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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le saumon atlantique (populations de l’intérieur de la baie de Fundy) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

On comprend mal les causes du déclin marqué du saumon atlantique dans la plus grande partie de son aire de répartition (WWF, 2001) et de son effondrement à certains endroits, notamment l’IBF. Plusieurs études importantes ont tenté d’identifier et de classer ces causes, mais il n’y a pas, pour l’instant, de consensus. Par exemple, un groupe d’experts a étudié 62 facteurs pouvant menacer la survie du saumon atlantique dans l’est de l’Amérique du Nord (Cairns, 2001). Des 12 douze facteurs les plus importants, 5 sont liés à la prédation; 5, au cycle vital; 1, à la pêche; 1, à l’environnement physique/biologique. De plus, 2 facteurs sont associés au cycle vital en eau douce; 9, au cycle vital en mer; 1, à une cause liée à l’eau douce, mais qui se manifeste en mer.

Le Comité technique de recherche de l’équipe nationale de rétablissement du saumon atlantique de l’IBF a identifié 49 menaces possibles, mais a conclu que l’information disponible est insuffisante pour appuyer toute conclusion quant aux menaces réelles posées par ces facteurs (National Recovery Team, 2002). Le Comité reconnaît que certaines populations de rivières sont touchées par des menaces locales (p. ex. par des barrages) et des menaces communes à toutes les populations de l’IBF. Les principaux facteurs liés au milieu d’eau douce sont des phénomènes tels que la diminution de la population (comportement anormal dû au faible nombre d’individus; dépression de consanguinité) et les changements de la situation environnementale (changements climatiques entraînant l’émigration précoce des smolts et une diminution de la productivité en eau douce; changements atmosphériques entraînant une augmentation du rayonnement ultraviolet). Les principaux facteurs liés au milieu marin relèvent de l’interaction avec des saumons d’élevage (compétition avec des saumons évadés; épidémies de parasites et de maladies), de transformations de la biocénose (prédation accrue par des espèces indigènes; manque de poissons fourrages), de phénomènes associés à la diminution des populations (manque de recrues pour former un banc de poissons efficace), de transformations de l’environnement (changement de régime entraînant une baisse de la productivité de l’océan; changement des routes migratoires entraînant une diminution du taux de survie), de pêches (pêche excessive illégale et/ou accessoire) et de l’interaction cumulative entre plusieurs facteurs. On devra mener beaucoup de recherches avant de comprendre la mortalité du saumon atlantique de l’IBF.

Depuis la publication, en 2002, du rapport de l’équipe nationale de rétablissement, on s’inquiète de plus en plus de l’effet des pesticides et des perturbateurs endocriniens sur le taux de survie des saumons atlantiques en eau douce (p. ex. NMFS, 2005). Plusieurs études récentes pointent vers une association négative entre l’exposition aux divers contaminants en eau douce et la survie des poissons en mer. Moore et al. (2003), par exemple, ont trouvé que l’exposition des smolts au 4-nonylphénol (une substance à activité œstrogène contenue dans un grand nombre de produits, dont des pesticides) et à l’atrazine (un herbicide commun) augmente significativement leur mortalité lors de leur migration vers la mer. Waring et Moore (2004) font état de résultats similaires. Malgré l’inquiétude croissante quant aux effets possibles des contaminants sur la survie des smolts, on ne sait pas si les concentrations de pesticides et d’autres contaminants dans les rivières de l’IBF touchées par ces produits chimiques sont assez élevés pour influer sur la survie des smolts.

La distinction entre impacts passés et impacts actuels est un des aspects les plus problématiques de l’interprétation du déclin en cours des populations de saumons atlantiques de l’IBF. En effet, les saumons ont longtemps fait face aux pêches (commerciale, récréative et accessoire), à la transformation de l’habitat (p. ex. par l’exploitation forestière), à la contamination chimique des bassins hydrographiques (p. ex. par l’exploitation agricole) et à d’autres menaces ayant mené à leur déclin et à leur état actuel. Historiquement (depuis le milieu du XIXe siècle), les obstacles à la migration des saumons, comme les barrages, les digues et les ponts-jetées, ont affecté nombre de rivières de l’IBF. Par exemple, l’aménagement d’obstacles aux marées dans de nombreuses rivières a entraîné la perte d’habitats pour les saumons. En 1968, la construction du pont-jetée de la rivière Petitcodiac a entraîné une réduction de 20 p. 100 de la production de saumons de l’IBF (National Recovery Team, 2002; MPO, 2003). Il est possible qu’un impact sur un élément aussi important de la production ait affecté la viabilité actuelle des saumons atlantiques de l’IBF (Hutchings, 2003). En effet, il se peut que le flux génétique entre cette population relativement importante et les populations limitrophes moins grandes ait été important pour leur « santé » génétique (c’est‑à‑dire pour leur diversité) et leur pérennité. Il se peut aussi que les saumons atlantiques de l’IBF fassent partie d’une ou de plusieurs métapopulations dont l’évolution naturelle est marquée par des disparitions et des rétablissements à l’échelle locale. Il peut se passer plusieurs décennies avant que la perte d’une population source importante se répercute sur une métapopulation. D’autres pertes d’habitats dans l’IBF ont été associées à l’exploitation forestière, aux activités agricoles et à l’aménagement de routes. L’équipe de rétablissement a décidé de se concentrer sur les menaces qui coïncident temporellement avec les déclins actuels des populations sauvages, et l’étendue pertinente des déclins passés par rapport à l’effondrement en cours reste incertaine.

On croit qu’un des principaux facteurs limitatifs est la réduction du nombre de smolts qui atteignent l’âge adulte en mer (National Recovery Team, 2002; Amiro, 2003). Par exemple, bien qu’elle soit variable, la proportion des smolts d’écloserie marqués atteignant l’âge de la première fraye semble être passée d’une moyenne de 6 p. 100 (intervalle de 1 à 10 p. 100, rivière Big Salmon, de 1966 à 1991; Ritter, 1989) à 0,3 p. 100 pour la rivière Big Salmon (smolts de 2002; Gibson et al., 2004) et à 0,02 p. 100 jusqu’à 0,42 p. 100 pour la rivière Stewiacke (de 1991 à 1993; Amiro et Jefferson, 1996; voir aussi Amiro, 2003). En 2002, les retours de smolts d’écloserie dans la rivière Saint‑Jean (EBF) étaient inférieurs à 0,5 p. 100 (MPO, 2003). Reddin et al. (2000) ont montré que 2 rivières de Terre‑Neuve ont subi, entre les années 1970 et les années 1990, une diminution de 50 p. 100 du nombre de smolts atteignant l’âge adulte. Pour les rivières du Maine, Baum (1997) écrit que le taux de survie des smolts jusqu’à l’âge adulte est passé d’entre 3 et 15 p. 100 dans les années 1950 et 1960 à entre 0,5 et 1,5 p. 100 dans les années 1990. Selon Potter et Crozier (2000), l’Europe a subi, à partir de la fin des années 1980, des déclins étendus du taux de survie en mer. Ces études, comme d’autres, indiquent que la baisse du taux de survie en mer, à partir de la fin des années 1980, est un facteur significatif dans le déclin des populations de saumons atlantiques.

Quel est l’effet de cette réduction de la survie en mer sur la population? Selon Amiro (2003), un taux de survie en mer de 3,57 p. 100 est nécessaire à la stabilité des populations de l’IBF. Ce taux est calculé à partir d’un taux hypothétique de production en eau douce de 28 smolts par saumon reproducteur, lui-même dérivé de l’impératif de conservation du MPO, soit 2,4 œufs par m2 (MPO, 2003). En continuant dans cette voie, on peut montrer que des taux de survie en mer de 0,1 p. 100, 1 p. 100 et 3 p. 100 entraîneront respectivement des baisses de la taille des populations de 97 p. 100, 72 p. 100 et 16 p. 100 à chaque génération. Pour les rivières Big Salmon et Stewiacke (Gibson et Amiro, 2003; Gibson et al., 2003c), puisque les diminutions sur 11 ans (3 générations) sont respectivement égales à 94,1 p. 100 et 99 p. 100, les diminutions par génération (4 ans) sont de 83 p. 100 et 97 p. 100. Si l’on compte 28 smolts par adulte reproducteur et que l’on attribue toutes les diminutions à la baisse de la survie en mer, les taux de survie en mer pour ces rivières sont respectivement de 0,6 p. 100 et 0,1 p. 100. Ces taux rejoignent les estimations récentes de la survie en mer des saumons de l’IBF (p. ex. 0,3 p. 100 en 2002 pour la Big Salmon selon Gibson et al., 2004; 0,08 p. 100 pour la Stewiacke selon Amiro, 2003). Il se peut donc que la baisse de la survie en mer soit la cause principale de l’effondrement des saumons de l’IBF malgré le maintien de la survie en eau douce. Peu de recherches ont été faites sur les causes de la mortalité élevée en mer (p. ex. Cairns, 2001).

On doit toutefois relever un autre facteur important, soit l’impact possible de l’industrie de l’aquaculture. En même temps que diminuaient les populations de saumons sauvages de l’IBF, l’industrie de l’aquaculture des saumons atlantiques dans la baie de Fundy croissait à grande vitesse (Amiro, 1998; Chang, 1998), et des saumons atlantiques d’élevage ont commencé à s’échapper vers des rivières sauvages (p. ex. Carr et al., 1997; Stokesbury et Lacroix, 1997). Par exemple, en 1996, les retours d’adultes dans la rivière Magaguadavic (EBF) consistaient en 57 p. 100 de poissons d’élevage échappés des cages flottantes, 34 p. 100 de descendants de poissons sauvages et 9 p. 100 de juvéniles qui s’étaient échappés d’écloseries (Lacroix et Stokesbury, 2004). Des enquêtes génétiques récentes effectuées dans la rivière Upper Salmon par P. O’Reilly (MPO, comm. pers., le 9 septembre 2004) indiquent que jusqu’à 10 p. 100 des juvéniles de cette rivière de l’IBF possèdent des marqueurs génétiques qui correspondent aux données de l’aquaculture européenne. Puisque environ 10 p. 100 seulement des saumons d’élevage de la baie de Fundy sont d’origine européenne, ces résultats indiquent qu’une proportion beaucoup plus grande des poissons sauvages descendent au moins en partie de poissons d’élevage. De nombreuses études ont montré que la présence de saumons d’élevage entraîne, à cause de la compétition, des croisements et des maladies, une diminution de la survie et du succès reproducteur des saumons atlantiques sauvages (voir, p. ex., Gross, 1998; Fleming et al., 2000; NRC, 2002; idem, 2004; McGinnity et al., 2003). Pour les saumons atlantiques de l’IBF, un croisement expérimental entre des saumons atlantiques d’élevage de 4e génération provenant de la rivière Saint‑Jean et des saumons sauvages provenant de la rivière Stewiacke a montré que la survie des individus croisés F1 au stade précédant la pigmentation de l’œil était significativement plus faible que celle des individus non croisés (Lawlor, 2003). L’ampleur des effets de l’aquaculture sur les saumons atlantiques de l’IBF reste à déterminer, mais il pourrait s’agir d’une des causes principales de son déclin.