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Examen scientifique aux fins de la désignation de l’habitat essentiel de la population boréale du caribou des bois (Rangifer tarandus caribou) au Canada

MÉTHODOLOGIE

4.1 Structuration de la question de l'habitat essentiel du caribou boréal

4.1.1 LEP : Habitat essentiel

L'article 2 de la LEP dé.nit l'habitat essentiel de la façon suivante : « l'habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d'une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d'action élaboré à l'égard de l'espèce ». Remarque : La LEP ne limite pas la désignation de l'habitat essentiel à l'habitat occupé à l'heure actuelle par l'espèce en péril.

4.1.2 Programme de rétablissement national

Pour désigner l'habitat essentiel, il faut établir une cible en matière de rétablissement de la population. Cette cible est exprimée sous forme qualitative dans l'ébauche du Programme de rétablissement national, par le truchement du but du rétablissement et de l'objectif en matière de population et de répartition suivants :

But du rétablissement :
La conservation du caribou boréal est assurée et cette population est rétablie à des niveaux d'autosuf.sance dans toute sa répartition actuelle (zone d'occurrence) au Canada.

Objectif en matière de population et de répartition :
Maintenir les populations locales du caribou boréal qui sont actuellement autosuf. santes et accroître les effectifs des populations locales qui ne sont pas autosuf. santes actuellement, dans la mesure du possible, et ce, dans toute la répartition actuelle (zone d'occurrence) du caribou boréal au Canada.

Remarque : L'expression « dans la mesure du possible » apparaît dans l'objectif en matière de population et de répartition pour reconnaître que la faisabilité technique et biologique peut toucher la probabilité de conservation ou de rétablissement de certaines populations locales individuelles décrites dans l'ébauche du Programme de rétablissement du caribou des bois, population boréale, au Canada (Environnement Canada, 2007).

4.2 Définitions

Les dé.nitions suivantes ont été établies pour l'examen scienti.que de l'habitat essentiel du caribou boréal. L'élaboration de ces dé.nitions a pris appui sur l'évaluation de la situation réalisée en 2002 par le COSEPAC et sur l'ébauche du Programme de rétablissement du caribou des bois, population boréale, au Canada (Environnement Canada, 2007), de même que sur un examen des travaux scienti.ques pertinents et des consultations avec le groupe consultatif scienti.que quant à l'examen.


4.2.1 Répartition actuelle (zone d'occurrence)

La zone comprise dans un polygone englobant la répartition géographique de toutes les populations locales connues du caribou boréal (COSEPAC - adapté de l'UICN, 2001), fondée sur les cartes provinciales et territoriales de la répartition élaborées à l'aide des données de l'observation et de la télémétrie, des connaissances locales (y compris, dans certains cas, des connaissances autochtones et traditionnelles) et des analyses biophysiques. La zone peut contenir des habitats qui ne conviennent pas ou qui sont inoccupés (voir l'annexe 6.2 pour obtenir une explication de la période relative au terme « actuel »)

4.2.2 Population locale

Groupe de caribous qui occupent une zone dé.nie pouvant être distinguée spatialement des zones occupées par d'autres groupes de caribous. Les populations locales ont un échange limité d'individus avec d'autres groupes, de façon telle que la dynamique de la population est principalement déterminée par des facteurs locaux qui in.uent sur les taux de naissance et de décès plutôt que par l'immigration ou l'émigration entre les groupes (voir l'annexe 6.2).

4.2.3 Habitat

La série de ressources (la nourriture, l'abri) et de conditions environnementales (les variables abiotiques telles que la température et les variables biotiques telles que les compétiteurs ainsi que les prédateurs) qui déterminent la présence, la survie et la reproduction d'une population (Caughlet et Gunn, 1996).

4.2.4 Autosuf.sance

Population locale du caribou boréal qui croît, en moyenne, de façon stable ou positive (. = 1,0) à court terme, et qui est suf.samment importante pour résister aux phénomènes stochastiques et persister à long terme, sans nécessiter constamment de mesures de gestion intensives (p. ex. la gestion des prédateurs ou individus provenant d'autres populations).

4.2.5 Persistance

La survie d'une population, exprimée par la probabilité donnée sur une période spéci. que. La probabilité de ne pas parvenir aux niveaux de persistance précisés est une mesure du risque d'extinction. Le critère de l'UICN relatif à la classi.cation des espèces dans la catégorie « vulnérable » (équivalente à la catégorie « menacée » du COSEPAC) correspond à un risque d'extinction supérieur ou égal à 10 % sur 100 ans (SSC, 2001).

4.2.6 Aire de répartition

Une aire géographique occupée par des individus d'une population locale qui sont soumis aux mêmes in.uences touchant les indices vitaux sur une période dé.nie (voir l'annexe 6.2 : Délimitation des unités d'analyse aux .ns de la désignation de l'habitat essentiel du caribou boréal). L'aire de répartition dépend de l'étendue spatiale et des conditions de l'habitat.

4.2.7 Habitat essentiel

Les ressources et les conditions environnementales (l'habitat, dé.ni à la section 2.2.3) requises pour la persistance des populations locales du caribou boréal dans toute leur répartition actuelle au Canada. La quantité, la qualité et la con.guration spatiale des ressources et des conditions peuvent être in.uencées par des facteurs naturels et anthropiques.

4.3 Cadre de désignation de l'habitat essentiel du caribou boréal

Un Cadre de désignation de l'habitat essentiel du caribou boréal (appelé le Cadre) a été élaboré pour appuyer la désignation générale scienti. quement justi.able de l'habitat essentiel du caribou boréal et un calendrier des études complémentaires. Le Cadre n'est pas le produit unique, mais plutôt un modèle logique soutenant le processus. L'élaboration de ce Cadre a tiré pro.t des approches appliquées au Canada et ailleurs pour la désignation de l'habitat essentiel. Sa structure systématique et transparente permet une analyse des décisions dans le contexte de la gestion adaptative. Cette approche était arrimée sur l'analyse et la synthèse des données quantitatives disponibles ainsi que des renseignements scienti. ques publiés sur la population et l'écologie de l'habitat, de même que sur la répartition, les tendances, l'utilisation de l'habitat et les conditions nécessaires à la persistance du caribou boréal. Les lacunes dans les connaissances ainsi que les incertitudes sont circonscrites tout au long du processus et alimentent un Calendrier d'études conçu de manière à améliorer, avec le temps, la connaissance et la compréhension de l'habitat essentiel. Les connaissances autochtones n'ont pas été incluses dans le présent examen de même que les besoins particuliers à cet ensemble de connaissances n'ont pas été inclus dans le Calendrier d'études.
L'élaboration du Cadre et la désignation proposée pour l'habitat essentiel ont été orientées par l'ensemble de principes qui suit.

4.3.1 Principes directeurs

1) Examiner les renseignements scienti.ques publiés disponibles et chercher plusieurs sources de données pour étayer les conclusions.
2) Tenir nécessairement compte de la nature dynamique des systèmes boréaux et des effets qui en résultent sur l'habitat du caribou boréal.
3) Reconnaître et prendre en compte le fait que les besoins de cette espèce en matière d'habitat se déploient sur de multiples échelles spatiales et temporelles, ce qui comprend à la fois des propriétés physiques et fonctionnelles.
4) Être conscient du fait que la variation de la structure de la population, des conditions de la population et du paysage ainsi que de l'état des connaissances peut justi.er l'utilisation de différentes approches pour désigner l'habitat essentiel dans toute la répartition nationale de l'espèce.
5) Lorsque les données semblent indiquer des dommages graves ou irréversibles, appliquer une approche de précaution, selon laquelle l'absence de certitude scienti.que ne doit pas être utilisée comme raison pour retarder la prise de décisions.
6) Considérer l'approche de précaution comme une mesure provisoire qui exige des activités de suivi, comme des recherches et du suivi, pour réduire les incertitudes scienti.ques importantes et améliorer la prise de décisions.
7) Appliquer la gestion adaptative pour circonscrire et réduire les principales incertitudes et pour atteindre des objectifs en matière de gestion, tout en acquérant des connaissances sûres.
8) 8. Reconnaître que les considérations socioéconomiques n'entrent pas dans la désignation de l'habitat essentiel, mais qu'elles sont prises en compte comme il se doit à d'autres phases du processus général de plani.cation du rétablissement dans le cadre de la LEP.

4.3.2 Le Cadre de désignation de l'habitat essentiel

Le Cadre est utilisé comme un modèle logique visant à organiser l'acquisition et l'analyse des meilleures connaissances disponibles, a.n de désigner l'habitat essentiel, tout en reconnaissant l'incertitude. En harmonie avec un processus de gestion adaptative, il est reconnu que la recherche et le suivi continus fourniront de nouvelles connaissances qui peuvent être utilisées pour peau.ner la désignation de l'habitat essentiel au .l du temps. Le Cadre (voir la .gure 1) découle des trois grandes questions suivantes auxquelles il faut répondre pour désigner l'habitat essentiel :

■ Quelle est la répartition actuelle du caribou boréal au Canada?
■ Quelles sont les populations locales au sein de la répartition actuelle du caribou boréal au Canada?¦
■ Quelles conditions sont requises pour la persistance à long terme des populations locales du caribou boréal au Canada?

La désignation de l'habitat essentiel est le résultat de ces questions, de telle sorte que :

L'habitat essentiel se compose des ressources et des conditions environnementales requises pour la persistance des populations locales du caribou boréal dans toute leur répartition actuelle au Canada. La quantité, la qualité et la con.guration spatiale des ressources et des conditions peuvent être in.uencées par les conditions naturelles et d'origine anthropique.
Chaque composante du Cadre (.gure 1) s'appuie sur les données quantitatives disponibles et les renseignements scienti.ques publiés qui ont été acquis ou assemblés dans le cadre de l'examen scienti.que de l'habitat essentiel du caribou boréal.
Chaque étape du Cadre est décrite ci-après :

i) Quelle est la répartition actuelle du caribou boréal au Canada?

Le but du rétablissement précise que la portée géographique du rétablissement du caribou boréal est la répartition actuelle de l'espèce. La répartition actuelle du caribou boréal au Canada a été décrite et cartographiée pour dé.nir la portée spatiale nationale de la désignation de l'habitat essentiel. La délimitation de la répartition actuelle se fonde sur les renseignements fournis par les compétences. Les zones d'incertitude et les besoins en matière d'évaluation supplémentaire ont été déterminés et inclus dans le Calendrier d'études.

Figure 1 : Cadre de désignation de l'habitat essentiel du caribou boréal.

Figure 1 : Cadre de désignation de l'habitat essentiel du caribou boréal.

ii) Quelles sont les populations locales (ou les unités d'analyse) au sein de la répartition actuelle du caribou boréal au Canada?

L'objectif de l'ébauche du Programme de rétablissement national en matière de population précise que les populations locales constituent l'unité d'analyse pertinente en ce qui concerne la réalisation du but du rétablissement. Aux .ns de la désignation de l'habitat essentiel, l'aire de répartition associée à chaque population locale est considérée comme l'unité d'analyse. Plusieurs tendances de la population ont été reconnues et les méthodes de délimitation de l'aire de répartition variaient selon la tendance de la population et la quantité de données disponibles quant à l'emplacement des individus et à leurs déplacements. Les zones d'incertitude concernant les unités d'analyse ont été mises en évidence et incluses dans le Calendrier d'études.

iii) Quelles conditions de l'habitat sont requises pour la persistance à long terme des populations du caribou boréal?

L'objectif de rétablissement des populations autosuf.santes est exprimé quantitativement comme la probabilité qu'un ensemble donné de conditions de l'habitat soutienne des populations locales autosuf.santes (persistantes). La baisse de la probabilité ou de la certitude est généralement associée à l'augmentation du risque. Bien que le rôle de la science ne soit pas de déterminer quels sont les niveaux de risque « acceptables », une approche scienti.que peut être appliquée à l'examen d'un éventail de paramètres de la persistance, à supposer que les connaissances existent. En l'absence de certitude scienti.que, la désignation de l'habitat essentiel peut donc être considérée comme re.étant l'état actuel de nos connaissances et l'expression explicite du risque, qui tous deux doivent être évalués et peau. nés à mesure que de nouvelles connaissances voient le jour.

iv) Désignation de l'habitat essentiel

La prémisse centrale du Cadre est une dé.nition de l'habitat qui englobe les attributs physiques et fonctionnels à une échelle en harmonie avec le but lié à l'autosuf. sance des populations locales. Dans ce contexte, l'« habitat » comprend les attributs physiques (p. ex. les plantes fourragères ou la couverture thermique) utilisés par le caribou pour soutenir ses fonctions vitales ainsi que les conditions (telles que le degré de perturbation naturelle et anthropique) de la mosaïque du paysage qui comprend l'aire de répartition d'une population locale. Cette approche traitait l'in.uence des conditions du paysage sur les mécanismes, tels que la prédation, qui ont une incidence sur les tendances de la population à court terme et la persistance à long terme.
L'ébauche du Programme de rétablissement (Environnement Canada, 2007; voir également Racey et Arsenault, 2007) reconnaissait que l'habitat essentiel du caribou boréal était conceptualisé de la façon qui convient, comme les aires de répartition du caribou et leurs composantes. En accord avec cette reconnaissance, la désignation de l'habitat essentiel au sein du Cadre était axée sur l'aire de répartition de population locale comme l'échelle à laquelle l'étendue et les conditions de l'habitat ont la plus grande in.uence sur la persistance de la population (voir la section 2.5.2). Le Cadre de désignation de l'habitat essentiel intègre le besoin de peau.ner davantage la désignation de l'habitat essentiel où cela s'avère nécessaire pour les populations locales.

v) Suivi, adaptation et Calendrier d'études

Parce que l'habitat essentiel du caribou boréal n'est pas une entité .xe, mais une propriété émergente de paysages dynamiques, un programme solide de recherche et de suivi est une composante importante de la désignation et de la gestion de l'habitat essentiel. Les nouvelles connaissances soutiennent les mesures de gestion appliquées aux meilleurs renseignements disponibles obtenus au moyen d'un processus structuré de gestion adaptative. Les incertitudes et les lacunes dans les connaissances sont circonscrites, compilées et évaluées, et se re.ètent dans le Calendrier d'études recommandé. Dans le Calendrier d'études, l'accent est mis sur la désignation des principales incertitudes qui empêchent de choisir entre les différents modèles conceptuels représentant notre compréhension de ce qui constitue l'habitat essentiel du caribou boréal.

Avec le temps, le fait de s'assurer que la désignation de l'habitat essentiel peut être évaluée et peau.née permettra de mieux comprendre les conditions nécessaires à la persistance. La boucle de la gestion adaptative est, par conséquent, fondamentale pour répondre à la question : « Qu'est-ce que l'habitat essentiel? », et une composante essentielle du cadre en tant qu'outil d'analyse des décisions visant à peau.ner la désignation de l'habitat essentiel lorsque l'on est confronté à des incertitudes.

4.4 Habitat et persistance

Il est fondamental de comprendre la relation entre la sélection et l'échelle de l'habitat, et en quoi cette approche hiérarchique est liée à la persistance pour désigner l'habitat essentiel du caribou boréal.

4.4.1 Habitat et échelle

En général, l'habitat qui convient au caribou boréal se caractérise par de grandes parcelles de forêts de conifères matures à anciens accueillant des lichens en abondance, ou par des tourbières entremêlées de hautes terres dominées par des conifères matures à anciens (Darby et Pruitt, 1984; Brown et coll., 1986; Bradshaw et coll., 1995; Stuart-Smith et coll., 1997; Rettie et Messier, 2000; Courtois, 2003). Il y a toutefois une variabilité entre les régions quant aux types de végétation utilisés.

Le caribou boréal a des besoins à différentes échelles spatiales et temporelles pour ce qui est de l'habitat (Rettie et Messier, 2000; Johnson et coll., 2001; O'Brien et Manseau, 2003), comme le montre la .gure 2. Les échelles moins précises comprennent de grandes zones (c.-à-d. aires de répartition) et de grandes périodes (p. ex. les saisons, les années, les décennies), alors que les échelles plus précises couvrent de petites zones (p. ex. les peuplements forestiers ou les parcelles d'habitat) et de courtes périodes (p. ex. les heures et les jours). Le caribou boréal choisit son habitat de façon à éviter la prédation à des échelles moins précises (Bergerud, 1988; Johnson et coll., 2001), puis choisit son habitat de façon à répondre à ses besoins en matière de nourriture à des échelles plus précises (Schaefer et Pruitt, 1991; Rettie et Messier, 2000).

>À des échelles moins précises, les populations locales du caribou boréal ont besoin de grandes aires de répartition qui contiennent un habitat convenable suf.sant et qui réduisent la prédation en permettant au caribou d'éviter les zones à haut risque de prédation. (Rettie et Messier, 2001; Brown et coll., 2003). À des échelles plus précises, le caribou boréal choisit des parcelles d'habitat individuelles (dans les aires de répartition) qui fournissent de la nourriture, en particulier du lichen terricole et corticole à la .n de l'hiver et au début du printemps, et évite les forêts aux premiers stades de succession écologique ainsi que les zones récemment perturbées (Schaefer et Pruitt, 1991; Stuart-Smith et coll., 1997; Rettie et Messier, 2000). Même si les feux de forêt détruisent le lichen et d'autre végétation à court terme, il s'agit d'un facteur important de régénération de la nourriture du caribou à long terme (Dunford, 2003). Pendant les hivers où la neige est profonde ou croûtée, le caribou boréal a besoin d'habitats où la neige est moins épaisse ou non croûtée (comme dans les peuplements de conifères matures à couvert fermé) et des lichens corticoles pour avoir accès à la nourriture (Vandal et Barrette, 1985; Thomas et Armbruster, 1996).

En général, le caribou boréal a besoin d'habitats qui fournissent les attributs fonctionnels nécessaires (les conditions et les ressources qui répondent à tous les besoins de son cycle de vie), y compris la santé physiologique, la dispersion des femelles adultes pendant les périodes de mise bas et d'élevage et un abri de la prédation.

Figure 2 : L'habitat du caribou boréal se déploie à de multiples échelles spatiales et temporelles, et comprend à la fois des propriétés physiques et des propriétés fonctionnelles. La magnitude absolue des échelles spatiales et temporelles de l'habitat peut varier selon la répartition nationale du caribou boréal.

Figure 2 : L'habitat du caribou boréal se déploie à de multiples échelles spatiales et temporelles, et comprend à la fois des propriétés physiques et des propriétés fonctionnelles. La magnitude absolue des échelles spatiales et temporelles de l'habitat peut varier selon la répartition nationale du caribou boréal.

4.4.2 Échelle et persistance

Le milieu scienti.que et celui de la gestion reconnaissent de plus en plus que les facteurs in.uençant les populations du caribou doivent être pris en compte à des échelles régionales (voir Vistnes et Nellemann, 2008, pour un examen récent). Les changements relatifs aux conditions qui touchent le nombre et la répartition des autres espèces prédatrices et les prédateurs associés, ce qui se traduit par une réduction de l'ef.cacité de l'habitat pour le caribou, ont une incidence sur la viabilité des populations du caribou boréal à l'échelle de leur aire de répartition. Ces changements sont liés aux perturbations qui augmentent la quantité de forêts aux premiers stades de succession écologique, favorisent l'augmentation de la densité des espèces de proies, telles que l'orignal (Alces alces) et le cerf de Virginie (Odocoileus virginianus), qui, en retour, favorisent l'augmentation de la densité des prédateurs, en particulier du loup (Canis lupus) (Bergerud et Elliott, 1986; Seip, 1992; Stuart-Smith et coll., 1997; Racey et Armstrong, 2000; Wittmer et coll., 2005, 2007). L'aire de répartition d'une population locale donnée de caribous peut contenir diverses composantes de l'habitat qui sont utilisées de façon différente par les caribous ainsi qu'une matrice de paysage entre ces zones. Que les composantes de l'habitat d'une aire de répartition soient choisies ou évitées par le caribou, elles ont toutes une incidence sur la viabilité de la population, qu'elle soit positive ou négative; par conséquent, elles sont importantes lorsque l'on étudie les conditions nécessaires à la persistance.

Par conséquent, l'aire de répartition de la population locale est l'échelle pertinente pour la désignation de l'habitat essentiel visant à soutenir les populations locales autosuf.santes du caribou boréal, de façon telle que l'aire de répartition est une zone géographique occupée par des individus d'une population locale qui subissent les mêmes in.uences touchant les indices vitaux sur une période dé.nie. L'aire de répartition dépend de l'étendue spatiale et des conditions de l'habitat. L'étendue renvoie à la zone physique de l'aire de répartition et les conditions de l'habitat renvoient à la quantité, à la qualité et à la con.guration spatiale des ressources (y compris la présence d'autres espèces) au sein de l'aire de répartition. Une discussion plus détaillée du concept d'aire de répartition et des méthodes de délimitation est présentée à l'annexe 6.2.

4.5 Activités scienti.ques visant à soutenir l'application du Cadre

La grande quantité de renseignements scienti.ques qui existent relativement au caribou boréal au Canada a facilité l'examen scienti.que de l'habitat essentiel et le processus de désignation. Les renseignements pertinents relativement au caribou boréal ont été compilés, analysés et synthétisés pour soutenir le Cadre (figure 3).

Figure 3 : Composantes scienti.ques à l'appui du Cadre de désignation de l'habitat essentiel du caribou boréal.

Les activités scienti.ques se composaient de cinq composantes principales présentées en annexe du rapport et résumées ici : une description de l'habitat, une analyse de la niche écologique (ANE), une méta-analyse de la condition de la population et de l'aire de répartition, une analyse de la viabilité de la population (AVP) non spatiale et une analyse de la viabilité de la population localisée. La description de l'habitat résumait les connaissances existantes relatives à l'utilisation et aux besoins liés à l'habitat du caribou boréal à diverses échelles spatiales et temporelles, dans toute sa répartition au Canada. Les quatre autres composantes représentent une hiérarchie spatiale et analytique des méthodes de diminution de la généralité et d'augmentation de la complexité. L'analyse de la niche écologique ainsi que la méta-analyse à l'échelle de l'aire de répartition ont fourni des renseignements de niveau supérieur, suivies de l'AVP non spatiale et .nalement de l'AVP spatiale. Les résultats des analyses de niveau supérieur révèlent des contraintes globales relativement aux processus qui peuvent être examinés à des niveaux inférieurs; les résultats de niveau inférieur suggèrent les facteurs manquants des analyses de niveau supérieur et, en suivant le cycle d'apprentissage, les analyses de niveau supérieur suggèrent la mesure dans laquelle les conclusions des résultats de niveau inférieur manquent de généralité. Ces composantes ont soutenu le processus de désignation de l'habitat essentiel en alimentant un arbre de décision relatif à l'habitat essentiel (présenté à la section 2.6).

4.5.1 Description de l'habitat (annexe 6.3)

La description de l'habitat du caribou boréal indiquait les aspects spatiaux et temporels des attributs biophysiques utilisés tout au long du cycle biologique de l'espèce, et tenait compte à la fois des caractéristiques physiques et des caractéristiques fonctionnelles de l'habitat. Ce travail résumait la littérature principale et grise relative à l'utilisation de l'habitat du caribou dans la répartition actuelle. Les renseignements relatifs à l'utilisation de l'habitat du caribou boréal étaient abondants dans certaines régions et plutôt limités dans d'autres. La description soutenait l'analyse de la niche écologique au moyen de la désignation des variables in.uençant la zone d'occurrence et les zones potentielles d'occupation du caribou boréal dans toute sa répartition. La description fournissait également des renseignements détaillés visant à mieux comprendre les composantes de l'habitat essentiel qui varient entre les aires de répartition de population locale et au sein de ces aires. Les renseignements sont classés en fonction des régions écologiques.

4.5.2 Analyse de la niche écologique (annexe 6.4)

L'analyse de la niche écologique est un outil visant à mieux comprendre la répartition géographique historique et actuelle du caribou boréal ainsi que les tendances de l'occupation relativement aux facteurs abiotiques et biotiques. L'ANE utilisait les facteurs abiotiques (le climat et la topographie) pour caractériser la répartition potentielle des emplacements où le caribou boréal a été observé, puis elle intégrait des variables biotiques de grande échelle (la couverture terrestre et les niveaux d'incidence humaine) pour prévoir la tendance d'occupation au sein de la zone d'occurrence actuelle. L'ANE soutient le Cadre et l'analyse des décisions associée, en déterminant les zones d'incertitude et en générant des hypothèses sur les facteurs limitatifs, qui guident les activités d'échantillonnage et de peau. nage déterminées dans le Calendrier d'études. Les résultats indiquent également les zones soutenant des conditions potentiellement convenables pour la restauration de l'habitat adjacent aux aires de répartition actuelles ou des corridors potentiels de déplacement entre les aires de répartition.

4.5.3 Méta-analyse de la condition de la population et de l'aire de répartition (annexe 6.5)

Un élément clé du Cadre de l'habitat essentiel est de déterminer les attributs d'une aire de répartition du caribou qui soutiennent ou compromettent la persistance de la population (c.-à-d. la capacité de l'aire de répartition à soutenir une population autosuf.sante). La méta­analyse compilait des données démographiques relatives aux populations du caribou boréal dans tout le Canada, a.n d'évaluer la relation hypothétique entre les paramètres liés à la population du caribou (l'indice de la condition de la population) et les niveaux de perturbation anthropique ou naturelle (le feu) des aires de répartition du caribou (l'indice de la condition de l'aire de répartition). Les perturbations naturelles pourraient également comprendre des pullulations d'insectes et leurs effets sur le niveau de peuplement associés aux projections du changement climatique, qui peuvent en réalité se traduire par une perturbation par le feu; toutefois, les pullulations d'insectes n'ont pas été directement prises en compte dans le cadre de cette analyse. Les résultats de la méta-analyse ont fourni des lignes directrices quantitatives pour l'un des trois critères d'évaluation (i.e. la condition de l'aire de répartition) utilisés dans l'évaluation des populations locales aux .ns de désignation de l'habitat essentiel (voir les sections 2.6.3 et 2.6.4).

4.5.4 Analyse de la viabilité de la population non spatiale (annexe 6.6)

Le Cadre de l'habitat essentiel nécessite des renseignements sur la persistance de la population. L'AVP non spatiale évaluait en quoi la persistance de la population était touchée par les divers aspects du cycle biologique du caribou boréal ainsi que par la répartition par âge et par sexe de la population, à l'aide de l'éventail des indices vitaux publiés relativement à la population et leur variation pour le caribou boréal au Canada. Les résultats de ces travaux ont fourni des lignes directrices quantitatives relativement à la taille de la population requise aux .ns de persistance dans les différentes conditions démographiques; le deuxième des trois critères évaluait la désignation de l'habitat essentiel (voir les sections 2.6.3 et 2.6.4) et soutenait l'AVP localisée, en fournissant des renseignements sur les indices vitaux qui in.uent le plus sur la dynamique du caribou boréal.

4.5.5 Analyse de la viabilité de la population localisée (annexe 6.7)

Les modèles de population localisée ont beaucoup plus de paramètres et d'exigences informatiques que les AVP non spatiales, tel que la simulation d'un paysage dynamique au .l du temps; ils peuvent donc seulement étudier un sous-ensemble du paramètre pour les populations locales. Les AVP spatiales prennent également en compte la structure du paysage et les déplacements individuels et, lorsque les résultats sont comparés à ceux d'une AVP non spatiale, elles aident à évaluer si les effets spatiaux produisent différentes prévisions relativement à la persistance de la population. L'application d'une AVP spatiale peut également aider à interpréter les résultats de la méta-analyse, en proposant un aperçu heuristique des mécanismes, selon lesquels la capacité d'une zone à soutenir les échelles se déploie sur le plan spatial - de l'échelle de la parcelle à l'échelle du paysage (l'aire de répartition) - et permet une simulation des tendances et scénarios à plus long terme visant à extrapoler les relations avec les futurs paysages. Les travaux effectués dans le cadre de cet examen prouvaient le concept relatif aux applications des méthodes étudiant en quoi la condition du paysage touche la persistance du caribou boréal pour deux populations faisant l'objet d'études de cas. Sur des périodes spéci.ques, il est possible de préciser les résultats relatifs à l'habitat essentiel à des échelles spatiales plus précises que l'aire de répartition, au moyen de l'analyse de la viabilité de la population localisée liée à la modélisation dynamique du paysage.

4.6 Analyse des décisions visant à soutenir la désignation de l'habitat essentiel

Comme cela a été conclu dans la section 2.4.2, l'aire de répartition de la population locale (y compris l'étendue et les conditions de l'habitat) est l'échelle pertinente pour la désignation de l'habitat essentiel visant à soutenir les populations locales autosuf.santes du caribou boréal. La désignation de l'habitat essentiel demande de comprendre la capacité de l'habitat existant (en ce qui concerne l'étendue et la condition) à soutenir des populations locales autosuf.santes du caribou boréal. En prolongement du Cadre de l'habitat essentiel (.gures 1 et 3), l'Arbre de décision relatif à l'habitat essentiel (ci-après appelé Arbre de décision, .gure 4) est un outil d'analyse des décisions plus détaillé. L'Arbre de décision souligne l'ordre logique des étapes nécessaires à la désignation de l'habitat essentiel du caribou boréal, prenant en compte la variabilité et l'incertitude associées aux processus écologiques se déroulant à l'échelle des aires de répartition de populations locales. L'Arbre de décision représente les méthodes disponibles, l'incertitude associée et les mesures d'évaluation appliquées pour soutenir la désignation. Dans la mesure du possible, les incertitudes ont été représentées au moyen de probabilités (voir les sections 2.6.4 et 2.6.5) et les lacunes dans les connaissances ont été placées dans un Calendrier d'études. Le processus de désignation de l'habitat essentiel a été structuré comme un exercice de gestion adaptative, intégrant la recherche et le suivi dans un cycle d'évaluation qui traite les lacunes dans les connaissances et les incertitudes clés, puis intègre les nouvelles connaissances pour peau.ner la désignation de l'habitat essentiel au .l du temps.

1

Les étapes de l'Arbre de décision sont décrites ci-après.

4.6.1 Détermination de la répartition actuelle

Le but du rétablissement du caribou boréal précise que la portée géographique est la répartition actuelle de l'espèce. Le caribou boréal est réparti dans la forêt boréale parmi sept écozones, comprenant neuf provinces et territoires, du territoire du Yukon à l'ouest, au Labrador à l'est et jusqu'au lac Supérieur, au sud . La .gure 5 illustre la répartition actuelle du caribou boréal décrite dans l'ébauche du Programme de rétablissement, selon les renseignements fournis par les compétences. Cette étendue géographique a été utilisée dans le présent cadre de désignation de l'habitat essentiel et l'Arbre de décision relatifs au caribou boréal.

La répartition actuelle (zone d'occurrence) est mise à jour avec les nouvelles connaissances, et des méthodes standard doivent être appliquées dans la zone pour s'assurer de la cohérence de la représentation de la compréhension. L'analyse de la niche écologique (annexe 6.4) peut être utilisée pour déterminer les zones d'incertitude selon les données abiotiques et biotiques disponibles et, par conséquent, elle guide les efforts d'échantillonnage visant une meilleure compréhension (l'échantillonnage fondé sur un modèle) dans le cadre du Calendrier d'études. Les révisions se re.ètent dans l'Arbre de décision sous forme d'ajustements apportés aux futures évaluations dans le cadre de la boucle de la gestion adaptative.

4.6.2 Détermination de l'aire de répartition de la population locale (les unités d'analyse)

L'application de l'Arbre de décision demandait la délimitation des populations locales et de leurs aires de répartition associées. Il a été reconnu que, sur le plan démographique, les populations fonctionnent souvent à des échelles différentes de celles suggérées par les indicateurs génétiques (p. ex. Esler et coll., 2006; voir l'annexe 6.2 pour obtenir de plus amples détails). Les populations locales dé.nies sur le plan démographique constituent les unités de population qui conviennent pour la désignation de l'habitat essentiel visant à traiter l'objectif du Programme de rétablissement national en ce qui concerne les populations locales autosuf.santes.

Les populations locales sont dé.nies comme des groupes de caribous qui occupent une zone dé.nie pouvant être distinguée spatialement des zones occupées par d'autres groupes. Les populations locales ont un échange limité d'individus avec d'autres groupes, de façon telle que la dynamique des populations est déterminée par des facteurs locaux qui in.uent sur les taux de naissance et de décès plutôt que par l'immigration ou l'émigration entre les groupes. Les conditions écologiques ainsi que les tendances et l'intensité des perturbations anthropiques varient considérablement au sein de la répartition nationale du caribou boréal au Canada, ce qui se traduit par une variation des tendances des populations locales. Certaines populations locales peuvent être distinctes sur le plan spatial et connaître peu ou pas d'échange d'individus; il peut exister d'autres populations locales dans une répartition


1
Le caribou boréal situé sur l'île de Terre-Neuve est exclu du présent rapport et du Programme de rétablissement, car la population insulaire de Terre-Neuve a été désignée comme espèce non en péril par le COSEPAC.

Figure 5 : La répartition actuelle du caribou boréal au Canada.

Figure 5 : La répartition actuelle du caribou boréal au Canada.

continue plus importante, où les échanges périodiques d'individus sont plus importants. Par contre, une population locale pourrait exister dans une grande répartition continue, où des échanges d'individus se produisent régulièrement.

Trois tendances ont été reconnues relativement aux populations locales du caribou boréal :

1) Une population locale distincte avec des aires de répartition distinctes sur le plan spatial.

2) Plusieurs populations locales à l'intérieur d'une grande zone d'habitat relativement continu.

3) Une seule grande population locale dans une grande zone d'habitat relativement continu.

Les données sur les déplacements peuvent être utilisées pour déterminer les taux d'immigration et d'émigration, et pour évaluer les tendances en matière de population du caribou boréal (Bethke et coll., 1996; McLoughlin et coll., 2002). Toutefois, pour de nombreuses régions, les données couvrant une période adéquate à l'évaluation des taux d'immigration et d'émigration aux .ns de détermination de la structure spatiale de la population sont insuf. santes. En l'absence de données suf.santes sur l'immigration et l'émigration, les données disponibles sur les déplacements des individus et celles tirées de relevés ainsi que le degré de séparation géographique de la zone d'occupation peuvent être utilisés pour suggérer la tendance de la population locale du caribou boréal qui est la plus plausible (voir Schaefer et coll., 2001; Courtois et coll., 2007). L'incertitude doit être traitée au moyen d'un Calendrier d'études et les ajustements qui en résultent doivent être apportés au .l du temps à la désignation de la population locale et à l'unité d'analyse associée.

Lorsque les limites géographiques naturelles ou la perturbation de l'habitat ont entraîné la formation de populations locales distinctes et que les limites de l'aire de répartition ont été délimitées selon les données sur les déplacements des individus et les données sur la dynamique de la forêt, la population locale qui en résulte et l'aire de répartition associée ont été désignées comme l'unité d'analyse aux .ns de désignation de l'habitat essentiel.

Lorsque les populations locales de caribous ne sont pas restreintes par des limites géographiques naturelles ou la perturbation de l'habitat, qu'elles sont réparties sur de grandes zones d'habitat relativement continu et que les données sur les déplacements des individus ne sont pas disponibles, la délimitation de l'aire de répartition des populations locales est plus dif.cile. L'ébauche du Programme de rétablissement national (Environnement Canada, 2007) précise que l'objectif en matière de population et de répartition est de parvenir à des populations du caribou boréal qui sont autosuf.santes dans toute la répartition actuelle (zone d'occurrence) au Canada (voir la section 2.1.2). De ce fait, dans le cas des répartitions continues où les populations locales n'ont pas été déterminées, la zone d'occurrence a été considérée comme étant l'aire de répartition aux .ns de la présente évaluation. Pour les futures évaluations, l'annexe 6.2 fournit des critères potentiels de subdivision des grandes zones d'habitat continu en aires de répartition de population locale selon les critères écologiques et
Zone d'occurrence Région boréale du Canada Lacs et rivières

Figure 6 : Populations locales du caribou boréal et unités d'analyses aux .ns de désignation de l'habitat essentiel.

les données relatives aux déplacements ou celles tirées des relevés. Lorsque les études ont montré que de grandes zones d'habitat relativement continu étaient occupées par une seule population locale (plus de 10 % d'émigration et d'immigration entre les groupes d'individus), la zone d'occurrence peut être divisée en unités de sous-échantillonnage contiguës, a. n de s'assurer que les conditions moyennes ne masquent pas la variation qui pourrait se produire dans l'aire de répartition.


Les aires de répartition de populations locales déterminées par les compétences ont été utilisées dans la présente application de l'Arbre de décision. La .gure 6 indique les unités d'analyse qui en résultent. Plusieurs compétences ayant de grandes zones d'habitat continu n'ont pas encore terminé le processus de délimitation des populations locales et ont donc seulement fourni la zone d'occurrence du caribou boréal pour la zone de répartition continue qui se trouve au sein des limites de la compétence. La désignation des populations locales et l'aire de répartition associée au sein des grandes zones de répartition continues sont hautement prioritaires, comme cela est indiqué dans le Calendrier d'études. Une fois cette désignation terminée, l'habitat essentiel proposé pour ces unités doit être réévalué.


Parmi les 57 unités d'analyses reconnues qui ont été évaluées dans le présent rapport, 39 représentent des populations locales distinctes et sont appelées « populations locales » dans les .gures et tableaux suivants. Parmi les unités d'analyse restantes, six unités dans les T.N.-O. résultaient de la subdivision d'une grande zone d'habitat relativement continu considérée occupée par une seule grande population en unités de gestion reconnues; huit unités en Saskatchewan représentent des populations locales multiples et des unités de gestion reconnues au sein d'une zone d'habitat relativement continu. Les quatre unités d'analyse restantes, qui se trouvent au Manitoba, en Ontario, au Québec et au Labrador, peuvent comprendre des populations locales multiples au sein d'une grande zone d'habitat relativement continu. En l'absence de populations locales ou unités d'analyse dé. nies pour ces zones, la zone d'occurrence a été utilisée en tant qu'unité d'analyse.

4.6.3 Évaluation de la population et de l'habitat


Après avoir déterminé les populations locales ou unités d'analyse et les aires de répartition associées, l'étape suivante de l'Arbre de décision consistait à déterminer et à évaluer les critères mesurables de la situation de la population et de l'habitat pour chaque aire de répartition de la population locale. Le but du rétablissement (et l'objectif en matière de population) est de parvenir à des populations locales autosuf.santes, interprétées ici avec la probabilité de persistance. Trois critères mesurables liés à la probabilité de persistance ont été évalués :


Tendance de la population : elle indique si une population est autosuf.sante sur une période de mesure relativement courte (environ 3 à 5 ans). Quatre catégories qualitatives ont étéreconnues : Stable - À la hausse - À la baisse - Inconnue. Des renseignements sur la tendance des populations locales ont été fournis par les compétences à l'annexe 1 de l'ébauche du Programme de rétablissement national. Des mises à jour ont été sollicitées dans le cadre du présent examen (voir l'annexe 6.8). L'élaboration de normes relatives à la mesure de ce critère est indiquée dans le Calendrier d'études.

Taille de la population : elle indique la capacité d'une population à résister aux événements stochastiques et à persister à long terme. Les résultats de l'analyse de la viabilité de la population (AVP) non spatiale ont été utilisés pour élaborer des lignes directrices empiriques concernant les catégories de taille liées à la probabilité de persistance (voir la section
2.6.4.2 Taille de la population et l'annexe 6.6). Trois catégories ont été reconnues dans cet examen : Très petite (< 50) - Petite (= 50 et = 300) - Au-delà du niveau critique (> 300). Des renseignements sur la taille des populations locales ont été fournis par les compétences à l'annexe 1 de l'ébauche du Programme de rétablissement national. Des mises à jour ont été sollicitées dans le cadre du présent examen (voir l'annexe 6.8). L'élaboration de normes relatives à la mesure de ce critère est indiquée dans le Calendrier d'études.


Perturbation de l'aire de répartition : elle indique la capacité d'une aire de répartition à soutenir une population autosuf.sante. Les résultats d'une méta-analyse de la démographie et de la perturbation de l'aire de répartition (voir l'annexe 6.5) ont été utilisés pour élaborer des catégories empiriques pour le pourcentage de la perturbation de l'aire de répartition totale (anthropique et par le feu) liée à la réponse démographique (voir la section 2.6.4.3 Perturbation de l'aire de répartition). Cinq catégories ont été reconnues dans cet examen :Très faible - Faible - Modérée - Élevée - Très élevée. Les renseignements sur la perturbation de l'aire de répartition totale des populations locales ont été mesurés à partir de sources de données indépendantes à l'échelle nationale qui sont cohérentes avec les méthodes appliquées dans la méta-analyse.


Des critères supplémentaires ont été pris en compte au cours de l'examen, en particulier les mesures de la condition de l'aire de répartition en plus de la perturbation. La quantité, la qualité et la répartition spatiale des composantes de l'habitat essentielles au caribou, tels que l'aire de répartition hivernale et estivale ainsi que les zones de mise bas et d'élevage in.uent également sur la capacité d'une aire de répartition à soutenir une population autosuf.sante. Répartir la perturbation en composantes naturelles et anthropiques, selon le type, la gravité et la répartition relativement aux composantes de l'habitat pourrait également aider à peau.ner les évaluations. D'autres types de perturbation, qui ne peuvent pas être immédiatement extraits des cartes, peuvent également in.uer sur la condition de l'aire de répartition. Toutefois, l'accès à des données immédiatement disponibles et standardisées sur lesquelles fonder une évaluation nationale constituait un facteur limitatif de l'examen actuel. L'élaboration d'un arbre de décision complet et des analyses associées est indiquée dans le Calendrier d'études. Des renseignements supplémentaires (c.-à-d. de nouvelles connaissances) peuvent également compléter la désignation de l'habitat essentiel au moyen du processus de gestion adaptative.

4.6.4 Détermination des catégories des critères d'évaluation

Les critères d'évaluation de la population et de l'habitat : tendance de la population, taille de la population et perturbation de l'aire de répartition représentent les trois sources de données utilisées pour évaluer les aires de répartition de populations locales relativement à leur potentiel de soutien de populations autosuf.santes. Cette section décrit les méthodes utilisées pour déterminer les catégories des critères d'évaluation.

4.6.4.1 Tendance de la population


Les catégories reconnues de la tendance de la population qui ont été utilisées dans l'Arbre de décision et dans les analyses associées n'ont pas été rationalisées au-delà de l'interprétation littérale de la catégorie de la tendance. Par exemple, une population af.chant une tendance à la baisse sur un intervalle de mesure donné n'est pas autosuf.sante par dé. nition et donc, a une faible probabilité de persistance étant donné la baisse continue. Par contre, une population stable ou à la hausse est, par dé. nition, autosuf.sante sur l'intervalle de mesure et a une probabilité modérée à élevée de persistance étant donné la stabilité ou la croissance continue. Lorsque la tendance a été classée dans la catégorie « Inconnue », il a été considéré que la population avait une probabilité égale d'autosuf.sance ou non et qu'elle pouvait donc persister ou non (tableau 1)
Tableau 1 : Catégories de la tendance de la population avec les valeurs correspondantes relativement à la croissance de la population et à la probabilité de persistance attribuée.

 
Catégorie de la tendanceLamba (λ)Prob. Persistence
À la baisse≤ 0,980,1
Stable0,99 à 1,010,7
À la hausse> 1,010,9
Inconnue--------0,5

4.6.4.2 Taille de la population

Les petites populations ont un risque élevé d'extinction, en raison de la stochasticité démographique, des effets d'Allee, et de l'émigration (Levins, 1970; Shafer et Samson, 1985). La situation est exacerbée lorsque les populations deviennent isolées (Harris, 1984; Belovsky et coll., 1994), comme c'est le cas pour la plupart des petites populations de caribous du Canada, en raison de la diminution d'origine anthropique de l'aire de répartition.


L'analyse de la viabilité de la population non spatiale (AVP; annexe 6.6) suggérait que, dans le cadre de bonnes conditions démographiques (c.-à-d. le taux de survie relativement élevé de la femelle adulte et du faon, le scénario 75e centile, tableau 1), une population de 50 individus avait plus ou moins 10 % de risque de quasi-extinction dans les 100 ans, dé.nie comme la probabilité de déclin jusqu'à une taille de population de 10 individus ou moins (.gure 7). Cette analyse suggérait par ailleurs qu'une population de 300 individus avec un taux de survie moyen des faons et des femelles adultes (MEMM, tableau 1) avait une probabilité de quasi-extinction de 10 %. Finalement, les grandes populations (= 300) avaient une probabilité élevée de persistance dans le cadre de conditions démographiques favorables; toutefois, aucune taille de population n'était suf.sante pour amortir les mauvaises conditions démographiques (un faible taux de survie des faons, un taux de survie moyen des femelles adultes; FEMM, tableau 2; . gure 7).

Tableau 2 : Valeurs des paramètres utilisés dans les scénarios pour évaluer les seuils de la taille de la population du caribou boréal aux .ns d'évaluation de la population et de désignation de l'habitat essentiel, en fonction de la survie (S) des femelles adultes et des faons, et de la variation (CV = coef.cient de variation).

 
ScénarioDescription du scénarioSurvie
des
faons
(Sfaon)
CV1 de
la survie
des faons
CV Sfaon
Survie des
femelles
adultes (Sad)
CV de la survie
des femelles
adultes (CV Sad)
FEMMSfaon faible; CV Sfaon élevé;
Sad moyenne; CV Sad
moyen
0,1764%0,858%
MHMMSfaon moyenne; CV Sfaon
élevé; Sad moyenne;
CV Sad moyen
0,3864%0,858%
75e centile75ec_Sfaon, 75ec_CV Sfaon;
75ec_Sad, 75ec_CV Sad
0,4451%0,8815%

 

Figure 7 : L'effet de la taille de la population sur le risque de quasi-extinction dans le cadre de divers taux de survie des femelles adultes et des faons appartenant au caribou boréal. La quasi-extinction est dé. nie comme le risque que la population diminue pour atteindre 10 individus ou moins en 100 ans.
Taille de la population totale (N)

Figure 7 : L'effet de la taille de la population sur le risque de quasi-extinction dans le cadre de divers taux de survie des femelles adultes et des faons appartenant au caribou boréal. La quasi-extinction est dé. nie comme le risque que la population diminue pour atteindre 10 individus ou moins en 100 ans.

Même si certaines petites populations peuvent persister pendant de longues périodes et même croître selon les conditions de l'aire de répartition (p. ex. Krausman et coll., 1993; Wehausen, 1999), on convient de manière générale qu'elles ont habituellement besoin d'interventions de gestion spéciales pour le faire (Krausman et Leopold, 1986; Krausman et coll., 1993; Wehausen, 1999). Par ailleurs, il y a habituellement une longue période (deux décennies ou plus) entre le déclin d'une population au-dessous du seuil critique et sa disparition éventuelle (Tillman et coll., 1994; Vors et coll., 2007), et la période pour laquelle les données sur les tendances relatives aux populations de caribous sont disponibles est souvent plus courte que la période de probabilité associée avec la perturbation de l'aire de répartition la plus probable dans le cadre des conditions naturelles (p. ex. le feu).


Par conséquent, la composante d'évaluation de la population de la désignation de l'habitat essentiel reconnaissait que de très petites populations (< 50) étaient vulnérables aux événements et phénomènes stochastiques, ce qui entraîne une probabilité de persistance particulièrement faible, alors que les populations locales de 50 à 300 caribous sont moins vulnérables, mais ont toujours un risque de quasi-extinction, et que les populations supérieures de plus de 300 caribous peuvent persister indé.niment lorsque les conditions de l'aire de répartition soutiennent un taux de survie moyen des femelles adultes et des faons. Toutefois, aucune taille de population ne peut amortir les mauvaises conditions démographiques. Trois catégories avec les tailles de population et les probabilités de persistance correspondantes ont donc été prises en compte dans cette composante de l'évaluation de la population (tableau 3).


Tableau 3 : Les catégories relatives à la taille de la population sont dé.nies à partir de l'analyse de la viabilité de la population non spatiale (annexe 6.6) avec les tailles de population et la probabilité de persistance correspondantes.

 
Catégorie de la
population
Taille de la
population
Probabilité de
persistance
Très petite< 500,1
Petite50 - 3000,3
Au-delà du
niveau critique
> 3000,5 / 0,9*
Inconnue----------0,5

* À la baisse ou Inconnue, p = 0,5; mauvaises conditions démographiques ou de référence
Stable ou À la hausse, p = 0,9


Étant donné que l'AVP ne comprenait ni la sénescence (c.-à-d. pas de contraintes relativement à l'âge de reproduction maximal et à l'âge maximal) ni les sources importantes de stochasticité environnementale, telles celles causées par les incendies, les seuils relatifs à la taille de la population pourraient être considérés comme libéraux (c.-à-d. conférant
une probabilité supérieure de persistance à celle qui peut avoir lieu). Toutefois, l'AVP a également uniquement modélisé des populations seules, fermées (c.-à-d. pas d'immigration ou d'émigration). Ceci est une supposition raisonnable pour les très petites populations et pour les petites populations distinctes. Cependant, lorsqu'il existe un potentiel d'immigration, le risque d'extinction peut être modéré par l'immigration de source.

4.6.4.3 Perturbation de l'aire de répartition

La méta-analyse nationale de la démographie du caribou et de la perturbation de l'aire de répartition (annexe 6.5) a révélé une relation négative entre le taux de recrutement - re.été dans le ratio faons-femelles adultes dans les relevés de la population de la .n de l'hiver - et le niveau de perturbation de l'aire de répartition. Le pourcentage de l'aire de répartition perturbée par une mesure non recoupée de la zone totale brûlée et perturbée par des activités anthropiques expliquait les 61 % de variation des taux de recrutement moyens des 24 populations du caribou boréal. Pour que les populations de caribous soient autosuf.santes, les taux de croissance de la population doivent être stables ou à la hausse. Le taux de croissance de la population (.) dépend du recrutement (R) et de la survie des adultes (S), de façon telle que . = S / (1 - R) (adapté de Hatter et Bergerud, 1991). Ainsi, pour que . soit ≥1,0 (stable ou à la hausse), R doit être ≥S.


L'AVP non spatiale a indiqué un taux de survie des femelles annuel moyen de 85 %, selon un examen des études sur le caribou boréal dans tout le Canada. Avec ce taux de survie des femelles adultes, un taux de recrutement de 15 % de faons femelles dans la population totale est nécessaire pour obtenir une population stable, soit .= 1,0, ce qui est interprété ici comme la condition nécessaire pour une population autosuf.sante ou persistante. Pour atteindre les 15 % de faons femelles dans une population totale de 100 individus, en supposant un ratio égal quant au sexe des faons, 14 % d'individus âgés d'un an dans la population, une estimation de 61 % de femelles dans la population adulte et un taux moyen de parturition de 0,76 (le pourcentage d'individus âgés d'un an, le ratio relatif au sexe des adultes et le taux de parturition de l'AVP non spatiale, voir l'annexe 6.6), un taux de recrutement minimal de 28,9 faons pour 100 femelles est requis. L'AVP non spatiale suggérait une probabilité positive de persistance de la population au-delà de cette valeur, dans le cadre d'un scénario de survie des femelles modérée et une taille de population au-delà du niveau critique (> 300 individus). Bergerud (1992) a également indiqué qu'un ratio de 27,7 faons pour 100 femelles adultes entraînait une valeur . de 1 selon 32 déterminations (les années de relevés de la population) de hardes de caribou des toundras et de caribou des bois. En clair, la cible de 15 % et le ratio faon/femelle adulte associé conviennent en fonction de la survie réelle des femelles adultes dans une population donnée. Toutefois, le taux ou le seuil de recrutement minimal de 28,9 faons pour 100 femelles fournissait une ligne directrice pour l'évaluation de la probabilité de persistance (c.-à-d. la capacité de l'aire de répartition à soutenir une population autosuf.sante) des populations locales associées aux divers niveaux de perturbation de l'aire de répartition, aux .ns d'utilisation dans la composante d'évaluation de l'habitat de l'Arbre de décision.


Les résultats de la méta-analyse ont été extrapolés pour prévoir la probabilité de persistance à différents niveaux de perturbation de l'aire de répartition totale pour les populations locales individuelles. Pour ce faire, il était nécessaire de prendre en compte l'incertitude de la réponse mesurée (la relation empirique estimée selon les populations faisant l'objet de l'échantillon) et la réponse prévue (la valeur attendue pour une nouvelle observation). L'incertitude de la réponse prévue doit être incluse si l'intervalle utilisé pour résumer le résultat de la prévision doit contenir la nouvelle observation avec la con.ance précise. Comme avec les intervalles de con.ance conventionnels, qui quanti.ent la certitude liée à la relation empirique estimée, un

Figure 8 : Les catégories de perturbation élaborées à partir des intervalles de prévision (IP) concernant la relation entre la perturbation de l'aire de répartition totale et le recrutement du caribou boréal, fondée sur un seuil de recrutement de 28,9 faons pour 100 femelles adultes (15 % de faons dans la population totale).

Figure 8 : Les catégories de perturbation élaborées à partir des intervalles de prévision (IP) concernant la relation entre la perturbation de l'aire de répartition totale et le recrutement du caribou boréal, fondée sur un seuil de recrutement de 28,9 faons pour 100 femelles adultes (15 % de faons dans la population totale).


intervalle probabiliste est utilisé lorsque l'on prédit une nouvelle observation. Pour différencier les types de prévision, ces dernières probabilités sont néanmoins appelées des intervalles de prévision. Les intervalles de prévision liés à la valeur du seuil de recrutement de 28,9 faons pour 100 femelles adultes ont été utilisés pour élaborer les catégories de perturbation utilisées dans l'évaluation de l'habitat (. gure 8).


Tableau 4 : Catégories de perturbation élaborées à partir de la méta-analyse de la démographie des caribous et de la perturbation de l'aire de répartition (annexe 6.5), avec les valeurs correspondantes relativement à la perturbation totale (le pourcentage anthropique et causé par le feu) et à la probabilité de persistance, selon le seuil de recrutement de 28,9 faons pour 100 femelles adultes pour une population stable.

 
Catégorie de perturbationPerturbation totaleProbabilité de persistance
Très faible ≤15 % 0,9
Faible 16 - 23 %0,7
Modérée 24 - 49 %0,5
Élevée 50 - 58 %0,3
Très élevée≥59 %0,1

Les limites inférieures et supérieures des intervalles de prévision de 50 %, de 70 % et de 90 % dé.nissaient cinq catégories de perturbation : Très faible - Faible - Modérée - Élevée - Très élevée, correspondant à des valeurs de perturbation totale associées à différents niveaux de probabilité de persistance (tableau 4).


Même si la perturbation totale a été utilisée pour évaluer la catégorie de perturbation aux .ns d'attribution de la probabilité de persistance, les résultats de la méta-analyse indiquaient que la majeure partie de la variation expliquée relativement au recrutement était attribuée à la composante anthropique de la mesure de la perturbation totale. Ainsi, lorsque la perturbation totale est modérée ou supérieure, mais que la majeure partie de la perturbation est liée au feu, il se pourrait que l'aire de répartition de la population locale puisse soutenir une probabilité de persistance supérieure à celle suggérée par la mesure composite.


4.6.5 Probabilités intégrées attribuées aux aires de répartition de populations locales

Une fois que les catégories des critères d'évaluation individuels ont été attribuées aux populations locales du caribou boréal, l'étape suivante de l'Arbre de décision intégrait ces critères pour attribuer une probabilité relative de persistance de la population à chaque aire de répartition de la population locale. Les autres hypothèses ou résultats évalués au niveau de la population locale étaient les suivants :


ANAS(aire de répartition non autosuf.sante) : Les conditions ou l'étendue de l'aire de répartition actuelle ne conviennent pas pour soutenir une population autosuf.sante; la probabilité de persistance est faible.


AAS(aire de répartition autosuf.sante) : Les conditions et l'étendue de l'aire de répartition actuelle conviennent pour soutenir une population autosuf.sante; la probabilité de persistance est modérée à élevée.


L'Arbre de décision fournissait un moyen systématique d'évaluer la probabilité de persistance d'une population locale à partir de la catégorie observée pour la tendance de la population, la taille de la population et la perturbation de l'aire de répartition. Que les catégories des trois critères soient connues ou inconnues, une probabilité « a priori » a été attribuée à chaque critère pour exprimer les données quantitatives disponibles et les renseignements scienti.ques publiés. Une probabilité a priori, qui varie entre 0 et 1 est la probabilité déduite qu'une hypothèse soit correcte ou la plausibilité d'un résultat étant donné les connaissances incomplètes. Lorsqu'une catégorie est inconnue, une probabilité de référence a priori est attribuée. Ceci est fonctionnellement équivalent à la probabilité déduite d'autres hypothèses ou à une plausibilité égale des différents résultats.


L'attribution de probabilités a priori aux catégories possibles de chaque critère se fondait sur la probabilité de persistance déduite (la tendance de la population), sur la répartition statistique des résultats de simulation directement liés à la probabilité de persistance (la taille de la population) et sur une combinaison de mesure et d'incertitude de la prévision à partir des propriétés statistiques de la relation recrutement et perturbation (la perturbation de l'aire de répartition). La détermination des catégories a été décrite dans la section précédente (2.6.4). L'attribution de probabilités a priori re.ète la probabilité d'une catégorie observée soutenant une population locale autosuf.sante (AS), étant donné les renseignements disponibles.

Un tableau de probabilité conditionnelle a été généré pour l'ensemble des catégories de critère, en faisant la moyenne des probabilités a priori individuelles ou marginales pour parvenir à attribuer une probabilité a priori intégrée à chaque ensemble de combinaison (tableau 5). Les probabilités a priori intégrées représentent la probabilité a priori pour les hypothèses
ANAS et AAS. La variable ASƒA (la probabilité qu'une population locale soit autosuffi sante dans les conditions de l'aire de répartition actuelle) est continue de 0 à 1, les valeurs inférieures ou égales à 0,4 indiquant que les données soutiennent une ANAS, la valeur 0,5 indiquant que la probabilité d'ANAS et d'AAS est égale (des conditions particulières sont évaluées pour aider à l'interprétation), et les valeurs supérieures ou égales à 0,6 soutenant une AAS.


Tableau 5 : Exemple d'une partie d'un tableau de probabilité conditionnelle pour l'ensemble des catégories decritères avec les probabilités a priori intégrées attribuées. ASƒA est la probabilité qu'une population locale soit autosuf.sante étant donné les conditions de l'aire de répartition actuelle et de la population (voir l'annexe 6.8 pour consulter le tableau complet).

 
TendanceTaillePerturbationASfAÉvaluation
de l'aire de
répartition
À la baisse 0,1Très petite 0,1Très élevée 0,10,1ANAS
  Élevée 0,30,2ANAS
  Modérée 0,50,2ANAS
  Faible 0,70,3ANAS
  Très faible 0,90,4ANAS
Stable 0,7Petite 0,3Très élevée 0,10,4ANAS
  Élevée 0,30,4ANAS
  Modérée 0,50,5AAS/ANAS
  Faible 0,70,6AAS
  Très faible 0,90,6AAS
À la hausse
0,9
Au-delà du niveau
critique 0,9
Très élevée 0,10,6AAS
  Élevée 0,30,7AAS
  Modérée 0,50,8AAS
  Faible 0,70,8AAS
  Très faible 0,90,9AAS

L'évaluation intégrée avait pour résultat l'attribution d'un résultat probabiliste à chaque population locale ou unité d'analyse, selon les données étayant la conclusion que la population était autosuf.sante ou non, selon les conditions et l'étendue de l'aire de répartition actuelle.

4.6.6 Désignation proposée pour l'habitat essentiel

L'étape .nale de l'Arbre de décision consiste à proposer une désignation pour l'habitat essentiel, selon la probabilité que l'aire de répartition actuelle soutienne une population locale autosuf.sante (voir la section 2.6.5). La désignation de l'habitat essentiel est exprimée relativement à la condition et à l'étendue de l'aire de répartition actuelle de chaque population locale ou unité d'analyse. La condition et l'étendue déterminent les attributs fonctionnels de l'aire de répartition. Pour ce qui est de l'habitat essentiel, trois résultats ont été envisagés selon l'interprétation des probabilités intégrées et individuelles attribuées ainsi que les données associées indiquant que l'aire de répartition est autosuf. sante (AAS) ou non (ANAS). Les résultats étaient les suivants :

■ Aire de répartition actuelle - La condition et l'étendue de l'aire de répartition actuelle sont requises pour maintenir le potentiel de population autosuf.sante.
■ Aire de répartition actuelle et résilience potentielle - La condition et l'étendue de l'aire de répartition actuelle peuvent suf.re à absorber la perturbation supplémentaire, tout en maintenant la capacité à soutenir une population autosuf.sante.
■ Aire de répartition actuelle et amélioration des conditions - La condition ou l'étendue de l'aire de répartition actuelle devraient être améliorées pour restaurer le potentiel de soutien d'une population autosuf.sante.

Les règles de décision suivantes ont été appliquées dans le cadre de la désignation proposée pour l'habitat essentiel pour chaque population locale ou unité d'analyse.


L'aire de répartition était autosuf. sante (A as) selon les données de l'évaluation intégrée (p ≥0,6) :

□ Si les populations locales ou unités d'analyses étaient dé.nies et que les catégories de tous les critères étaient connues, la désignation proposée pour l'habitat essentiel était « Aire de répartition actuelle et résilience potentielle ».

□ Si les populations locales ou les unités d'analyse n'étaient pas dé.nies pour les grandes zones d'habitat continu ou si les deux critères relatifs à la population (la tendance et la taille) étaient inconnus, la désignation proposée pour l'habitat essentiel était « Aire de répartition actuelle », avec une note indiquant que la délimitation de la population ou les données sur la population étaient nécessaires pour que la résilience potentielle puisse être évaluée.
□ Si la tendance de la population était inconnue et que la taille de la population était petite ou très petite, la désignation proposée pour l'habitat essentiel était « Aire de répartition actuelle », avec une remarque demandant de traiter les lacunes en matière de données.

□Si la tendance de la population était inconnue et que la taille de la population était au­delà du niveau critique, la désignation proposée pour l'habitat essentiel était « Aire de répartition actuelle et résilience potentielle », avec une remarque demandant de traiter les lacunes en matière de données.

L'aire de répartition n'était pas autosuf. sante (A nas) selon les données de l'évaluation intégrée (p ≤ 0,4) :

□ Si le niveau de perturbation totale était très faible ou faible, la désignation proposée pour l'habitat essentiel était « Aire de répartition actuelle », avec une remarque demandant d'examiner les autres mesures de la condition de l'habitat et les stresseurs qui ne sont pas liés à l'habitat, et de prendre en compte l'étendue de l'aire de répartition, au besoin.

□ Si le niveau de perturbation totale était modéré, élevé ou très élevé et que la tendance était stable, la désignation proposée pour l'habitat essentiel était « Aire de répartition actuelle », avec une remarque demandant d'assurer un étroit suivi de la tendance.

□ Si le niveau de la perturbation totale était modéré, élevé ou très élevé et que la tendance de la population était à la baisse, la désignation proposée pour l'habitat essentiel était « Aire de répartition actuelle et amélioration des conditions ».

□ Si la tendance de la population était inconnue et que la perturbation totale était modérée ou que la perturbation totale était élevée ou très élevée avec une composante de perturbation anthropique faible ou très faible, la désignation proposée pour l'habitat essentiel était « Aire de répartition actuelle », avec une remarque demandant de traiter les lacunes en matière de données.

□ Si la tendance de la population était inconnue et que la perturbation totale était élevée ou très élevée avec une composante anthropique modérée ou plus, la désignation proposée pour l'habitat essentiel était « Aire de répartition actuelle et amélioration des conditions », avec une remarque demandant de traiter les lacunes en matière de données.


■ Lorsque l'aire de répartition était (Aas/Anas ) selon les données équivalentes de l'évaluation intégrée (p = 0,5) :

□La désignation proposée pour l'habitat essentiel était « Aire de répartition actuelle ».

□Si un critère de l'évaluation intégrée ou plus était inconnu, il était demandé de traiter les lacunes en matière de renseignements.

□Si les catégories de tous les critères étaient connues, la situation était considérée comme marginale et un étroit suivi de la situation était recommandé.

Lorsque la désignation proposée pour l'habitat essentiel est « Aire de répartition actuelle et amélioration des conditions » ou « Aire de répartition actuelle et résilience potentielle », cela ne signi.e pas que l'habitat essentiel est inconnu ou non désignable. Cela signi. e plutôt que, selon la méthodologie actuelle, les suppositions et les données associées utilisées, l'habitat essentiel proposé est l'« Aire de répartition actuelle » et que les considérations supplémentaires nécessaires pour peau.ner l'évaluation sont indiquées. En .n de compte, pour respecter toutes les exigences de « l'habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement » (LEP, paragraphe 2(1)), l'amélioration des conditions ou l'augmentation de l'étendue peuvent être requises (Aire de répartition actuelle et amélioration des conditions) ou l'« Aire de répartition actuelle » pourrait absorber la perturbation supplémentaire, sans compromettre la persistance de la population locale (Aire de répartition actuelle et résilience potentielle).