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Espèces sauvages 2015: la situation générale des espèces au Canada

Section 2 – Méthodologie

Groupe de travail national sur la situation générale

Le Groupe de travail national sur la situation générale est composé de représentants de chacune des provinces et de chacun des territoires du Canada ainsi que des trois organismes fédéraux dont le mandat englobe les espèces sauvages (Service canadien de la faune d’Environnement et Changement climatique Canada, Pêches et Océans Canada, Parcs Canada). Les membres du groupe de travail sont responsables d’effectuer les évaluations des espèces dans leurs juridictions respectives. Le Groupe de travail national sur la situation générale est composé de trois catégories de membres :

  • Représentants gouvernementaux
  • Spécialistes des centres de données sur la conservation
  • Membres à titre d’office

Les représentants gouvernementaux sont les membres ayant le droit de vote dans le groupe de travail, et ont la décision finale sur les rangs. Ils rendent compte au Comité des directeurs canadiens de la faune (fédéral/provincial/territorial). Le rôle des spécialistes des centres de données sur la conservation est de veiller au partage et aux transferts des données. Ils ont la responsabilité d’intégrer les résultats des évaluations dans les centres de données sur la conservation. Les membres à titre d’office sont des collaborateurs clés qui fournissent une expertise spéciale et de l’assistance pour les évaluations de certains groupes d’espèces. Il y a présentement trois membres à titre d’office dans le groupe de travail : Agriculture et Agroalimentaire Canada, Ressources naturelles Canada, et le bureau de NatureServe Canada.

Le Groupe de travail national sur la situation générale est responsable devant le Comité des directeurs canadiens de la faune et, en définitive, devant le Conseil canadien pour la conservation des espèces en péril, qui regroupe tous les ministres de la faune au Canada. Pour les coordonnées de tous les membres du groupe de travail, veuillez consulter l’annexe 1 de ce rapport.

NatureServe

Le Groupe de travail national sur la situation générale utilise la méthodologie de NatureServe [en anglais seulement] pour évaluer le statut de conservation des espèces au Canada. NatureServe est un réseau international composé de plus de 80 centres de données sur la conservation à travers l’hémisphère occidental, reliant la science et la conservation. Ces centres de données sur la conservation utilisent des normes communes pour les données, des procédures généralisées et des échanges réguliers d’informations pour suivre le statut de la biodiversité. La méthodologie de NatureServe a été choisie pour mettre à profit des normes scientifiques internationales et pour permettre une meilleure intégration avec les gouvernements provinciaux et territoriaux au Canada, via leurs centres de données sur la conservation. NatureServe Canada, un nodule canadien du réseau international, fournit un support scientifique et technique aux membres du Groupe de travail national sur la situation générale. Ce support se fait par l’intégration des résultats des rapports Espèces sauvages dans le système de gestion des données de NatureServe. Une fois que cette intégration est réalisée, les résultats sont aussi disponibles sur l’explorateur de NatureServe [en anglais seulement].

Processus d’évaluation des espèces

Le processus d’évaluation du statut de conservation des espèces est fondé sur les meilleures connaissances disponibles (Figure 2). Diverses sources de connaissances permettent de déterminer s’il y a suffisamment de renseignements disponibles pour aller de l’avant avec l’évaluation d’un groupe taxonomique en particulier. L’étape la plus cruciale est l’élaboration de la liste des espèces pour les groupes taxonomiques choisis. La liste indique les espèces dont la présence au Canada est actuellement connue ou qui l’a déjà été. Pour de nombreux groupes d’espèces au Canada, on ne possède pas suffisamment de connaissances même pour établir une liste des espèces, c’est-à-dire qu’on ne sait pas quelles espèces sont présentes au pays. On ne peut donc pas évaluer le statut de conservation de ces espèces. Pour les groupes d’espèces faisant l’objet de suffisamment de connaissances, les informations de diverses sources sont rassemblées pour établir la liste des espèces au Canada. Afin de valider les noms scientifiques des espèces figurant sur la liste, le Groupe de travail national sur la situation générale utilise des références taxonomiques de calibre mondial. Cette procédure garantit l’utilisation des noms scientifiques des espèces les plus reconnus, et confirme également que les espèces sont valides selon les connaissances actuelles. Par exemple, lorsque des synonymes d’une même espèce se trouvent dans différentes sources, le nom scientifique de la référence de calibre mondial est utilisé. La liste des références taxonomiques de calibre mondial utilisées pour chaque groupe d’espèces se trouve dans la base de données du rapport Espèces sauvages.

Une fois que la liste des espèces est établie, l’étape suivante consiste à évaluer le statut de conservation des espèces. Lorsqu’un groupe taxonomique est choisi, le statut de conservation de toutes les espèces de ce groupe fait l’objet d’une évaluation. Ainsi, les évaluations ne portent pas seulement sur les espèces rares ou en péril connues, mais plutôt sur toutes les espèces du groupe. Le Groupe de travail national sur la situation générale utilise différentes stratégies, selon la quantité d’informations disponibles. Pour les groupes taxonomiques bien connus, composés principalement des espèces vertébrées (mammifères, oiseaux et autres), les évaluations sont habituellement effectuées directement par le groupe de travail. Pour les groupes taxonomiques moins connus, composés principalement d’espèces invertébrées (insectes et autres), des spécialistes sont embauchés pour aider le groupe de travail à effectuer les évaluations. Les spécialistes proposent une liste d’espèces et recommandent des rangs du statut de conservation. En fonction du nombre d’espèces dans un groupe taxonomique et de la disponibilité de l’expertise, dans certains cas, un spécialiste national sera embauché pour aider tous les gouvernements du Canada et, parfois, plusieurs spécialistes régionaux seront embauchés. La liste des spécialistes qui ont participé à la rédaction de ce rapport se trouve à l’annexe 2. Les gouvernements examinent ensuite les rangs et ajoutent davantage d’informations, si possible. Le gouvernement qui approuve de manière définitive les rangs varie en fonction du type d’espèces. Pour la plupart des espèces terrestres, ce sont les gouvernements provinciaux et territoriaux qui approuvent de manière définitive les rangs. Pour les espèces aquatiques, c’est plutôt Pêches et Océans Canada (gouvernement fédéral) qui approuve de manière définitive les rangs. En ce qui concerne les oiseaux migrateurs, le Service canadien de la faune d’Environnement et Changement climatique Canada (gouvernement fédéral) approuve de manière définitive les rangs. Toutefois, les rangs sont habituellement déterminés par l’entremise d’une approche collaborative.

Une fois que les évaluations du statut de conservation sont terminées, les rangs sont intégrés dans les centres de données sur la conservation. Le programme sur la situation générale des espèces au Canada est donc l’un des principaux moteurs pour la mise à jour des rangs dans les centres de données sur la conservation. Le Groupe de travail national sur la situation générale examine également les autres renseignements fournis dans la base de données du rapport Espèces sauvages. Les renseignements sont ensuite utilisés pour la production des rapports Espèces sauvages. Ce processus se répète tous les cinq ans. Puisque les rapports Espèces sauvages représentent un instantané dans le temps, le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux et territoriaux devraient être contactés si des rangs du statut de conservation plus récents sont requis, ou pour des rangs du statut de conservation inférieurs au niveau de l’espèce.

Après la publication d’un rapport Espèces sauvages, le Groupe de travail national sur la situation générale prépare un plan de travail quinquennal en vue du rapport suivant. Le plan de travail quinquennal détermine la priorité des groupes taxonomiques à inclure, et il souligne les nouvelles évaluations qui devront être effectuées. Les groupes taxonomiques sont choisis selon la disponibilité des informations, de l’expertise et des ressources. Habituellement, lorsqu’un groupe taxonomique est inclus dans une édition du rapport Espèces sauvages, les espèces sont réévaluées tous les cinq ans dans les rapports suivants. Pour chaque groupe taxonomique figurant au plan de travail, un responsable est nommé au sein du groupe de travail. Au besoin, les responsables aident à identifier des spécialistes qui pourront être embauchés pour contribuer aux évaluations. Les responsables participent également à la révision finale des résultats de leurs groupes taxonomiques avant la publication du rapport Espèces sauvages.

Figure 2. Processus d’évaluation des espèces au Canada.
Graphique de orangization (voir longue description ci-dessous)
Description longue pour la figure 2

La Figure 2 montre un organigramme décrivant le processus d’évaluation des espèces au Canada. Premièrement, les meilleures connaissances disponibles sont recueillies d’une variété de ressources (collections de musées, littérature scientifique, scientifiques et spécialistes, connaissances traditionnelles autochtones, connaissances des collectivités, centres de données sur la conservation, ministères provinciaux, territoriaux et fédéraux responsables des espèces sauvages). Ensuite une liste d’espèces au Canada est élaborée pour un groupe taxonomique en particulier. Puis le statut de conservation de chaque espèce est évalué par tous les gouvernements dans le Groupe de travail national sur la situation générale. Les données produites sont ensuite intégrées dans les centres de données sur la conservation et le rapport Espèces sauvages est produit. Ce processus est répété tous les 5 ans.

Système de classification

Chaque espèce évaluée dans les rapports Espèces sauvages a reçu un rang dans chaque province, territoire ou région océanique dans lesquels leur présence est attestée, ainsi qu’un rang à l’échelle nationale au Canada. Ces rangs représentent le statut de conservation de l’espèce, basé selon les meilleures connaissances disponibles (Tableau 1). Le Groupe de travail national sur la situation générale utilise le système de classification de NatureServe.

Tableau 1A. Système de classification de NatureServe utilisé pour évaluer le statut de conservation des espèces.
Échelle géographique
RangCatégorieDescription
NNationalIndique un rang à l’échelle nationale au Canada.
SSubnationalIndique un rang à l’échelle d’une province, d’un territoire, ou d’une région océanique au Canada.

 

Tableau 1B. Système de classification de NatureServe utilisé pour évaluer le statut de conservation des espèces.
Statut de conservation
RangCatégorieDescription
XPrésumée disparueL’espèce est soupçonnée être disparue de la juridiction (nation, province, territoire, ou région océanique). Pas localisée malgré d’intensives recherches dans les sites historiques et d’autres habitats appropriés, et pratiquement pas de chance d’être redécouverte.
HPossiblement disparueConnue seulement à partir d’observations historiques, mais avec de l’espoir d’être redécouverte. Il existe des indices que l’espèce pourrait ne plus être présente dans la juridiction, mais pas assez pour l’affirmer avec certitude. Ces indices incluent par exemple: (1) que l’espèce n’a pas été documentée depuis approximativement 20-40 ans, malgré quelques recherches et/ou quelques preuves de pertes ou dégradations significatives de l’habitat; (2) que des recherches infructueuses ont été menées pour l’espèce, mais pas de façon assez systématique pour présumer qu’elle n’est plus présente dans la juridiction.
1Gravement en périlÀ très haut risque de disparition de la juridiction suite à une répartition très restreinte, à très peu de populations ou d’occurrences, à de très forts déclins, à des menaces sévères, ou d’autres facteurs.
2En périlÀ haut risque de disparition de la juridiction suite à une répartition restreinte, à peu de populations ou d’occurrences, à de forts déclins, à des menaces sévères, ou d’autres facteurs.
3VulnérableÀ risque modéré de disparition de la juridiction suite à une répartition assez restreinte, à relativement peu de populations ou d’occurrences, à des déclins récents et généralisés, à des menaces, ou d’autres facteurs.
4Apparemment en sécuritéÀ risque assez bas de disparition de la juridiction suite à une vaste répartition et/ou plusieurs populations ou occurrences, mais ayant des causes possibles de préoccupations résultant de déclins locaux récents, de menaces, ou d’autres facteurs.
5En sécuritéÀ très faible ou absence de risque de disparition de la juridiction suite à une très vaste répartition, à des populations ou occurrences abondantes, avec peu ou pas de préoccupations résultant de déclins ou de menaces.
UInclassablePrésentement inclassable suite à un manque d’informations ou suite à des informations montrant des contradictions substantielles sur le statut ou les tendances.
NRNon classéeÉvaluation du statut de conservation national ou subnational pas encore réalisée.
NANon applicableUn statut de conservation n’est pas applicable parce que l’espèce n’est pas une cible appropriée pour des activités de conservation. Cela inclut les espèces exotiques (qui ont été déplacées au-delà de leur aire de répartition naturelle suite à des activités humaines), les hybrides, ou les migrateurs sur de longues distances (espèces accidentelles se trouvant peu souvent et de manière imprévisible à l’extérieur de leur aire de répartition habituelle).

 

Tableau 1C. Système de classification de NatureServe utilisé pour évaluer le statut de conservation des espèces. Qualificatif
RangCatégorieDescription
?Rang numérique inexactDénote un rang numérique inexact. Cette désignation ne devrait pas être utilisée avec tous les rangs X, H, U, NR ou NA des statuts de conservation.
BReproductiveLe statut de conservation réfère à la population reproductive de l’espèce dans la nation, la province, le territoire, ou la région océanique.
NNon reproductiveLe statut de conservation réfère à la population non reproductive de l’espèce dans la nation, la province, le territoire, ou la région océanique.
MMigratriceLe statut de conservation réfère à la population migratrice de l’espèce dans la nation, la province, le territoire, ou la région océanique.

L’échelle géographique s’écrit en premier, suivi du statut de conservation, suivi du qualificatif si nécessaire. Par exemple, N5B signifie un rang national en sécurité qui couvre seulement la population reproductive de l’espèce. Par exemple, N5? signifie un rang national en sécurité, mais incertain. La majorité des rangs n’ont pas de qualificatifs, comme par exemple N5.

Des rangs variables peuvent aussi être utilisés. Par exemple, N2N3 signifie que le rang national de l’espèce au Canada est entre en péril et vulnérable. Par exemple, N1N3 signifie que le rang national de l’espèce au Canada est entre gravement en péril et vulnérable. Les rangs variables sont appliqués seulement pour les statuts de conservation numériques et sont utilisés pour indiquer l’étendue de l’incertitude pour le statut d’une espèce. Les rangs variables ne peuvent pas dépasser plus de deux rangs (NU est utilisé au lieu de N1N4).

Facteurs sur lesquels reposent les évaluations de la situation générale

Afin de déterminer le rang le plus approprié pour une espèce, le Groupe de travail national sur la situation générale utilise un outil appelé le calculateur de rangs. Le calculateur de rangs a été conçu par NatureServe et peut intégrer les renseignements disponibles sur 10 facteurs de rareté, de menaces et de tendances (Tableau 2). Ces facteurs sont utilisés pour déterminer le statut de conservation d’une espèce.

Tableau 2. Liste des facteurs inclus dans le calculateur de rangs de NatureServe.
CatégorieFacteur
RaretéÉtendue de l’aire de répartition
RaretéSuperficie occupée
RaretéNombre d’occurrences
RaretéTaille de la population
RaretéBonne viabilité / intégrité écologique
RaretéSpécificité environnementale
MenacesIncidence attribuée des menaces globales
MenacesVulnérabilité intrinsèque
TendancesTendance à court terme
TendancesTendance à long terme

Ce ne sont pas tous les facteurs qui doivent être remplis pour chaque espèce. Dans plusieurs cas, il n’y a pas suffisamment d’informations pour remplir le calculateur de rangs, et l’espèce est donc inclassable (U). Pour obtenir un rang différent de U, le calculateur de rangs a besoin d’au moins deux facteurs : deux facteurs de rareté, ou un facteur de rareté et un facteur de menaces ou de tendances.

Pour les espèces des groupes taxonomiques bien connus, plus de deux facteurs sont souvent remplis. Pour les espèces des groupes taxonomiques moins connus, les deux facteurs qui sont les plus souvent remplis, lorsqu’ils sont disponibles, sont l’étendue de l’aire de répartition et le nombre d’occurrences.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur ces facteurs, ou pour télécharger le calculateur de rangs, veuillez consulter le site web de NatureServe. [en anglais seulement]

Développement des rangs régionaux

Un rang régional est établi pour chaque espèce dans chaque province, territoire ou région océanique où elle est présente au Canada. Par exemple, si une espèce est présente au Québec et en Ontario, les deux provinces auront donc un rang régional. La figure 3 indique toutes les régions du Canada, et le tableau 3 définit les codes utilisés pour chaque région. Les eaux ont souvent une juridiction partagée au Canada. Pour les espèces aquatiques, la séparation que nous avons utilisée est la différence entre les eaux douces (lacs et rivières par exemple) et les eaux salées. Pour les espèces se retrouvant en eaux douces, les rangs ont été placés dans les provinces ou les territoires. Pour les espèces se retrouvant en eaux salées, les rangs ont été placés dans les régions océaniques. Pour les espèces se retrouvant à la fois en eaux douces et salées, les rangs ont été développés pour les provinces, territoires, et régions océaniques correspondants.

Le calculateur de rangs est utilisé pour aider à déterminer chaque rang régional. Si une espèce est présente dans 10 provinces ou territoires, le calculateur de rangs sera donc rempli 10 fois avec les renseignements propres à chaque région où l’espèce se trouve.

Figure 3. Carte du Canada montrant les régions (provinces, territoires, océans) pour lesquelles des rangs de la situation générale sont générés.
Carte du Canada (voir longue description ci-dessous)
Description longue pour figure 3

La figure 3 représente une carte du Canada illustrant les 13 provinces et territoires (Alberta, Colombie-Britannique, Manitoba, Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve et Labrador, Territoires du Nord-Ouest, Nouvelle-Écosse, Nunavut, Ontario, Île-du-Prince-Édouard, Québec, Saskatchewan et Yukon) ainsi que les 4 régions océaniques (Atlantique, Arctique Est, Arctique ouest et Pacifique) pour lesquels des classifications de la situation générale sont produites. La région de l’océan Pacifique s’étend du sud de la Colombie-Britannique au nord d’Haida Gwaii. La région de l’océan Arctique Ouest s’étend du nord du Yukon au Territoires du Nord-Ouest. La région de l’océan Arctique Est s’étend du nord du Nunavut à l’est du nord du Québec incluant la Baie d’ Hudson. La région de l’océan Atlantique s’étend des provinces maritimes à l’est du Québec.

Tableau 3. Codes utilisés pour représenter les régions du Canada.
CodeRégion
CACanada
YTYukon
NTTerritoires du Nord-Ouest
NUNunavut
BCColombie-Britannique
ABAlberta
SKSaskatchewan
MBManitoba
ONOntario
QCQuébec
NBNouveau-Brunswick
NSNouvelle-Écosse
PEÎle-du-Prince-Édouard
LBLabrador
NFTerre-Neuve
PACOcéan Pacifique
WAOOcéan Arctique Ouest
EAOOcéan Arctique Est
ATLOcéan Atlantique

Développement des rangs nationaux

Puisque les espèces sont évaluées dans toutes les régions où elles sont présentes au Canada, les rangs régionaux constituent alors un fondement solide pour déterminer les rangs nationaux. Dans de nombreux cas, le Groupe de travail national sur la situation générale utilise des règles pour déterminer les rangs nationaux les plus évidentes. Les règles portent sur quatre situations principales :

  1. Lorsqu’une espèce n’est présente que dans une seule région au Canada, le rang national est alors le même que le rang régional.
  2. Lorsque le rang d’une espèce est SU, SNR ou SNA dans toutes les régions où elle se trouve au Canada, le même rang est alors automatiquement accordé à l’échelle nationale.
  3. Lorsqu’une espèce est apparemment en sécurité ou en sécurité dans au moins une région au Canada, l’espèce est alors apparemment en sécurité ou en sécurité à l’échelle nationale.
  4. Lorsqu’une espèce est vulnérable ou plus à risque dans une région et qu’il y a de l’incertitude dans d’autres régions (le rang de l’espèce est SU ou SNR dans au moins deux autres régions), le rang national est alors NU.

Cette approche générale peut également comporter quelques exceptions. Par exemple, si une espèce est en sécurité dans une région, mais qu’une menace imminente l’affecte gravement ailleurs au Canada, le Groupe de travail national sur la situation générale peut décider de ne pas accorder à l’espèce le rang en sécurité à l’échelle nationale. Dans toutes les autres situations qui ne sont pas visées par les règles, le groupe de travail utilise le calculateur de rangs pour déterminer le rang national d’une espèce.

Classification des espèces migratrices

Les espèces migratrices englobent notamment la plupart des oiseaux, ainsi que d’autres espèces de chauves-souris, de papillons, de tortues de mer et de cétacés. Les espèces qui migrent sur de longues distances exigent une approche catégorique plus précise que celle qui est utilisée pour les espèces non migratrices. Par conséquent, les qualificatifs B (reproductive), N (non reproductive) et M (migratrice) sont utilisés pour les espèces migratrices. Habituellement, B fait référence à l’été, N, à l’hiver, et M, au printemps et à l’automne. Ces qualificatifs s’appliquent à la fois aux rangs régionaux et nationaux. Si une espèce ne migre pas sur de longues distances, ces qualificatifs ne doivent pas être utilisés. Il y a cinq situations principales :

  • L’espèce demeure toute l’année dans la juridiction et ne migre pas = rang normal sans les qualificatifs B,N,M (exemple : S4).
  • L’espèce demeure toute l’année dans la juridiction et certains individus migrent = utiliser tous les qualificatifs B,N,M.
  • L’espèce se reproduit et migre (ne passe pas l’hiver dans la juridiction) = utiliser les qualificatifs B,M.
  • L’espèce passe l’hiver dans la juridiction et migre (ne se reproduit pas dans la juridiction) = utiliser les qualificatifs N,M.
  • L’espèce traverse seulement la juridiction pendant sa migration = utiliser seulement le qualificatif M.

Ces situations peuvent souvent devenir complexes. Par exemple, seuls les oiseaux qui se posent sur des eaux océaniques pendant leur migration auront le qualificatif de migration dans les océans. Ainsi, un oiseau forestier qui vole au-dessus de l’océan Atlantique sans s’y poser n’aura pas de rang dans cet océan. Inversement, les oiseaux de mer qui pondent leurs oeufs sur la terre auront le qualificatif de reproduction dans cette province ou territoire, et non dans l’océan. Toutefois, les baleines qui donnent naissance dans l’océan auront le qualificatif de reproduction dans l’océan.

Catégories des tendances

Comme les espèces sont habituellement réévaluées tous les cinq ans, une comparaison des rangs nationaux est possible avec les rapports Espèces sauvages précédents. On peut donc voir si le statut de conservation des espèces a changé avec le temps. Les Canadiens pourront ainsi commencer à assurer un suivi des tendances vers une amélioration ou un déclin au fil du temps, révélant les espèces qui maintiennent ou améliorent leur statut et celles qui déclinent ou font face à de nouvelles menaces. Non seulement ces tendances fournissent une meilleure représentation de la nature et de l’ampleur d’un problème, mais elles indiquent également la façon d’améliorer les pratiques en matière de conservation. Cette comparaison met également en lumière les informations manquantes qui ont été comblées, et les informations qui sont toujours nécessaires.

La comparaison entre les divers rapports Espèces sauvages est effectuée au moyen de rangs nationaux arrondis. Les rangs arrondis convertissent les rangs variables en une seule catégorie de rang, de manière à faciliter la comparaison. Lorsque les rangs variables ont une différence d’un intervalle, le rang correspondant au risque le plus élevé devient le rang arrondi. Par exemple, le rang arrondi de N2N3 est N2, et celui de N4N5 est N4. Lorsque les rangs variables ont une différence de deux intervalles, le rang médian devient le rang arrondi. Par exemple, le rang arrondi de N1N3 est N2, et celui de N3N5 est N4. Lorsque les rangs ont des qualificatifs, ils sont supprimés dans le rang arrondi. Par exemple, le rang arrondi de N2? est N2. Pour les espèces migratrices, le rang arrondi est basé sur le qualificatif de la population reproductive. Lorsqu’il n’y a pas de population reproductive, le rang arrondi est basé sur le qualificatif de la population non reproductive. Lorsqu’il n’y a pas de populations reproductive et non-reproductive, le rand arrondi est basé sur le qualificatif de la population migratrice. Par exemple, le rang arrondi de N3B,NUM est N3.

À partir du rapport Espèces sauvages 2015, le Groupe de travail national sur la situation générale utilise le système de classification de NatureServe. Dans les rapports Espèces sauvages 2000, 2005 et 2010, un système de classification différent et personnalisé a été utilisé. Il y a généralement une bonne concordance entre les rangs arrondis de NatureServe et les catégories du système de classification précédent de la situation générale (Tableau 4). Dans ce tableau, les rangs qui sont groupés sont équivalents. Pour étudier les tendances, les rangs nationaux précédents des rapports Espèces sauvages 2000, 2005 et 2010 ont été convertis en rangs nationaux arrondis de NatureServe. Par exemple, si une espèce était classée indéterminée (5) en 2005 et en 2010, ces rangs nationaux ont été convertis à inclassable (U). Dans les cas où il y avait deux possibilités de rangs pour la conversion, le même rang qu’en 2015 a été choisi pour réduire le plus possible le nombre de changements. Par exemple, si une espèce était classée apparemment en sécurité (4) en 2015, et que son rang était en sécurité (4) en 2010, le rang national du rapport Espèces sauvages 2010 a été converti à apparemment en sécurité (4). Pour obtenir de plus amples renseignements sur le système de classification utilisé précédemment par le Groupe de travail national sur la situation générale, veuillez consulter le rapport Espèces sauvages 2010.

Tableau 4. Comparaison des rangs arrondis de NatureServe et du système de classification précédent de la situation générale
Système de classification précédent de la situation généraleRangs arrondis de NatureServe
Disparue (0.2) ou Disparue de la région (0.1)Présumée disparue (X) ou Possiblement disparue (H)
En péril (1) ou Possiblement en péril (2)Gravement en péril (1) ou En péril (2)
Sensible (3)Vulnérable (3)
En sécurité (4)Apparemment en sécurité (4) ou En sécurité (5)
Indéterminée (5)Inclassable (U)
Non évaluée (6)Non classée (NR)
Exotique (7) ou Occasionnelle (8)Non applicable (NA)

Lorsqu’il détermine les tendances des espèces à l’échelle nationale, le Groupe de travail national sur la situation générale précise également la raison d’un changement au moyen de six catégories (Tableau 5). Par exemple, si la taille de la population d’une espèce est réduite à la suite de la propagation d’une maladie, la raison du changement serait un changement biologique (B). De même, si la taille de la population d’une espèce est réduite à la suite de pertes d’habitat, la raison du changement serait également un changement biologique (B). Par exemple, si une espèce a été ajoutée à la liste parce qu’elle a récemment étendu son aire de répartition au Canada, la raison du changement serait un changement biologique (B). Par exemple, si une nouvelle étude a révélé que la taille de la population d’une espèce est beaucoup plus grande que prévu au départ, la raison du changement serait une amélioration des connaissances sur l’espèce (I). Par exemple, si une espèce a été récemment découverte au Canada dans le cadre de nouveaux relevés, mais qu’elle était probablement présente au pays depuis toujours, la raison du changement serait une amélioration des connaissances sur l’espèce (I). Par exemple, si des renseignements erronés ont été utilisés pour déterminer un statut de conservation antérieur, la raison du changement serait une erreur dans le rang précédent (E). Par exemple, si une espèce a été mal identifiée et qu’elle n’a jamais été présente au Canada, et que cette information était connue au moment de l’évaluation, la raison du changement serait une erreur dans le rang précédent (E). Par exemple, si la méthodologie de la classification a été changée et que cela a causé une différence dans le rang en considérant les mêmes informations, la raison du changement serait un changement procédural (P). Dans certaines situations, ces catégories peuvent se chevaucher. Dans de tels cas, seule la catégorie principale est choisie. Par exemple, si de nouveaux renseignements ont été obtenus par l’entremise d’une nouvelle évaluation du COSEPAC, la principale raison du changement serait la nouvelle évaluation du COSEPAC (C), et non une amélioration des connaissances. Par exemple, si une espèce a été divisée en deux espèces à la suite d’une nouvelle étude taxonomique, la principale raison du changement serait un changement taxonomique (T), et non une amélioration des connaissances.

Tableau 5. Raisons des changements apportés au statut de conservation national des espèces.
CodeRaison du changement
BChangement biologique de la taille de la population, de la répartition, ou des menaces de l’espèce.
CNouvelle évaluation du COSEPAC.
EErreur dans le rang précédent.
IAmélioration des connaissances sur l’espèce.
PChangement procédural.
TChangement taxonomique.

Aider le COSEPAC à identifier les espèces prioritaires

L’un des objectifs du programme sur la situation générale des espèces au Canada consiste à identifier les espèces possiblement en péril. Ces espèces peuvent être des candidates potentielles aux évaluations détaillées du COSEPAC. Comme de nombreuses espèces sont évaluées dans les rapports Espèces sauvages, le Groupe de travail national sur la situation générale a mis en oeuvre un processus visant à déterminer un pointage prioritaire afin de repérer les espèces qui pourraient être les plus en péril. Ce processus est fondé sur deux facteurs. Le premier facteur est le rang national. Les espèces qui ont un rang national de NX, NH, N1 et N2 (incluant les rangs variables) sont considérées dans ce processus. Le deuxième facteur est le pourcentage de l’aire de répartition de l’espèce qui se trouve au Canada. Ce facteur établit une estimation de la responsabilité du Canada. Bien qu’il importe de conserver toutes les espèces du Canada, certaines espèces ne se rencontrent nulle part ailleurs. Nous avons donc une plus grande responsabilité à l’égard de ces espèces, car, dans ces cas-là, une espèce disparue du pays serait une espèce disparue à tout jamais de la planète. En revanche, d’autres espèces présentes au Canada sont également répandues aux États-Unis; la responsabilité du Canada à l’égard de ces espèces est donc plus faible. Un pointage est accordé aux catégories de pourcentage de l’aire de répartition au Canada (Tableau 6). Lorsqu’on combine le pointage des rangs nationaux et le pointage du pourcentage de l’aire de répartition au Canada, nous obtenons un pointage prioritaire (Tableau 7). Le pointage prioritaire obtenu peut varier de 1 à 10. Les espèces qui ont un pointage de 1 sont les plus prioritaires et celles qui ont un pointage de 10 sont moins prioritaires.

Tableau 6. Pointage de la responsabilité du Canada selon le pourcentage de l’aire de répartition au Canada.
PointagePourcentage de l’aire de répartition au Canada
1Endémique : 100% de l’aire de répartition au Canada.
2Très élevé : responsabilité de 75 à 99%.
3Élevé : responsabilité de 51 à 74%.
4Modérément élevé : responsabilité de 30 à 50%.
5Intermédiaire : responsabilité de 11 à 29%.
6Faible et répandu : responsabilité mondiale <10% mais présent sur plus de 30% du Canada.
7Faible et localisé.

 

Tableau 7. Pointage prioritaire accordé par le Groupe de travail national sur la situation générale pour identifier les espèces possiblement en péril au Canada. Les espèces qui ont un pointage de 1 sont les plus prioritaires et celles qui ont un pointage de 10 sont moins prioritaires.
Pointage du rang nationalPointage de la responsabilité 1Pointage de la responsabilité 2
Pointage de la responsabilité 3Pointage de la responsabilité 4Pointage de la responsabilité 5Pointage de la responsabilité 6Pointage de la responsabilité 7
NX, NH, N1=11234567
N1N2, N1?=22345678
N2=33456789
N1N3, N2N3, N2?=445678910

Développement des noms communs

Saviez-vous que la plupart des espèces n’ont pas de nom commun? Les noms communs sont souvent élaborés lorsqu’une espèce intéresse le public ou les chercheurs en raison de son importance économique, de son statut de conservation, de son abondance, de son importance sociale ou d’autres raisons. Par exemple, de nombreuses espèces de mammifères et d’oiseaux ont un nom commun, alors que peu d’espèces d’insectes en ont un. À mesure que nos connaissances sur la diversité des espèces canadiennes augmentent, le besoin des noms communs prend de plus en plus d’importance.

Les noms communs ont habituellement deux parties : une partie qui décrit le groupe taxonomique dans lequel l’espèce est classée, et une autre partie qui décrit une caractéristique particulière de l’espèce. Par exemple, le nom commun de l’espèce Hippodamia quinquesignata est la Coccinelle à cinq points, où la partie « coccinelle » décrit la famille dans laquelle l’espèce est classée sur le plan taxonomique, et la partie « à cinq points » décrit une caractéristique distinctive de l’espèce. Le nom scientifique fournit souvent l’inspiration pour l’élaboration du nom commun. Par exemple, quinquesignata signifie « à cinq points ». La caractéristique particulière peut également décrire l’habitat utilisé par l’espèce, un comportement spécifique, le nom de la région où elle se trouve, le nom de l’endroit où elle a été découverte, ou le nom de la personne qui a découvert l’espèce ou qui y est associée.

Le Groupe de travail national sur la situation générale facilite l’attribution de noms communs à toutes les espèces au Canada. Lorsqu’un groupe taxonomique particulier est choisi, les noms communs en français et en anglais sont créés pour toutes les espèces canadiennes de ce groupe. Cette approche présente l’avantage de garantir que le nom le plus approprié est donné à chaque espèce, et elle assure également l’uniformité dans l’élaboration des noms. Un processus de révision a été mis en place pour développer les noms communs des espèces au Canada. Au début du processus, des spécialistes sont embauchés pour suggérer des noms communs pour les espèces qui se trouvent dans les groupes taxonomiques qu’ils étudient. Des spécialistes francophones suggèrent des noms communs en français, et des spécialistes anglophones suggèrent des noms communs en anglais. Les noms communs suggérés sont ensuite examinés par le Service canadien de la faune (Environnement et Changement climatique Canada), particulièrement pour s’assurer que la logique taxonomique des noms communs est rigoureuse. Cette étape garantit la normalisation de la partie des noms communs qui décrit le groupe taxonomique de l’espèce, et fait en sorte que, par exemple, toutes les espèces de coccinelles sont appelées « coccinelle » dans leurs noms communs. Les noms communs suggérés sont ensuite révisés par la Division de la normalisation terminologique du Bureau de la traduction du Gouvernement du Canada. Cette étape garantit un examen linguistique des noms communs, à la fois en français et en anglais. Au besoin, elle présente également l’occasion d’harmoniser les noms communs en français et en anglais, de manière à ce qu’ils aient une signification semblable. Les noms communs sont ensuite révisés par le Groupe de travail national sur la situation générale. Un comité spécial, soit le Comité des noms communs de la situation générale, a été créé pour aider le groupe de travail dans cette tâche. Une fois que ce processus de révision exhaustif est terminé, les noms communs sont publiés sur le site web Espèces sauvages, sur le site web TERMIUM Plus® et sur de nombreux autres sites. Dans le rapport Espèces sauvages 2015, des noms communs ont été créés pour plusieurs des espèces évaluées. La logique taxonomique des noms communs est également décrite dans la base de données. Dans la plupart des cas, le niveau taxonomique de la famille a été choisi.

Site web Espèces sauvages

Tous les résultats du programme sur la situation générale des espèces au Canada sont disponibles sur le site web Espèces sauvages. Les résultats sont aussi intégrés dans le Registre public des espèces en péril du gouvernement fédéral, dans les sites web provinciaux et territoriaux, et dans le site web de NatureServe. L’annexe 3 énumère les liens de ces sites web.