboration et la mise en œuvre de plans de rétablissement sans pour autant causer des conflits avec les activités de rétablissement visant les deux espèces susmentionnées, puisque l'abronie rose ne pousse pas en compagnie de celles-ci.

Le Plan d'action de rétablissement proposé de l'abronie rose sera posté sur le Registre Public par juillet 2008.