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Programme de rétablissement multi-espèces visant les espèces en péril des prés maritimes associés aux chênaies de Garry au Canada (Proposé)


Information sur les espèces

1.11 Damier de Taylor (Euphydryas editha taylori)

Nom commun : Damier de Taylor

Nom scientifique : Euphydryas editha taylori

Statut : Espèce en voie de disparition

Dernier examen ou dernière modification : Novembre 2000 (nouvelle)

Justification de la désignation : Ce papillon a connu une importante diminution de sa population dans toute son aire de répartition. Jusqu'à récemment, il subsistait à un site au Canada dans des prés de chênes de Garry. Une grande partie de son habitat a été détruite, et les plantes envahissantes ont éliminé la plante hôte de ses larves dans la majeure partie du site restant.

Présence au Canada : Colombie-Britannique

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en novembre 2000. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

1.11.1 L'espèce

Le damier de Taylor est un papillon diurne de taille moyenne. Le dessus des ailes est orné de bandes alternées distinctes noires et orange. En dessous, les ailes présentent un motif en damier formé de bandes orange, blanches, rouges, crème pâle et noires marginées de noir. Ces bandes s'étendent parallèlement au thorax et à l'abdomen, qui sont noirs. Le sommet des ailes antérieures est arrondi. Les mâles sont légèrement plus petits que les femelles. Les chenilles sont noires, avec des bandes orange. Les œufs sont jaune pâle, transparents.

L'Euphydryas editha taylori est un taxon bien défini selon la description fournie dans le rapport de situation du COSEPAC (Shepard, 2000c).

1.11.2 Répartition

L'aire de répartition mondiale actuelle consiste en quinze stations réparties dans le comté de Clallum et la portion sud de Puget Sound (Washington) (S1) ainsi que dans la vallée de la Willamette (Oregon) (S1) (figure 2).

Au Canada, le damier de Taylor compte 22 populations historiques naturellement fragmentées : quinze dans la région du Grand Victoria, trois dans la région s'étendant de Mill Bay à Duncan, trois dans l'île de Hornby et une près de Courtenay (figure 2). Les mentions sont échelonnées de 1887 à 1995. L'espèce est actuellement considérée comme en voie de disparition (2000), mais des relevés récents effectués en 2001 et 2003 dans les dernières stations occupées connues ont indiqué que l'espèce a probablement disparu du Canada (Miskelly, 2003). Toutefois, en 2005, 15 individus ont été trouvés à l'île Denman, près de Courtenay (île de Vancouver) (Jennifer Heron, comm. pers., 2005).

Figure 2. Répartition mondiale et canadienne de l'Euphydryas editha taylori.
(Les populations disparues sont désignées par un triangle.)
Figure 2. Répartition mondiale et canadienne de l'Euphydryas editha taylori. (Les populations disparues sont désignées par un triangle.)

1.11.3 Tendances des populations et de la répartition

Bon nombre des populations connues de la région de Victoria se sont maintenues jusqu'aux années 1950. La disparition de la population du parc Beacon Hill remonterait cependant au début des années 1930. En 1989, le damier de Taylor n'était plus représenté que par une seule population occupant une emprise de ligne électrique, à 3 km au sud-ouest de Mill Bay (Shepard 2000c). Cette population avait disparu en 1995 (Shepard, 2000a). Plusieurs populations ont été découvertes à l'île Hornby en 1995. Ces populations étaient encore présentes l'année suivante (Shepard, 1995; Shepard, 2000b; 2000c), mais elles semblaient avoir disparu en 2001 (Guppy et Fischer, 2001).

Bien qu'on ne connaisse pas les tendances de l'habitat du damier de Taylor, on sait que les chênaies de Garry et les écosystèmes associés ont subi un déclin considérable. La suppression des incendies et l'empiétement par les conifères des zones de résurgence et des secteurs à sol plus profond, conjugués à la sécheresse, pourraient être à l'origine de la disparition de la population du parc Helliwell à l'île Hornby.

La taille des populations dans l'État de Washington est inconnue. Les effectifs des deux populations de l'Oregon ont été estimés à 1 000 individus (Vaughan et Black, 2002b) et à 500 individus (Black, comm. pers., 2004). Au Canada, les populations de l'île Hornby et de Mill Bay, aujourd'hui disparues, comptaient respectivement 1 100 individus (1996) et 1 000 individus (1989) (Shepard, 2000c). On ignore à combien s'élevait la population canadienne totale autrefois.

1.11.4 Caractéristiques biotiques et abiotiques de l'habitat

Les descriptions de l'habitat du damier de Taylor sont fondées sur des observations effectuées dans les dernières stations occupées connues et sur des descriptions récentes de milieux anciennement occupés. Aucune étude de l'habitat du damier au Canada n'a encore été achevée, mais une recherche est en cours à l'Université de Victoria (Eastman et al., 2002).

Le damier de Taylor fréquente les milieux non boisés (Shepard, 2000b; 2000c). Il n'est pas confiné aux écosystèmes indigènes, et certains milieux qui ont été déboisés par les humains, comme les emprises de ligne électrique, satisfont à ses besoins (Vaughan et Black, 2002b; Shepard, 2000b; 2000c). Des relevés récents effectués dans l'État de Washington ont révélé la présence de populations prospères dans de nouvelles localités peu caractéristiques des milieux anciennement occupés, dont un milieu déboisé et brûlé situé à 600 m d'altitude comportant des falaises escarpées parsemées de colonies d'espèces indigènes (holodisque discolore [Holodiscus discolor], céanothe [Ceanothus sp.], divers Ribes spp.) (Miskelly, comm. pers., 2004).

Aux États-Unis, les plantes hôtes des populations existantes sont le plantain lancéolé (Plantago lanceolata), la castilléjie hispide (Castilleja hispida), la collinsie à grandes fleurs (Collinsia grandiflora), le plectritis rosé (Plectritis congesta) et la triphysaire naine (Triphysaria pusilla - une seule mention) (Grosboll, comm. pers., 2004; Potter, comm. pers., 2003; 2005). Le plantain maritime (Plantago maritima), la castilléjie dorée (Castilleja levisecta) et peut-être d'autres espèces de triphysaires (Murphy et al., 1983; Pelham, comm. pers., 2003) pourraient également être utilisés.

On ignore si certaines des populations autrefois présentes en Colombie-Britannique utilisaient d'autres espèces que le plantain lancéolé (Plantago lanceolata) comme plante hôte primaire ou secondaire (Shepard, 2000b; 2000c; Danby, 1890). On croit que les populations de la Colombie-Britannique pourraient avoir exploité les mêmes autres plantes hôtes que les populations de l'État de Washington.

Le nectar ne joue pas un rôle essentiel dans la reproduction, mais la production d'œufs chez la sous-espèce E. editha bayensis varie selon la disponibilité des sources de nectar et est deux fois plus élevée lorsque l'apport de nectar est important (Murphy et al., 1983). Les principales plantes nectarifères visitées par le damier de Taylor aux États-Unis incluent la camassie camash (Camassia quamash), diverses espèces de fraisiers (Fragaria spp.), le lomatium utriculé (Lomatium utriculatum) et le plectritis rosé (Plectritis congesta) (Potter, comm. pers., 2003; Grosboll, comm. pers., 2003; Ross, comm. pers., 2003). Les plantes nectarifères des populations autrefois présentes en Colombie-Britannique ne sont pas connues.

Le damier de Taylor est particulièrement vulnérable à l'invasion de son habitat par les espèces arbustives exotiques, car celles-ci déplacent ses plantes hôtes et en réduisent la disponibilité. L'invasion par le genêt à balais (Cytisus scoparius) de milieux déboisés par les humains est à l'origine de la disparition de la population à proximité de Mill Bay (Colombie-Britannique) (Shepard, 2000b; 2000c). La prolifération d'espèces exotiques envahissantes a également entraîné la disparition d'au moins une population du damier de Taylor dans l'État de Washington et pourrait menacer une des dernières populations encore existantes en Oregon (Vaughan et Black, 2002b). En Colombie-Britannique, la disparition de la population du parc provincial Bright Angel, au sud de Duncan, a été imputée au lotissement entrepris à proximité du parc et à la prolifération d'espèces arbustives dans le parc (Guppy, comm. pers., 2003).

1.11.5 Besoins en matière d'espace

Pour survivre à long terme, une population a besoin d'une parcelle d'habitat de qualité (présentant un abondant couvert de plantain lancéolé [Plantago lanceolata]ou de castilléjie hispide[Castilleja hispida] et de plantes nectarifères) de 5 à 20 hectares. Ces valeurs sont fondées sur des estimations des superficies occupées anciennement par des populations aujourd'hui disparues (Guppy, comm. pers., 2003). Plusieurs populations occupent actuellement des territoires de moins d'un hectare (Miskelly, comm. pers., 2004).

1.11.6 Cycle annuel

Chez la sous-espèce Euphydryas editha bayensis, les femelles déposent normalement une première masse de 130 à 180 œufs, puis plusieurs autres masses de plus en plus petites (Murphy et al., 1983). Cette observation correspond assez bien à la taille des groupes de chenilles du premier stade du damier de Taylor découverts au sud-ouest de Mill Bay (Guppy, comm. pers., 2003). Les œufs éclosent en mai ou au début de juin, et les chenilles s'alimentent jusqu'à la fin du troisième stade avant d'entrer en diapause.

Diverses techniques d'application facile peuvent être utilisées pour obtenir des pontes en captivité, que les femelles aient été fécondées en captivité ou non (p. ex. Murphy et al., 1983). En 1988 et en 1989, Guppy (comm. pers., 2003) a élevé avec succès des chenilles de damier de Taylor recueillies sur le terrain au deuxième stade, près de Mill Bay, en Colombie-Britannique. En 2004, des expériences d'élevage ont été réalisées avec 20 à 40 chenilles de damier de Taylor recueillies à Thurston et dans le comté de Clallum, en Oregon. Un programme d'élevage plus rigoureux est planifié pour 2005 (Potter, comm. pers., 2005). L'existence possible d'importantes différences phénologiques entre les populations du Canada et des États-Unis pourrait refléter un certain degré de divergence génétique entre ces populations (Guppy, comm. pers. à Miskelly, 2004).

1.11.7 Niche écologique

Aucune évaluation du rôle écologique de ce papillon n'a été entreprise à ce jour. Les adultes, lorsqu'ils sont présents en grands nombres, pourraient jouer un rôle important dans la pollinisation des plantes printanières indigènes. Lorsque les effectifs larvaires sont élevés, les chenilles peuvent infliger des dommages importants au plantain lancéolé, allant même jusqu'à défolier complètement leurs plantes hôtes dans certains parcelles (Guppy, comm. pers., 2003). Rien n'indique toutefois que cette herbivorie puisse compromettre la viabilité des populations de plantain. Les adultes, les chenilles et les chrysalides peuvent être les proies d'oiseaux insectivores, de petits mammifères et d'insectes prédateurs, mais comme ils contiennent des glucosides iridoïdes (substances produites par les plantes hôtes et séquestrées par le damier), ils sont non palatables pour la plupart des prédateurs. Les œufs, les chenilles et les chrysalides sont probablement les hôtes de divers insectes parasitoïdes (van Nouhys et Hanski, 2004).

1.11.8 Facteurs limitatifs sur le plan biologique

La capacité de dispersion du damier de Taylor n'a pas été évaluée. Les adultes des sous-espèces bayensis et wrighti ne parcourent pas plus de 200 à 300 pieds à l'intérieur des parcelles d'habitat adéquat lorsque les conditions environnementales sont favorables, mais ils peuvent se disperser sur de plus grandes distances en conditions de sécheresse ou de forte densité. Ces sous-espèces ont de la difficulté à établir de nouvelles populations même lorsqu'elles sont introduites dans un nouvel habitat (Ehrlich 1961; Ehrlich et al., 1980; Harrison, 1989; Murphy et White, 1984). L'E. editha taylori semble présenter une meilleure capacité de dispersion, et des adultes ont été observés alors qu'ils traversaient des zones boisées et d'autres barrières (Potter, comm. pers., 2003; Vaughn, comm. pers., 2003; Black, comm. pers., 2004). Les métapopulations de la sous-espèce bayensis ont besoin d'une importante population centrale stable comme source pour former de nouvelles populations périphériques ou stabiliser les populations périphériques existantes (Harrison, 1989). Si jamais de nouvelles populations étaient rétablies au Canada, la distance entre les îlots d'habitat favorable pourrait avoir un effet déterminant sur la capacité de dispersion de ces populations. Chez la sous-espèce bayensis, plusieurs populations très rapprochées mais présentant très peu d'échanges entre elles ont fini par disparaître (Hellmann et al., 2003, McLaughlin et al., 2002).

Les chenilles peuvent mourir de faim avant d'entrer en diapause lorsque leurs plantes hôtes, en particulier le plantain, se dessèchent prématurément sous l'effet d'une sécheresse estivale (Vaughan et Black, 2002b). La famine est d'ailleurs considérée comme la principale cause de mortalité chez cette espèce. Chez la sous-espèce bayensis, en Californie, l'incidence des conditions météorologiques sur l'atteinte de la diapause et la survie des chenilles durant la diapause est considérée comme l'une des principales variables permettant de déterminer la taille des effectifs adultes et la persistance des populations (McLaughlin et al., 2002). Chez d'autres sous-espèces présentes en Californie, le seuil de viabilité des populations s'établit à environ 1 000 individus (Ehrlich, 1961; Hellmann et al., 2003); le risque de disparition due à la sécheresse ou à d'autres événements stochastiques s'élève chez les populations plus petites. Toutefois, même certaines populations qui comptaient près de 1 000 individus ont disparu (Hellman, comm. pers., 2005). En limitant la variabilité de la phénologie des plantes hôtes, le changement climatique risque d'accélérer la disparition des populations du damier de Taylor (McLaughlin et al., 2002).

Les chenilles du damier de Taylor se nourrissent activement au début du printemps. Malheureusement, c'est habituellement durant cette même période que les applications de Btk sont normalement effectuées contre les ravageurs forestiers (Wagner et Miller, 1995; Nealis, comm. pers., 2003).