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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Polémoine de Van Brunt (Polemonium vanbruntiae) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Au Québec, nos observations personnelles nous indiquent que le Polemonium vanbruntiae se trouve dans des habitats humides, ouverts à semi-ouverts, rarement ombragés. Il occupe des zones inondables saisonnières comme les aulnaies ou saulaies marécageuses, les herbaçaies riveraines de rivière ou de ruisseaux, les clairières humides, les cuvettes et les dépressions herbacées. De ces milieux naturels stables, il s’échappe parfois dans des milieux de transition que sont les champs humides incultes ou abandonnés, ou les fossés des chemins forestiers.

Ces habitats humides se trouvent souvent près de bas de pentes et de sites de ruissellement, à moins d’être situés près de rivières. L’espèce tolère les inondations printanières ou saisonnières, mais non permanentes ou prolongées pendant toute la saison de croissance.

Au Québec, l’aulnaie ouverte ou semi-ouverte semble être l’habitat primitif naturel. C’est donc un habitat relativement spécialisé. Aux États-Unis, cette polémoine est considérée comme une espèce facultative des milieux humides (FACW : Facultative Wetland species), c’est-à-dire qu’il y a entre 67 et 99 p. 100 des probabilités qu’elle occupe des milieux humides lorsqu’elle se trouve dans un habitat naturel (Rhoads et Klein, 1993; Magee et Ahles, 1999). Au Québec, nos observations personnelles nous font croire que c’est aussi le cas, et même qu’elle est très près d’être une plante obligée des habitats humides.

Au Québec, la polémoine de Van Brunt se trouve dans des milieux où la topographie est plane ou en pente faible, même si elle se trouve dans la région montagneuse des Appalaches. Ce type de relief favorise l’accumulation de sédiments et d’alluvions qui enrichissent les sols. Les bas de pente et autres milieux où il y a du drainage oblique ou du ruissellement sont propices à la formation des sols riches, profonds et humides que recherche la polémoine de Van Brunt. Ce substrat est généralement peu ou pas pierreux.

Le climat des régions québécoises occupées par la plante est frais puisqu’elle se trouve à des altitudes moyennement élevées, soit entre 205 et 355 mètres. Plus au sud, la polémoine recherche aussi le climat frais des montagnes, et elle atteint plus de 1 200 mètres d’altitude en Virginie-Occidentale (NatureServe, 2001).

La polémoine de Van Brunt ne croît presque jamais sur des substrats instables, et seuls les fossés de chemins forestiers correspondent un peu à ce type de milieu; en fait, nous n’avons observé cette plante dans des fossés qu’à deux emplacements, soit aux deux Développement-Boisvert.

Les espèces de plantes les plus fréquemment associées au Polemonium vanbruntiae, soit dans presque tous les emplacements québécois, sont les Alnus incana subsp. rugosa, Calamagrostis canadensis, Clematis virginiana, Carex spp., Doellingeria umbellata, Eupatorium maculatum, Salix spp., Spiraea latifolia et Thalictrum pubescens.

Les hautes vallées de la rivière Nicolet et de ses principaux affluents, ainsi que la vallée de la rivière Stoke sont les aires essentielles à la survie du Polemonium vanbruntiae au Québec et au Canada. Bien que ces vallées soient déjà fragmentées, l’espèce bénéficie encore d’aires de dimensions suffisantes pour son maintien; cependant, les industries agricoles et forestières devront limiter leur expansion autour des emplacements de polémoines. Il est à noter que ces industries sont stables ou en expansion dans les vallées des rivières Nicolet-Centre et Stoke, alors que l’agriculture décline dans la haute vallée de la rivière Nicolet.

Tendances

L’étendue passée des emplacements actuels est inconnue. La disparition de l’emplacement de Wotton, entre 1991 et 2000, s’explique par l’implantation d’une culture de sapins de Noël. Depuis 10 ans, d’autres populations ont subi des pertes en nombre d’individus, mais non en superficie occupée; il s’agit de l’emplacement de Saints-Martyrs, où il y a eu une coupe forestière, et de la partie nord de l’emplacement de la rivière Stoke, où il y a eu labour partiel et fauchage d’un champ.

Ce dernier site est le plus menacé de tous, mais les emplacements de la rivière Stoke et de Mont-Carrier-Sud sont généralement menacés par l’agriculture, qui se trouve déjà à proximité et qui pourrait éventuellement les faire disparaître.

Par ailleurs, des habitats potentiels semblent exister dans les vallées environnantes. Les plus favorables sont les vallées des rivières Nicolet-Sud-Ouest et Watopéka, situées à l’intérieur de la zone d’occurrence, et les vallées des rivières Bécancour, Bulstrode et Saint-François, à l’extérieur de la même zone d’occurrence.

En ce moment, aucun site n’est officiellement protégé par une instance publique au Québec.

Protection et propriétédes terrains

Actuellement, tous les emplacements québécois occupés par le Polemonium vanbruntiae sont situés dans des propriétés privées.

La partie nord de l’emplacement de Développement-Boisvert-Est vient d’être achetée, en septembre 2001, par la Société de conservation des milieux humides du Québec (SCMHQ), organisme privé voué à la conservation. Le but de cet achat était justement la protection du Polemonium vanbruntiae. L’emplacement de Saints-Martyrs bénéficie également d’une entente de conservation (Alain Gouge, comm. pers., 2001); c’est aussi le cas pour les parties sud et centre de l’emplacement de Développement-Boisvert-Est. Comme le premier de ces deux emplacements est le plus important en nombre d’individus et en superficie occupée et que l’emplacement de Saints-Martyrs est dans la moyenne, c’est une importante proportion de l’habitat de l’espèce qui est protégé ou pourrait l’être dans un proche avenir.

Par ailleurs, des négociations sont en cours ou prévues en vue de la protection d’autres emplacements (Line Couillard, ministère de l’Environnement du Québec, comm. pers., 2001).