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Espèces sauvages 2015: la situation générale des espèces au Canada

Section 1 – Introduction

Le Canada est un grand pays qui abrite des milliers d’espèces. La première étape afin de prévenir la perte d’espèces est de savoir quelles espèces nous avons au Canada, où elles se retrouvent et quel est leur statut. Les rapports de la série Espèces sauvages visent à présenter cet aperçu.

Pourquoi un rapport sur les espèces au Canada?

En 1996, les ministres responsables des espèces sauvages au Canada ont signé l’Accord pour la protection des espèces en péril, et ils ont pris l’engagement clé visant à « surveiller, évaluer et faire rapport régulièrement sur le statut de toutes les espèces sauvages ». Cet objectif ambitieux constitue le mandat du programme sur la situation générale des espèces au Canada. Pour remplir ce mandat, le Groupe de travail national sur la situation générale (GTNSG) a été formé. Ce groupe de travail compte des représentants de tous les gouvernements provinciaux et territoriaux du Canada, ainsi que du gouvernement fédéral.

Quelques années plus tard, le gouvernement fédéral a confirmé l’engagement pris dans le cadre de l’Accord en ajoutant à la Loi sur les espèces en péril l’article 128, qui énonce que, « cinq ans après l’entrée en vigueur du présent article, et à intervalles de cinq ans par la suite, le ministre établit un rapport général sur la situation des espèces sauvages ».

Les rapports de la série Espèces sauvages servent de fondement au respect de ces exigences. Ces rapports visent à informer les Canadiens sur la situation des espèces au pays, ainsi qu’à contribuer à la prévention de la disparition d’espèces du Canada en raison de l’activité humaine.

Afin d’empêcher la disparition d’espèces du Canada, il est fondamental d’intervenir dès les premières étapes. Dans le Cadre national pour la conservation des espèces en péril, qui est un document qui présente en détail la façon de mettre en oeuvre l’Accord pour la protection des espèces en péril, le processus d’évaluation des espèces comporte deux étapes principales :

  1. En premier lieu, les autorités examinent ensemble l’état général de leurs espèces sauvages, utilisant pour ce faire la meilleure information accessible et les données d’inventaire, pour déterminer si des espèces dont la protection relève de leurs champs de compétence sont en péril.
  2. En second lieu, les espèces considérées comme en péril font l’objet d’un examen plus approfondi effectué dans le cadre d’une démarche scientifique visant à mieux comprendre la nature et la gravité du risque. On pourra en tirer une classification, à savoir : disparue, disparue du pays, en voie de disparition, menacée, préoccupante, données insuffisantes, ou non en péril.

Le programme sur la situation générale des espèces au Canada s’occupe de la première étape. Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) est responsable de la deuxième étape. Le COSEPAC est un comité de spécialistes qui effectuent des évaluations détaillées des espèces que l’on présume en danger de disparition. Les espèces désignées comme possiblement en péril par le Groupe de travail national sur la situation générale sont des espèces qui pourraient être des candidates aux évaluations plus détaillées par le COSEPAC.

Combien d’espèces au Canada?

Les divers types d’habitats qui se trouvent au Canada, notamment la forêt feuillue, la forêt boréale, la toundra, ou les régions océaniques, supportent bon nombre d’espèces différentes. Dans le rapport Espèces sauvages 2010, la meilleure estimation disponible indiquait qu’environ 70 000 espèces étaient présentes au Canada. Ce nombre était principalement fondé sur des estimations datant des années 1990, 1980 et 1970. Pour le rapport Espèces sauvages 2015, le Groupe de travail national sur la situation générale, en collaboration avec la Commission biologique du Canada, a revu l’estimation du nombre total d’espèces présentes au Canada. Selon la nouvelle estimation, il y a environ 80 000 espèces connues au Canada, excluant les virus et les bactéries (Figure 1). Ces espèces se divisent en cinq règnes : les protozoaires (environ 1% des espèces connues au Canada), les chromistes (environ 4% des espèces connues au Canada), les champignons (environ 16% des espèces connues au Canada), les végétaux (environ 11% des espèces connues au Canada) et les animaux (environ 68% des espèces connues au Canada).

Le règne des animaux compte la majorité des espèces connues. Fait intéressant, les insectes constituent le groupe le plus diversifié, comportant près de 70% des espèces animales connues au Canada. Seulement quatre grands groupes taxonomiques, soit l’ordre Coleoptera (coléoptères), l’ordre Hymenoptera (abeilles, guêpes et semblables), l’ordre Lepidoptera (papillons) et l’ordre Diptera (mouches), représentent la plupart des insectes du Canada.

Dans ce rapport, le statut de conservation d’environ 30 000 espèces a été évalué. Dans le règne des protozoaires, 0% des espèces connues au Canada ont été évaluées. Dans le règne des chromistes, 0% des espèces connues au Canada ont été évaluées. Dans le règne des champignons, environ 8% des espèces connues au Canada ont été évaluées. Dans le règne des végétaux, environ 74% des espèces connues au Canada ont été évaluées. Dans le règne des animaux, environ 42% des espèces connues au Canada ont été évaluées. Bien que le nombre d’espèces animales évaluées soit le plus élevé, les végétaux ont le plus grand pourcentage d’espèces évaluées.

Il existe potentiellement beaucoup d’autres espèces inconnues au Canada. Ces espèces inconnues pourraient être des espèces nouvelles pour la science ou encore des espèces qui sont déjà connues des scientifiques, mais dont la présence n’a pas encore été répertoriée au Canada. Il est probable que l’estimation des espèces connues continuera d’augmenter à mesure qu’un plus grand nombre de ces espèces non répertoriées seront découvertes. Toutefois, il est difficile d’évaluer le nombre d’espèces qu’il reste à découvrir. Il y a également de nombreuses subdivisions potentielles inférieures au niveau de l’espèce. Par exemple, les sous-espèces, les populations, les stocks ou les unités désignables sont des divisions inférieures au niveau de l’espèce. Bien que ces divisions soient fondées, il semble y avoir plus de désaccords concernant les limites précises et l’importance biologique des différences observées à cette échelle plus fine. De plus, relativement peu d’espèces ont été examinées assez en détails pour déterminer si des sous-espèces ou des stocks distincts existent. Ces subdivisions font donc souvent partie d’une évaluation plus détaillée. Comme le mandat du programme sur la situation générale des espèces au Canada consiste à présenter un aperçu du statut des espèces et qu’un grand nombre d’espèces sont incluses, les évaluations pour les rapports Espèces sauvages sont habituellement effectuées qu’au niveau de l’espèce. La mesure de diversité la plus courante est le nombre d’espèces, et ces rapports sont axés sur cette perspective de la biodiversité.

Figure 1. Nombre total d’espèces connues au Canada (environ 80 000 espèces, excluant les virus et les bactéries), et nombre d’espèces évaluées dans ce rapport (environ 30 000 espèces).
Graphiques des barres (voir longue description ci-dessous)
Description longue pour figure 1

La figure 1 montre le nombre total d'espèces au Canada (environ 80 000 espèces, excluant les virus et bactéries), et le nombre d'espèces évaluées dans ce rapport (environ 30 000 espèces). Le graphique à barres montre le nombre d’espèces évaluées comparé au nombre total d’espèces présentes au Canada pour chaque groupe taxonomique. Toutes les espèces ont été évaluées pour les groupes suivants: mammifères (218), oiseaux (664), reptiles (48), amphibiens (47), poissons (1389), papillons (5297), coléoptères (8180), éponges (271), plantes vasculaires (5121) et bryophytes (1351). Une portion des espèces ont été évaluées pour les groupes suivants: étoiles de mer et oursins (114 espèces sur 432), crustacés (313 espèces sur 3127), autres insectes (1960 espèces sur 2904), mouches (1001 espèces sur 8535), abeilles, guêpes et semblables (1190 s espèces sur 8000), araignées et semblables (1400 espèces sur 3411), mollusques (425 espèces sur 1600), coraux et méduses (215 espèces sur 886), lichens (861 espèces sur 2600) et basidiomycètes (84 espèces sur 3400). Les groupes suivants n’ont pas été évalués : autres cordés (160), autres arthropodes terrestres (605), punaises (4234), vers annelés et semblables (1152), vers nématodes et semblables (1153), rotifères et autres vers (585), vers plats et némertes (672), bryozoaires et semblables (414), algues vertes et rouges (2250), autres champignons (1400), ascomycètes (5000), autres algues chromistes (610), algues brunes (300), diatomées (2000), dinoflagellés (60) et protozoaires (1000).

Rapports Espèces sauvages précédents

Le premier rapport de la série était Espèces sauvages 2000. Dans ce rapport, 1670 espèces au total ont été évaluées. L’un des grands points forts de ce rapport a été de regrouper, pour la première fois au Canada, les connaissances que nous possédions sur la plupart des vertébrés du pays.

Le deuxième rapport de la série était Espèces sauvages 2005. Dans ce rapport, 7732 espèces au total ont été évaluées. L’une des plus grandes réalisations dans le cadre de ce rapport a été d’évaluer pour la première fois la situation générale de toutes les plantes vasculaires au Canada. L’ajout des plantes vasculaires, qui comptaient plus de 5000 espèces, a été l’un des principaux facteurs de l’augmentation du nombre d’espèces évaluées.

Le troisième rapport de la série était Espèces sauvages 2010. Dans ce rapport, 11 950 espèces au total ont été évaluées. L’un des grands points forts de ce rapport a été d’évaluer pour la première fois le statut de conservation de plusieurs groupes d’insectes. Pour refléter cette étape, la photo d’une coccinelle a été choisie comme image principale de la page couverture du rapport.

Le rapport Espèces sauvages 2015 est le quatrième rapport de la série. L’une des grandes réalisations de ce rapport, qui évalue 29 848 espèces au total, est de commencer à couvrir une partie importante de la diversité des espèces au Canada. Par exemple, de nouveaux groupes d’espèces marines ont été évalués et plusieurs grands groupes d’insectes ont également été ajoutés. Une attention particulière a été portée aux insectes pollinisateurs, et la photo d’une abeille a été choisie comme image principale de la page couverture.