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l’Arlequin plongeur (Histrionicus histrionicus)

CONTEXTE

3.1 Écologie de la population

L’Arlequin plongeur (population de l’Est) se reproduit le long des cours d’eau du Canada, depuis le nord du Nouveau‑Brunswick jusqu’au Nunavut, et passe l’hiver le long des côtes de l’est de l’Amérique du Nord, depuis Terre‑Neuve‑et‑Labrador jusqu’au Maryland, et sur la côte sud‑ouest du Groenland. Son habitat de reproduction inclut des cours d’eau à débit rapide de largeur variable : dans le nord du Labrador, il montre une préférence pour les cours d’eau moins larges, moins acides et relativement chauds (Rodway, 1998). Plusieurs facteurs peuvent influencer le choix du cours d’eau, notamment l’acidité, les caractères physiques, la disponibilité de nourriture (Rodway, 1998) et la présence de prédateurs (Heath, 2001). En hiver, l’Arlequin plongeur occupe des falaises rocheuses, des caps exposés et des corniches infratidales (voir Robertson et Goudie, 1999). Il est aussi régulièrement observé dans les îles au large des côtes.

On ne connaît pas les tendances démographiques de la population reproductrice de l’est de l’Amérique du Nord car il n’y a pas eu de relevé de la population de façon constante et systématique depuis une période suffisamment longue pour déterminer une tendance. Selon les connaissances des aînés innus de Davis Inlet (55° 53,3' N, 60° 54,5' O), les populations d'Arlequin plongeur du centre du Labrador auraient connu un déclin considérable dans les années 1980 et au début des années 1990 (Ryan, 1994; Thomas, 2001). On ne connaît pas non plus les tendances démographiques de la population hivernant au Groenland. Celle‑ci a fait l’objet d’un seul relevé, qui a eu lieu sur les sites de mue en juillet et août 1999. Il n’y en avait jamais eu auparavant, et il n’y en a pas eu d’autres depuis. Les données ne sont pas suffisantes pour permettre une estimation de l'effectif. Néanmoins, Boertmann et Mosbech (2002) ont estimé, par une série d’extrapolations, que le nombre d’individus réunis pour muer se situait entre 5 000 et 10 000. On ignore l'étendue des liens qui existent entre la population hivernant au Groenland et celle qui se reproduit au Canada, mais on pense que ces liens sont importants.

Des études de télémétrie satellitaire ont permis d’établir que les individus qui se reproduisent dans le nord du Québec et le nord du Labrador migrent vers la côte sud‑ouest du Groenland pour muer et passer l’hiver (Brodeur et al., 2002). Par ailleurs, Robert et al. (sous presse) ont déterminé que certains des individus hivernant sur la côte du Maine effectuent leur mue au Groenland avant de retourner au Maine pour y passer l’hiver. Cependant, on ne sait pas quelle proportion des 5 000 à 10 000 individus qui se rassemblent pour muer le long de la côte sud-ouest du Groenland (Boertmann et Mosbech, 2002) sont des reproducteurs canadiens.

Des relevés effectués régulièrement au Labrador et dans le nord du Québec ont permis de mieux connaître la répartition de l’Arlequin plongeur dans le nord‑est du Canada. Aucun Arlequin plongeur se reproduisant dans le nord, suivi par télémétrie ou bagué par Brodeur et al. (2002) et Chubbs (sous presse), n’a été observé sur les emplacements de mue ou d’hivernage de l’est de l’Amérique du Nord (Thomas et al., sous presse). Cependant, un individu bagué dans la baie Hebron Fiord, au Labrador (58° 06,9' N, 63° 00,2' O), a été repéré sur le site de mue des îles Gannet (53° 56,6' N, 56° 30,9' O), qui est étroitement liée au site d’hivernage de l’est de l’Amérique du Nord (Thomas et al., sous presse). On ignore toutefois si cela était exceptionnel.

Dans l’est de l’Amérique du Nord, les liens qui rattachent les Arlequins plongeurs à leurs sites de reproduction, de mue et d’hivernage sont variés (Thomas et al., sous presse). Depuis 1997, une série d’études fondées sur le baguage et la télémétrie ont été menées. Elles ont permis de mieux comprendre certaines des habitudes de déplacement des Arlequins plongeurs dans tout l’est de l’Amérique du Nord. Par exemple, un Arlequin plongeur bagué à la rivière/lac Fig (53° 06,8' N, 63° 12,5' O) a été revu à son site de mue du Labrador (les îles Gannet) puis de nouveau à son site d’hivernage situé sur la côte du Maine (44° 8,2' N, 68° 33,3' O) pour ensuite être recapturé à un autre site de mue situé sur la côte sud‑ouest du Groenland (64° 12,5' N, 51° 41' O).  Par ailleurs, Robert et al. (sous presse) ont déterminé que certains des individus hivernant sur la côte du Maine effectuent leur mue au Groenland avant de retourner au Maine pour y passer l’hiver. On ne sait pas si ces individus changent d’emplacement de mue d’une année à l’autre. L’incertitude entourant les échanges entre la population du Groenland et celle de l’Amérique du Nord souligne la nécessité d’améliorer la communication et la collaboration en ce qui a trait au suivi de l’Arlequin plongeur et aux initiatives de recherche. Cette concertation est d’autant plus importante que la plupart des Arlequins plongeurs qui se reproduisent dans le nord du Québec et le nord du Labrador muent et hivernent probablement au Groenland et, par conséquent, sont confrontés à des stress différents de ceux des populations qui passent l’hiver en Amérique du Nord.

Depuis dix ans, la population hivernante de l’est de l’Amérique du Nord a été dénombrée avec plus de succès et de régularité. Les relevés, effectués de façon régulière dans quatre emplacements d’hivernage stratégiques de l’est de l’Amérique du Nord, ont démontré une augmentation de l’effectif à chacun des sites depuis 1994 (Thomas et Robert, 2001). De même, les recensements des oiseaux de Noël (Christmas Bird Count [CBC]) effectués pendant cette même période ont révélé un nombre plus élevé d’individus dans de nombreuses régions du Canada atlantique et de la côte du Maine aux États-Unis (Thomas et Robert, 2001). La fiabilité des données issues des recensements CBC varie d’une région à l’autre. Au cap St. Mary’s à Terre‑Neuve‑et‑Labrador, les recensements CBC se font sur le même parcours depuis 25 ans par des personnes compétentes. Dans d’autres régions, par contre, les relevés sont moins fréquents et moins rigoureux. Il faut donc interpréter avec circonspection les données tirées des CBC de certains secteurs.

La population hivernante de l’Arlequin plongeur de l’est de l’Amérique du Nord était autrefois estimée à moins de 1000 individus (voir Montevecchi et al. 1995). Au cours des dernières années, certains indices laissent croire que la population est en hausse dans certaines parties de son aire de répartition. La zone de gestion de la côte est de la Nouvelle-Écosse (Eastern Shore Management Area of Nova Scotia) a connu une augmentation substantielle de sa population. En 2001, des relevés menés par le Service canadien de la faune (SCF) ont estimé la population à 317 Arlequins plongeurs. En 2005, ce nombre a augmenté à 651 individus (A. Boyne, comm. pers.) D’autres relevés menés à la Réserve écologique du cap St. Mary’s à Terre-Neuve-et-Labrador ont également démontré une augmentation de la population dans cette région. En effet, en 2001, l’inventaire que le SCF a mené en bateau dans cette réserve a estimé un nombre de 91 individus tandis qu’en 2005, ce nombre s’élevait à 242 individus (Thomas, comm. pers.). Ceci représente une hausse depuis l’inventaire de 1990, où aussi peu que 20 individus environ avaient été observés (Montevecchi et al., 1995). Par ailleurs, dans d’autres parties de leur aire de répartition le niveau de la population est demeuré relativement stable.  C’est le cas des régions de The Wolves, Nouveau‑Brunswick, et de Jericho Bay, Maine.

Malgré les croissances démographiques localisées, l’ensemble de la population hivernante de l’est de l’Amérique du Nord est estimée à moins de 3 000 individus, ce qui est probablement  bien en-deçà des niveaux historiques enregistrés pour le Canada atlantique et la côte des États-Unis (Palmer, 1949; Goudie, 1989; Montevecchi et al., 1995). Pendant l’hiver de 1875, Boardman (1903) a signalé la présence de 500 Arlequins plongeurs à The Wolves, au Nouveau‑Brunswick. Peterson et Fisher (1955) en ont observé des centaines au cap St. Mary’s. Downs (1888) considérait l’Arlequin plongeur comme une espèce plutôt commune en Nouvelle‑Écosse pendant les mois d’hiver. De l’avis des Mi’kmaqs de la Nouvelle-Écosse, cependant, le nombre d’Arlequins plongeurs y a toujours été faible (M. Cox, comm. pers.).

Pendant la période de reproduction, l’Arlequin plongeur a besoin de cours d’eau au débit rapide qui abritent d’importantes populations d’invertébrés (voir Robertson et Goudie, 1999). Les facteurs spécifiques qui rendent un cours d’eau attrayant pour l’Arlequin plongeur varient d’une région à l’autre, mais les besoins en matière d’habitat de mue et d’hivernage tendent à être les mêmes partout (voir Robertson et Goudie, 1999). Dans l’est de l’Amérique du Nord, les Arlequins plongeurs se rassemblent près de promontoires exposés et sur des corniches infratidales pour la mue et l’hivernage (Mittelhauser, 2000). Le choix des emplacements d’hivernage est largement déterminé par la disponibilité des proies (Robertson et Goudie, 1999). Ces canards ont souvent  tendance à rester près du rivage (Hirsch, 1980; Goudie et Ankney, 1986).

3.2 Menaces pour les populationset leur habitat

La gravité des menaces qui pèsent sur l’Arlequin plongeur varie dans son aire de répartition. Les individus qui se reproduisent plus au nord sont généralement exposés à moins de menaces durant la période de reproduction que la population hivernant dans l’est de l’Amérique du Nord, qui se reproduit principalement dans le sud du Labrador, en Gaspésie, sur la Côte–Nord du Québec, à Terre‑Neuve-et-Labrador et dans le nord du Nouveau‑Brunswick (Thomas et Robert, 2001). En outre, comme on observe au cours d’une même année une certaine permutation d’individus entre les secteurs nord et sud, il est difficile de se prononcer sur la gravité d’une menace sans évaluer l’impact d’une menace spécifique pour chacune des régions fréquentées par l’espèce.

Dans certains secteurs, il est possible que les régimes d’utilisation du territoire nuisent à l’Arlequin plongeur. L’espèce est vulnérable aux perturbations qui surviennent dans son territoire d’hivernage et de mue ainsi que dans son lieu de reproduction (Robertson et Goudie, 1999). L’exploitation forestière et les projets hydroélectriques peuvent menacer les sites de reproduction (voir Robertson et Goudie, 1999). Dans les emplacements d’hivernage et de mue, les filets de pêche (voir Robertson et Goudie, 1999), l’aquaculture, la pêche illégale, les prises accidentelles et les déversements chroniques ou catastrophiques d’hydrocarbures sont autant de menaces possibles (Thomas et Robert, 2001).

La chasse était autrefois un facteur de mortalité important qui a contribué au déclin de la population observé dans les années 1980 (Goudie, 1990). La chasse à l’Arlequin plongeur est interdite dans la voie migratoire de l’Atlantique depuis 1990. Même si l’effectif s’accroît dans certains emplacements d’hivernage stratégiques, un nombre suffisant d’individus sont tués chaque année pour susciter l’inquiétude des organismes de gestion. Cette mortalité est en grande partie attribuable à des erreurs d’identification de la part de chasseurs qui connaissent mal les différentes espèces. Au Groenland, la chasse à l’Arlequin plongeur est interdite depuis les années 1960, cependant, périodiquement, on voit un petit nombre d’entre eux en vente sur les marchés locaux. Il n’existe aucune donnée quantitative permettant d’apprécier la ponction que la chasse peut faire dans la population.

La  vaste étendue de l’aire de répartition de l’Arlequin plongeur dans l’est de l'Amérique du Nord semble indiquer que des habitats sont disponibles pour l’espèce. L’aire de reproduction est vaste, et il est difficile d’y faire des relevés pour obtenir des données exactes sur les effectifs et les tendances démographiques de la population. On connaît cependant plusieurs facteurs susceptibles de menacer l’habitat de reproduction dans l’aire de reproduction de l’Arlequin plongeur. De plus, les principaux sites d’hivernage sont maintenant restreints à moins de dix emplacements d'hivernage importants dans l’est de l’Amérique du Nord (Thomas et Robert, 2001). C'est pourquoi une des principales recommandations du présent plan de gestion est d’élaborer une grille d’évaluation détaillée des menaces afin de mesurer les impacts des menaces potentielles sur ces sites et leur importance relative dans les différentes régions touchées.

3.2.1  Pollution

Transport maritime et contamination par les hydrocrabures et les vidanges

La contamination par des hydrocarbures est peut‑être la plus grande menace pour la population d’Amérique du Nord de l’Arlequin plongeur hivernant dans l’est du Canada. Jusqu’à maintenant, seulement quelques incidents de cette nature ont été observés dans cette région. Cependant, les emplacements d’hivernage de l’Arlequin plongeur bordent d’importantes voies maritimes le long de la côte est du Canada. La menace d’un déversement survenant près d’une importante population hivernante d’Arlequins plongeurs est donc très réelle. Les déversements illégaux d’hydrocarbures dans les eaux de l’est du Canada ont des répercussions négatives sur les populations locales d’oiseaux. On estime à plus de 300 000 par année le nombre d’oiseaux de mer pouvant être tués par les hydrocarbures déversés en mer par les pétroliers, les cargos et les portes‑conteneurs (Wiese et al., 2004). Le mazoutage d’oiseaux survenu dans le sud-est de Terre-Neuve-et-Labrador, en 2005 et en 2006, a causé la mort de nombreux Hareldes kakawis, Eiders à duvet et autres oiseaux marins (G. Robertson et S. Gilliland, comm. pers.). En mars 2005, un déversement d’origine inconnue, a tué environ 1 100 Eiders à duvet (S. Gilliland, comm. pers.) tandis qu’en 2006 des douzaines de Hareldes kakawis mazoutés ont été observés à la suite d’un déversement d’origine inconnue (S. Gilliland, comm. pers.) Les Arlequins plongeurs partagent fréquemment leur habitat d’hivernage avec ces deux espèces.

Lutte contre des invertébrés

Durant la période de reproduction, l’Arlequin plongeur se nourrit d’insectes aquatiques. Tout programme de lutte contre des insectes aquatiques visant des rivières utilisées pour la reproduction peut donc nuire à l’espèce. Il existe peu d’information sur ce type de perturbation de l’habitat de l’Arlequin plongeur, mais on peut penser qu’il ne présente pas une menace grave dans l’est de l’Amérique du Nord. Cependant, on peut s’attendre à ce que les pulvérisations augmentent pour lutter contre le vecteur du virus du Nil occidental, puisque les cas d’infection signalés augmentent dans l’est du Canada.

3.2.2  Destruction ou dégradation de l’habitat

Projets hydroélectriques

Les projets hydroélectriques peuvent modifier profondément la dynamique des eaux de toute une région. Pour la réalisation du projet hydroélectrique des chutes Churchill, une superficie de 1 400 km² a été inondée afin de créer l’actuel réservoir Smallwood. On pense que 3 740 couples de canards plongeurs, y compris des Arlequins plongeurs, auraient alors été déplacés (Gilliland, 2001). Des négociations sont en cours en vue d’étendre le programme hydroélectrique jusque dans la vallée du cours inférieur de la Churchill. Il existe également des projets hydroélectriques au Québec. On ignore les effets qu’ont pu avoir sur l’Arlequin plongeur les projets hydroélectriques existant dans cette province. La possibilité de réactiver le projet hydroélectrique de Grande-Baleine au Québec a été discutée ces dernières années. S’il advenait que ce projet aille de l’avant, il y aurait un risque élevé de provoquer le déplacement des Arlequins plongeurs de leurs sites de reproduction traditionnels vers d’autres sites (Morneau et al., sous presse). De plus, d’autres petits barrages hydroélectriques pourraient être construits dans l’aire de reproduction de l’espèce. Ces projets peuvent avoir un impact sur l’habitat de reproduction de l’Arlequin plongeur; par conséquent, ils devraient être évalués afin que des mesures d’atténuation appropriées puissent être mises en œuvre, si nécessaire.

Exploitation forestière

L’exploitation forestière continue de gruger l’aire de reproduction connue de l’Arlequin plongeur. Ces activités détruisent l’habitat propice à la reproduction et contribue à l’envasement des cours d’eau, ce qui peut nuire à la disponibilité des ressources alimentaires de l’Arlequin plongeur (Breault et Savard, 1991; Crowley et Patten, 1996). Cependant, il est difficile d’évaluer l’impact de ce facteur dans l’aire de répartition de l’espèce car celle-ci se reproduit principalement dans des régions non exploitées par l’industrie forestière.

Extraction des ressources

L’exploration minière s’intensifie dans l’est du Canada, plus particulièrement à Terre‑Neuve-et-Labrador, et les emplacements de reproduction de l’Arlequin plongeur pourraient ressentir les effets de cet essor (voir Robertson et Goudie, 1999). En 2005, lors d’un relevé de sites de reproduction, on a dénombré 59 adultes le long de dix rivières voisinant le chantier minier de la baie Voisey. L’envasement, le déplacement des couples d’oiseaux et la destruction de leur habitat sont autant d’effets négatifs que pourraient avoir les travaux miniers, et ces effets entraîneraient vraisemblablement le déplacement d’un certain nombre d’Arlequins plongeurs (Commission d’évaluation environnementale de la baie Voisey, 1999). 

3.2.5. Mortalité accidentelle

Prises accessoires

Les filets maillants constituent une source de mortalité possible pour l’Arlequin plongeur (voir Robertson et Goudie, 1999). Cependant, comme la pêche côtière connaît un ralentissement dans l’est du Canada, cette menace ne devrait pas être considérable. Les prises accessoires au filet maillant présentent probablement une plus grande menace au Groenland. 

3.2.6. Aquaculture

L’aquaculture est en plein essor dans les provinces de l’Atlantique, et elle empiète à certains endroits sur les emplacements d’hivernage de l’Arlequin plongeur. L’espèce est susceptible d’abandonner ses sites d’hivernage ou de mue à l’intérieur ou à proximité desquels se pratique cette industrie. De plus, les individus risquent de s’enchevêtrer dans les équipements et/ou la machinerie utilisés par l’industrie. Comme cet empiètement est susceptible de s’accentuer au fil des années, il est d’autant plus important de mener des recherches pour mieux en comprendre les effets sur l’espèce. Ces facteurs limitatifs s’appliquent surtout aux provinces maritimes.

3.2.7. Perturbation et persécution

Perturbation par les avions

Les effets sur l’Arlequin plongeur des avions militaires volant à basse altitude ont été étudiés au Labrador (Goudie, 2003). L’étude a montré que le passage de ces avions dans le sud du Labrador provoque un changement de comportement chez ces oiseaux. Les données sont cependant insuffisantes pour déterminer les impacts sur la population de l’espèce.

Dérangement humain

L’Arlequin plongeur peut tolérer un niveau de perturbation modéré (Savard, 1988; Clarkson, 1994; Brodeur et al., 1998); toutefois, les individus ont tendance à abandonner un site si les perturbations deviennent chroniques (Cassirer et Groves, 1991; Clarkson, 1994; Hunt, 1998). La plupart des emplacements de reproduction de l’espèce dans l’est du Canada sont éloignés et non fréquentés par les humains. Cependant, dans certaines régions du sud de son aire de reproduction (nord de Terre‑Neuve, sud du Québec et Nouveau‑Brunswick), le dérangement peut diminuer son succès reproducteur. Le dérangement peut inclure la navigation de plaisance, la pêche sportive et la présence humaine permanente. Les emplacements d’hivernage et de mue peuvent subir les impacts de la navigation et du transport maritime. La navigation de plaisance pourrait jouer un rôle dans la perturbation des rivières utilisées pour la reproduction surtout dans les régions plus méridionales comme Terre-Neuve, la Gaspésie et le nord du Nouveau-Brunswick. Les rivières de ces régions sont plus accessibles, et donc plus sujettes à la pratique d’activités récréatives. Il est reconnu que la descente en eau vive pratiquée sur une grande échelle perturbe les Arlequins plongeurs (Hunt, 1998) et que les pêcheurs sportifs peuvent poser un problème en raison des longues périodes de temps qu’ils passent aux abords des ruisseaux et des rivières (Wallen, 1987).

3.2.8. Consommation

Chasse illégale

En 1990, au moment où l’Arlequin plongeur a reçu la désignation d’espèce en voie de disparition, on croyait que la chasse était la principale cause du déclin démographique de l’espèce enregistré dans les années 1970 et 1980 (Goudie, 1990). C’est pourquoi la chasse à l'Arlequin plongeur a été interdite en 1989 dans la voie migratoire de l’Atlantique. En dépit de cette interdiction, des Arlequins plongeurs sont abattus accidentellement ou illégalement chaque année (voir Thomas et Robert, 2001). À ce jour, la chasse demeure une menace pour la population de l’Arlequin plongeur.

Le comportement de l’Arlequin plongeur joue un rôle dans la mortalité accidentelle. En effet, il se mêle souvent à d’autres groupes de canards marins et les chasseurs le confondent avec ces espèces. Il existe peu de données quantitatives sur ce facteur de mortalité, mais il y aurait intérêt à l’étudier davantage dans le cadre de l’évaluation recommandée des menaces à la survie de l’espèce.

3.3. Historique du suivi de l’espèce

Les activités de relevé à long terme de la population de l’est de l’Amérique du Nord ont été limitées jusqu’à ce jour. Voici un sommaire de ces activités :

Labrador

  • Rodway (1998) a effectué des relevés de l’Arlequin plongeur et évalué son habitat dans le nord du Labrador.
  • Gilliland et al. (2002) ont réalisé des relevés aériens le long de la côte du Labrador en 1994 pour trouver des sites de mue ou de rassemblement.
  • D’importants relevés de l’Arlequin plongeur ont été effectués dans le cadre de l’évaluation environnementale du projet minier de la baie Voisey (Commission d’évaluation environnementale de la baie Voisey, 1999).
  • Le ministère de la Défense nationale a réalisé des relevés et des recherches pour évaluer les habitudes de déplacement de l’espèce dans le centre‑sud du Labrador (JWEL, 1998; JWEL, 1999; Chubbs et al., sous presse).
  • Dans le sud du Labrador, le Service canadien de la faune effectue des relevés sur le site de mue des îles Gannet régulièrement depuis 1998 (Adams et al., 2000; Trimperet al., sous presse).
  • Heath (2001) a fait des suivis dans plusieurs bassins hydrographiques du nord du Labrador.
  • Des relevés ont été effectués conjointement par le gouvernement provincial, le SCF et d’autres partenaires, à la fin des années 1980 et au début des années 1990, le long de plusieurs cours d’eau du Labrador.

Québec

  • Deux études intensives de télémétrie par satellite ont été réalisées au Québec pour mieux cerner les habitudes de déplacement et la répartition de l’Arlequin plongeur (Brodeuret al. 2002; Robertet al., sous presse; Savard et al., sous presse).
  • Des relevés ont été effectués par hélicoptère dans les bassins hydrographiques de la Côte-Nord, de l’île d’Anticosti et de la Gaspésie (Robert, 2000; Robert et al., 2001), ainsi qu’à la baie James et à la baie d’Hudson (Morneau et al., sous presse).
  • Une étude sur l’utilisation des habitats et les déplacements des femelles et des jeunes a été réalisée en Gaspésie (Brodeur et al., sous presse).
  • Des relevés et des études ont été effectués en Gaspésie et à l’île d’Anticosti en période de mue (Gilliland et al., 2002; Langlois, 2005).
  • Des recensements des oiseaux de Noël (CBC) sont réalisés au Québec.
  • Hydro-Québec effectue le suivi des Arlequins plongeurs ainsi que des relevés de sauvagine (Consortium Gauthier-Guillemette-GREBE, 1993a et 1993b)

Terre-Neuve

  • Gilliland et al. (2002) ont réalisé des relevés sur les sites de mue et des aires de rassemblement du nord de l’île de Terre-Neuve.
  • Le Service canadien de la faune et Parcs Canada procèdent périodiquement à des dénombrements dans les rivières de la péninsule Great Northern qui servent de sites de reproduction à l’Arlequin plongeur (S. Gilliland, comm. pers.).
  • Le Service canadien de la faune et le gouvernement provincial effectuent régulièrement des relevés sur le site d’hivernage de la réserve écologique du cap St. Mary’s.
  • Des recensements des oiseaux de Noël sont réalisés à Terre-Neuve.

Provinces maritimes

  • Le Service canadien de la faune et le gouvernement provincial réalisent depuis longtemps des dénombrements dans les îles situées au large de la côte du Nouveau-Brunswick.
  • Des relevés intensifs ont été menés en 2000 et en 2001 à l’île White Head, et des relevés moins intensifs ont été effectués sur le reste de la côte sud du Nouveau-Brunswick.
  • En Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, le Service canadien de la faune a effectué des relevés de l’Arlequin plongeur par voie terrestre, aérienne et maritime et a dénombré les individus de l’espèce observés parallèlement à d’autres activités (A. Boyne et P. Hicklin, comm. pers.).
  • Des recensements des oiseaux de Noël sont réalisés en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick.

3.4  Lacunes dans les connaissances 

Les paramètres démographiques nécessaires pour élaborer des modèles justes de projection démographique et de prévision de survie restent à être déterminés. Les données disponibles sont éparses et doivent être compilées, organisées et analysées. L'analyse des données tirées des études de marquage-recapture produira des valeurs démographiques représentatives de la population de l'est de l’Amérique du Nord. Les chercheurs doivent également élucider les liens génétiques existant entre la population du Groenland et celle de l'est de l'Amérique du Nord, afin de mieux comprendre la structure des populations et de pouvoir délimiter des unités de gestion. En outre, on ignore l’ampleur des menaces qui pèsent sur l’espèce de même que leur impact possible sur la population de l’Arlequin plongeur. Une évaluation des menaces permettra de déterminer les menaces qui pèsent sur la population et de cerner leurs impacts possibles dans les diverses régions du Canada atlantique et du Québec. Enfin, on constate un manque de données de base sur l’habitat de l’Arlequin plongeur, ce qui rend difficile l’élaboration d’un modèle de prévision sur l’habitat. 

3.5  Approche recommandée et échelle de la gestion

L’Arlequin plongeur fréquente divers types d’habitat durant son cycle biologique. Les menaces qui pèsent sur l’espèce sont importantes et présentes dans la majeure partie de son aire de répartition. Les mesures de conservation doivent donc viser l’ensemble de l’aire de la population et non seulement quelques secteurs. Il importe de poursuivre le suivi de la population, de quantifier les menaces et de protéger les habitats abritant de fortes concentrations d’individus.

Pour l’heure, les mesures de gestion et de conservation de l’Arlequin plongeur ne visent aucune autre espèce en péril dans les provinces de l’Atlantique et au Québec. Seules quelques espèces ont un cycle biologique semblable à celui de l’Arlequin plongeur et partagent le même habitat, et aucune d’entre elles n’est en péril. Par conséquent,  une approche plurispécifique n’est pas indiquée. Dans l’éventualité où une autre espèce partageant l’habitat de l’Arlequin plongeur serait inscrite sur la liste des espèces en péril, on pourra examiner l’opportunité d’adopter une approche plurispécifique.