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Examen scientifique aux fins de la désignation de l’habitat essentiel de la population boréale du caribou des bois (Rangifer tarandus caribou) au Canada

DISCUSSION

6.1 Interprétation des résultats relatifs à l'habitat essentiel proposé

L'application du Cadre de l'habitat essentiel et de l'analyse des décisions associée a fourni une évaluation de toutes les populations locales ou unités d'analyse au sein de la répartition actuelle du caribou boréal au Canada. Comme la sélection de l'habitat par le caribou, la désignation de l'habitat essentiel est un processus hiérarchique qui doit prendre en compte les besoins à de multiples échelles spatiales et temporelles. L'analyse nationale a été axée sur l'échelle qui convient le plus à l'étude de la persistance des populations locales, soit l'aire de répartition de la population locale. Les facteurs intervenant à cette échelle agissent à titre de contraintes sur la dynamique de la population et déterminent si une population est susceptible d'être soutenue ou non. Il a été démontré auparavant que la prédation agit à titre de facteur limitatif pour les populations du caribou boréal; ceci est implicite dans la présente évaluation. Les conditions de l'aire de répartition d'une population locale déterminent le type, la quantité ainsi que la répartition de l'habitat du caribou et d'autres espèces proies qui ont les mêmes prédateurs que le caribou et donc, l'abondance et la répartition de ces prédateurs au sein de l'aire de répartition. Par conséquent, la prémisse de la présente évaluation (que l'habitat essentiel est désigné de la façon la plus appropriée à l'échelle de l'aire de répartition de la population locale) ne revient pas à dire que chaque élément de l'aire de répartition est dans tous les cas essentiel au soutien d'une population du caribou boréal autosuf.sante. Toutefois, cette prémisse fournit une délimitation spatiale de la zone étudiée lorsque l'on évalue les conditions actuelles et que l'on quanti.e les risques relatifs au but du rétablissement visant à maintenir ou à rétablir les populations locales autosuf.santes, lorsque l'on attribue les résultats potentiels relativement à l'habitat essentiel et que l'on plani.e la gestion des conditions de l'habitat nécessaire au soutien de la persistance de la population (c.-à-d. maintenir les attributs fonctionnels de l'aire de répartition). Sur des périodes spéci.ques, il est possible de peau.ner les besoins à des échelles spatiales plus précises, en tenant compte des contraintes liées à la désignation du niveau de l'aire de répartition. Des lignes directrices sur les considérations importantes sont fournies dans la description de l'habitat (annexe 6.3). Les paramètres généraux associés aux résultats relatifs à l'habitat essentiel sont décrits ci-après.

Pour chaque population locale ou unité d'analyse, l'habitat essentiel proposé a été exprimé sous la forme de l'un des trois résultats, selon les données de l'évaluation intégrée (l'aire de répartition autosuf.sante ou l'aire de répartition non autosuf.sante, section 2.6.5) et l'application des règles de décision (section 2.6.6). Ces résultats comprenaient : « Aire de répartition actuelle », « Aire de répartition actuelle et amélioration des conditions » ou « Aire de répartition actuelle et résilience potentielle ». Une interprétation de chaque résultat est fournie ci-après.

Aire de répartition actuelle - La condition et l'étendue de l'aire de répartition actuelle sont requises pour maintenir le potentiel de population autosuf.sante. Une dégradation plus importante de l'aire de répartition actuelle peut compromettre la capacité d'atteindre le but du rétablissement. Cinq scénarios se sont produits dans le cadre de ce résultat.

1) Les populations locales ou unités d'analyse de plusieurs grandes zones relativement continues au sein de la répartition actuelle du caribou boréal n'ont pas encore été délimitées. La présente évaluation considérait la zone d'occurrence au sein de la compétence pertinente comme une seule unité d'analyse. Dans certains cas, cela indiquait une probabilité modérée à élevée que la zone soutienne une population autosuf. sante (p =0,6). Toutefois, les caribous de la zone peuvent comprendre plus d'une population locale. Par conséquent, la condition moyenne parmi ces populations pourrait masquer une variation importante au sein de l'étendue de la zone étudiée, ce qui pourrait avoir des répercussions sur la durabilité de la population et l'évaluation de l'habitat essentiel. Les unités de population doivent être déterminées et évaluées, ce qui pourrait mener à d'autres résultats.

2) L'incertitude liée à la condition de la population (tendance inconnue) conjointement à la perturbation modérée n'indiquait pas clairement si l'aire de répartition actuelle pouvait soutenir une population autosuf. sante (p = 0,5). La première priorité consiste à traiter les lacunes en matière de renseignements, puis à réévaluer la population locale.

3) Lorsque tous les paramètres étaient connus, une probabilité intégrée de p = 0,5 était interprétée comme une situation marginale. Les critères auxquels le plus fort risque a été attribué (la probabilité individuelle la plus faible) doivent être examinés, et des renseignements locaux supplémentaires doivent être pris en compte.

4) Les données indiquaient que l'aire de répartition n'était pas autosuf. sante (p = 0,4) pour un certain nombre de populations locales, mais il n'était pas clairement indiqué qu'il fallait améliorer la condition de l'aire de répartition, car : a) la perturbation était très faible ou faible, ou b) la tendance de la population était stable. Le maintien de l'aire de répartition actuelle est recommandé conjointement avec : a) l'étude des autres facteurs qui ont une incidence négative sur la population, ou b) l'étroit suivi de la tendance relative aux effets retardateurs potentiels. Les situations correspondant au cas b) doivent également être examinées pour mieux comprendre la résilience potentielle devant différentes formes de perturbations.

5) Dans plusieurs cas, les données indiquaient que l'aire de répartition n'était pas autosuf. sante (p = 0,4), mais la perturbation totale était principalement causée par le feu (c.-à-d. que la quantité de perturbation anthropique était faible ou très faible) et la tendance de la population était inconnue. Il n'était pas clairement indiqué qu'il fallait améliorer la condition de l'aire de répartition étant donné que le pourcentage d'aire de répartition brûlée indiquait peu de variations dans la relation sous jacente aux catégories de perturbation, au moins jusqu'à l'extrémité supérieure du niveau de perturbation modéré. Il a été déterminé qu'il fallait plus amplement étudier les effets différentiels du feu et des perturbations anthropiques sur la démographie des caribous pour mieux les comprendre.

Aire de répartition actuelle et amélioration des conditions - Les conditions ou l'étendue de l'aire de répartition actuelle devraient être améliorées pour restaurer le potentiel de soutien d'une population autosuf.sante. Une dégradation plus importante de l'aire de répartition peut avoir de graves conséquences sur la persistance de la population locale. Trois scénarios se sont produits dans le cadre de ce résultat.

1) Pour la plupart des populations locales ou unités d'analyse pour lesquelles les données indiquent que l'aire de répartition n'est pas autosuf. sante (p = 0,4), les niveaux de perturbation anthropique associés à la tendance de la population suggèrent que des activités de rétablissement sont requises pour rétablir les conditions qui soutiennent la persistance (c.-à-d. que la réduction de la perturbation anthropique et le rétablissement de l'habitat perturbé sont nécessaires). La nature et l'ampleur de la restauration pourraient être déterminées au moyen d'une modélisation spatiale de la population combinée avec une simulation dynamique du paysage.

2) Pour plusieurs populations locales ou unités d'analyse, le degré élevé de perturbation totale était principalement dû au feu, avec de faibles degrés de perturbation anthropique, mais était associé à une tendance de la population à la baisse. Le pourcentage de zone brûlée n'était pas compris dans la tranche de valeurs de la méta-analyse (annexe 6.5), les déductions fondées sur la relation documentée étaient donc faibles. Le rétablissement naturel peut suf.re à améliorer la condition de l'aire de répartition, mais des stresseurs supplémentaires sur la population doivent être pris en compte, y compris les interactions potentielles entre le feu et les perturbations anthropiques à des niveaux élevés de feu, et les facteurs qui ne sont pas liés à l'habitat (p. ex. les sources de mortalité).

3) Dans deux cas, les degrés de perturbation totale mesurés étaient faibles ou très faibles, mais la tendance de la population négative indiquait qu'il fallait améliorer les conditions ou l'étendue de l'aire de répartition. Par conséquent, les divers aspects de la condition de l'habitat autres que la perturbation pourraient toucher la population locale. Les facteurs qui ne sont pas liés à l'habitat, tels le braconnage, la diminution de la qualité de l'habitat due par exemple aux avions volant à basse altitude ou à d'autres formes de perturbation, ne sont pas compris ici, et la santé de la population (la maladie et les parasites) doit également être prise en compte. Il est également possible que l'étendue de l'aire de répartition actuelle ait diminué de façon telle qu'elle ne suf.t pas à soutenir une population locale autosuf.sante et l'habitat adjacent doit être restauré pour permettre à la population de persister. L'isolation de la population et le besoin de restaurer la connectivité doivent être examinés.

Aire de répartition actuelle et résilience potentielle - La condition et l'étendue de l'aire de répartition actuelle peuvent suf.re à absorber la perturbation supplémentaire, tout en maintenant la capacité à soutenir une population autosuf.sante. Deux scénarios se sont produits dans le cadre de ce résultat.

1) Les populations locales ou unités d'analyse, dont la taille de la population est importante ou très importante (c.-à-d. au-delà du niveau critique selon l'analyse de la viabilité de la population non spatiale), la tendance de la population est stable ou à la hausse et les degrés de perturbation totale sont modérés, faibles ou très faibles. Cette situation présente le moins de risque en ce qui concerne la réalisation de l'objectif en matière de population du but du rétablissement et représente le plus fort potentiel d'application de la gestion adaptative active pour évaluer la résilience (c.-à-d. la gestion expérimentale pour véri.er d'autres hypothèses concernant les réactions de la population aux différents types et niveaux de perturbation).

2) Les populations locales ou unités d'analyse pour lesquelles la taille de la population est petite, les tendances sont stables ou à la hausse et les degrés de perturbation totale sont faibles ou très faibles. Cette situation représente également une probabilité relativement élevée de réalisation du but du rétablissement. Toutefois, les risques inhérents associés à une population de petite taille demandent une approche prudente lorsque l'on étudie la résilience potentielle devant n'importe quelle perturbation supplémentaire. Cependant, cette situation peut également présenter une possibilité de gestion adaptative active.

L'un des principes directeurs de l'examen scienti.que était de reconnaître et de traiter la nature dynamique des systèmes boréaux ainsi que les effets qui en résultent sur l'habitat du caribou boréal au .l du temps et sur le plan spatial. Les paysages boréaux sont naturellement dynamiques, in.uencés par des processus tels que le feu et autres perturbations ainsi que la succession de la forêt qui en résulte. Des dynamiques de paysage similaires peuvent être associées à certains types de perturbations anthropiques. La reconnaissance de telles dynamiques et l'échelle prise en compte pour la désignation de l'habitat essentiel sont commensurables (l'aire de répartition de la population locale), échelle qui re. ète des dynamiques de plusieurs décennies du système et la réaction de l'espèce. Cependant, les dynamiques spatiales ou temporelles des aires de répartition de la population locale n'étaient pas directement abordées par la présente évaluation.
L'analyse de la viabilité de la population non spatiale prenait en compte des composantes temporelles de la persistance associées à la démographie et, dans une certaine mesure, la stochasticité environnementale. De même, l'intervalle de 50 ans pris en compte par la méta-analyse pour la zone brûlée reconnaissait de façon limitée les propriétés dynamiques de la perturbation par le feu, relativement au rétablissement de l'habitat et à la réaction du caribou. Néanmoins, la présente évaluation représente une évaluation ponctuelle de l'aire de répartition actuelle relativement au but de rétablissement lié aux populations locales autosuf.santes.

Il est possible de préciser les résultats relatifs à l'habitat essentiel pour les populations locales au moyen de l'analyse de la viabilité de la population spatiale liée à la modélisation dynamique du paysage (voir la section 2.6.6 et l'annexe 6.7). Il est nécessaire d'intégrer les dynamiques du paysage pour comprendre les conditions et les possibilités de gestion associées au rétablissement (Aire de répartition actuelle et amélioration des conditions) et à la résilience (Aire de répartition actuelle et résilience potentielle) ainsi qu'aux risques supplémentaires associés aux présentes conditions (Aire de répartition actuelle). De telles évaluations peuvent être entreprises avec divers niveaux de complexité et d'exigences concomitantes pour ce qui est des données. Grâce au présent examen, il est clair que les exigences minimales en matière de données pourraient être respectées pour la plupart des zones au sein de la répartition actuelle du caribou boréal au Canada, en particulier lorsqu'elles sont étudiées dans le contexte de la gestion adaptative.

6.2 Analyse des décisions et gestion adaptative

L'Arbre de décision fournissait une méthode structurée et transparente pour évaluer les populations locales individuelles et déterminer les probabilités a priori des diverses hypothèses concernant la dé.nition de l'habitat essentiel, au moyen des catégories attribuées aux critères mesurables selon les données quantitatives disponibles et les renseignements scienti.ques publiés. Les probabilités a priori indiquaient le résultat le plus plausible, relativement à laprobabilité de persistance, pour chaque population locale ou unité d'analyse. À chaque étape de l'Arbre de décision, les suppositions faites étaient explicitement décrites et on a déterminé les incertitudes qui pouvaient être traitées au moyen d'un Calendrier d'études pour améliorer la compréhension.

L'approche relative à la désignation de l'habitat essentiel appliquée ici suit les méthodes établies pour l'analyse des décisions dans la recherche opérationnelle et la science de la gestion. Dans ce cas, la fonction de l'objectif est la persistance de la population exprimée comme l'ensemble de conditions nécessaires pour soutenir des populations locales autosuf.santes. Les synthèses des renseignements existants, l'évaluation des résultats probables et l'amélioration de la compréhension sont également des composantes fondamentales du cadre de gestion adaptative. Même si un arbre de décision plus détaillé pourrait être élaboré pour élucider les relations entre les critères (les variables) et déterminer les mécanismes sous-jacents, le modèle simple pris en compte ici est une « case blanche », qui peut être facilement appliquée, évaluée et communiquée avec les renseignements disponibles et qui soutient une composante scienti.que du processus menant à la désignation . nale potentielle de l'habitat essentiel proposée pour un éventail de conditions de la population locale.

L'assignation de probabilités a priori et leur utilisation dans la désignation de l'habitat essentiel représentent le point de départ du cycle de gestion adaptative (.gure 4). Lorsque les incertitudes sont traitées au moyen du Calendrier d'études et que de nouveaux renseignements sont disponibles, les probabilités assignées aux populations locales peuvent être mises à jour. L'Arbre de décision peut également être interprété en tant que Réseau de décision bayésienne (RDB). Les critères d'évaluation sont équivalents à des nœuds du RDB, représentant desvariables auxquelles on peut attribuer de multiples catégories. À chaque nœud, on associe un tableau de probabilité qui exprime la probabilité de chaque catégorie, en fonction de la catégorie des nœuds qui l'alimente. Des pondérations pourraient être attribuées aux nœuds pour représenter l'importance relative de la variable relativement au résultat. Le processus actuel ne traite pas les interactions entre critères ou leur in.uence relative sur les résultats; par conséquent, aucune pondération n'a été appliquée aux critères d'évaluation (la tendance de la population, la taille de la population et la perturbation de l'aire de répartition) et aucune probabilité conditionnelle n'a été attribuée aux critères individuels. Cependant, il existe des méthodes d'estimation pour générer ces probabilités et elles peuvent être intégrées au . l du temps au moyen du processus de gestion adaptative. L'élaboration d'un RDB plus complet est recommandée dans le cadre du Calendrier d'études, a.n d'assurer une meilleure compréhension et de fournir un processus of.ciel de mise à jour des probabilités a priori attribuées pour le but de rétablissement des populations locales autosuf.santes.

6.3 Passage au plan d'action et à la mise en œuvre du rétablissement

Comme cela a été signalé précédemment, cette analyse nationale et la désignation proposée pour l'habitat essentiel ont été effectuées à l'échelle spatiale qui convient au traitement de la persistance des populations locales, selon le but et les objectifs de rétablissement pour cette espèce. Toutefois, la sélection de l'habitat par le caribou boréal est hiérarchique où, si on le juge nécessaire, les évaluations peuvent être davantage peau.nées au sein des aires de répartition de populations locales, a.n de déterminer l'habitat nécessaire au rétablissement de l'espèce à des échelles temporelles et spatiales plus précises.
Diverses approches pourraient être appliquées au niveau de la population locale pour dé.nir le degré de changement requis relativement à la condition ou à l'étendue de l'aire de répartition pour soutenir la persistance, les stratégies de gestion qui conviennent pour maintenir les conditions lorsque l'aire de répartition actuelle est autosuf.sante et la quantité de perturbation supplémentaire qui pourrait être absorbée par les populations locales avec résilience potentielle. Par exemple, l'analyse de la viabilité de la population localisée peut servir à quanti.er davantage la probabilité de persistance au cours de périodes de temps données pour modéliser le devenir des populations par rapport aux conditions de l'habitat changeantes, et circonscrire les résultats probables dans un éventail de scénarios de l'habitat. En associant une population localisée et des modèles de simulation du paysage, on peut intégrer des éléments dynamiques du système (voir l'annexe 6.7 - AVP spatiale). D'autres méta analyses pourraient être appliquées relativement à plusieurs populations pour associer les conditions actuelles (p. ex. la composition et la structure de la végétation) créées par les facteurs naturels et les facteurs d'origine anthropique à la situation démographique, et pour prévoir les tendances futures. De même, une approche rétrospective pourrait être utilisée pour étudier les conditions de persistance, en quanti.ant la variation historique des systèmes naturels et en examinant les circonstances qui ont contribué à la persistance ainsi qu'en reconnaissant l'incertitude liée à la persistance, les perturbations historiques et le changement de l'habitat. De telles études pourraient également donner un aperçu des effets différentiels du feu et de la perturbation anthropique sur la démographie du caribou, une distinction importante lorsque l'on étudie l'application de telles approches à la gestion des caribous.

6.4 Conclusions

L'examen scienti.que de l'habitat essentiel du caribou boréal effectué par Environnement Canada a été entrepris avec le soutien d'un groupe consultatif scienti.que indépendant qui a fourni un examen par les pairs, tout au long du processus. L'élaboration d'un Cadre de l'habitat essentiel et l'Arbre de décision ont fourni une structure of.cielle pour l'assemblage et l'analyse des données pertinentes à la désignation de l'habitat essentiel ainsi que le fondement de l'amélioration continue des connaissances au moyen du processus de gestion adaptative. Une approche fondée sur les données a été utilisée pour déterminer le résultat le plus plausible des combinaisons des conditions de la population et de l'habitat relativement au but de rétablissement lié aux populations locales autosuf.santes.

Le présent rapport contient la désignation proposée pour l'habitat essentiel, selon les suppositions scienti.ques et inhérentes empiriques associées à la méthodologie utilisée pour chacune des unités analytiques spatiales associées à chaque population locale. D'autres facteurs, tels que l'incorporation des connaissances autochtones et traditionnelles ainsi que le degré de correspondance entre les suppositions faites dans le présent rapport et les directives politiques sur l'habitat essentiel d'Environnement Canada, peuvent in.uer sur la désignation .nale potentielle de l'habitat essentiel dans le Programme de rétablissement.

Voici les conclusions générales de l'examen :

1) l'habitat essentiel du caribou boréal est désigné de la façon la plus appropriée à l'échelle de l'aire de répartition de la population locale et il est exprimé relativement à la probabilité que l'aire de répartition soutienne une population locale autosuf.sante;

2) l'aire de répartition dépend de l'étendue et de la condition de l'habitat, dans le cadre desquels l'habitat comprend la série de ressources et de conditions environnementales qui déterminent la présence, la survie et la reproduction d'une population;

3) l'application du Cadre de désignation de l'habitat essentiel des 57 populations locales ou unités d'analyse reconnues pour le caribou boréal au Canada a donné les trois résultats proposés suivants : « Aire de répartition actuelle », « Aire de répartition actuelle et amélioration des conditions » ou « Aire de répartition actuelle et résilience potentielle »;

4) comme la sélection de l'habitat par le caribou, la désignation de l'habitat essentiel du caribou boréal est un processus hiérarchique qui prend en compte de multiples échelles spatiales et temporelles. Il est possible de préciser les résultats relatifs à l'habitat essentiel à des échelles spatiales plus précises que l'aire de répartition sur des périodes spéci.ques, au moyen de l'analyse de la viabilité de la population spatiale liée à la modélisation dynamique du paysage;

5) En sachant que les connaissances actuelles et la nature dynamique des paysages comprennent une part d'incertitude, les présents résultats doivent faire l'objet d'un suivi et être évalués aux .ns de perfectionnement et d'ajustement au .l du temps, à mesure que de nouvelles connaissances sont acquises (c.-à-d. le Calendrier d'études dans le cadre de la gestion adaptative).
L'examen scienti.que était structuré comme l'examen d'une analyse des décisions transparente et de la gestion adaptative. Ainsi, le Calendrier d'études produit est une exigence clé du processus qui est conçu pour produire des résultats qui sont continuellement améliorés au .l du temps.
Les connaissances autochtones et traditionnelles n'ont pas été incluses dans le présent examen et les besoins particuliers à cet ensemble de connaissances n'ont pas non plus été indiqués dans le Calendrier d'études.

6.5 Traitement de l'incertitude - Calendrier d'études

Toute l'information facilement accessible, y compris les documents examinés par les pairs et la littérature grise, les données sur l'emplacement et la population du caribou ainsi que les données biophysiques et sur l'utilisation des terres a été examinée pour soutenir l'analyse des décisions sur l'habitat essentiel. Un Calendrier d'études est requis en vertu de la LEP (alinéa 41(1)c.1) si les renseignements disponibles ne sont pas suf.sants pour parvenir à désigner l'habitat essentiel. Ainsi, le Calendrier d'études demeure une exigence du processus, comme cela est décrit tout au long du présent document. Le Calendrier d'études est un aperçu des activités (p. ex. les travaux d'enquête, la cartographie, l'analyse de la viabilité de la population) conçu pour traiter les lacunes dans les connaissances et les incertitudes, a.n d'améliorer le processus de désignation de l'habitat essentiel. Ces activités comprennent les nouvelles études, l'amélioration ou la poursuite des études existantes et la collecte de données normalisées au moyen du suivi et de l'évaluation. Les connaissances traditionnelles autochtones n'ont pas été prises en compte dans le présent examen scienti. que, sauf lorsqu'elles étaient accessibles dans des documents publiés; les besoins particuliers à cet ensemble de connaissances n'ont pas été traités dans le Calendrier d'études. Les connaissances autochtones et traditionnelles fournissent des renseignements importants, qui pourraient compléter cet examen et permettre de mieux comprendre l'habitat essentiel du caribou boréal.

Le Calendrier d'études suivant est conçu pour traiter les incertitudes déterminées à chaque étape de l'Arbre de décision (voir . gure 4).

Tableau 7 : Calendrier d'études

 
ActivitéDescription
Déterminer la répartition actuelle :
La répartition actuelle du caribou boréal au Canada est décrite et cartographiée pour défi nir la portée nationale de la désignation de l'habitat essentiel.
Analyse de la niche écologiqueL'analyse de la niche écologique (annexe 6.4) doit être davantage développée et appliquée pour déterminer les zones d'incertitude selon les
données abiotiques et biotiques disponibles et, par conséquent, guider les activités d'échantillonnage pour mieux comprendre (l'échantillonnage fondé
sur un modèle) les facteurs de la répartition actuelle ainsi que les tendances d'occupation au sein de la répartition. Cette méthode pourrait également
être utilisée pour déterminer les zones où le potentiel de restauration est élevé et les zones d'amélioration de la connectivité de la population, au
besoin.
Déterminer l'unité d'analyse :
Les aires de répartition de populations locales constituent l'unité d'analyse de la désignation de l'habitat essentiel.
Élaborer une norme de cartographie de l'aire de répartition de populations localesÉlaborer une approche normalisée pour délimiter les aires de répartition de populations locales (unités d'analyse) qui peuvent être appliquées dans
tout le Canada par les compétences responsables de la gestion du caribou boréal.
Déterminer les populations localesDéterminer ou mettre à jour les aires de répartition de populations locales à l'aide des critères et de la méthodologie normalisés.
Remarque : La délimitation des populations locales est hautement prioritaire pour les grandes zones de répartition continue pour lesquelles il manque
actuellement ce renseignement.
Évaluation de la population et de l'habitat :
L'application d'un processus systématique d'évaluation de la probabilité de persistance d'une population locale selon les catégories observées en ce qui concerne la condition de la population et de l'aire de répartition.
Élaborer un réseau de décision bayésienne (RDB) globalDéterminer et intégrer les paramètres mesurables (les variables) qui infl uent sur la persistance de la population en un RDB global qui indique les
probabilités conditionnelles des variables et fournit une méthode offi cielle de mise à jour de la désignation de l'habitat essentiel, en fonction des
nouvelles connaissances. Cette activité s'appuiera sur les résultats des méta-analyses supplémentaires et des analyses de viabilité de la population
non spatiales et spatiales.
Effectuer des méta analyses supplémentaires de la démographie et de la condition de l'aire de répartition du
caribou
Étendre les analyses des données nationales pour intégrer des mesures supplémentaires de la condition de la population et de l'aire de répartition
(p. ex. la survie des adultes, la fragmentation de l'habitat, la composition forestière), comprendre la variation des relations attribuables aux différents
types de perturbation, les autres mesures relatives à l'habitat ou les contextes régionaux et compléter ou peaufi ner les critères utilisés pour
évaluer la condition de l'aire de répartition aux fi ns de la désignation de l'habitat essentiel.
Peaufi ner les seuils relatifs à la taille de la population relativement à la probabilité de
persistance
Développer davantage l'AVP non spatiale en :
■ intégrant l'âge maximal et la sénescence;
■ évaluant les interactions entre les paramètres démographiques
sélectionnés et l'infl uence de la taille de la population sur ces relations, relativement au risque d'extinction et à la durée prévue avant l'extinction.
Élaborer des normes
d'enquête
Élaborer des critères et des méthodes normalisés pour les évaluations de populations du caribou boréal, y compris des renseignements sur la taille et
la tendance de la population locale.
Déterminer les tendances de la
population locale
Il faut les données démographiques de la population pour calculer le lambda et évaluer les tendances des populations locales, y compris des données
démographiques plus détaillées (provenant des analyses de la survie, de la composition de la population et des enquêtes sur le recrutement).
Déterminer la taille des
populations locales
Il faut les données sur le recensement de la population pour déterminer la
taille de la population actuelle.
Désignation de l'habitat essentiel :
Déterminer la quantité, la qualité et la confi guration spatiale de l'habitat nécessaires à la persistance du caribou boréal dans toute sa répartition actuelle au Canada.
Peaufi ner la quantité, la qualité et la confi guration spatiale de l'habitat essentiel des populations localesDéterminer et effectuer des études de cas à l'aide d'une modélisation de la population localisée pour étudier un éventail de conditions de la population
et de de l'habitat ainsi que de scénarios de gestion, pour mieux comprendre les contraintes liées à l'habitat qui ont une incidence sur la persistance de
la population (la quantité, la qualité et la confi guration spatiale) et soutenir l'élaboration du Réseau de décision bayésienne. Diverses approches de
modélisation doivent être étudiées pour aider à la désignation de l'habitat essentiel et à la planifi cation du rétablissement (c.-à-d. la protection effi cace
et la mise en oeuvre du rétablissement).
D'autres approches analytiques, telles que des méta-analyses supplémentaires peuvent également soutenir cette activité.
Élaborer ou appliquer des
méthodes pour déterminer les
besoins et les conditions pour
soutenir la connectivité de la
population
L'habitat essentiel a été désigné à l'échelle de l'aire de répartition des populations locales en supposant que les populations locales avaient un
échange limité d'individus avec d'autres groupes. Il peut être nécessaire d'augmenter la connectivité de la population pour soutenir la persistance
des petites populations, et le maintien de la connectivité existante est un élément important de l'habitat essentiel des grandes populations. Il
est nécessaire d'élaborer ou d'appliquer des méthodes visant à évaluer la connectivité de la population et sa relation aux attributs de l'habitat ou
du paysage. Ces travaux pourraient être entrepris conjointement avec la modélisation de la population localisée.
Déterminer les possibilités de
gestion adaptative active
Les incertitudes concernant la résilience potentielle des populations locales devant différents degrés et types de perturbation pourraient être le plus
effi cacement traitées au moyen de la gestion adaptative active conçue pour vérifi er d'autres hypothèses en ce qui concerne la réaction de la population.
Les paramètres visant à soutenir ceci pourraient être déterminés au moyen d'une modélisation de la population localisée.