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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Bar rayé (Morone saxatilis) au Canada

Résumé

Bar rayé

Morone saxatilis

Information sur l’espèce

Le bar rayé, Morone saxatilis, est un poisson typique des estuaires et des milieux côtiers de l’est de l’Amérique du Nord. C'est un poisson anadrome : la fraye, l’incubation et le développement initial de l’alevin ont lieu en eau douce. Les jeunes bars dévalent ensuite vers les eaux saumâtres puis salées, pour s’y alimenter et croître pendant quelques années avant d’atteindre la maturité.

Le bar rayé possède un corps allongé, comprimé latéralement, une tête triangulaire et une grande bouche, à la mâchoire inférieure saillante. Il a deux nageoires dorsales séparées, dont la première est épineuse. Son dos est vert olive foncé ou noir, ses côtés, pâles ou argentés, et son ventre, blanc. Il porte sur les flancs sept ou huit bandes horizontales foncées, épousant le contour des rangées d'écailles. Les bars mâles atteignent la maturité vers l’âge de trois ans, ce qui correspond à une longueur totale de plus de 30 cm dans les eaux canadiennes. Les femelles atteignent la maturité un peu plus tardivement, vers l’âge de quatre ou de cinq ans (plus de 40 cm de longueur).

Répartition

L'aire de répartition naturelle du bar rayé couvre la côte est de l'Amérique du Nord, de l’estuaire du Saint-Laurent à la rivière St. Johns, dans le nord-est de la Floride. Des populations indigènes de bar rayé ont aussi existé dans des cours d'eau tributaires du golfe du Mexique, de la rivière Suwannee, au nord-ouest de la Floride, au lac Pontchartrain, en Louisiane.

L'espèce a été introduite sur la côte ouest américaine à la fin du 19e siècle et s’y est établie. Le bar rayé peut vivre en eau douce et, dans certains cas, y compléter son cycle vital. On l'a ensemencé dans de nombreux lacs et réservoirs du sud des États-Unis pour favoriser la pêche sportive.

On possède des preuves historiques de la reproduction du bar rayé dans cinq rivières de l'est du Canada : l’estuaire du Saint-Laurent, la rivière Miramichi, dans le sud du golfe du Saint-Laurent, et les rivières Saint-Jean, Annapolis et Shubénacadie, dans la baie de Fundy. Le bar rayé se reproduit encore aujourd'hui dans les rivières Miramichi (sud du golfe) et Shubénacadie (baie de Fundy); ces deux populations sont isolées l'une de l'autre et distinctes génétiquement. Les dernières preuves d'une activité reproductrice dans les trois autres rivières (Saint-Laurent, Saint-Jean et Annapolis) datent de vingt ans ou plus. Les bars de la rivière Shubénacadie peuvent être en contact avec des individus provenant de rivières américaines, qui viennent s'alimenter l'été dans la baie de Fundy, mais ils ne semblent pas se reproduire avec eux.

Habitat

Chez le bar, la fraye a lieu en eau douce ou parfois saumâtre. L’incubation des œufs et le développement des larves, puis des juvéniles de l'année, correspondent à une descente graduelle vers l’eau salée. Les immatures et les adultes fréquentent les estuaires et les habitats côtiers où ils s’alimentent pendant l’été.

Les populations canadiennes ont la particularité d’entrer en rivière pour hiverner, afin de se soustraire aux basses températures de l’eau de mer.

Biologie

Au Canada, les bars matures se reproduisent vers la fin de mai ou le début de juin. L’incubation dure deux à trois jours. À l’éclosion, l’alevin possède une vésicule vitelline, dont il utilise les réserves pendant une semaine environ. Lorsqu’elles commencent à s’alimenter, les larves voient leur survie étroitement liée à la quantité de zooplancton disponible dans la colonne d'eau. L'abondance de la progéniture, pour un effectif donné de géniteurs, peut varier d'une année à l'autre selon que les premiers stades de développement trouvent ou non les conditions propices à leur survie. Au terme d'une vie larvaire d’environ un mois, les jeunes ont subi des transformations qui leur donnent la forme typique du bar, qu’ils conserveront jusqu’à l’âge adulte. Dans l’est du Canada, les jeunes de l’année qui atteignent environ 100 mm de longueur semblent avoir de meilleures chances que les individus plus petits de survivre à leur premier hiver.

Les poissons de plus d’un an requièrent une nourriture abondante, invertébrés ou poissons, pour leur croissance, mais ils ont la possibilité de combler leurs besoins en se déplaçant. Les bars ont la particularité de voyager le long des côtes en bancs d’individus de même taille; ils peuvent parcourir ainsi des dizaines de kilomètres par jour pour s’alimenter.

La première maturation des organes reproducteurs peut survenir vers l’âge de quatre ans chez certaines femelles, mais la majorité ne se reproduisent qu’à partir de cinq ans. Les mâles atteignent l’âge de la reproduction un peu plus tôt, à trois ou à quatre ans. 

Taille et tendances des populations

Sur trois des cinq cours d’eau canadiens ayant abrité des populations de bar rayé (Saint-Jean, Annapolis et Saint-Laurent), on n’a observé aucun signe de reproduction et on n’a authentifié aucune capture de bar d’origine locale depuis plus de deux décennies. Par contre, la population de la rivière Shubénacadie semble encore produire de nouveaux individus. Quant au bar du sud du golfe, on a constaté que son seul site de fraye se trouvait dans une section limitée d'un embranchement de la rivière Miramichi. En dehors de la saison de reproduction, les individus de cette population se dispersent le long de la côte est du Nouveau-Brunswick. Ils étaient jusqu'à ces dernières années présents dans les captures de nombreux engins de pêche. Une réglementation de plus en plus restrictive de l'exploitation, puis l'arrêt complet de la pêche commerciale et sportive au bar semblent avoir permis de limiter la mortalité par pêche et d’amorcer le rétablissement de cette population.

Facteurs limitatifs et menaces

Des études canadiennes et américaines sur le bar rayé ont permis de constater que la pêche commerciale ou sportive excessive pouvait décimer certaines populations.

La reproduction de ce poisson peut aussi être compromise lorsque les habitats de fraye, d’incubation ou d’alevinage sont modifiés. 

Importance de l’espèce

Le bar est une espèce appréciée pour la qualité de sa chair et pour sa combativité. Des ossements de ce poisson ont été retrouvés lors de fouilles archéologiques sur des sites de campements amérindiens ou d’auberges datant du début de la colonisation européenne. Encore aujourd’hui, la pêche au bar compte de nombreux adeptes aux États-Unis et au Canada. Elle est à l’origine d’une activité récréotouristique dont les retombées sont importantes pour l’économie de certaines régions.

Outre son intérêt halieutique et les traditions entourant sa pêche, le bar rayé constitue un élément important de la biodiversité des milieux aquatiques. L'espèce est typiquement associée aux estuaires et aux eaux côtières, où elle est l'un des piscivores les plus importants. Le maintien d'une population abondante de bars constitue jusqu'à un certain point un indicateur du bon état d'un cours d’eau et de son estuaire : l'espèce requiert des habitats de reproduction et d'alevinage en bonne condition et demande aussi une faune aquatique abondante pour son alimentation.

Protection actuelle

L’expérience américaine et canadienne a démontré que l’exploitation de cette espèce devrait être abordée sous l’angle de la conservation. Ainsi, les signes d’une baisse d’abondance du bar dans le sud du golfe au cours des décennies 1980 et 1990 ont entraîné l’entrée en vigueur graduelle, à partir de 1992, de mesures limitant les prélèvements. Les pêches commerciales dirigées du bar ont été fermées, et la pêche sportive a été réglementée pour la première fois. En 1993, on a instauré le principe d’un niveau minimum de 5 000 reproducteurs pour la conservation de la population. Les estimations des effectifs étant en deçà de ce niveau, les pouvoirs publics ont imposé la fermeture complète de la pêche commerciale, prises accidentelles comprises, et la graciation obligatoire pour les prises sportives en 1996. Enfin, toute pêche sportive, de même que les allocations réservées aux Premières Nations à des fins sociales et cérémonielles, ont été suspendues en 2000. Ce train de mesures de plus en plus sévères semble avoir permis à la population d’amorcer un redressement à partir de 2001. On compte adopter la même approche pour gérer l’exploitation du bar de la rivière Shubénacadie.

Trois des cinq populations canadiennes n’ont pas donné d’indice d’une activité reproductrice depuis plus de vingt ans. Aucune population canadienne n’a reçu une désignation de statut.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé  pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsables des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétences, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions (Novembre 2004)

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)*
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)**
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)***
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)****
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

* Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.
** Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
*** Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».
****  Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.