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Programme de rétablissement multi-espèces visant les espèces en péril des prés maritimes associés aux chênaies de Garry au Canada (Proposé)


Information sur les espèces

1.14 Grand silène de Scouler (Silene scouleri ssp. grandis)

Nom commun : Grand silène de Scouler

Nom scientifique : Silene scouleri ssp. grandis

Statut : Espèce en voie de disparition

Dernier examen ou dernière modification : Mai 2003 (nouvelle)

Justification de la désignation : Il s'agit d'une espèce dont l'occurrence géographique est extrêmement limitée au Canada, avec moins de 350 plantes comprenant deux populations restantes qui se trouvent sur de très petites îles. En plus d'autres disparitions du Canada de populations historiques, une population de l'île de Vancouver a récemment disparu du Canada. Ces îles sont situées au sein d'une zone comportant d'importantes activités marines et récréatives, où les plantes envahissantes et les activités anthropiques présentent des risques continus.

Présence au Canada : Colombie-Britannique

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en mai 2003. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

1.14.1 L'espèce

Le Silene scouleri et les espèces qui lui sont étroitement apparentées forment un complexe dont le statut taxinomique soulève des difficultés particulières (Morton, comm. pers., 2002). La plupart des auteurs considèrent le S. scouleri Hooker ssp. grandis Hitchcock et Maguire comme une sous-espèce ou une variété.

Le grand silène de Scouler est une espèce vivace dressée (15 à 80 cm) à racine pivotante et à souche ramifiée. Les feuilles basilaires sont disposées en rosette. Les feuilles caulinaires sont opposées, et leur taille diminue progressivement de bas en haut le long de la tige. Les feuilles sont pubescentes, sessiles, ni dentées ni stipulées. Les fleurs, blanc verdâtre à violettes, sont réunies en épi. Les sépales sont soudés et forment un tube distinctement nervuré. Les graines, à surface verruqueuse, sont contenues dans des capsules sèches (Douglas et al., 1998b; Fairbarns et Wilkinson, 2003).

1.14.2 Répartition

Le grand silène de Scouler se rencontre dans un petite région du sud-est de l'île de Vancouver et dans des régions adjacentes de l'État de Washington (figure 5). Les populations nordiques se trouvent à environ 550 km des populations occupant l'aire de répartition principale de l'espèce, qui s'étend le long de la côte du Pacifique depuis le sud de l'Oregon jusqu'au bassin de San Francisco.

Au Canada, le grand silène de Scouler est confiné à deux petites îles situées près de Victoria, en Colombie-Britannique. Historiquement, la zone d'occurrence couvrait environ 600 km², mais elle ne mesure plus qu'environ 0,6 km². La zone d'occupation de l'espèce est estimée à 1,58 ha dans le rapport de situation du COSEPAC (2002), mais selon des relevés effectués subséquemment, elle s'élèverait plutôt à 2,0 ha (Fairbarns, obs. pers., 2004).

Aucune cote n'a été attribuée au grand silène de Scouler, ni à l'échelle mondiale, ni en Californie, en Oregon et dans l'État de Washington (NatureServe, 2004). L'espèce est absente dans le centre et le sud de l'État de Washington et dans le nord et le centre de l'Oregon. Il est donc possible que les populations canadiennes (ainsi que les populations voisines du centre-nord de l'État de Washington) soient aujourd'hui génétiquement distinctes des populations occupant l'aire principale de l'espèce.

1.14.3 Tendances des populations et de la répartition

Le rapport de situation du COSEPAC décrit deux populations existantes et au moins six autres populations aujourd'hui disparues. Toutefois, jusqu'à quatre populations additionnelles ont peut-être déjà existé (tableau 13).

Le rapport de situation du COSEPAC estimait la population totale à 278 à 328 sujets matures (florifères). Des relevés effectués en 2004 ont révélé la présence de 18 autres sujets florifères à l'île Trial. Au Canada, la population totale n'a probablement jamais compris plus de 5 000 individus.

Figure 5. Répartition mondiale et canadienne du Silene scouleri ssp. grandis.
(La répartition mondiale est illustrée à gauche, et la répartition canadienne, à droite. Pour le Canada, les populations existantes sont désignées par une étoile.)
Figure 5. Répartition mondiale et canadienne du Silene scouleri ssp. grandis. (La répartition mondiale est illustrée à gauche, et la répartition canadienne, à droite. Pour le Canada, les populations existantes sont désignées par une étoile.)

1.14.4 Caractéristiques biotiques et abiotiques de l'habitat

Le grand silène de Scouler pousse dans des prés maritimes mésiques. Les renseignements suivants sur la structure de l'écosystème du grand silène de Scouler sont tirés du rapport de situation du COSEPAC. Cette description est enrichie d'informations amassées dans le cadre de relevés de la végétation récents (Fairbarns, obs. pers., 2004). Les prés convenant à l'espèce sont généralement situés à moins de 30 m au-dessus du niveau de la mer, mais la population du mont Tzuhalem se trouvait à environ 250 m d'altitude, et celle du mont Douglas, aujourd'hui disparue, se trouvait également à une altitude plus élevée par rapport au niveau de la mer. Les sols demeurent humides en hiver mais s'assèchent presque jusqu'au point de flétrissement permanent à la fin de l'été. La plupart des individus poussent dans des sols de plus de 15 cm de profondeur, et ceux qui se trouvent dans des sols moins profonds meurent avant de fleurir (sauf lorsque les étés sont très humides). Les milieux abritant l'espèce n'ont jamais été labourés ni fauchés, mais certains ont été légèrement broutés par le bétail et ont probablement déjà été touchés par des incendies dans le passé.

L'exposition aux vents et aux embruns salés et la sécheresse des sols peu profonds empêchent généralement la croissance des arbres. La station du mont Tzuhalem comportait cependant un couvert très ouvert de chêne de Garry (Quercus garryana). Les arbustes indigènes forment souvent des fourrés très épars ou sont absents, quoique la symphorine blanche (Symphoricarpos albus) et le rosier de Nootka (Rosa nutkana) soient parfois présents. Ces deux espèces arbustives forment souvent des fourrés denses en périphérie des populations du grand silène de Scouler et peuvent s'avancer dans ces dernières durant les années humides, constituant de ce fait une menace pour l'espèce. Dans le passé, les feux de friche et le brûlage pratiqué par les Autochtones pourraient avoir freiné la propagation de ces fourrés de petits arbustes. Certaines espèces arbustives exotiques envahissantes comme le genêt à balais (Cytisus scoparius) et l'ajonc d'Europe (Ulex europaeus) (et dans une proportion moindre le daphné lauréole [Daphne laureola], le lierre commun [Hedera helix] et la ronce discolore [Rubus discolor]) sont parfois abondantes et risquent d'envahir tous les milieux abritant le grand silène de Scouler si rien n'est fait pour freiner leur propagation.

La strate herbacée est généralement dominée par un mélange d'espèces indigènes et exotiques. Les principales espèces indigènes sont des herbacées non graminoïdes (fraisiers [Fragaria spp.], fougère-aigle [Pteridium aquilinum], aster rigide[Sericocarpus rigidus], Céraiste des champs[Cerastium arvense], achillée millefeuille[Achillaea millefolium], ériophylle laineux [Eriophyllum lanatum], grindélie à grandes feuilles [Grindelia integrifolia], lomatium à tige nue [Lomatium nudicaule]), mais quelques graminées indigènes (deschampsie cespiteuse [Deschampsia cespitosa], élyme glauque[Elymus glaucus], fétuque rouge [Festuca rubra]) sont également présentes dans certaines stations. La camassie camash (Camassia quamash) et la gyroselle de Henderson [Dodecatheon hendersonii] sont abondantes au printemps dans certaines stations. Les graminées introduites (houlque laineuse [Holcus lanatus], pâturin des prés [Poa pratensis], flouve odorante [Anthoxanthum odoratum], crételle hérissée [Cynosurus echinatus]) sont habituellement plus abondantes que les herbacées non graminoïdes introduites (porcelle enracinée [Hypochaeris radicata], petite oseille [Rumex acetosella], plantain lancéolé [Plantago lanceolata], vesce cultivée [Vicia sativa]).

Tableau 13. Stations canadiennes du Silene scouleri ssp. grandis
PopulationRégime foncierDonnées tirées du rapport de situationDonnées obtenues subséquemment
DateObservateursNombre d'individusDateObservateursNombre d'individus
Île TrialCette population est largement confinée à une parcelle de terre provinciale cédée à bail à une société de radiocommunications. Il se peut qu'une faible portion de la population (< 5 individus) empiète légèrement sur une réserve écologique provinciale adjacente, mais un arpentage légal devra être effectué pour confirmer cette hypothèse.2001Fairbarns52004Fairbarns23
Île Little TrialTerre provinciale désignée réserve écologiqueNon mentionnée2004Fairbarns14
Îlot AlphaTerre provinciale désignée réserve écologique2001Fairbarns6732003Fairbarns370-500
Mont TzuhalemTerre provinciale désignée réserve écologiqueDisparueAucune donnée obtenue subséquemment
Ten Mile PointInconnuDisparue
Parc UplandsMunicipalité d'Oak Bay (lieu désigné parc urbain)Disparue
Beacon HillVille de Victoria (lieu désigné parc)Disparue
Île BareRéserve indienneDisparue
Cedar HillMunicipalité de Saanich (lieu désigné parc)Disparue
Île GriffinTerre provinciale désignée réserve écologiqueMention erronée (spécimens probablement récoltés à l'îlot Alpha)
« Près de Victoria »InconnuMentions imprécises, pourraient correspondre à des localités mentionnées ci-dessus
District de BurnsideInconnu
Oak BayInconnu

1.14.5 Cycle annuel

Les informations fournies dans le rapport de situation du COSEPAC ont été actualisées par des relevés de la végétation effectués subséquemment à l'île Trial (Fairbarns, en prép. e.). Les sujets établis produisent de nouvelles pousses en juillet, en août et en septembre, une fois la période de sécheresse estivale terminée. La croissance des tiges est lente en hiver, mais en mai et en juin, les tiges florifères s'allongent. Certaines de ces tiges se flétrissent et meurent durant la période de sécheresse, en juillet et en août, mais celles qui sont exposées à un stress moins intense produisent des bourgeons floraux. Ces bourgeons commencent à gonfler à la fin de juin, et les fleurs apparaissent en juillet ou au début d'août. La floraison se termine généralement à la fin d'août, mais chez les sujets établis dans des sols plus humides, elle peut se prolonger jusqu'en septembre ou en octobre. Les fleurs qui s'ouvrent plus tardivement ne produisent pas de fruits viables. La déhiscence des fruits issus d'une floraison hâtive débute à la fin d'août. Sous l'action du vent qui agite les tiges, les graines sont graduellement expulsées des capsules ouvertes. Les capsules produites plus tardivement libèrent leurs graines jusqu'en novembre. La plupart des tiges mortes demeurent dressées longtemps après la dispersion des graines.

1.14.6 Facteurs limitatifs sur le plan biologique

La germination survient en mars ou en avril. Occasionnellement, des groupes denses de semis se forment à la base des individus qui ont produit des graines l'année précédente. La mortalité des semis est élevée, et de nombreux semis meurent durant les brèves périodes de temps sec qui provoquent l'assèchement de la couche superficielle du sol. Les survivants croissent lentement et ne fleurissent pas la première année. On ignore à quel âge survient la floraison en nature, mais même dans des jardins bien irrigués, la plupart des individus ne fleurissent pas avant l'âge de trois ans.

Dans une année donnée, une forte proportion des tiges ne s'allongent pas, et celles qui s'allongent ne résistent pas à la sécheresse et meurent avant de produire des fleurs. Souvent, celles qui survivent jusqu'à la fin de la période de sécheresse estivale n'ont pas le temps de produire de graines viables avant l'arrivée du temps froid automnal et la fin de la saison de croissance. Les capsules immatures pourrissent durant l'hiver. Le potentiel de rétablissement du grand silène de Scouler est limité par l'incapacité de certaines populations de produire des graines viables avant l'arrivée du temps froid en automne, qui arrête la croissance.