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Programme de rétablissement multi-espèces visant les espèces en péril des prés maritimes associés aux chênaies de Garry au Canada (Proposé)


Rétablissement multi-espèces

1.6 Limitations et menaces communes

Une vaste gamme de facteurs menacent directement les espèces en péril des prés maritimes ou leurs habitats. Ces menaces et leur ampleur pour chaque espèce sont présentées au tableau 4. Le classement des menaces vaut pour les populations répertoriées, mais d'autres menaces affecteraient aussi probablement les populations issues de translocations. Dans le cas des deux espèces de papillons, l'importance de chaque menace a été établie en fonction des effets qu'elle pourrait avoir sur les populations déjà connues ainsi que sur celles qui seraient découvertes ou réimplantées dans l'avenir (Miskelly et Heron, comm. pers.). En 2004, la présence d'une population de damier de Taylor à l'île Denman a été confirmée. Cette population, qui se trouve sur des terres privées, n'avait jamais été signalée (Heron, pers. comm.). On trouvera dans un document complémentaire (Fairbarns et Maslovat, 2005) une matrice présentant l'ampleur de chaque menace pour chaque espèce végétale à chaque station répertoriée. Dans ce qui suit, les menaces sont présentées globalement par ordre décroissant d'importance aux fins du rétablissement, des différences pouvant toutefois exister selon les espèces.

Tableau 4. Menaces pesant sur l'habitat (H) et menaces pesant directement sur la survie (D) des espèces en péril des prés maritimes
Pour chaque espèce, les menaces sont classées selon les catégories suivantes : menace faible, menace Modé-
rée, menace forte ou ampleur inconnue. Les cellules vides signifient que la menace n'est pas particulièrement pertinente pour l'espèce considérée. MI = marbré insulaire, DT = damier de Taylor, TV = triphysaire versicolore, SPO = sanicle patte-d'ours, GSS = grand silène de Scouler, CD = castilléjie dorée, LÉ = lupin élégant, SB = sanicle bipinnatifide, LS = lotier splendide
MenacesEffetMIDTTVSPOGSSCDSBLS
1. Destruction de l'habitatD, HForteForteForteForteForteForteForteForteForte
2. Plantes envahissantes
Arbustes envahissantsD, HForteForteForteFaibleForteForteForteModé-
rée
Forte
Graminées et autres herbacées envahissantesD, HModé-
rée
Modé-
rée
ForteModé-
rée
Modé-
rée
ForteModé-
rée
ForteForte
3. Fragmentation de l'habitatDForteForteModé-
rée
ForteForteForteForteForteForte
4. Changements dans la composition de la végétation indigène liés à l'altération des régimes d'incendieD, HForteForteFaibleModé-
rée
Modé-
rée
Modé-
rée
ForteModé-
rée
Modé-
rée
5. Activités récréativesDModé-
rée
Modé-
rée
ForteModé-
rée
FaibleModé-
rée
In-
connue
ForteFaible
6. Effondrement démographiqueDModé-
rée
Modé-
rée
Modé-
rée
Modé-
rée
Modé-
rée
Modé-
rée
ForteFaibleFaible
7. FauchageD, HModé-
rée
FaibleFaibleFaible Forte   
8. Changements dans l'hydrologieH  ForteFaibleFaibleFaible FaibleModé-
rée
9. Changements climatiquesD, HIn-
connue
In-
connue
In-
connue
In-
connue
In-
connue
In-
connue
In-
connue
In-
connue
In-
connue
10. Réintroduction des incendiesD, HForteModé-
rée
In-
connue
In-
connue
In-
connue
In-
connue
 In-
connue
In-
connue
11. PâturageD, HForteFaible       
12. Coupe et arrachement des plantes envahissantesD, HFaibleFaibleModé-
rée
FaibleModé-
rée
Modé-
rée
FaibleModé-
rée
Modé-
rée
13. Activités d'entretienD  Modé-
rée
Modé-
rée
Modé-
rée
Modé-
rée
 Faible 
14. HerbivorieD  FaibleFaibleFaibleFaible Modé-
rée
Modé-
rée
15. PesticidesDModé-
rée
Modé-
rée
       
16. Culture de plantes non indigènesDFaibleFaibleModé-
rée
    Faible 
17. Pollution marineDIn-
connue
H In-
connue
  FaibleFaibleFaibleFaible FaibleFaible
18. Invertébrés envahissantsD      In-
connue
  
19. Vertébrés envahissantsD, H        In-
connue

1.6.1 Destruction de l'habitat

La destruction de l'habitat est considérée comme une menace de première importance pour les espèces végétales visées par le présent programme de rétablissement (Ryan et Douglas, 1995; Ryan et Douglas, 1996a, 1996b; Penny et al., 1998; Donovan et Douglas, 2001; Penny et Douglas, 2001; Fairbarns et Wilkinson, 2003) et pour le damier de Taylor (Shepard, 2000c).

Le développement agricole et urbain a probablement détruit des populations tant répertoriées que non répertoriées d'espèces visées par le présent programme de rétablissement ainsi que des étendues de pré maritime, mais la plus grande partie des prés maritimes restants se trouvent dans des zones protégées ou sur des terres fédérales (voir les tableaux 11 à 17).

1.6.2 Plantes envahissantes

Les espèces végétales envahissantes (arbustes et graminées et autres herbacées non indigènes) constituent une menace importante pour les chênaies de Garry et les écosystèmes associés ainsi que pour toutes les espèces en péril visées par le présent programme de rétablissement (Fuchs, 2001; GOERT, 2002). Certaines plantes envahissantes peuvent accroître la disponibilité de l'azote, modifiant ainsi les processus écosystémiques (Maron et Connors, 1996; Adair et Groves, 1998; Levine et al.,2003), occuper des endroits où auraient pu s'établir de nouveaux individus (Brown et Rice, 2000; Ryan et Douglas, 1996a; Ryan et Douglas, 1996b), altérer les couches de litière (Facelli et Pickett, 1991; Bergelson, 1990), modifier la disponibilité de l'eau du sol selon les saisons et à différentes profondeurs (Harris et Wilson, 1970; Smith, 1994), altérer la structure et la composition du sol (Levine et al., 2003), accroître l'intensité des feux du fait d'un accroissement de la charge de combustible (D'Antonio et Vitousek, 1992) et entrer en compétition avec les plantes indigènes pour l'eau, la lumière et les éléments nutritifs (Fuchs, 2001; MacDougall, 2002).

Les espèces végétales envahissantes affectent les papillons en entrant en compétition avec les plantes exploitées par les chenilles et les adultes, en réduisant l'accès aux plantes nectarifères et en modifiant la structure physique de l'habitat (GOERT, 2002; Vaughan et Black, 2002a; 2002b).

Pour les menaces associées à diverses activités de gestion des espèces envahissantes, veuillez vous reporter aux menaces 7 (Fauchage), 10 (Réintroduction des incendies) et 12 (Coupe et arrachement des plantes envahissantes).

1.6.3 Fragmentation de l'habitat

L'habitat de pré maritime est naturellement fragmenté : on le trouve sur de petites îles et dans des secteurs des chênaies de Garry et des écosystèmes associés. Cependant, la perte récente d'habitat a accentué cette fragmentation en éliminant des milieux favorables avec la matrice adjacente. La fragmentation de l'habitat peut compromettre la survie à long terme des espèces en limitant les activités de restauration (p. ex. en rendant impossible les brûlages dans les régions urbanisées) ainsi que la dispersion des plantes en péril et de leurs pollinisateurs (ce qui peut réduire la capacité de reproduction). Elle entrave la dispersion des graines et des papillons, ce qui peut limiter la diversité génétique et réduire les possibilités de sauvetage (voir Fuchs, 2001, document qui traite plus à fond de cette question). Les habitats des papillons qui sont fragmentés peuvent ne pas offrir un assez vaste éventail de conditions environnementales pour assurer la disponibilité de plantes phénologiquement adéquates pour l'alimentation des chenilles émergentes (voir Fuchs, 2001).

1.6.4 Changements dans la composition de la végétation indigène liés à l'altération des régimes d'incendie

Avant l'arrivée des Européens, les Premières Nations ont procédé à de fréquents brûlages de faible intensité dans nombre de chênaies de Garry et écosystèmes associés (examen de la question dans Fuchs, 2001, et Beckwith, 2002), mais on ne sait pas bien quelle a été l'étendue de cette pratique dans les prés maritimes. Dans les régions abritant de fortes populations autochtones (p. ex. l'île de Vancouver), les brûlages ont probablement largement contribué au maintien des prés. Après l'arrivée des colons européens, on a supprimé cette pratique et lutter contre les incendies naturels (Fuchs, 2001; MacDougal et al.,2004). L'absence d'incendies permet l'établissement d'espèces ligneuses indigènes et leur empiètement dans des milieux dégagés (Fuchs 2001), accélère l'accumulation de biomasse aérienne (herbes et litière morte) et réduit la quantité de sol minéral exposé favorisant la germination et l'établissement des plantes.

Le sol des communautés végétales dominées par des plantes herbacées plutôt que par des espèces ligneuses renferme davantage de racines fines qui se décomposent pour produire de la matière organique. Les feux de faible intensité ne détruisent pas beaucoup la composante organique des couches supérieures du sol mais brûlent la matière organique superficielle, ce qui libère des éléments nutritifs sous une forme assimilable par les plantes. Dans les écosystèmes où le principal apport de matière organique provient d'herbacées ou de plantes ligneuses caducifoliées plutôt que de conifères, l'horizon Ah du sol présente un pH plutôt neutre, ce qui diffère grandement de ce qu'on observe dans les forêts de douglas, où les sols sont acides (Broersma, 1973).

L'empiètement par les plantes ligneuses peut se produire plus rapidement dans les secteurs humides du paysage que dans les secteurs sujets à des sécheresses estivales intenses et prolongées (GOERT, 2002; Vaughan et Black, 2002a; 2002b). Cet empiètement confine les prés indigènes aux secteurs sujets à l'assèchement, où les plantes peuvent connaître une sénescence prématurée dans les périodes de sécheresse. La sénescence prématurée pourrait réduire le nombre des plantes dont ont besoin les chenilles des papillons pour s'alimenter ou qui fournissent du nectar aux adultes (Hellmann, 2002; Cappuccino et Kareiva, 1985). Comme le spectre phénologique associé aux plantes restantes serait alors temporairement restreint, les papillons pourraient manquer de nourriture si leurs plantes hôtes se flétrissent. La population de damier de Taylor du parc Helliwell pourrait avoir disparu du fait que des conifères se sont établis dans les secteurs plus humides des prairies originales, qui renfermaient auparavant des plantes hôtes tardives.

Il y a aussi influence de l'absence d'incendies sur la communauté végétale en rapport avec les espèces exotiques envahissantes. Bien que certaines espèces exotiques soient favorisées par le feu (voir la menace 2), des incendies réguliers peuvent aussi réduire la végétation herbacée exotique, les brûlages fréquents ayant pour effet de diminuer les effectifs de nombreuses plantes exotiques très compétitives (Tilman, 1988, dans MacDougall, 2002; MacDougall, comm. pers., 2004).

1.6.5 Activités récréatives

Le piétinement par les personnes et les chiens peut endommager la végétation et tous les stades du cycle biologique des papillons. Les bicyclettes, les chevaux et les véhicules tous terrains peuvent compacter les sols et endommager tant les papillons que les plantes. L'équitation pourrait avoir contribué à la disparition récente du damier de Taylor à au moins deux endroits dans l'État de Washington (Vaughan et Black, 2002b). Bien qu'un faible piétinement puisse être bénéfique pour certaines espèces basses (p. ex. la triphysaire versicolore et la sanicle patte-d'ours) du fait qu'il peut réduire la compétition et supprimer des herbacées exotiques hautes (Penny et al., 1998), certaines autres espèces, comme le lotier splendide, ne sont présentes qu'à des endroits à accès public limité et sont probablement sensibles au piétinement (Ryan et Douglas, 1996a). L'effet des chiens, particulièrement dans les secteurs où ils peuvent se promener librement, comme à la pointe Macaulay, et les effets potentiels des feux de plage qui se répandent sont inconnus.

L'accès du public aux terrains du ministère de la Défense nationale étant limité, les menaces liées aux activités récréatives y sont très faibles. Les propriétaires de bateaux doivent détenir un permis pour accoster à la réserve écologique de l'île Trial et à la réserve écologique des îles de la baie Oak, mais le ministère des Parcs de la Colombie-Britannique n'y exerce pas une surveillance efficace. Les parcs municipaux et régionaux sont tous fortement fréquentés par le public et des animaux de compagnie, et la fréquentation ira en augmentant étant donné la croissance démographique de Victoria. Certaines initiatives récentes visant à limiter la circulation libre des chiens qui ont été mises de l'avant sur certains territoires ont rencontré l'opposition du public et ont été infructueuses.

1.6.6 Effondrement démographique

Toutes les espèces visées par le présent programme de rétablissement ne comptent qu'un petit nombre de populations génétiquement isolées des autres populations conspécifiques. L'isolement génétique peut produire des adaptations locales, ce qui est généralement bénéfique mais peut aussi rendre l'espèce moins apte à s'adapter aux changements environnementaux. De plus, il peut aussi donner lieu à une limitation du fonds génétique, à une dépression de consanguinité et à une dérive génétique (Primack, 1993 dans Donovan et Douglas, 2000). Avec le temps, ces facteurs, combinés aux limitations environnementales présentes à la périphérie des aires de répartition des espèces, peuvent entraîner une réduction inquiétante de la production de graines, de la vigueur des plantules, des taux de floraison, de la résilience et du recrutement.

La fragmentation de l'habitat et une faible dispersion peuvent aussi donner lieu à un effondrement démographique et conséquemment à une faible production de graines.

1.6.7 Fauchage

L'effet du fauchage et de la tonte sur les espèces en péril est fonction des interactions entre l'autoécologie des diverses espèces et le moment du fauchage. Le fauchage est partiellement assimilable au feu et peut limiter l'empiètement des prés par les arbustes. Il peut avoir un effet positif sur les espèces basses, comme la sanicle patte-d'ours. Cependant, il pourrait avoir contribué à la disparition de la castilléjie dorée dans le parc Beacon Hill (Hook, comm. pers., 2004). Effectué à des moments bien choisis, le fauchage devrait avoir peu d'effets négatifs sur les chenilles et chrysalides réintroduites du damier de Taylor, qui vivent près du sol. Cependant, le fauchage aurait probablement un impact négatif sur les chenilles des marbrés insulaires réimplantés, qui vivent sur les végétaux à 15-80 cm du sol (Guppy, comm. pers., 2003; Miskelly, obs. pers., 2004).

Dans certains parcs, dont le parc municipal Glencoe Cove (Saanich) et le parc Beacon Hill (Victoria), certains secteurs ne sont pas fauchés ou ne le sont que tard dans l'année (après la mi-août) de façon à ce que les plantes en péril y soient affectées le moins possible (Daly, comm. pers., 2004; Raeroer, comm. pers., 2004).

1.6.8 Changements dans l'hydrologie

L'accroissement du drainage, la formation artificielle d'accumulations d'eau et l'élimination ou la diminution des sources d'eau, notamment des mares printanières, peuvent altérer les prés maritimes et dégrader l'habitat. L'irrigation, commune dans les zones urbaines et les espaces verts aménagés, peut favoriser les espèces moins tolérantes au stress, comme certaines plantes exotiques. On trouve à côté d'une population de sanicle patte-d'ours un aménagement paysager fortement irrigué qui pourrait affecter l'espèce et limiter l'habitat propice à des endroits où elle pourrait avoir déjà été présente (Donovan et Douglas, 2000).

1.6.9 Changements climatiques

Les changements climatiques pourraient donner lieu à des étés plus chauds et à une compression des périodes de conditions printanières. Ces changements, combinés avec d'éventuels changements dans l'hydrologie, pourraient entraîner la disparition graduelle des populations restantes, qui ne trouveraient plus les conditions climatiques nécessaires à leur maintien.

1.6.10 Réintroduction des incendies

Des travaux supplémentaires devront être réalisés pour déterminer si la réintroduction des incendies constitue une mesure de restauration appropriée. La charge de combustible accrue fera que les incendies seront plus chauds et de plus grande ampleur que les incendies plus fréquents et moins chauds qui pouvaient se produire avant qu'on se mette à empêcher les incendies.

L'effet direct des brûlages dirigés sur les espèces en péril n'est pas connu, mais les incendies chauds tuent probablement les invertébrés (Nicolai, 1991, Swengel, 1996, et Siemann et al., 1997, dans Fuchs, 2001). L'ampleur de l'effet est déterminé par l'autoécologie des espèces et le moment du brûlage. Les chrysalides et les chenilles du damier de Taylor vivent habituellement près du sol par temps froid ou pluvieux et durant la diapause estivale (période de repos) (Guppy, obs. pers. dans la population de la baie Mill, 2003; Hellman, comm. pers., 2005; Ross, comm. pers., 2004). L'effet direct d'un brûlage de surface à faible intensité thermique, réalisé au bon moment de l'année, sur les chenilles ou les chrysalides du damier de Taylor est inconnu. Selon Guppy (comm. pers., 2004), les brûlages pourraient tuer directement nombre d'œufs, de chenilles et de chrysalides du marbré insulaire; en effet, les œufs et les chenilles vivent sur leurs plantes hôtes (à 15-80 cm du sol) (Miskelly, obs. pers., 2004), qui peuvent être endommagées par le feu, et les chrysalides se trouvent aussi au-dessus de la surface du sol, mais fixées à des objets près du sol. Les incendies peuvent aussi, du moins pour une courte période, éliminer ou réduire l'effectif des plantes dont s'alimentent les chenilles des deux espèces de papillons.

Bien que des brûlages fréquents semblent éliminer des graminées exotiques arrivées à maturité, qu'on pense au pâturin des prés (Poa pratensis) et au dactyle pelotonné (Dactylis glomerata) (MacDougall 2002), nombre d'espèces exotiques, notamment le genêt à balais et la houlque laineuse (Holcus lanatus), sont favorisées par les incendies et colonisent rapidement tout sol minéral exposé par suite d'un incendie. Le genêt à balais peut proliférer après un incendie unique, mais il n'est pas favorisé par des incendies répétés. La présence de ces espèces exotiques peut à son tour accroître l'inflammabilité des écosystèmes (D'Antonio et Vitousek, 1992).

1.6.11 Pâturage

Dans le passé, on a fait brouter le bétail dans les îles Discovery, Trial, Chatham, Strongtide, VanTreight et Griffin. Le pâturage intensif, combiné à la culture des terres et à l'introduction d'espèces exotiques, a gravement altéré les écosystèmes du chêne de Garry, dont les prés maritimes (MacDougall et al., 2004). Le pâturage a probablement modifié la composition en espèces, la structure de la végétation et le cycle des éléments nutritifs dans ces écosystèmes (Hatch et al., 1999; Bartolome et al., 2004). Des chèvres férales continuent de brouter sur la crête Brown, dans l'île Saturna. Il faudra évaluer l'impact du pâturage sur les prés maritimes dans chaque localité, avant d'y modifier le régime de gestion, car il se peut que le pâturage empêche l'envahissement par les arbustes et atténue ainsi d'autres menaces pesant sur des espèces en péril.

Le pâturage modifie l'équilibre concurrentiel des communautés en faveur des espèces non palatables et, s'il a lieu au mauvais moment de l'année (soit au printemps), il peut décimer les espèces palatables, comme le lotier splendide. Le pâturage favorise les graminées gazonnantes et le surpâturage peut aussi fortement contribuer à l'établissement et à la dominance éventuelle d'espèces fourragères exotiques (Saenz et Sawyer, 1986 dans Fuchs, 2001) (voir la menace 2). Les animaux pâturant piétinent les chenilles et peuvent éliminer les plantes hôtes de ces dernières. Selon le moment du pâturage, les œufs et les chenilles des marbrés insulaires peuvent être consommés. Par conséquent, si on veut poursuivre le pâturage dans ces écosystèmes, on devra être informé de la phénologie des plantes et des invertébrés en péril (des lépidoptères en particulier) pour protéger le mieux possible les stades importants du cycle biologique de ces espèces.

1.6.12 Coupe et arrachement des plantes envahissantes

La gestion des espèces envahissantes peut aussi constituer de diverses façons une menace pour les espèces en péril. Dans la restauration des habitats des deux espèces de papillons, qui s'alimentent sur des plantes exotiques, on devrait mettre l'accent sur la réintroduction de plantes hôtes indigènes plutôt que préserver des plantes hôtes exotiques, comme le plantain lancéolé (Plantago lanceolata) pour le damier de Taylor, ou les crucifères envahissantes introduites exploitées par le marbré insulaire.

La possibilité d'obtenir un milieu propice aux espèces de papillons en maintenant ou favorisant des populations de plantes hôtes exotiques a été envisagée. Une telle mesure pourra être étudiée plus à fond au moment de l'élaboration du plan d'action.

L'arrachement à la main ou la coupe des arbustes envahissants et l'empilement et l'enlèvement des rémanents peuvent donner lieu au piétinement des espèces végétales en péril. Ces activités peuvent aussi affecter tous les stades de vie des papillons et de leurs plantes hôtes. Nombre de plantes envahissantes sont particulièrement aptes à coloniser les sols perturbés, de sorte que la perturbation des sols découlant de l'enlèvement des espèces envahissantes peut favoriser la prolifération de semis (Knops et al., 1995; Kotanen, 2004). En outre, les techniques de lutte inefficaces (comme la coupe des tiges des jeunes genêts à balais) peuvent se révéler néfastes pour les populations.

Parmi les autres techniques de lutte contre les espèces envahissantes, on compte le fauchage (menace 7) et le brûlage dirigé (menace 10).

1.6.13 Activités d'entretien

Les activités d'entretien autour des pylônes radio (p. ex. dans les concessions de Seacoast Communications dans l'île Trial, dans des terrains du ministère de la Défense nationale et dans des parcs) peuvent nuire aux espèces en péril. Au nombre des menaces potentielles, on compte le fauchage (menace 7), l'application d'herbicide, le piétinement, l'installation de gros câbles au sol, l'entreposage de matériels et de déchets, l'entretien des installations et le transport du matériel lourd et d'équipements depuis le quai jusqu'aux installations (Penny et Douglas, 2001).

1.6.14 Herbivorie

La concentration de brouteurs indigènes et leurs habitudes de broutage ont changé avec l'accroissement de l'urbanisation et la perte d'habitat. Le wapiti de Roosevelt (Cervus elaphus roosevelti), qu'on observait autrefois davantage dans les chênaies de Garry et les écosystèmes associés, est aujourd'hui rare et confiné aux régions moins peuplées de l'île de Vancouver. Le cerf à queue noire (Odocoileus hemionus columbianus) occupe aujourd'hui une superficie totale plus petite et est plus densément concentré que par le passé. Le développement, la diminution de la chasse et la réduction des effectifs de carnivores dans les régions peuplées ont entraîné une hausse de la densité des populations de cerfs. L'accroissement des ressources alimentaires dû à l'agriculture, à l'irrigation et à la prolifération des plantes exotiques est tel que les cerfs trouvent maintenant davantage d'aliments tard dans la saison. Dans certaines régions, les chiens peuvent chasser les ongulés. L'île Trial n'abrite pas de cerfs et l'îlot Alpha et l'île Griffin n'en comptent que très peu.

Le broutage des arbustes par les ongulés, auparavant associé à l'existence d'incendies fréquents de faible intensité, favorise la persistance des espèces des prés. Les arbustes qui survivent aux incendies sont suffisamment broutés pour que l'équilibre concurrentiel soit encore davantage modifié en faveur des espèces des prés. Les plantes herbacées non graminoïdes palatables et hautes, dont les méristèmes (points de croissance) se trouvent à bonne hauteur du sol, sont grandement affectées par le broutage, de sorte que les herbacées non palatables et basses (méristèmes proches du sol) se trouvent avantagées. La modification des profils de broutage peut avoir des effets positifs ou négatifs sur les espèces en péril selon leur palatabilité (ou celle de leurs plantes hôtes) et la palatabilité des végétaux concurrents.

L'effet des invertébrés phytophages indigènes est inconnu. Les insectes qui consomment des graines, particulièrement ceux qui s'attaquent aux graines avant la dispersion et qui peuvent détruire la production de graines d'inflorescences entières, peuvent affecter gravement la capacité de reproduction des plantes (Bigger, 1999). Les menaces associées au pâturage sont traitées plus haut (menace 11).

1.6.15 Pesticides

Pour lutter contre les infestations de spongieuse, espèce exotique, on procède à des pulvérisations aériennes de Bacillus thuringiensis ssp. kurstaki(Btk). Le Btk tue la plupart des chenilles des papillons diurnes et nocturnes, et les chenilles du damier de Taylor et du marbré insulaire s'alimentent très activement au début du printemps, période habituelle d'application du Btk (Wagner et Miller, 1995; Nealis, comm. pers., 2003). À cause de la dérive de ce produit (entraînement par le vent), on peut en trouver des concentrations toxiques à plus de deux milles des zones cibles (Whaley et al., 1998). On trouve dans un document de l'Équipe de rétablissement des écosystèmes du chêne de Garry (GOERT, 2002; page 36) des mesures pouvant être prises pour atténuer cette menace.

1.6.16 Culture de plantes non indigènes

La culture de plantes non indigènes (p. ex. pelouses et plantes horticoles) à proximité d'endroits abritant des espèces en péril peut avoir des effets sur ces dernières en pouvant introduire de nouvelles espèces envahissantes, accroître l'usage d'herbicide, altérer les régimes hydriques et réduire les effectifs des plantes hôtes indigènes des papillons. Les plantes horticoles peuvent aussi se répandre en dehors des lieux où elles sont cultivées et se naturaliser, ajoutant ainsi au problème des espèces envahissantes. La plantation et l'entretien de pelouses et de plantes horticoles ornementales à proximité de populations de sanicle patte-d'ours dans le parc de la pointe Saxe pourraient avoir privé l'espèce de milieux lui convenant (Matt Fairbarns, obs. pers.).

1.6.17 Pollution marine

Le détroit de Juan de Fuca constitue la route de transport maritime la plus fréquentée de la côte du Pacifique au nord de San Francisco. Le risque de collision entre pétroliers et de déversements d'hydrocarbures y est élevé. En décembre 2003, un navire de charge est passé à trois minutes de s'échouer à l'île Trial (Victoria Times-Colonist, 2003), laquelle abrite cinq des sept espèces végétales visées par le présent programme de rétablissement et est l'un des lieux où le damier de Taylor était présent dans le passé.

Comme une bonne part de la superficie de pré maritime jouxte la zone intertidale et reçoit des embruns salés durant les tempêtes, la pollution marine pourrait y avoir un impact. On devra effectuer des recherches pour mieux déterminer les effets actuels et potentiels de la pollution marine diffuse et d'éventuels déversements ponctuels accidentels sur les espèces en péril.

1.6.18 Invertébrés envahissants

On devra étudier davantage l'effet des vers de terre introduits sur le cycle des éléments nutritifs et la productivité des écosystèmes (Fuchs, 2001). En outre, l'effet de la phytophagie de la limace rouge (Arion rufus), espèce introduite, de même que de la prédation des graines par des insectes introduits sur les espèces visées par le présent programme de rétablissement est encore inconnu.

1.6.19 Vertébrés envahissants non indigènes

Très peu de recherches ont été menées sur l'effet des vertébrés introduits sur les espèces en péril des écosystèmes du chêne de Garry (GOERT, 2002). Des lapins (Sylvilagus floridanus et Oryctolagus cuniculus) et des rats (Rattus sp.) fréquentent les prés maritimes et y consomment probablement des plantes et des graines. Certains oiseaux introduits, comme l'étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) et le moineau domestique (Passer domesticus), mangent des invertébrés et pourraient constituer une menace pour les papillons en péril. Enfin, l'effet des opossums d'Amérique (Didelphis virginiana) dans les écosystèmes du chêne de Garry des îles Denman et Hornby n'a pas encore été étudié.