Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Bar rayé (Morone saxatilis) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

De tous les habitats fréquentés par le bar rayé au cours de son cycle vital, le plus important pour le maintien d’une population semble être celui dans lequel ont lieu la fraye, l'incubation et l’alevinage (Jessop, 1990, 1991; Melvin, 1991; Dudley et Black, 1978; Van den Avyle et Maynard, 1994).

La survie des œufs jusqu'à l'éclosion dépend étroitement des conditions physico-chimiques du milieu d'incubation, particulièrement la température, l'oxygène dissous et la présence d'un courant modéré (Cooper et Polgar, 1981). La durée de l'incubation est fonction de la température. Les taux les plus élevés d'éclosion (87 p. 100) et de survie des larves dans les 24 premières heures (76 p. 100) sont obtenus à 18 °C (Morgan et al., 1981). À cette température, l’éclosion des œufs survient environ 48 heures après leur fécondation (Pearson, 1938; Raney, 1952). La survie des œufs diminue de façon marquée lorsque la température dépasse 23 °C; elle baisse aussi, mais de façon graduelle, avec des températures inférieures à 17 °C pour devenir presque nulle à moins de 12 °C (Morgan et Rasin, 1973; Rogers et al., 1977). Les deux autres facteurs, c’est-à-dire un niveau suffisant d’oxygène dissous et la présence d’un courant, peuvent agir de concert sur la survie des œufs. Ceux-ci ont habituellement une densité plus grande que l'eau et, en l'absence de courant, ils descendent au fond, où ils sont plus exposés à l’anoxie (Chittenden, 1971; Rawstron et al., 1989). La présence d'un courant modéré, occasionnant un peu de turbulence, permet de garder les œufs en suspension dans la colonne d’eau pendant l'incubation.

La survie des larves continue de dépendre, comme celle des œufs, de variables physiques, telles que la température et l'oxygène dissous. Mais une autre exigence, celle d'une nourriture suffisamment abondante, s'ajoute lors de la résorption de la vésicule vitelline et du début de l'alimentation (Cooper et Polgar, 1981). Cette période clé a lieu vers le huitième jour d'existence de la larve, alors qu'elle mesure de 6 à 7 mm. En milieu naturel, le taux de survie des larves qui ont épuisé leurs réserves endogènes dépend directement de l'abondance de zooplancton dans le milieu (Kernehan et al., 1981).

Dans la plupart des populations de bar, la fraye, l'incubation et le début de la vie larvaire ont lieu en eau douce ou légèrement saumâtre. Cependant, les bars de la rivière Shubénacadie frayent dans une section de rivière qu'atteint un mascaret : leurs premiers stades de développement semblent adaptés à ces conditions et tolèrent des variations de température et de salinité plus grandes que les bars des populations américaines (Cook, 2003).

Aux stades d’immature et d’adulte, le bar rayé fréquente les habitats côtiers et les milieux estuariens (Bain et Bain, 1982). Au cours de leurs deux premières années, ils s’alimentent surtout d’invertébrés; ils deviennent ensuite progressivement piscivores. Pendant l’été, les déplacements des bars semblent surtout associés à ceux de leurs proies de prédilection.

Les populations canadiennes de bar rayé sont caractérisées par une remontée automnale et un hivernage en eau douce ou saumâtre. Ce comportement semble avoir pour fonction d'éviter les basses températures de l'eau de mer pendant l'hiver (voir la section Biologie, Déplacements et dispersion). Les bars du sud du golfe entrent à l'automne dans plusieurs estuaires de la côte néo-brunswickoise. Le repérage télémétrique de bars hivernant sous la glace des rivières Kouchibouguac et Kouchibouguacis a démontré qu'ils se déplaçaient peu (moins d'un kilomètre) et sélectionnaient les zones où la température n'était pas inférieure à –0,4 °C et la salinité ne dépassait pas 15 ppm (Bradford et al., 1997a).

Le confinement des bars dans des sites d'hivernage pourrait accroître les risques de mortalité due à des accidents environnementaux ou à une pêche illégale. Les bars du fleuve Saint-Laurent, par exemple, étaient l'objet d'une pêche hivernale importante sous les glaces du lac Saint-Pierre; cette exploitation a été interdite à partir de 1951, mais certains pêcheurs semblent avoir poursuivi leurs activités dans l'illégalité (A. Michaud, comm. pers.; Robitaille, 2001).

Tendances

Au cours des dernières décennies, trois rivières ont subi des altérations des habitats aquatiques qui pourraient avoir limité l'abondance du bar et contribué au déclin de ses populations.

Les aires de reproduction du bar dans les rivières Saint-Jean et Annapolis semblent avoir été touchées par des modifications de la qualité ou de la physico-chimie des eaux, elles-mêmes peut-être liées à des changements dans l’écoulement, à la suite de la construction d’ouvrages de retenue (voir la section Facteurs limitatifs et menaces). Dans l’un et l’autre cas, on a attribué l’arrêt de la reproduction à des conditions physico-chimiques inadéquates : en l’occurrence des niveaux élevés de BPC ou de DDT, sur la rivière Saint-Jean, la pollution agricole ou un pH trop bas, sur la rivière Annapolis. Mais il est possible que des changements dans la circulation des masses d’eau dus aux ouvrages de retenue aient touché les habitats de reproduction et d’alevinage (Douglas et al., 2003).

La disparition de la population de bar de l’estuaire Saint-Laurent semble elle aussi associée à une modification de l’habitat, mais dans ce cas, les aires de fraye, d’incubation et de vie larvaire ne semblent pas en cause. Ce seraient plutôt les aires de croissance estivale des bars immatures, situées en périphérie des plusieurs îles du Saint-Laurent, qui auraient été modifiées par le délestage de matériaux dragués (Robitaille, 2001). Ce changement a eu pour effet de concentrer les bars le long de la rive sud à quelques endroits qui sont vite devenus des lieux de pêche très fréquentés. Les efforts des biologistes pour convaincre les pêcheurs de limiter leurs prises ont été vains : la pêche au bar s'est poursuivie sans véritable restriction jusqu’en 1968, année des dernières captures (Robitaille et Girard, 2002).

Protection et propriété

Voir la section « Protection actuelle ou autres désignations ».