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3. Information sur les espèces

3.1 Description des espèces

L’achillée à gros capitules (Achillea millefolium L. var. megacephala (Raup) Boivin) est une plante herbacée vivace de la famille des Astéracées, ou Composées (figure 1). La plante est densément laineuse et produit des capitules d’au moins 6 mm de diamètre, réunis en inflorescences compactes de 4 à 10 cm de diamètre, sur des tiges dressées hautes de 30 à 50 cm. Les feuilles sont finement divisées, en partie réunies à la base de la plante et en partie alternes le long des tiges florifères. Chaque inflorescence est composée de nombreux capitules, et chaque capitule est composé de nombreuses petites fleurs dont l’ensemble est entouré d’une couronne de rayons blancs (Harms, 1999a). L’achillée à gros capitules fait partie du complexe de l’Achillea millefolium, qui se rencontre dans une bonne partie de l’hémisphère nord et a évolué en un éventail de races adaptées à des milieux particuliers (Purdy et Bayer, 1996). Une variété commune, l’achillée laineuse (Achillea millefolium var. lanulosa), est d’aspect similaire; cependant, chez l’achillée à gros capitules, toute la plante est encore plus laineuse, les capitules sont plus gros, et les rayons sont plus grands et plus nettement visibles (Harms, 1999a).

Figure 1.  Achillée à gros capitules (© Rob Wright).

La figure 1 est une photo de l'achillée à gros capitules.

L’arméria de l’Athabasca (Armeria maritima (P. Mill.) Willd. subsp. interior (Raup) Porsild) est une plante herbacée vivace de la famille des Plombaginacées (figure 2). La plante produit une souche ligneuse ramifiée ainsi qu’une ou plusieurs rosettes de feuilles basilaires. Chaque rosette peut produire des tiges florifères. Les fleurs sont petites, roses, réunies en une inflorescence dense presque sphérique. La plante pousse isolément ou en petits groupes serrés (Argus, 1999a).

Figure 2.  Arméria de l’Athabasca (© Rob Wright).

La figure 2 est une photo de l’arméria de l'Athabasca.s

La deschampsie du bassin du Mackenzie (Deschampsia mackenzieana Raup) est une plante vivace de la famille des Poacées, ou Graminées (figure 3). La plante est constituée d’une touffe dense de tiges prenant naissance d’une souche à racines fasciculées. Les feuilles sont étroites, la plupart basilaires. La ligule (structure foliacée située à la jonction entre la gaine et le limbe de chaque feuille) mesure 3 à 5 mm de longueur. Les fleurs sont réunies en inflorescences ramifiées et lâches (panicules) mesurant 10 à 20 cm de longueur, de couleur paille plutôt claire. Les épillets (subdivisions de la panicule) mesurent 6 à 12 mm de longueur et renferment chacun 2 ou 3 fleurs (Harms, 1998). La deschampsie du bassin du Mackenzie a pour ancêtre une espèce répandue, la deschampsie cespiteuse (Deschampsia cespitosa), dont elle est reproductivement isolée par un doublement du nombre des chromosomes (Purdy et Bayer, 1995b).

Figure 3.  Deschampsie du bassin du Mackenzie (© Rob Wright).

La figure 3 est une photo de la deschampsie du bassin du Mackenzie.

Le saule psammophile (Salix brachycarpa Nutt. var. psammophila Raup) est un arbuste de la famille des Salicacées (figure 4). La plante est courte, raide et dressée, haute de 90 à 120 cm, à branches dressées ou étalées, grisâtres. Les feuilles sont plates, grossièrement ovales, sessiles ou à pétiole court (moins de 2 mm), longues de 1,5 à 3 cm, à base arrondie ou cordée, à marge sans dents. Les deux faces de la feuille sont densément recouvertes de poils soyeux blanc grisâtre. Les inflorescences sont des chatons (groupes cylindriques denses de fleurs minuscules disposées le long d’un axe). Les fleurs mâles et femelles se rencontrent sur des individus différents (Harms, 1999b; Flora of North America Editorial Committee, 1993+). Le saule psammophile a une répartition restreinte mais est en fait une variété du saule à fruits courts (Salix brachycarpa), dont la répartition est plus étendue (Harms, 1999b).

Figure 4. De gauche à droite, le saule silicicole, le saule psammophile, le saule de Tyrrell et le saule de Turnor (© Rob Wright).

La figure 4 est une photo du saule silicicole, du saule à fruits courts des dunes de sable, du saule de Tyrrell et du saule de Turnor.

Le saule silicicole (Salix silicicola Raup) est un arbuste de la famille des Salicacées (figure 4). La plante est dressée, haute de 1 à 2 m (parfois jusqu’à 3 m), à branches étalées et à rameaux densément recouverts d’un feutrage de poils blancs. Les feuilles sont plates, grossièrement ovales, longues de 3 à 6 cm, larges de 2 à 3,5 cm, à base arrondie ou largement cunéiforme, à nervures saillantes, à marge sans dents. Leur pétiole mesure 2 à 10 mm de longueur. Les deux faces de la feuille sont couvertes d’un épais feutrage de poils blancs. Les inflorescences sont des chatons couverts de longs poils blancs. Les fleurs mâles et femelles se rencontrent sur des individus différents (Harms, 1999c; Flora of North America Editorial Committee, 1993+). On croit que le saule silicicole a pour ancêtre le saule feutré (Salix alaxensis), espèce septentrionale plus répandue (Purdy et Bayer, 1995). Le saule silicicole se distingue du saule feutré par ses stipules plus courtes et plus larges et par ses feuilles plus larges et densément pubescentes (Harms, 1999c).

Le saule de Turnor (Salix turnorii Raup) est un arbuste de la famille des Salicacées (figure 4). La plante est dressée, étroite, haute de 1 à 2 m (parfois jusqu’à 4 m). Sur les branches d’au moins un an, l’écorce est vert grisâtre, généralement glabre. Sur les jeunes rameaux, l’écorce est rougeâtre ou violacée; elle est parfois pubescente au début, mais elle finit par devenir glabre. Les feuilles sont plates, allongées, grossièrement ovales, nettement plus longues (2 à 3,5 cm) que larges (0,5 à 1 cm), et leur marge est distinctement dentée en scie. La base des feuilles est arrondie, tandis que leur sommet se termine par une pointe aiguë. Les deux faces sont vert pâle, mais le dessous est plus pâle que le dessus. Les feuilles peuvent être pubescentes au début, mais elles sont presque glabres à maturité. Leur pétiole mesure 2 à 5 mm de longueur. Les inflorescences sont des chatons; les fleurs mâles et femelles se rencontrent sur des individus différents (Harms, 1999d; Flora of North America Editorial Committee, 1993+).

On croit que le saule de Turnor a pour ancêtre le saule famélique (Salix eriocephala var. famelica), espèce répandue dans le sud des Prairies (Harms, 1999d). Le saule de Turnor se distingue du saule famélique par ses jeunes rameaux plus rouges, l’écorce vert-gris pâle de ses branches d’au moins deux ans, ses feuilles non acuminées plus courtes et plus épaisses, ses chatons plus courts ainsi que ses capsules plus rougeâtres et plus longuement pédicellées (Harms, 1999d).

La tanaisie floconneuse (Tanacetum huronense Nutt. var. floccosum Raup) est une plante herbacée vivace de la famille des Astéracées, ou Composées (figure 5). La plante est trapue et produit des tiges d’une hauteur de 20 à 40 cm, à partir d’un rhizome (tige souterraine horizontale). Les feuilles sont finement divisées, en partie réunies à la base et en partie alternes sur les tiges. Les feuilles et les tiges sont recouvertes d’un dense feutrage de poils blancs et laineux. Les capitules, typiques de la famille des Composées, possèdent des rayons jaunes et sont disposés en groupes lâches à l’extrémité des ramifications ascendantes des tiges (Harms, 1999e). La tanaisie floconneuse a une répartition restreinte, mais c’est en fait une variété de la tanaisie du lac Huron (Tanacetum huronense), dont la répartition est plus étendue (Harms, 1999e). Elle se distingue de la variété la plus apparentée, le Tanacetum huronense var. bifarium, par la pubescence de ses feuilles et de ses tiges (Harms, 1999e).

Figure 5. Tanaisie floconneuse (© Rob Wright).

La figure 5 est une photo de la tanaisie floconneuse

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3.2 Populations et répartition

Les sept espèces sont endémiques (se rencontrent uniquement dans cette région) aux dunes de l’Athabasca, en Saskatchewan, sauf pour un spécimen de saule silicicole récolté au Nunavut en 1966 (Argus, 2010; G. Argus, comm. pers.), un spécimen de deschampsie du bassin du Mackenzie récolté dans les Territoires du Nord-Ouest en 1927[1] (B. Bennett, comm. pers.) et quelques observations fortuites faites à proximité, sur les rives du lac Athabasca (voir ci-dessous). Les dunes de l’Athabasca forment un complexe de dunes vives et de dunes stabilisées s’étendant sur environ 100 km, d’ouest en est, le long de la rive sud du lac Athabasca, grand lac situé dans le coin nord-ouest de la Saskatchewan (figures 6 et 7). Le complexe est formé d’une série de grands champs de dunes, respectivement situés (d’ouest en est) dans les secteurs de la rivière William, de la baie Thomson, du lac Cantara, du lac Archibald et de la rivière MacFarlane, outre quelques secteurs plus petits (figure 7). Le parc provincial Athabasca Sand Dunes englobe la presque totalité de l’aire de répartition des sept espèces, et sa superficie est de 1 925 kilomètres carrés (figure 6). Il est situé dans une région isolée, sans chemin d’accès, et les quelques visiteurs doivent s’y rendre par hydravion ou par bateau à partir de localités telles qu’Uranium City ou Fond du Lac, en Saskatchewan. Le parc se trouve dans l’écozone du Bouclier boréal et possède un climat boréal nordique. À Cree Lake, ville située environ 200 km au sud-est (figure 6), la température moyenne de janvier est de - 22,7 °C, la température moyenne de juillet est de 15,7 °C, et les précipitations annuelles sont de 446 mm, selon les normales climatiques de 1971-2000 (Environnement Canada, 2011). La végétation des sols stabilisés de la région est principalement une forêt claire de pin gris.

Lamb et al. (2011) rendent compte de relevés effectués dans la région en 2009 et 2010. Ces relevés ont porté sur 224 transects de 250 m établis dans les champs de dunes de la rivière William, de la baie Thomson, du lac Cantara, du lac Archibald et de la rivière MacFarlane. Les changements observés dans le type de milieu le long des transects ont été notés, et les individus de chaque espèce endémique ont été comptés, sur une bande large de 10 m dans le cas des saules et de 4 m dans le cas des plantes herbacées. Le tableau 2 indique l’abondance relative des espèces endémiques. Ces valeurs ont été calculées à partir du nombre total d’individus observés, rajusté dans le cas des saules pour tenir compte de la bande d’observation plus large. Cependant, Lamb et al. (2011) précise que le nombre des individus a peut-être été surestimé dans le cas des saules, car ce sont les tiges, et non les touffes, qui ont été comptées.

Figure 6. Carte de la Saskatchewan indiquant la position du parc provincial Athabasca Sand Dunes (en rouge) sur la rive sud du lac Athabasca (en bleu).

La figure 6 est une carte de la Saskatchewan qui illustre l’emplacement du parc provincial des dunes de sable de l’Athabasca, qui se trouve le long de la rive sud du lac Athabasca, lequel se trouve dans l’extrême Nord de la Saskatchewan et croise la frontière de l’Alberta.

Lamb et al. (2011) reported on surveys done in 2009-2010. A total of 224 transects (250 m long) were surveyed in the William River, Thomson Bay, Cantara Lake, Archibald Lake, and MacFarlane River dune fields. Changes in habitat type along the transects were recorded, and numbers of individuals of endemic plants were counted in a belt 10 m wide for willows and 4 m wide for herbaceous species. The relative abundances of the endemic species are shown in Table 2. These relative abundances were calculated from the total number of individual plants observed, with willow numbers adjusted to account for the wider search area. However, Lamb et al. (2011) cautioned that the number of willow individuals may be inflated due to the counting of stems rather than clumps.

Figure 7.  Principaux champs de dunes mentionnés dans le texte : A – rivière William; B - baie Thomson; C – lac Cantara; D – lac Archibald; E – rivière MacFarlane. La ligne rouge indique la limite du parc provincial Athabasca Sand Dunes.

La figure 7 est une orthophoto qui montre l’emplacement des principaux champs de dunes qui se trouvent dans les limites du parc provincial des dunes de sable de l’Athabasca.

 

Tableau 2. Abondance relative, en pourcentage, des sept espèces préoccupantes du parc provincial Athabasca Sand Dunes, selon les relevés de 2009 et 2010 (d’après Lamb et al., 2011).
EspèceAbondance relative
Deschampsie du bassin du Mackenzie30 %
Saule psammophile24 %
Saule silicicole20 %
Saule de Turnor13 %
Tanaisie floconneuse12 %
Achillée à gros capitules1 %
Arméria de l’Athabasca0,6 %

La deschampsie du bassin du Mackenzie est la plus abondante des espèces endémiques herbacées (tableau 2). Elle est largement répandue dans tous les champs de dunes étudiés, et elle se rencontre en outre sur les plages du lac Athabasca (Lamb et al., 2011; Lamb et Guedo, 2012; figure 8). Elle pousse en grandes touffes éparses ou en petits groupes de 3 à 5 individus, ou parfois plus (Harms, 1998). Aucune information n’est disponible sur les tendances de la population, mais rien n’indique que celle-ci soit en déclin (Harms, 1982). La deschampsie du bassin du Mackenzie a aussi été observée sur des dunes vives situées juste à l’extérieur du parc provincial, au sud du champ de dunes de la rivière William (B. Godwin, observation personnelle), ainsi que sur des plages, dans le terrain de l’ancienne mine Gunnar, sur la rive nord du lac Athabasca (Harms, 1982).

Figure 8. Répartition de la deschampsie du bassin du Mackenzie dans les dunes de l’Athabasca (d’après Lamb et al., 2011). Les points rouges représentent les transects où l’espèce était présente, et les points jaunes, les transects où elle était absente.

La figure 8 est une orthophoto qui montre la répartition de la deschampsie du bassin du Mackenzie dans les dunes de sable de l’Athabasca.

Le saule psammophile est la plus abondante des espèces préoccupantes de saules endémiques (tableau 2). Il est largement répandu dans le champ de dunes de la baie Thomson, il est commun en périphérie des champs de dunes de la rivière William, de la rivière MacFarlane et du lac Archibald, et il se rencontre également sur les plages du lac Athabasca (Lamb et al., 2011; figure 9). L’espèce a aussi été observée sur les résidus miniers laissés par la mine Gunnar, sur la rive nord du lac Athabasca (B. Godwin, comm. pers.). Il n’existe pas de données sur les tendances de la population, mais on estime que celle-ci est stable (Harms, 1999b). Le saule psammophile est relativement répandu sur les dunes vives, où il est souvent associé au saule silicicole (Hermesh, 1972).

Figure 9. Répartition du saule psammophile dans les dunes de l’Athabasca (d’après Lamb  et al., 2011). Les points rouges représentent les transects où l’espèce était présente, et les points jaunes, les transects où elle était absente

La figure 9 est une orthophoto qui montre la répartition du saule à fruits courts des dunes de sable dans les dunes de sable de l'Athabasca.

Le saule silicicole est relativement commun, son abondance étant comparable à celle du saule psammophile (tableau 2). L’espèce est largement répandue dans les champs de dune de la baie Thomson et de la rivière MacFarlane, elle est commune en périphérie des champs de dune de la rivière William et du lac Archibald, et elle se rencontre en outre sur les plages du lac Athabasca (Lamb et al., 2011; figure 10). Il n’existe pas de données sur les tendances de la population, mais on estime que celle-ci est stable (Harms, 1999c). Le saule silicicole a aussi été observé à l’extérieur du parc provincial, plus à l’ouest le long de la rive du lac Athabasca (B. Godwin, comm. pers.). On sait peu de chose sur l’occurrence signalée au lac Pelly, au Nunavut (Harms, 1999c; Argus, 2010).

Figure 10. Répartition du saule silicicole dans les dunes de l’Athabasca (d’après Lamb et al., 2011). Les points rouges représentent les transects où l’espèce était présente, et les points jaunes, les transects où elle était absente.

La figure 10 est une orthophoto qui montre la répartition du saule silicicole dans les dunes de sable de l’Athabasca.

Le saule de Turnor est moins abondant que les autres saules (tableau 2). Il est largement répandu dans les champs de dunes de la baie Thomson et de la rivière MacFarlane, et il est commun en périphérie du champ de dunes de la rivière William; il est également présent en périphérie du champ de dunes du lac Archibald, mais uniquement sur les plages (Lamb et al., 2011; figure 11). Le saule de Turnor pousse de manière éparse sur les dunes vives (Harms, 1999d). Il n’existe pas de données sur les tendances de la population, mais on estime que celle-ci est stable (Harms, 1999d).

La tanaisie floconneuse est relativement commune, mais moins commune que la deschampsie du bassin du Mackenzie ou que les saules (tableau 2). Elle est largement répandue dans tous les champs de dunes ainsi que sur les plages du lac Athabasca (Lamb et al., 2011; figure 12). Elle pousse isolément, ou plus souvent en petites colonies clonales allant de quelques individus à plus d’une douzaine (Harms, 1999e). Il n’existe pas de données sur les tendances de la population, mais on estime que celle-ci est stable (Harms, 1999e).

Figure 11. Répartition du saule de Turnor dans les dunes de l’Athabasca (d’après Lamb et al., 2011). Les points rouges représentent les transects où l’espèce était présente, et les points jaunes, les transects où elle était absente.

La figure 11 est une orthophoto qui montre la répartition du saule du Turnor dans les dunes de sable de l’Athabasca.

Figure 12. Répartition de la tanaisie floconneuse dans les dunes de l’Athabasca (d’après Lamb  et al., 2011). Les points rouges représentent les transects où l’espèce était présente, et les points jaunes, les transects où elle était absente.

La figure 12 est une orthophoto qui montre la répartition de la tanaisie floconneuse dans les dunes de sable de l’Athabasca.

L’achillée à gros capitules, tout comme l’arméria de l’Athabasca, est moins commune que les autres espèces endémiques (tableau 2). Selon Harms (1999a), l’achillée à gros capitules est relativement commune à certains endroits mais a une répartition plus restreinte que l’arméria de l’Athabaska, tandis que ce dernier est plus rare à chaque endroit mais a une répartition plus large. L’achillée à gros capitules a une répartition morcelée dans les champs de dunes du lac Cantara, de la baie Thomson et de la rivière William, et elle est absente des champs de dunes du lac Archibald et de la rivière MacFarlane (Lamb et al., 2011; figure 13). Elle est également présente sur certaines plages du lac Athabasca (Rob Wright, observation personnelle), mais elle n’a pas été signalée dans les transects établis sur des plages (Lamb et al., 2011). Il n’existe pas de données sur les tendances de la population, mais on estime que celle-ci est stable (Harms, 1999a).

Figure 13. Répartition de l’achillée à gros capitules dans les dunes de l’Athabasca (d’après Lamb et al., 2011). Les points rouges représentent les transects où l’espèce était présente, et les points jaunes, les transects où elle était absente.

La figure 13 est une orthophoto qui montre la répartition de l'achillée à gros capitules dans les dunes de sable de l’Athabasca.

L’arméria de l’Athabasca est la moins commune des espèces endémiques à l’Athabasca (Lamb et Guedo, 2012; tableau 2). Il est concentré dans le secteur nord-est du champ de dunes de la rivière William et a une répartition morcelée dans les champs de dunes de la baie Thomson et de la rivière MacFarlane; il est absent du champ de dunes du lac Archibald (Lamb et al., 2011; figure 14). Il n’existe pas de données sur les tendances de la population, mais rien n’indique que celle-ci ait connu un déclin récent (Argus, 1999a). Argus (1999a) expliquait la rareté de l’espèce par celle de son habitat, les pavages de gravier. Selon Lamb et al. (2011), l’arméria de l’Athabaska serait particulièrement vulnérable en raison de son habitat de prédilection, de son port particulier et du faible effectif de sa population.

Figure 14. Répartition de l’arméria de l’Athabasca dans les dunes de l’Athabasca (d’après Lamb  et al., 2011). Les points rouges représentent les transects où l’espèce était présente, et les points jaunes, les transects où elle était absente.

La figure 14 est une orthophoto qui montre la répartition de l'arméria de l'Athabasca dans les dunes de sable de l’Athabasca.

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3.3. Besoins des espèces

3.3.1 Besoins en matière d’habitat et besoins biologiques

La plupart des plantes endémiques à l’Athabaska poussent principalement dans les dunes vives (à des endroits présentant diverses inclinaisons et diverses orientations) ainsi que dans les terrains humides des creux interdunaires. Les pavages de gravier peuvent également constituer un habitat caractéristique; ces milieux fragiles et très localisés sont formés par l’action du vent sur un till de sable et de gravier : à mesure que le sable est emporté par l’érosion éolienne, le terrain se réduit graduellement à une simple couche de gravier, qui résiste à l’érosion subséquente (Argus, 1999a). Enfin, d’autres milieux peuvent servir d’habitat aux espèces, mais moins fréquemment : les crêtes des plages de sable bordant le lac Athabasca; les dunes stabilisées qui sont couvertes de forêt ou de lande à lichens et camarine et sont situées à proximité des dunes vives (Lamb et al., 2011; Lamb et Guedo, 2012).

Il est important de noter que les sept espèces ont besoin de milieux perturbés naturels. La stabilisation des dunes aurait donc pour effet d’éliminer leur habitat. Une situation semblable soulève de grandes craintes dans le sud des provinces des Prairies, où une diminution de la perturbation a fait augmenter la couverture végétale, ce qui a réduit l’habitat des espèces spécialistes des sables mobiles. Cependant, rien n’indique qu’une telle tendance à la stabilisation existe dans le cas des dunes de l’Athabasca, où les activités humaines ont beaucoup moins d’impact que dans le sud des Prairies. Par conséquent, les facteurs responsables de la création de dunes vives sont probablement toujours présents, et la perturbation due aux incendies de forêt est sans doute un de ces facteurs. D’ailleurs, Bihun (1998) a observé du bois calciné dans certains secteurs de sable dénudé, ce qui semble indiquer que le feu contribue à l’expansion des dunes vives. La région de l’Athabasca est toujours soumise à un régime d’incendie en grande partie naturel, car on n’y combat pas les feux qui ne menacent pas directement les lieux habités (Parisien et al., 2004). Un autre facteur qui pourrait influer sur la stabilisation des dunes serait un changement des conditions hydrologiques (voir section 4.2, Altération du régime hydrologique). Il faudrait davantage de recherches sur les tendances historiques de la stabilisation ou déstabilisation des dunes de l’Athabasca.

Les relevés de 2009 et 2010 ont permis de classer en divers types les milieux présents le long des transects étudiés (tableau 3). Le tableau 3 indique la densité des espèces endémiques dans chaque type de milieu. Le tableau 4 indique le pourcentage des unités (étendues continues observées le long de transects) de chaque type de milieu qui renferment au moins un individu de l’espèce.

Tableau 3. Densité moyenne (individus ha-1, ± écart-type) des espèces préoccupantes présentes dans chaque type de milieu, selon les relevés de 2009 et 2010 (d’après Lamb  et al., 2011). Dans le cas des creux interdunaires salés, il est possible que les densités indiquées ne soient pas fiables, car la superficie d’échantillonnage était faible.
 Versants dunaires à forte pente1Versants dunaires à faible pente2Creux inter-dunaires humides3Creux inter-dunaires salés4Pavages de gravier5Landes à lichens et camarine6Terrains boisés7
Achillée à gros capitules328390  5926
Achillée à gros capitules (± 32) (± 294) (± 1 350)   (± 397) (± 101)
Arméria de l’Athabasca5119950211
Arméria de l’Athabasca (± 58) (± 122) (± 39) (± 27) (± 274) (± 20) (± 80)
Deschampsie du bassin du Mackenzie31011261018741446273
Deschampsie du bassin du Mackenzie (± 839)(± 4 320) (± 4 093)(± 1 480) (± 2 136) (± 182) (± 27)
Saule psammophile49997830833843123989514
Saule psammophile(± 2 067)(± 5 677) (± 8 239)(± 9 202) (± 1 363) (± 4 100) (± 4 292)
Saule silicicole6488208189755817711
Saule silicicole(± 2 497)(± 5 718)(± 41 193) (± 145) (± 389) (± 906) (± 101)
Saule de Turnor43358623332903517526
Saule de Turnor(± 1 985)(± 6 159) (± 7 808)(± 5 718) (± 378) (± 427) (± 154)
Tanaisie floconneuse1199360308260435217154
Tanaisie floconneuse(± 6 938)(± 1 130) (± 8 550)(± 1 675) (± 181) (± 678) (± 474)

1 Terrains de dune secs et très inclinés. Le substrat dominant est constitué de sable dénudé, et la pente est généralement supérieure à 15 ou 20 degrés.
2 Terrains de dune secs et peu inclinés. Le substrat dominant est constitué de sable dénudé, et la pente est généralement inférieure à 15 ou 20 degrés. Les terrains interdunaires relativement plats mais sans signe de nappe phréatique élevée ont été inclus dans ce type de milieu.
3 Milieux plats ou presque plats, à nappe phréatique élevée et à sol humide. Un plan d’eau est parfois présent. Le substrat peut être sableux ou plus ou moins recouvert par une végétation de plantes herbacées ou de bryophytes.
4 Milieux semblables à ceux du type précédent, mais avec des signes d’accumulation de sel à la surface du sol.
5 Terrains à couverture dominante de gravier ou de cailloux reposant sur un substrat sableux.
6 Terrains secs à strates bien développées de lichens, de bryophytes et de petites plantes arbustives éricoïdes, mais sans couverture importante d’arbres ou de grands arbustes.
7 Terrains à végétation ligneuse développée (généralement une forêt de pin gris ou une broussaille de bouleau). Entre les arbres, le substrat est généralement semblable à celui des landes à lichens et camarine.

Tableau 4. Pourcentage des unités (étendues continues observées le long d’un transect) de chaque type de milieu qui renferment au moins un individu de chacune des espèces étudiées (d’après Lamb et al., 2011). Dans le cas des creux interdunaires salés, il est possible que les pourcentages indiqués ne soient pas fiables, car seulement 8 unités de ce type de milieu ont été étudiées.
 Versants dunaires à forte penteVersants dunaires à faible penteCreux inter-dunaires humideCreux inter-dunaires saléPavages de gravierLandes à lichens et camarineTerrains boisés
Achillée à gros capitules131800810
Arméria de l’Athabasca12713812
Deschampsie du bassin du Mackenzie284622383571
Saule psammophile1115495061812
Saule silicicole1819333814182
Saule de Turnor171318381076
Tanaisie floconneuse4331643892620

L’arméria de l’Athabasca semble avoir surtout besoin de pavages de gravier (tableaux 3 et 4). Il semble peu adapté aux milieux de sable mobile, en raison de son port en coussin (Lamb et al., 2011). Selon Argus (1999a), les semis de l’espèce peuvent s’établir à la fois sur les pavages de gravier et dans les creux interdunaires humides à détrempés. Les individus poussant dans les creux interdunaires sont jeunes et vigoureux, mais ils n’arrivent pas à croître à travers une couche de sable et finissent par être enfouis avec l’avancée des dunes. Les vieux individus se rencontrent uniquement sur les pavages de gravier relativement stables. Lamb et al. (2011) ont remarqué qu’un grand nombre des individus observés sur les versants dunaires se trouvaient à proximité de pavages de gravier.

En général, on considère que les six autres espèces préoccupantes se rencontrent sur les versants de dunes vives, dans les creux interdunaires et sur les crêtes des plages de sable bordant le lac Athabasca (Harms, 1998, 1999a, 1999b, 1999c, 1999d et 1999e). Les relevés de 2009 et 2010 (tableaux 3 et 4) ont permis de quantifier davantage les préférences des espèces en matière d’habitat. Il est remarquable de constater que toutes ces espèces, sauf la deschampsie du bassin du Mackenzie, présentaient une densité et une fréquence plus élevées dans les creux interdunaires que dans les versants dunaires à faible pente ou à forte pente (tableaux 3 et 4). Les creux interdunaires humides représentent une portion relativement petite de l’ensemble des champs de dunes, mais on estime qu’ils sont importants pour l’établissement des semis de plusieurs de ces espèces (Argus, 1998; Lamb et al., 2011).

Le saule silicicole, le saule de Turnor et le saule psammophile présentaient des tendances semblables, la densité la plus élevée s’observant dans les creux interdunaires humides, et la plus faible, sur les versants dunaires à faible pente, suivis à cet égard des versants dunaires à forte pente. Dans le cas du saule silicicole et du saule de Turnor, la tendance observée concorde avec l’établissement des jeunes individus dans les creux interdunaires humides et la persistance des individus adultes sur des versants dunaires, sous forme de grosses touffes ayant survécu à l’enfouissement par le sable mobile (Lamb et al., 2011). Les saules continuent de pousser verticalement à mesure que leurs parties inférieures sont enfouies (Abouguendia et al., 1981). Cependant, Lamb et al. (2011) ont observé que les individus adultes se concentrent davantage dans les creux interdunaires humides dans le cas du saule psammophile que dans le cas des autres saules, sans doute à cause du port plus court de cette espèce. Le saule psammophile était également plus abondant que les autres saules dans les landes à lichens et camarine et dans les terrains boisés (tableau 3). Les trois espèces de saules sont aussi présentes sur les plages du lac Athabasca (Lamb et al., 2011).

La tanaisie floconneuse a surtout besoin de creux interdunaires humides, suivis à cet égard des versants dunaires à forte pente (tableaux 4 et 5). Elle a aussi été observée à la marge supérieure des plages du lac Athabasca (Lamb et al., 2011). Comme dans le cas des saules, il semble que les graines germent dans les creux interdunaires humides et que les individus adultes persistent sur les versants dunaires, sous forme de grosses touffes ayant survécu à l’enfouissement par le sable mobile (Lamb et al., 2011).

Contrairement à l’espèce précédente, la deschampsie du bassin du Mackenzie se rencontrait plus souvent (tableau 5) et présentait une densité légèrement supérieure (tableau 4) sur les versants dunaires à faible pente que dans les creux interdunaires humides. Lamb et al. (2011) ont remarqué que l’espèce forme souvent de grands peuplements de semis dans les terrains de sable dénudé, ce qui laisse croire qu’elle doit mieux parvenir que les autres espèces à s’établir sur les versants dunaires. Les dunes vives qui constituent l’habitat de la deschampsie du bassin du Mackenzie contrastent nettement avec les milieux marécageux servant d’habitat à la deschampsie cespiteuse (Deschampsia cespitosa), espèce étroitement apparentée (Harms, 1998). La deschampsie du bassin du Mackenzie a aussi été trouvée sur les plages du lac Athabasca (Lamb et al., 2011).

À l’autre extrême, l’achillée à gros capitules semblait avoir surtout besoin de creux interdunaires humides et était presque absente des versants dunaires (tableaux 3 et 4), ce qui laisse croire qu’elle tolère peu l’enfouissement par le sable mobile (Lamb et al., 2011). Les creux interdunaires humides constituent nettement le principal type d’habitat de l’espèce (Lamb et al., 2011). Il y avait une quantité plus grande que prévue d’achillée à gros capitules dans les petites superficies de milieux stabilisés (landes à lichens et camarine et terrains boisés) étudiées durant le relevé de 2009 (tableaux 3 et 4).

En ce qui a trait aux autres besoins biologiques, l’achillée à gros capitules, la tanaisie floconneuse, l’arméria de l’Athabasca et les saules ont besoin d’insectes pour leur pollinisation, tandis que la deschampsie du bassin du Mackenzie est pollinisée par le vent. L’achillée à gros capitules, la tanaisie floconneuse et les saules se propagent également par voie végétative, à partir de leur rhizome ou de branches enfouies par le sable mobile. Inversement, la deschampsie du bassin du Mackenzie et l’arméria de l’Athabasca poussent en touffes et ne peuvent pas se propager par voie végétative; ces deux espèces doivent donc produire des graines pour qu’il y ait établissement de semis, expansion et dispersion. Les graines de la deschampsie du bassin du Mackenzie ont apparemment besoin d’avoir été exposées aux basses températures hivernales pour pouvoir germer au printemps. Une longue photopériode semble être requise pour le déclenchement de la floraison. De nombreuses graines et de nombreux semis ont été observés dans la nature, et les graines semblent avoir un taux élevé de viabilité (Harms, 1998).

3.3.2 Facteurs limitatifs

Dans le cas des sept espèces, le facteur limitatif le plus évident est la faible étendue de leur habitat, qui fait en sorte que les populations sont relativement petites. Ces espèces risquent donc davantage d’être éliminées par une modification de leur habitat ou par des phénomènes de nature stochastique, par rapport aux espèces plus répandues ou à populations plus grandes. De plus, au moins deux des espèces (le saule silicicole et la deschampsie du bassin du Mackenzie) ont une plus faible diversité génétique que les espèces apparentées plus répandues (Purdy et al., 1994; Purdy et Bayer, 1995a et 1995b), ce qui aurait pu réduire leur capacité de s’adapter aux modifications de leur habitat (p. ex. changement climatique).

Les facteurs limitatifs plus spécifiques sont mal connus. On a cependant avancé que certaines espèces pourraient être limitées par la petite superficie des creux interdunaires humides et par la proportion relativement petite de ces milieux importants pour l’établissement des semis (Argus, 1998; Lamb et al., 2011).

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Notes

1 Ces spécimens exigeraient une étude plus approfondie permettant d’en confirmer l’identification. Comme les deux ont été récoltés il y a plus de 25 ans, que leur identification est incertaine et que la présence des espèces ou d’habitat convenable n’a pas été confirmée récemment dans l’un ou l’autre site, le présent plan de gestion ne portera que sur les occurrences se trouvant dans les dunes de l’Athabasca, jusqu’à ce que de l’information supplémentaire soit disponible. Selon NatureServe (2011), l’achillée à gros capitules serait également présente dans les Territoires du Nord-Ouest et en Alberta, mais Harms (1999a) rejette ces affirmations. En Alberta, il existe des mentions du Tanacetum bipinnatum subsp. huronense pour la région du lac Athabasca, et on estime qu’il pourrait s’agir de la plante appelée Tanacetum huronense var. floccosum en Saskatchewan, mais il est impossible de le confirmer (J. Gould, comm. pers., 2011; voir préface); c’est pourquoi ces occurrences ne sont pas visées par le présent plan de gestion. Harms (1999e) classe la population d’Alberta dans la variété Tanacetum huronense var. bifarium, en précisant que la var. floccosum n’est présente qu’en Saskatchewan mais que la var. bifarium est également présente dans cette province, dans les dunes de l’Athabasca, à proximité de la var. floccosum, avec laquelle elle s’hybride probablement.