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l’Arlequin plongeur (Histrionicus histrionicus)

MESURES DE GESTION

Afin d’atteindre les buts et les objectifs exposés ci-dessus, le plan de gestion présente quatre grands enjeux assortis d’une série de mesures. Ces mesures intègrent les stratégies requises pour protéger, maintenir et améliorer la population de l’Arlequin plongeur de l’est de l’Amérique du Nord ainsi que son habitat.

Les principaux enjeux abordés par le présent plan incluent une évaluation approfondie des menaces qui pèsent sur l’espèce dans l’est de l’Amérique du Nord et la mise en place d’un programme acceptable de suivi de l’Arlequin plongeur dans ses aires d’hivernage, de mue et de nidification, de sorte qu’on puisse évaluer adéquatement les paramètres démographiques de l’ensemble de la population. Se reporter aux sections 6 et 7 pour de plus amples renseignements sur la mise en œuvre de ces mesures.

Les priorités de gestion pour la population d’Arlequins plongeurs du Canada atlantique et du Québec se classent dans les quatre grandes catégories suivantes :

1.     Gestion de la population

2.     Gestion de l’habitat et menaces

3.     Recherche

4.     Considérations sociopolitiques et communications

5.1 Gestion de la population

5.1.1 Explication de l’enjeu et description

Pour être en mesure de bien gérer la population d’Arlequins plongeurs, il importe d’en comprendre la dynamique. Un modèle démographique est un outil de gestion auquel on a souvent recours pour faciliter la prise de décisions à l’égard des espèces en péril (Beissinger et Westphal, 1998). Toutefois, il importe d’évaluer d’abord la qualité des données qui en constitueront le fondement. Cette évaluation peut également permettre de cerner les lacunes à combler dans les connaissances sur l’espèce.

La population de l’est de l’Amérique du Nord est probablement encore en deçà de ses niveaux historiques (Palmer, 1949; Goudie, 1989; Montevecchi et al., 1995). Grâce aux projets de suivi effectués dans les aires d’hivernage, les chercheurs ont pu évaluer la population hivernante de l’est de l’Amérique du Nord. Toutefois, il ne se fait à peu près aucun suivi dans les autres secteurs de l’aire de répartition de l’espèce. Par conséquent, il est impossible de se prononcer sur la situation de l’espèce à l’extérieur des aires d’hivernage situées dans l’est de l’Amérique du Nord. À cette lacune s’ajoute la difficulté d’accès à la population qui nidifie dans le nord et à celle qui hiverne au Groenland. Dans les emplacements de nidification, de mue et d’hivernage connus, il faut mettre en place des programmes de suivi adéquats et valides sur le plan statistique. Certains emplacements de mue font l’objet d’un suivi continu, tandis que les sites de nidification sont soumis à un suivi périodique. Les activités de suivi de la population effectuées durant l’hiver sont les plus soutenues; les colonies rassemblées dans quatre emplacements font en effet l’objet d’un suivi annuel effectué, en février et mars, par des observateurs d’égale compétence et selon des méthodes uniformes. Il faut revoir cette façon de procéder pour s’assurer de sa validité sur le plan statistique. Il est important d’adopter une méthodologie de recensement valable et uniforme, qui tienne compte des priorités et des ressources des organismes responsables de la gestion de l’espèce.

En dépit des efforts déployés depuis 15 ans pour recenser la population d’Arlequins plongeurs, il subsiste des habitats de reproduction potentiels qui n’ont été l’objet d’aucun relevé pour détecter la présence de l’Arlequin plongeur.

La délimitation d’« unités de gestion » constitue une étape importante de tout programme de conservation (Moritz, 1994). Dans ce contexte, une « unité de gestion » s’entend d’un groupe d’individus de la même espèce, plus ou moins isolés de leurs congénères et se reproduisant essentiellement entre eux. Pour être en mesure de délimiter des unités de gestion efficacement et avec précision, il faut d’abord mener une évaluation complète de la population à l’aide de programmes de recherche et de suivi.

4.1.2 Mesures

1.     À partir des estimations actuelles de la productivité et de la survie de la population de l’est de l’Amérique du Nord, mettre au point un modèle démographique dynamique destiné à évaluer les tendances actuelles de la population et l’effectif minimum nécessaire pour assurer sa viabilité à long terme.

2.   Continuer d’effectuer le suivi de la population hivernant dans l’est de l’Amérique du Nord, dans les emplacements importants de toute l’aire de répartition.

3.   Analyser la validité sur le plan statistique du programme de suivi en place afin de déterminer le besoin d’un programme de suivi plus détaillé.

4.   Instaurer un programme de relevés dans les secteurs non encore explorés représentant des lieux potentiellement propices à la reproduction et qui sont susceptibles d’être touchés par l’aménagement ou d’autres perturbations d’origine humaine.

5.   Élaborer des protocoles uniformes de recensement et de suivi de la population appliqués par toutes les compétences ainsi que les modalités de diffusion de l’information au public et à la communauté scientifique.

6.   Élaborer une stratégie de suivi, en collaboration avec le gouvernement du Groenland pour le sud-ouest du Groenland, dans le but d’obtenir une estimation plus précise de l’effectif et des tendances démographiques de la population de cette région

7.   Limiter la chasse à l’Arlequin plongeur autant que possible.

8.   Promouvoir et faciliter la diffusion et l’échange d’information sur l’Arlequin plongeur entre les pays de l’Atlantique Nord‑Ouest susceptibles de participer à la gestion de l’espèce.

9.    Délimiter des « unités de gestion ».

10. Tenir des bases de données.

4.2 Protection de l’habitat

4.2.1 Explication de l’enjeu et description

Comme il a déjà été mentionné, l’Arlequin plongeur est largement répandu dans le paysage, et il est exposé à diverses menaces dans toute son aire de répartition. C’est pourquoi il est recommandé dans le présent plan de gestion de réaliser une étude exhaustive des menaces dans le but de quantifier convenablement les impacts des menaces potentielles.

Dans l’est de l’Amérique du Nord, il existe actuellement plusieurs territoires protégés utilisés par l’Arlequin plongeur comme sites de reproduction, d’hivernage, de mue et de rassemblement :

Terre-Neuve

  • Parc national du Canada Gros‑Morne : site de reproduction, de mue et de rassemblement.
  • Réserve écologique du cap St. Mary’s : hivernage et quelques individus en mue en plus d’un petit nombre d’individus non reproducteurs qui constituent des résidents permanents.

Labrador

  • Réserve écologique des îles Gannet : site de mue
  • Réserve de parc national du Canada des Monts-Torngat : site de reproduction, de rassemblement et possiblement de mue

Québec

  • Parc national du Canada Forillon : site de mue
  • Réserve de parc national du Canada de l’Archipel-de-Mingan : site de rassemblement
  • Parc national de l’île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé : site de mue
  • Parc national de la Gaspésie : site de reproduction potentiel

Nouvelle-Écosse

  • Zone de gestion des îles Eastern(Eastern Islands Management Area [EIMA]) : site d’hivernage
  • Refuge d’oiseaux migrateurs de Port Hebert : site d’hivernage
  • Parc national Kejimkujik (Kejimkujik National Park Seaside Adjunct) : site d’hivernage
  • Refuge d’oiseaux migrateurs de Port Joli: site d’hivernage

Maine, États-Unis

  • Acadia National Park[1]: site d’hivernage

Rhode Island, États-Unis

  • Sachuest Point National Wildlife Refuge1 : site d’hivernage

4.2.2 Mesures

1.     Élaborer une stratégie de protection de l’habitat pour les principaux emplacements de reproduction, de mue, de rassemblement et d’hivernage de l’Arlequin plongeur.

2.     Conformément à la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral, délimiter le territoire domanial utilisé pour la reproduction, la mue ou l’hivernage.

3.     Amorcer le dialogue avec les sociétés forestières afin qu’elles adoptent des stratégies de gestion forestières destinées à réduire au minimum les incidences de leurs activités sur l’Arlequin plongeur.

4.     Entretenir des relations fructueuses avec les sociétés hydroélectriques qui ont des installations dans des secteurs qui font partie de l’aire de reproduction de l’Arlequin plongeur, afin d’assurer la gestion et l’atténuation des impacts des projets hydroélectriques de faible comme de grande envergure sur l’Arlequin plongeur.

5.     Nouer des relations proactives avec l’industrie de l’aquaculture. Échanger de l’information pertinente quant à l’emplacement possible des futurs sites aquacoles.

6.     Continuer de travailler de façon préventive à réduire la pollution chronique par des hydrocarbures au large de la côte est de l’Amérique du Nord.

7.     Effectuer le suivi des pesticides utilisés pour lutter contre les populations de Diptera face à la menace croissante du virus du Nil occidental dans les bassins hydrographiques qu’on sait utilisés par l’Arlequin plongeur pour la reproduction et/ou le rassemblement et tenter d’en atténuer les effets.

8.     Former les agents et les biologistes des différents ministères fédéraux, des autres compétences, des organisations ou des différents secteurs industriels qui seront appelés à participer à des évaluations environnementales.

4.3 Recherche

4.3.1 Explication de l’enjeu et description

Les paramètres démographiques de la population nécessaires à l’élaboration de modèles fiables de projection démographique et de prévision de survie n’ont pas encore été déterminés. Une fois que l’analyse sera terminée, il sera possible de générer de l’information démographique plus précise. Il reste également à élucider les liens génétiques existant entre la population du Groenland et celle de l’est de l’Amérique du Nord; cette information permettra de mieux comprendre la structure des populations et de délimiter des unités de gestion. De plus, les données sur l’habitat sont limitées ou non disponibles tant en ce qui a trait aux renseignements généraux sur l’habitat qu’aux paramètres qui déterminent son utilisation.

4.3.2 Mesures

1.     Terminer les études génétiques en cours afin de déterminer les liens qui existent entre individus et entre populations dans l’Atlantique Nord-Ouest.

2.     Terminer l’analyse des données tirées des études de marquage-recapture qui ajouteront des renseignements aux connaissances sur la démographie de cette espèce dans l’est de l’Amérique du Nord.

3.     Déterminer si l’habitat connu de l’Arlequin plongeur dans l’est de l’Amérique du Nord est suffisamment vaste pour soutenir une population viable et durable.

4.     Déterminer les incidences à long terme possibles de l’empiétement de la population humaine sur l’habitat de reproduction, de mue et d’hivernage de l’Arlequin plongeur dans l’est de l’Amérique du Nord.

5.     Mener une évaluation approfondie des menaces qui pèsent sur l’Arlequin plongeur et sur son habitat et ce, à différentes échelles géographiques.

6.     Évaluer l’impact sur l’Arlequin plongeur de l’écotourisme, de l’aquaculture, des pratiques forestières, des projets hydroélectriques, de la pollution chronique par des hydrocarbures et par les déversements accidentels, de la pêche côtière commerciale et des aéronefs militaires volant à basse altitude.

4.4 Considérations sociopolitiques et communications

4.4.1 Explication de l’enjeu et description

La chasse aux canards marins se pratique depuis longtemps dans de nombreux secteurs de l’aire de répartition de la population de l’Arlequin plongeur de l’est de l’Amérique du Nord. Bien qu’il soit strictement interdit depuis 1990 de chasser l’espèce dans la voie migratoire de l’Atlantique, l’Arlequin plongeur est souvent confondu avec d’autres espèces de canards marins à différentes époques de l’année et abattu de façon non intentionnelle. La politique actuelle du Service canadien de la faune, qui interdit toute chasse à l’Arlequin plongeur, reçoit l’appui massif des groupes autochtones et non autochtones. La conservation de l’Arlequin plongeur passe par la protection absolue de l’espèce.

Les scénarios de gestion de l’Arlequin plongeur peuvent être regardés par les collectivités locales sous l’angle des retombées économiques qu’ils pourraient générer. Il est important que les stratégies de gestion tiennent compte du besoin de développement économique de ces collectivités et tentent d’aider à y répondre, dans la mesure du possible, sans compromettre la survie à long terme de l’espèce.

Bien qu’il figure sur la liste officielle de la Loi sur les espèces en péril, l’Arlequin plongeur est peu connu. Il existe très peu de matériel d’information et d’éducation consacré à l’espèce. Pour assurer la protection de l’espèce, il est impératif d’élaborer des moyens de communications améliorés et ciblés à l’intention des chasseurs, des collectivités, des groupes autochtones, de l’industrie, des organismes chargés de faire respecter la réglementation, des groupes de conservation, etc.

4.4.2   Mesures

1.     Produire du matériel éducatif.

2.     Promouvoir les programmes d’intendance de l’habitat et les autres activités d’intendance de l’Arlequin plongeur.

3.     Préparer des trousses d’information sur l’Arlequin plongeur pour diffusion auprès de tous les organismes responsables de l’application de la loi de l’est de l’Amérique du Nord.

4.     Tenir des séances d’information publiques dans les secteurs où il existe des concentrations d’Arlequins plongeurs.

5.     Promouvoir les normes et les codes de pratique établis auprès des agents d’évaluation environnementale.

6.     Faire respecter la réglementation et promouvoir les activités locales d’éducation afin de réduire la chasse illégale et la mortalité accidentelle de l’Arlequin plongeur.



[1] Ce territoire protégé n’inclut aucune composante marine.