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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la gonidée des Rocheuses (Gonidea angulata) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le Gonidea angulata vit dans des habitats d’eau douce (lacs et cours d’eau de tailles diverses) sur divers substrats allant du gravier à la vase ferme. Il semble qu’il doit absolument y avoir au moins une petite quantité de matériaux fins (p. ex. sable, limon ou argile), bien que des spécimens très jeunes aient été observés en 1991 dans des débris végétaux grossiers à l’embouchure de la rivière Okanagan (appelée Okanogan aux États‑Unis). Cette espèce préfère les sites fluviaux où le débit est constant, l’eau plutôt peu profonde (en général < 3 m) et le substrat bien oxygéné, en particulier lorsqu’il s’agit de substrat fin. Dans la plupart des localités connues, il ne semble pas y avoir de lits de macrophytes, mais les pierres avoisinantes peuvent être couvertes d’une dense communauté de périphyton. En général, les mulettes sont partiellement enfouies dans le substrat fin, souvent jusqu’à au moins la moitié de leur longueur, la partie postérieure orientée vers l’amont. Dans les substrats plus grossiers, par exemple à certains sites de l’Okanogan, les mulettes peuvent être presque entièrement enfouies, seule leur extrémité postérieure dépassant légèrement au‑dessus du substrat. En général, un même habitat peut abriter des individus non larvaires de tous âges. Cependant, dans certains cas exceptionnels, par exemple à proximité de l’embouchure de la rivière Okanogan, on ne trouve que des juvéniles; à cet endroit, il est probable que les grosses moules suffoquent. La prédominance des juvéniles à un endroit donné devrait être considérée comme atypique. Par ailleurs, à bien des endroits où le G. angulata a été récolté récemment (Tableau 2), on n’a trouvé que de gros adultes.

Dans le lac Vaseux près d’Oliver (Colombie‑Britannique), on trouve de gros individus dans le sable vaseux à une profondeur de 0,6 à 0,9 m le long de lits de Potamogeton (potamots), du côté du rivage. Ailleurs, le G. angulata a été récolté dans des cours d’eau allant de gros ruisseaux (p. ex. le ruisseau Toppenish, tributaire de la rivière Yakima, dans l’État de Washington) à de grandes rivières et même dans le cours inférieur du fleuve Columbia (Washington/Oregon). La plupart des spécimens récoltés se trouvaient à une profondeur de 0,2 à 3 m, mais un certain nombre de spécimens vivants ont été dragués dans le réservoir Little Granite (Washington) à une profondeur d’environ 10 m et dans le cours inférieur du fleuve Columbia (Oregon/Washington), à une profondeur d’environ 20 m. Cette espèce occupe parfois des bassins dans lesquels il y a un écoulement continu. Par exemple, le G. angulata est présent dans certains systèmes fluvio‑lacustres comme le lac Osoyoos (Colombie‑Britannique) (Taylor 1993), le réservoir Little Granite et le cours inférieur de la rivière Snake (Washington) (Frest et Johannes, 1992; on pense que cette population est maintenant éteinte). Les populations qu’abritent ces systèmes semblent dispersées, ne comprenant que quelques adultes largement dispersés, et les paramètres démographiques y sont rarement bien équilibrés. Cette espèce semble éviter les eaux riches en éléments nutritifs, bien que certaines populations du cours moyen de la rivière Snake (Idaho) ont résisté à un enrichissement considérable en éléments nutritifs à l’échelle locale. Cependant, certains cours d’eau de l’aire de répartition historique n’abritaient peut‑être pas l’espèce à l’origine. La répartition actuelle dans le sud‑ouest du Washington et le nord‑ouest de l’Oregon est très sporadique malgré la persistance d’habitats qui semblent propices. À l’échelle régionale, l’espèce semble assez peu commune, même si elle peut être abondante à certains endroits.

Le Gonidea angulata préfère les secteurs où les conditions sont stables et semble éviter les endroits où le substrat varie et qui sont périodiquement asséchés ou sujets à des fluctuations extrêmes du niveau d’eau, ou à des épisodes saisonniers d’hypoxie ou d’anoxie. Dans certaines localités de l’espèce, la turbidité varie de façon marquée au cours d’une année normale, mais l’espèce semble absente dans les cours d’eau où l’eau est constamment trouble, comme les cours d’eau alimentés par des eaux de fonte glaciaire (p. ex. la rivière White Salmon, dans l’État de Washington, et la rivière Hood, en Oregon), alors qu’elle occupe certains cours d’eau avoisinants où les eaux ne sont troubles que de façon saisonnière, comme les rivières Deschutes et John Day, en Oregon (Frest et Johannes, 1992).

En Colombie‑Britannique, la rivière Okanagan a subi des modifications importantes, passant d’une rivière sinueuse à une sorte de canal pourvu d’installations de régulation des eaux. Ces modifications ont grandement réduit les remontes de Salmonidés dans la rivière et ont altéré les sédiments benthiques. En outre, les changements effectués dans la rivière ont probablement altéré l’habitat favorable au G. angulata et la nette réduction des remontes de Salmonidés (hôtes présumés) peut avoir nui à la dispersion des glochidies. Compte tenu de la population réduite de Salmonidés dans la rivière Okanagan et des obstacles qui l’entravent, il est probable que la dispersion du G. angulata vers l’amont est gravement compromise ou impossible, sa dispersion vers l’aval demeurant probable grâce au déplacement des poissons dans cette direction. Aux États-Unis et au Canada, les barrages construits sur la rivière Okanagan créent des obstacles physiques qui empêchent le passage du poisson et réduisent fortement la dispersion du G. angulata vers l’amont depuis les États-Unis jusque dans le Canada par l’intermédiaire du transport de glochidies sur des poissons hôtes.

Tendances

En Colombie‑Britannique, on pense que le G. angulata est limité à des habitats très particuliers dans le sud de l’Okanagan, au sud de Penticton; cependant, on n’a pas effectué de relevés à grande échelle visant cette espèce. À cause des données disponibles restreintes sur la répartition et l’abondance réelles de l’espèce, il est impossible d’évaluer directement sa situation; cependant, à cause des menaces qui pèsent sur son habitat, il y a lieu de soupçonner qu’elle est limitée par l’habitat et en déclin. Par exemple, le G. angulata a besoin d’eaux claires oligotrophes (G. Mackie, comm. pers.) et, dans le sud de la Colombie‑Britannique, seule une proportion approximative de 10 p. 100 à 20 p. 100 de la superficie abrite des lacs ou des cours d’eau de ce type (M. Gaboury, comm. pers.). Il est donc peu probable que cette espèce puisse étendre son aire de répartition actuelle à cause de la disponibilité restreinte d’habitat favorable.

Dans son aire de répartition historique, le G. angulata est actuellement dispersé et l’on doit supposer que l’espèce est en déclin. Dans le cours moyen de la rivière Snake (Idaho), on a trouvé beaucoup plus de coquillages morts que d’individus vivants, et des tronçons appréciables de la rivière ne renferment plus d’individus vivants. De plus, l’espèce est maintenant éteinte dans certaines voies navigables où l’on a déjà observé des spécimens vivants (p. ex. les rivières Yakima et Wenatchee, dans l’État de Washington) (T. J. Frest, obs. pers.). Pour certaines rivières de l’aire de répartition du G. angulata, il est possible que l’on ne possède pas de mentions historiques soit à cause de l’absence de récoltes, soit parce que l’espèce n’était pas présente au moment des récoltes, de sorte que le fait que l’espèce y soit actuellement absente ne reflète peut‑être pas un changement (p. ex. rivière Sanpoil, dans l’État de Washington). Frest (obs. pers.) a observé dans la rivière Okanogan (Washington) et ailleurs de nombreuses populations dans lesquelles il ne semble pas y avoir eu de recrutement récemment, ce qui donne à penser que la situation s’est dégradée. Pour l’Idaho, Frest et Johannes (2001) ont qualifié l’espèce de « commune localement mais en déclin » et ont suggéré que soit exercée une surveillance étroite des populations existantes en vue d’une protection éventuelle.

Protection et propriété des terrains

Les terres voisines des sites abritant le G. angulata dans le sud de la Colombie‑Britannique sont des propriétés de divers types, qui vont de propriétés privées à des propriétés provinciales, le dernier site découvert dans le ruisseau Park Rill se trouvant dans une terre publique; cependant, on n’y a découvert qu’un spécimen mort. Aux États-Unis, les secteurs occupés par le G. angulata se trouvent dans des terres publiques administrées par le gouvernement fédéral (Bureau of Land Management du US Department of the Interior ou US Department of Agriculture Forest Service).