Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Programme de rétablissement du meunier de Salish (Catostomus sp.) au Canada (proposition)

1. Renseignements de base


1.1 Renseignements sur l'espèce

Le rapport de situation ainsi que le résumé de l'évaluation concernant le meunier de Salish peuvent être obtenus auprès du secrétariat du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).

Nom commun : Meunier de Salish

Nom scientifique : Catostomus sp.

Résumé de l'évaluation : Novembre 2002

Désignation par le COSEPAC : En voie de disparition, avril 1987 et mai 2000

Désignation en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) : En voie de disparition, juin 2005

Justification de la désignation : Le meunier de Salish a une aire de répartition canadienne très limitée dans laquelle les populations sont en très fort déclin en raison de la perte et de la détérioration de l'habitat.

Répartition au Canada : Colombie-Britannique

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en avril 1996. Réexamen et confirmation du statut en mai 2000. La dernière évaluation est fondée sur un rapport de situation publié.

1.2 Description de l'espèce

Le meunier de Salish (Catostomus sp.) est un proche parent du meunier rouge (C. catostomus), une espèce répandue en Amérique du Nord. Les deux taxons se sont différenciés lorsqu'une population est devenue isolée sur le plan géographique dans la vallée de la rivière Chehalis (dans l'État de Washington) durant la glaciation du Pléistocène (McPhail, 1987). Le meunier de Salish est considéré comme une unité évolutionnaire significative (McPhail et Taylor, 1999) et peut être considéré comme une espèce en devenir (McPhail, 1987), même si son statut taxonomique précis fait présentement l'objet d'études.

Le meunier de Salish est vert foncé avec des taches noires sur le dos et un ventre de couleur blanc écru; une large bande latérale rouge apparaît pendant la saison de frai. Cette bande est particulièrement vive chez les mâles. Ses écailles sont fines, son nez est court et arrondi, et sa petite bouche est située sur la partie inférieure de sa tête (McPhail et Carveth, 1994). Rares sont les mâles qui dépassent 200 mm de longueur à la fourche. Les mâles peuvent atteindre la maturité sexuelle lorsqu'ils mesurent moins de 100 mm. Les femelles dépassent rarement 250 mm de longueur (Pearson et Healey, 2003).

1.3 Populations et répartition

On a documenté la présence de populations de meuniers de Salish dans onze bassins hydrographiques de la Colombie-Britannique, tous situés dans la vallée du Fraser. Au moins quatre autres populations vivent dans le nord-ouest de l'État de Washington (figure 1). On croit que la population de la rivière Little Campbell, en C.-B., est disparue, bien qu'il y ait un signalement non confirmé de la présence de meuniers de Salish dans un étang situé dans la plaine d'inondation de la rivière Little Campbell (Pearson, comm. pers., 2011). Les données actuelles semblent indiquer qu'environ 25 % de l'aire de répartition mondiale et 70 % de l'ensemble des populations se trouvent au Canada (figure 1). L'espèce est en déclin au Canada depuis au moins les années 1960 (McPhail, 1987) et probablement depuis plus longtemps (Pearson, 2004a).


Figure 1. Répartition du meunier de Salish

Cartes montrant la répartition du meunier de Salish (voir description longue ci-dessous).

Au Canada (graphique de gauche), le meunier de Salish a été observé dans onze bassins hydrographiques : 1) rivière Little Campbell; 2) rivière Salmon; 3) ruisseau Bertrand; 4) ruisseau Pepin; 5) ruisseau Fishtrap; 6) ruisseau Salwein/marais Hopedale; 7) delta de la Chilliwack (ruisseaux Atchelitz/Chilliwack/Semmihault); 8) ruisseau Elk/marais Hope; 9) marais Mountain; 10) marais Agassiz; 11) ruisseau Miami. À l'échelle mondiale, il est également présent dans quatre autres bassins hydrographiques situés dans le nord-ouest de l'État de Washington (graphique de droite).

Description pour la figure 1

La figure 1 est une carte présentant la répartition du meunier de Salish au Canada, La carte dépeint la vallée du Fraser et la zone des basses terres continentales de la Colombie-Britannique, qui s’étend de Vancouver sur le côté ouest de la carte jusqu’au lac Harrison au nord-est de la carte et jusqu’à la frontière américaine le long de la frontière sud de la carte. Les bassins hydrographiques suivants où l’on a pu observer le meunier de Salish ont été indiqués sur la carte : rivière Salmon, ruisseaux Bertrand, Pepin et Fishtrap (ruisseau Salwein/marais Hopedale), delta de la Chilliwack (ruisseaux Atchelitz/Chilliwack/Semmihault), ruisseau Elk/marais Hope, marais Mountain, marais Agassiz et ruisseau Miami. Le bassin hydrographique de la rivière Little Campbell est représenté comme un bassin hydrographique d’où l’on estime que le meunier de Salish a disparu. Une deuxième carte présente la répartition globale du meunier de Salish dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique et dans l’ouest de l’État de Washington. Outre les bassins hydrographiques susmentionnés, quatre bassins hydrographiques dans l’État de Washington, où l’on peut observer le meunier de Salish, sont indiqués (adapté d’après Pearson, 2004a et McPhail, 1997).


Dans le paysage actuel, il n'existe pratiquement aucun lien aquatique entre les populations adjacentes. On note cependant des exceptions, à savoir un petit étang d'amont qui alimente le marais Mountain et le ruisseau Miami ainsi qu'un lien occasionnel de hautes eaux entre le ruisseau Bertrand et la rivière Salmon, par l'intermédiaire d'un marais d'amont (Pearson, comm. pers., 2010). La seule autre route entre les bassins hydrographiques est le cours principal du Fraser ou la rivière Nooksack, même si aucun meunier de Salish n'a été signalé dans l'un ou l'autre de ces cours d'eau et si les captures dans les marais plus grands sont extrêmement rares (Pearson, comm. pers., 2010). Avant l'assèchement du lac Sumas (années 1920) et l'aménagement de digues à la suite de l'inondation de 1948, les liens présents en permanence et en période de hautes eaux entre les populations étaient probablement plus courants. Cela soulève la possibilité de l'existence d'un lien antérieur entre les populations (dynamique de métapopulation).

1.4 Description des besoins de l'espèce

1.4.1 Besoins biologiques, rôles écologiques et facteurs limitatifs

Les meuniers de Salish sont bien adaptés aux conditions régnant dans les cours d'eau d'amont, dont l'habitat peut varier fortement sur une base quotidienne, saisonnière ou encore sur une plus longue période. Ils tolèrent des températures plus élevées et de moins fortes concentrations d'oxygène dissous que la plupart des autres poissons indigènes présents dans cette région de la Colombie-Britannique. Le principal facteur limitatif naturel pour les populations est la disponibilité d'un habitat de qualité élevée. Le cycle biologique des meuniers de Salish présente des caractéristiques qui favorisent la croissance rapide des populations dans un habitat adéquat. Comparativement au meunier rouge, le meunier de Salish est un petit poisson peu longévif qui arrive rapidement à maturité. La plupart des individus fraient pour la première fois à l'âge de 2 ans et ils vivent rarement au-delà de 5 ans (McPhail, 1987). Les meuniers de Salish commencent à frayer en avril; leur période de frai est plus prolongée (de six à huit semaines; Pearson, 2004a) que celle du meunier rouge (de deux à trois semaines; Barton, 1980; Schlosser, 1990; Scott et Crossman, 1973), une caractéristique qui augmente la fécondité autrement limitée par la faible taille des femelles chez certaines espèces (Blueweiss et al., 1978; Burt et al., 1988). Le frai a lieu entre le début d'avril et la mi-juillet (McPhail, 1987; Pearson et Healey, 2003), et l'incubation des œufs est vraisemblablement terminée à la mi-août.


1.4.2 Besoins en matière d'habitat

Habitat physique

L'abondance des adultes est la plus élevée dans les marais et dans les étangs de castors (Castor canadensis) où se trouvent des substrats de boue ou de limon. La proportion des chenaux d'une profondeur supérieure à 70 cm constitue l'indice le plus solide de la présence d'adultes dans un tronçon. Les tronçons occupés par des individus de l'espèce présentent également beaucoup moins de zones de rapides et davantage de végétaux aquatiques que les tronçons non occupés par eux. Même si l'on dispose de moins de données concernant les jeunes de l'année, ceux-ci semblent privilégier les fosses peu profondes et les plats où la végétation est abondante (Pearson 2004a). D'ordinaire, le frai a lieu dans des zones de rapides présentant des substrats de gravier (McPhail, 1987), mais les zones de remontée d'eaux souterraines sont vraisemblablement utilisées dans les réseaux hydrographiques ne présentant pas de zones de rapides (Pearson, données non publiées). La plupart des individus semblent avoir des domaines vitaux peu étendus (en moyenne 170 m de chenal), même si l'on sait que certains individus parcourent des milliers de mètres pendant la période de frai (Pearson et Healey, 2003).

Qualité de l'eau

L'eau doit présenter des concentrations d'oxygène, un pH, une température et des concentrations de toxines qui ne sont pas dommageables pour les individus de l'espèce. Le meunier de Salish, qui semble bien adapté aux environnements à faibles teneurs en oxygène, a été capturé dans des secteurs où celles-ci étaient inférieures à 2 mg/L (Pearson, données non publiées). Il semble que des effets sublétaux (p. ex. croissance et fécondité réduites) surviennent à de telles concentrations. D'après les observations et l'expérience acquise, la cible appropriée en matière d'oxygène dissous pour l'habitat du meunier de Salish est ≥ 4 mg/L. Cette concentration est inférieure aux lignes directrices fédérales sur la qualité de l'eau pour la vie aquatique (5 mg/L; CCREM, 1987), mais celles-ci visent à protéger des espèces comme les salmonidés qui sont très intolérants aux conditions d'hypoxie. On ignore quelles sont les tolérances thermiques des meuniers de Salish, mais ils affichent une activité minimale à des températures inférieures à 6 oC (Pearson et Healey, 2003) et des individus apparemment en santé ont été capturés à des températures allant jusqu'à 23 oC (Pearson, données non publiées). La sensibilité du meunier de Salish à la contamination par des substances toxiques demeure inconnue. Les meuniers de Salish sont en général absents des tronçons où le paysage, dans un rayon de 200 m du chenal, est urbanisé à plus de 50 % (Pearson, 2004a). Ces tronçons reçoivent invariablement des eaux de pluie urbaines qui contiennent des sédiments contaminés provenant du ruissellement routier (Hall et al., 1991). En tant que poisson vivant au fond de l'eau, il est fort probable que les meuniers de Salish vivant dans ces habitats soient exposés de façon chronique aux toxines présentes dans les sédiments.

Répartition spatiale et stabilité temporelle des habitats

La répartition du meunier de Salish est agrégative, la plupart des individus étant regroupés dans quelques sites seulement (Pearson, 2004a). Ces zones de regroupement découlent vraisemblablement de la rare convergence de niveaux optimaux d'un nombre limité de variables environnementales clés (Brown et al., 1995). Pour le meunier de Salish, ces variables comprennent, semble-t-il, des zones étendues d'eaux profondes (centaines de mètres carrés de chenal) situées à proximité de zones de rapides propices au frai et d'habitats d'alevinage peu profonds, une qualité de l'eau adéquate et une faible prédation (Pearson, 2004a). La plupart des individus semblent limiter leurs mouvements à un seul tronçon, mais certains d'entre eux parcourent de plus grandes distances (Pearson et Healey, 2003). Cette répartition agrégative et ces profils de mouvement bimodaux portent à croire qu'une dynamique de métapopulation ou qu'un système source-puits caractérise l'espèce. Si tel est le cas, les facteurs ayant une incidence sur la migration entre les sous-populations (proximité entre les zones de regroupement et apparition d'obstacles au mouvement entre celles-ci) sont vraisemblablement importants pour la viabilité de la population à long terme. La succession et les perturbations naturelles produisent vraisemblablement une tendance voulant que les zones de regroupement changent d'emplacement dans le paysage au fil du temps et qu'elles soient parfois éliminées par des événements catastrophiques (Ives et Klopper, 1997). De tels déclins catastrophiques à l'échelle des tronçons ont été observés pour le meunier de Salish (Pearson, 2004a), mais leur effet sur le risque de disparition des populations de meuniers de Salish demeure inconnu.