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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le méné long au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Les ménés longs vivent dans des fosses et des tronçons à faible courant de petits cours d’amont à eau claire, modérément à fortement inclinés et présentant à la fois des radiers et des mouilles (McKee et Parker, 1982; Meade et al., 1986; Goforth, 2000; Andersen, 2002; Daniels, comm. pers., 2005). Le substrat varie de limoneux à rocheux, mais est surtout graveleux (McKee et Parker, 1982; Becker, 1983; Holm et Crossman, 1986; Daniels, comm. pers., 2005). L’habitat des ménés longs est caractérisé par une végétation riveraine abondante et surplombante composée d’herbes et d’arbustes, des berges sapées et une couverture en rivière (roches, gros débris ligneux). En Ontario (Andersen, 2002; Parish, 2004) et au Wisconsin (Becker, 1983), les ménés longs fréquentent généralement les tronçons fluviaux qui s’écoulent dans des prés dégagés, des prairies ou des forêts dominées par des arbustes (plutôt que des forêts à couvert fermé). Au Kentucky, on les trouve dans des bassins versants boisés au couvert surplombant les cours d’eau (Meade et al., 1986).

Les ménés longs préfèrent les cours d’eau limpides; en effet, la clarté de l’eau est souvent mentionnée comme un facteur important de l’habitat (McKee et Parker, 1982; Meade et al., 1986; Daniels et Wisniewski, 1994; Goforth, 2000). Toutefois, en Ontario, des individus ont été capturés dans des cours d’eau à turbidité modérée (Holm et Crossman, 1986). Selon Coon (1993), l’espèce tolère peut-être de plus grandes gammes de température, de turbidité et de profondeur dans les zones où elle est commune. Le méné long est un prédateur visuel, ce qui explique probablement sa préférence pour les habitats d’eau claire (Daniels et Wisniewski, 1994). Des études sur l’effet de la turbidité sur d’autres poissons ont montré que la turbidité réduit la capacité de se nourrir de certaines espèces. Par exemple, en eau trouble, les ombles de fontaine (Salvelinus fontinalis) croissent moins vite, car elles sont plus actives et, au lieu de se nourrir de la dérive, recherche activement des proies (Sweka et Hartman, 2001). Le volume et la diversité du contenu stomacal chez les ombles de fontaine diminuaient progressivement à mesure que la turbidité augmentait (Stuart-Smith et al., 2004). Bonner et Wild (2002) ont constaté que le Notropis girardi, le méné émeraude (N. atherinoides), le Cyprinella lutrensis et le méné paille (N. stramineus) consommaient moins de proies lorsque la turbidité était élevée. D’autres espèces, par contre, ne semblent pas être affectées par la turbidité. Une turbidité élevée n’a pas influé sur la consommation de proies du Macrhybopsis teranema et du méné à tête plate (Platygobio gracilis) (Bonner et Wild, 2002).

Le méné long est considéré comme une espèce d’eau froide (Coker et al., 2001). Becker (1983) a affirmé que l’espèce évite les eaux chaudes et les eaux très froides. En Ontario, la température de la plupart des cours d’eau où des ménés longs ont été prélevés était de moins de 20 °C l’été; certains cours d’eau affichaient cependant des températures allant jusqu’à 23 °C (McKee et Parker, 1982). Dans l’État de New York, des ménés longs ont été capturés à des températures d’été variant entre 13 et 30 °C, mais la plupart des prises (80 p. 100) ont été réalisées à des températures de 14 à 25 °C (Coon, 1993). Selon Coon (1993), la température estivale optimale des ménés longs est d’environ 20 °C.

Les ménés longs vivent normalement dans de petits cours d’eau de 1 à 10 m (moyenne = 5 m) de largeur (McKee et Parker, 1982; Becker, 1983). Dans l’État de New York, les largeurs variaient en moyenne entre 5 et 10 m (Daniels, comm. pers., 2005). Des individus ont occasionnellement été capturés dans les cours principaux de rivières ontariennes. On ne sait pas très bien s’ils représentent des populations établies ou plutôt des individus errants provenant de plus petits cours d’eau tributaires. Sauf pendant la période de fraye, les ménés longs restent dans les sections profondes à faible courant des cours d’eau. Dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce, on a rapporté avoir capturé des individus à des profondeurs variant entre 0,1 et 2,0 m (McKee et Parker, 1982; Becker, 1983; Coon, 1993, Daniels. comm. pers., 2005). Coon (1993) a indiqué que l’habitat propice aux ménés longs était peut-être les mouilles de 11 à 100 cm de profondeur. Parish (2004) a constaté que l’espèce préfère les cours d’eau dont le rapport largeur/profondeur est faible. Novinger et Coon (2000) ont observé que les ménés longs préfèrent se tenir à mi-profondeur dans les parties les plus profondes des fosses. Dans l’État de New York, le débit dans les sites de capture variaient de 0,01 à 1,6 m3/s, et la plupart (80 p. 100) des prises ont été réalisées dans des sites où le débit variait de 0,01 à 0,43 m3/s de débit (Coon, 1993). 

Les ménés longs frayent dans des mouilles de gravier peu profondes. Ils utilisent habituellement des nids associés à d’autres espèces de Cyprinidés (Koster, 1939; Page et Johnston, 1992; E. Holm, données inédites). Parish (2004) a constaté que les cours d’eau ontariens abritant des ménés longs présentaient des mouilles avec des particules plus grosses que les cours d’eau sans ménés longs, et ce, même si les œufs étaient déposés dans des substrats graveleux.

Il n’existe aucune donnée sur l’utilisation de l’habitat en hiver, mais l’on présume que les ménés longs hivernent dans des fosses profondes à faible courant. On ne sait rien non plus sur l’habitat des larves de ménés longs. Enfin, on n’a pas réalisé d’étude sur l’utilisation de l’habitat par les jeunes en particulier, mais de jeunes ménés longs ont souvent été capturés en Ontario dans des fosses fréquentées également par des adultes.


Tendances en matière d’habitat

La perte des habitats propices (ou la modification des habitats) est probablement le principal responsable du déclin des populations de ménés longs en Ontario. Des populations ont disparu de plusieurs cours d’eau qui ont subi d’importants changements d’habitat associés au développement urbain intensif et à l’aménagement de réservoirs. Des déclins de populations de ménés longs dus à la perte d’habitats se sont probablement produits dans environ la moitié des cours d’eau de l’Ontario, et seuls quelques cours d’eau sont considérés comme relativement non perturbés. Dans de nombreux cours d’eau où l’espèce était autrefois répandue, cette dernière est maintenant confinée à des eaux d’amont relativement peu perturbées (McKee et Parker, 1982).

Avec l’urbanisation de la région métropolitaine de Toronto ces 50 dernières années, la plupart des populations de ménés longs ont disparu des zones développées. Certaines populations sont de plus en plus limitées aux eaux d’amont (figure 5). Environ la moitié des sites où l’on a observé des ménés longs ces 15 dernières années se trouvent dans des zones ou à proximité de zones que l’on prévoit urbaniser au cours des 16 prochaines années. La nature des changements d’habitat des cours d’eau associés à l’urbanisation est résumée ci-dessous, dans la section Facteurs limitatifs et menaces.


Figure 5 : Répartition du méné long (Clinostomus elongatus) dans la région métropolitaine de Toronto au fil des ans

Figure 5 : Répartition du méné long (Clinostomus elongatus) dans la région métropolitaine de Toronto au fil des ans.

Les cercles pleins représentent les localités où des spécimens ont été capturés, et les cercles vides, celles où l’espèce était présente autrefois, mais où les travaux d’échantillonnage n’ont produit aucun résultat. Les zones ombragées illustrent l’étendue des zones urbaines.

L’ébauche du programme de rétablissement visant le méné long en Ontario vise à protéger et à remettre en état les habitats de l’espèce (programme de rétablissement du méné long, 2005).


Protection et propriété

L’habitat du méné long fait l’objet d’une protection générale aux termes des dispositions sur l’habitat de la Loi sur les pêches du gouvernement fédéral. Les terres adjacentes reçoivent une protection politique par l’intermédiaire des dispositions sur l’habitat du poisson et les espèces en péril de la Déclaration de principes provinciale (DPP) formulée aux termes de la Loi sur l’aménagement du territoire du gouvernement ontarien. La DPP interdit l’aménagement ou l’altération de sites se trouvant sur des terres adjacentes à un habitat des poissons (dans un rayon de 30 m), à moins qu’une étude d’impact environnemental ne montre que l’habitat en question ne sera pas affecté. L’aménagement et l’altération de sites ne sont pas permis dans les habitats importants des espèces menacées ou en voie de disparition de l’Ontario. De récentes modifications à la Loi sur l’aménagement du territoire exigent maintenant que les décisions de planification municipale soient conformes à la DPP. Dans le processus d’examen de demandes d’aménagement ou d’entretien de barrages et de demandes d’activités de dragage, on peut recourir à la Loi sur l’aménagement des lacs et des rivières du gouvernement ontarien pour protéger indirectement l’habitat du méné long. L’altération de la plaine inondable, de milieux humides et/ou de cours d’eau, ou l’altération de zones proches de ces derniers, est réglementée par les offices de protection de la nature aux termes du Règlement de l’Ontario 97/04 : développement, interférence avec les terres humides et altérations des berges et des cours d’eau. Des aspects de la Loi de 2002 sur la gestion des éléments nutritifs, de la Loi sur la protection de l’environnement, de la Loi sur les ressources en eau de l’Ontario et de la nouvelle loi sur la protection des sources d’eau potable en Ontario peuvent aussi protéger indirectement l’habitat du méné long.

Le lit des cours d’eau abritant des ménés longs sont de propriété privée ou, dans le cas des cours d’eau navigables, appartient à la Couronne. La majorité des terres adjacentes sont privées et se trouvent dans des zones urbanisées ou des zones de production agricole. Les terres immédiatement adjacentes à des cours d’eau dans des lotissements urbains sont généralement retournées à la Couronne.