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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le saumon atlantique (populations de l’intérieur de la baie de Fundy) au Canada

Taille et tendances des populations

 

Activités de recherche et qualité des données

Le MPO et en particulier le groupe de travail sur l’IBF de l’Institut océanographique de Bedford ont dépensé beaucoup d’énergie à mesurer la taille et les tendances des populations. En plus d’analyser les données sur les prises commerciales de saumons atlantiques de l’IBF pendant plus de 1 siècle, on a rassemblé des données détaillées sur le nombre d’adultes et de juvéniles dans les 2 rivières témoins de l’IBF, soit la Big Salmon (Gibson et al., 2003c) et la Stewiacke (Gibson et Amiro, 2003). On a récemment réalisé des enquêtes sur la densité des juvéniles dans 43 rivières de l’IBF (Gibsonet al., 2003a; idem, 2004) afin d’évaluer l’état des populations en comparant les résultats à un « indice normal d’abondance » de 2,4 œufs/m2(MPO, 2003).

Données sur la pêche commerciale

Les données sur les débarquements commerciaux fournissent l’indicateur temporel le plus étendu des tendances des populations, mais elles contiennent de nombreuses incertitudes : effort de pêche inconnu ou non publié, identification erronée de l’origine et aléas des événements humains tels que les guerres. Dunfield (1985, 1986) en fournit néanmoins un résumé exhaustif qui corrige les inexactitudes apparentes; ces données ont été fournies par des communications personnelles et apparaissent dans Amiro (2003).

Rivières Big Salmon et Stewiacke

Pour les deux rivières, on a utilisé des modèles du maximum de vraisemblance afin d’intégrer des données provenant de sources multiples : données sur l’effort de pêche commerciale et de pêche récréative, comptage des poissons aux passes et aux barrages, observations à partir du rivage et comptage en plongée, comptage des nids de fraye, pêche électrique et expériences de marquage-recapture. Même si ces données possèdent un certain niveau d’incomplétude et d’incertitude, des analyses bayesiennes avancées permettent d’obtenir des évaluations heuristiques, avec intervalles de confiance, de l’abondance et des tendances.

Recensements des juvéniles

Des recensements intensifs par pêche électrique de 117 sites de 36 rivières de l’IBF en 2000 et de 246 sites de 43 rivières en 2002 permettent d’évaluer la diminution des populations dans l’ensemble de l’IBF. Un effort total d’environ 244 000 secondes de choc sur 215 000 m2de l’habitat a permis de capturer 2 513 saumons atlantiques (Gibson et al., 2003a). Les alevins étaient absents de 30 rivières, et les tacons, de 22. En 2003, on a effectué un recensement plus limité de 16 rivières et obtenu des résultats semblables (5 des 16 rivières sans tacons et 9 sans tacons d’âge 0) (Gibson et al., 2004). Si de tels recensements ont des limites quand les poissons se font rares (limites des méthodes de marquage-recapture et des méthodes par passages successifs), leurs limites ont été en grande partie corrigées à l’aide de techniques statistiques, comme les méthodes bayesiennes, afin d’obtenir des densités de probabilité pour la capturabilité (Gibson et al., 2003).

 

Abondance actuelle

Pêches

Les pêches commerciale et récréative sont interdites et ne peuvent donc fournir de données sur l’abondance actuelle.

Rivière Big Salmon

Gibson et al. (2003c) estiment le maximum de vraisemblance pour 2002 à 55 adultes anadromes, avec un intervalle bayesien de confiance (IBC) à 80 p. 100 de 18 à 133. Hutchings (2003) propose un rapport entre taille effective des populations (Ne) et taille des échantillons de 0,21 à 0,64. On peut donc estimer approximativement qu’en 2002 la valeur de Ne, pour les adultes anadromes de la Big Salmon, se situait entre 12 et 35 (de 3,8 à 85,2 pour tout l’IBC à 80 p. 100).

Rivière Stewiacke

Gibson et Amiro (2003) estiment le maximum de vraisemblance pour 2001 à 2 adultes anadromes, avec un IBC à 80 p. 100 de 2 à 4.

Recensements des juvéniles

Les données des recensements des juvéniles sont des densités dans des zones choisies et ne sont pas extrapolées à l’ensemble de l’habitat. Elles ne fournissent donc pas de renseignements sur l’abondance

Le groupe de travail sur l’IBF pense qu’il y avait, en 2003, moins de 100 saumons sauvages reproducteurs dans l’ensemble des rivières et que leur nombre se situait plus probablement entre 50 et 75 et que ce nombre ne pouvait dépasser 200 (le 18 mai 2004, J. Gibson et P. Amiro, comm. pers.). Bien qu’on puisse ajouter quelques tacons mâles reproducteurs, les calculs actuels ne tiennent pas compte de ces tacons.

 

Fluctuations et tendances

Pêche commerciale 

La figure 9 donne les prises annuelles de saumons de l’IBF, en kilogrammes, de 1875 à 1984. Bien qu’ils soient très variables, les débarquements les plus importants ont eu lieu entre 1875 et 1924. Ils ont ensuite diminué de 1925 à 1973, et ils étaient les moins élevés de 1974 à 1984 (après quoi l’interdiction de la pêche est entrée en vigueur). On observe donc une tendance générale à la diminution. En posant l’hypothèse d’un poids moyen de 3,1 kg par poisson, Amiro (2003) calcule, pour les 109 ans de la pêche commerciale, une prise annuelle moyenne de 4 032 saumons.

Figure 9. Prises commerciales de saumons atlantiques (kg) dans des districts de pêche de l’IBF (comtés d’Albert et de Westmorland, au Nouveau-Brunswick) pendant la période de 1875 à 1984.

Figure 9. Prises commerciales de saumons atlantiques (kg) dans des districts de pêche de l’IBF (comtés d’Albert et de Westmorland, au Nouveau-Brunswick) pendant la période de 1875 à 1984. Tiré de R.W. Dunfield (comm. pers. à P. Amiro, MPO, Institut océanographique de Bedford).

 

Rivière Big Salmon

La figure 10a donne le nombre d’adultes anadromes qui sont retournés frayer de 1964 à 2002. C’est en 1966 que s’est effectué le retour le plus important, avec 5 043 saumons (IBC à 80 p. 100 = de 3 996 à 6 686), ce qui contraste fortement avec les 55 saumons (de 18 à 133) estimés pour 2002. La tendance générale est très négative. Le tableau 2 donne le taux de diminution sur 11 ans (soit 3 générations si l’on calcule 3,7 ans par génération) et sur des périodes de 5, 10, 20 et 30 ans. La probabilité d’une diminution de plus de 94,1 p. 100 sur 11 ans et de plus de 96,7 p. 100 sur 30 ans est de 90 p. 100. Pour les 5 dernières années seulement, le taux de déclin dépasse 76 p. 100. 

 

Tableau 2. Estimation des taux de diminution des populations de saumons atlantiques dans les 2 rivières témoins de l’IBF. Les taux de diminution minimaux (confiance à 90 %) ont été mesurés sur 11 ans (3 générations) et sur des périodes de 5, 10, 20 et 30 ans. L’estimation sur 3 générations (en italiques) fait la moyenne de l’abondance pour une génération de 4 ans (3,7 arrondi) et les autres estimations utilisent une moyenne mobile sur 5 ans. Les estimations pour la rivière Big Salmon sont calculées à partir de Gibson et al. (2003c) et sont basées sur le modèle privilégié (modèle 4). Les estimations pour la rivière Stewiacke sont fournies ou calculées par Gibson et Amiro (2003).
RivièrePériode
(années)
Moyenne
mobile
(années)
DébutFinTaux de diminution
minimal
(confiance à 90 %)
      
Big Salmon1141988-19911999-200294,1 %
 551992-19961997-200176,0 %
 1051987-19911997-200194,7 %
 2051977-19811997-200196,0 %
 3051967-19711997-200196,7 %
      
Stewiacke1141987-19901998-200199,0 %
 551992-19961997-200192,4 %
 1051987-19911997-200198,8 %
 2051977-19811997-200199,0 %
 3051967-19711997-200199,6 %

 

 

 Figure 10. Estimation du retour des adultes dans deux rivières témoins de l’IBF (échelle logarithmique).

 

Figure 10. Estimation du retour des adultes dans deux rivières témoins de l’IBF (échelle logarithmique). Les lignes continues indiquent les retours estimés; les lignes pointillées indiquent les limites de 10 p. 100 et de 90 p. 100 qui définissent l’intervalle bayesien de confiance (IBC) à 80 p. 100. (a) Retours estimés dans la rivière Big Salmon, de 1964 à 2002; tiré de Gibson et al. (2003c). (b)  Retours estimé dans la rivièreStewiacke, de 1965 à 2001; modifié à partir de Gibson et Amiro (2003) afin de combiner les saumons de petite et grande tailles. Estimation des retours d’adultes (échelle logarithmique).


Rivière Stewiacke

La figure 10b donne le nombre d’adultes anadromes qui sont retournés frayer de 1965 à 2001. C’est en 1967 que s’est effectué le retour le plus important, avec 6 693 saumons (IBC à 80 p. 100 = de 4 698 à 10 998), ce qui contraste fortement avec les 2 saumons (de 2 à 4) estimés pour 2001. La tendance générale est donc très négative. Le tableau 2 résume les taux de diminution. La probabilité d’une diminution de plus de 99 p. 100 sur 11 ans (3 générations) et de plus de 99,6 p. 100 sur 30 ans est de 90 p. 100. Pour les 5 dernières années seulement, le taux de diminution dépasse 92,4 p. 100.

Recensements des juvéniles

Les recensements des juvéniles effectués en 2002 dans 43 rivières de l’IBF démontrent que l’effondrement des populations de saumons de l’IBF ne se limite pas aux rivières Big Salmon et Stewiacke (figure 11). De ces rivières, 9 sont ensemencées par la banque de gènes vivants. Dans les 34 autres, qui dépendent de la production naturelle sauvage, seules 4 (3,4 p. 100) abritaient des alevins, ce qui indique une reproduction très faible ou nulle en 2001, et seules 12 (35,3 p. 100) abritaient des tacons. Les densités moyennes en alevins et en tacons dans les rivières du Nouveau-Brunswick étaient inférieures à 5,2 et 3,8 par 100 m2, alors que les densités nécessaires à la conservation sont de 29 alevins et de 38 tacons par 100 m2. Il n’y avait donc que 18 p. 100 des alevins et 10 p. 100 des tacons nécessaires à la conservation. Les alevins étaient totalement absents des rivières de la Nouvelle-Écosse, et la densité en tacons était inférieure à 7,1 par 100 m2, soit 19 p. 100 du nombre nécessaire à la conservation. Un plus petit recensement réalisé en 2003 n’a relevé que 3 tacons d’âge 0 dans 10 rivières non ensemencées par la banque de gènes vivants. Tous ont été observés dans la rivière Point Wolfe, ce qui indique que très peu de saumons ont frayé dans ces rivières en 2002 (Gibsonet al., 2004).

Figure 11. Densité des saumons atlantiques juvéniles (alevins et tacons) dans 41 rivières de l’IBF, calculée lors d’un recensement par pêche électrique dans 233 sites effectué en 2002.

Figure 11. Densité des saumons atlantiques juvéniles (alevins et tacons) dans 41 rivières de l’IBF, calculée lors d’un recensement par pêche électrique dans 233 sites effectué en 2002. Les points indiquent les densités médianes. Les boîtes indiquent l’écart interquartile. Les crochets indiquent les densités minimales et maximales. Les rivières ayant profité de la banque de gènes vivants (BGV) (gris pâle) sont celles dans lesquelles on a relâché des saumons atlantiques juvéniles depuis 1996. N est le nombre de sites recensés par pêche électrique dans chaque rivière. Les lignes pointillées indiquent séparément les densités nécessaires à la conservation (MPO) pour les alevins (29/100 m2) ou les tacons (38/100 m2), et ce, même si le graphique combine ces 2 stades. Ces points de référence peuvent donc seulement indiquer qu’une rivière n’atteint pas ces densités nécessaires à la conservation (c’est‑à‑dire que la somme des densités d’alevins et de tacons est inférieure aux 2 seuils). Les seuils de conservation sont basés sur les « normes d’Elson » élaborées par le MPO pour l’évaluation de l’état des stocks. Tiré de Gibson et al., (2003a) (seuils de conservation ajoutés).

Figure 12.Comparaison des densités de saumons atlantiques et d’autres espèces dans les rivières visées ou non par le programme de banque de gènes vivants.

Figure 12.      Comparaison des densités de saumons atlantiques et d’autres espèces dans les rivières visées ou non par le programme de banque de gènes vivants. On donne le nombre moyen de poissons capturés au premier passage dans le cadre de la pêche électrique réalisée en 2002 dans 172 sites des rivières de l’IBF. Les rivières visées parla BGVsont celles dans lesquelles on a relâché des saumons atlantiques juvéniles depuis 1996. Les sites sans espèces ne faisant pas partie des salmonidés ne sont pas inclus. Tiré de Gibsonet al.(2003a).

En se fondant sur les données relatives à la pêche récréative, Amiro (2003) estime que les populations de l’IBF ont pu atteindre un maximum de 46 614 adultes (voir aussi National Recovery Team, 2002; MPO, 2003). Il estime qu’il y avait moins de 500 saumons en 1998 et moins de 250 saumons en 1999. Il y avait probablement moins de 100 adultes en 2003. Étant donné le taux actuel de déclin et l’estimation de 100 adultes pour la dernière année pour laquelle nous possédons des données sur la fraye, même les évaluations du risque les plus conservatrices laissent entrevoir une disparition de l’espèce sauvage à très court terme. Par exemple, si l’on suppose que l’IBF a une population reproductrice unique de 100 individus et que cette population diminue d’au moins 90 p. 100 (le taux de la rivière la plus saine est de 94,1 p. 100 pour 3 générations), il restera moins de 2 individus dans 15 ans.

Différentes études évaluent le seuil de quasi-disparition du saumon à environ 100 femelles (N = 200) (Myerset al., 1995; Botsford et Brittnacher, 1996; voir aussi McElhanyet al., 2000). Au-dessous de ce nombre, le risque de disparition totale du saumon par stochasticité démographique, endogamie et autres problèmes liés aux petites populations est extrêmement élevé.

 

Effet d’une immigration de source externe

Comme il s’agit d’une UD unique, il n’y a pas de possibilité d’immigration de source externe puisque les régions limitrophes contiennent des saumons atlantiques génétiquement différents. Même si les populations de saumons voisines étaient suffisamment adaptées pour se reproduire et donner naissance à une progéniture vivante dans l’IBF, il reste que les populations des 3 régions limitrophes – soit l’EBF, la côte néo-écossaise et le Maine – sont extrêmement diminuées (MPO, 2003; National Research Council, 2004). En 2001, le National Marine Fisheries Service (NMFS) américain a classé un segment de population distinct (DPS) du Maine parmi les espèces en péril(endangered) aux termes de l’Endangered Species Act. L’espèce demeure soutenue dans le cadre d’un programme de banque de gènes vivants, mais elle a peu de chance de se rétablir dans un avenir prévisible (National Research Council, 2004). De même, étant donné leurs tendances démographiques, les populations de l’EBF et de la côte néo-écossaise répondent probablement aux critères du COSEPAC pour les espèces en voie de disparition. Par exemple, une analyse préliminaire des taux de diminution des 2 meilleures populations témoins, celles des rivières Saint‑Jean (EBF) et LaHave (côte néo‑écossaise), donne des taux de déclin sur 3 générations (11 ans, de 1993 à 2003) de 88,5 p. 100 et 73,0 p. 100 respectivement (données de R. Jones, MPO; calculs effectués par P. Amiro, MPO; le 20 mai 2004). Ces taux, bien que moins élevés que ceux des populations témoins de l’IBF, dépassent les critères du COSEPAC pour les espèces en voie de disparition.