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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le phoque commun de la sous-espèce de l'Atlantique et de l'est de l'Arctique et de la sous-espèce des Lacs des Loups Marins au Canada - Mise à jour

Répartition

Aire de répartition mondiale

Le phoque commun est l’espèce de pinnipèdes ayant la répartition la plus vaste; dans l’est de l’Atlantique, il se trouve depuis le 30° de latitude nord jusqu’au 81° de latitude nord, et du 28° de latitude nord au 62° de latitude nord dans l’est du Pacifique (figure 2). Dans l’ouest de l’Atlantique Nord, il est présent, du nord au sud, de l’est de l’Arctique canadien et de l’ouest du Groenland (environ au 73° de latitude nord) jusqu’à l’État de New York et au New Jersey (environ au 40° de latitude nord), et des individus sont occasionnellement signalés à des endroits aussi méridionaux que les Carolines (Allen, 1880; Mansfield, 1967; Boulva et McLaren, 1979; Wiig, 1989; Waring et al., 2004). Il est possible que la température de l’air ambiant limite la répartition mondiale du phoque commun (Hansen et al., 1995).

Le phoque commun est vulnérable à la surexploitation et à diverses formes de perturbation par les humains. Il est disparu de certaines parties de son aire de répartition mondiale, comme le Groenland (Teilmann et Dietz, 1994) et Hokkaido, au Japon (Wada et al., 1991).

Figure 2. Aire de répartition mondiale du phoque commun, Phoca vitulina.

Figure 2. Aire de répartition mondiale du phoque commun, Phoca vitulina.

Aire de répartition canadienne

La compréhension de la répartition du phoque commun dans de nombreuses régions de l’est du Canada et de l’Arctique se fonde sur des observations anecdotiques plutôt que sur des relevés dirigés.

Phoca vitulina concolor – Baie d’Hudson et Arctique

Il existe des données historiques sur la présence de phoques communs aussi loin au nord que l’île d’Ellesmere (Anderson, 1934; Dunbar, 1949; Mansfield, 1967). Selon les données recueillies auprès des Inuits, Mansfield (1967) a signalé la présence de phoques communs à des endroits aussi occidentaux que l’inlet de l’Amirauté, le long du littoral nord de l’île de Baffin, et du côté ouest de la baie d’Hudson jusqu’à Repulse Bay. D’après leurs observations et leurs expéditions de collecte, Mansfield et McLaren (1958) et Mansfield (1967) ont défini ainsi la répartition du phoque commun dans l’Extrême-Arctique : baie Cumberland, baie de Frobisher et péninsule Foxe du sud-ouest de l’île de Baffin; île Southhampton et inlet Chesterfield; baie d’Ungava. Les auteurs ont également indiqué que, dès les années 1950, le phoque commun avait déjà été éliminé de certaines parties de cette région. De même, Smith et Horonowitsch (1987) ont cité un rapport inédit indiquant que le phoque commun était plus largement réparti dans la région de la baie d’Ungava avant l’avènement de la chasse au fusil. L’Étude sur la récolte des ressources fauniques dans le Nunavut indique que 9 des 27 collectivités du Nunavut avaient signalé la récolte d’un total de 59 phoques communs de 1996 à 2001 (Priest et Usher, 2004), soit les communautés d’Arviat, de Baker Lake, de Chesterfield Inlet, de Coral Harbour, de Rankin Inlet, de Kugaaruk, de Cape Dorset, d’Iqaluit et de Kimmirut.

Sur la côte est de la baie d’Hudson et de la baie James, il n’y a que des enregistrements d’occurrences sporadiques de phoque commun, à l’exception d’un groupe disparu d’individus qui fréquentaient le lac Kasegalik dans les îles Belcher (Doutt, 1942; Dunbar, 1949; Manning, 1946; Harper, 1961; Mansfield, 1967; Comité de recherche sur la récolte autochtone de la Baie James et du nord Québécois, 1988; Petagumskum, 2005; Préfontaine, 2005). Au contraire, diverses sources, historiques et contemporaines, signalent la présence continue du phoque commun dans des rivières et des embouchures le long de la côte ouest de la baie d’Hudson (Harper, 1956; Mansfield, 1967; Beck et al., 1970; Stewart et Lockhart, 2005). C’est le groupe d’individus fréquentant l’estuaire de la rivière Churchill qui a été le mieux étudié (Harper, 1956; Remnant, 1997; Bernhardt, 2005).

Phoca vitulina concolor – Saint-Laurent et Atlantique

Dans le passé, des phoques communs montaient occasionnellement le Saint-Laurent jusqu’aux Grands Lacs. Un individu a été trouvé mort à l’embouchure de la rivière Gatineau, près d’Ottawa, en 1865 (Anderson, 1946), et Allen (1880) a signalé que deux individus avaient été tués dans le lac Champlain au XIXe siècle. DeKay (1842), en se fondant sur un article publié dans le Kingston Chronicle en 1824, a mentionné qu’un animal avait été tué à Cape Vincent (New York), en face de Kingston. Le même article cite des commerçants autochtones disant que des phoques communs étaient présents à l’occasion dans le lac Ontario. Harper (1961) a résumé divers rapports historiques de phoques communs le long de la rive nord du Saint-Laurent et du Labrador, y compris des mentions d’individus montant des rivières de la région. Enfin, Voegelin (1969) a fait remarquer que, au temps des Autochtones, l’habitat du phoque commun englobait la rivière des Outaouais jusqu’à l’emplacement actuel d’Ottawa, le lac Champlain, le lac Onondaga et le lac Ontario; il est impossible que l’habitat s’étendît à l’ouest au delà du lac Ontario, car le phoque commun ne pouvait franchir les chutes Niagara.

Boulva et McLaren (1979) constituent la source d’information la plus complète sur la répartition du phoque commun sur la côte atlantique du Canada, à l’exclusion du Labrador. Les auteurs ont compilé leurs données à l’aide de questionnaires envoyés à des agents des pêches, de l’information de la chasse contre primes et d’entrevues avec des pêcheurs dans la majeure partie de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard et du Québec en 1972 et en 1973, et du suivi direct de la population de phoques communs sur l’île de Sable. Leur étude indique la présence de phoques à un certain nombre d’endroits le long du Saint-Laurent et de son estuaire; près des côtes du Québec, du Nouveau-Brunswick, de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse du golfe du Saint-Laurent; le long du littoral sud de la Nouvelle-Écosse, y compris l’île de Sable; dans les régions de Passamaquoddy et de Digby de la baie de Fundy; dans des zones le long de la péninsule Northern et des côtes ouest, sud et nord-est de Terre-Neuve.

Seules quelques études ont été menées depuis les travaux de Boulva et McLaren (1979) pour mettre à jour les renseignements sur la répartition du phoque commun.

Dans la baie de Fundy, le phoque commun est présent le long et au large des côtes, de l’île Machias Seal à Quaco Head, au Nouveau-Brunswick, et de Parkers Cove à l’île du cap de Sable, en Nouvelle-Écosse (Stobo et Fowler, 1994; Jacobs et Terhune, 2000; Browne et Terhune, 2003). Même si leur quantité a diminué, des phoques communs sont toujours présents sur l’île de Sable (Bowen et al., 2003).

Des relevés effectués en avion et en bateau, des dénombrements sur les littoraux et des entrevues avec des résidents des côtes ont permis à Sjare et al. (2005) de confirmer que les modèles de répartition généraux à Terre-Neuve correspondaient à ceux observés par Boulva et McLaren (1979), bien qu’il existe peu de données sur la présence des phoques dans certaines vastes zones côtières, comme la baie de Bonavista. Sjare et al. (2005) ont également conclu que les mêmes zones demeuraient un habitat important pour le phoque commun au Labrador, comme il avait été noté dans les années 1970 (Brice-Bennett, 1977).

La répartition du phoque commun dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, à l’exception des portions est et nord-est du golfe, a récemment été évaluée à l’aide de relevés aériens (Robillard et al., 2005). Dans l’estuaire, la répartition du phoque commun n’était pas uniforme, des individus ayant été observés depuis la limite occidentale de la région visée par les relevés aux Battures aux Loups Marins, jusqu’à Matane et Godbout vers l’est, et jusqu’à la limite en amont dans la rivière Saguenay, à Saint-Fulgence. Peu d’individus ont été aperçus le long de la côte nord entre Baie Comeau et Longue-Pointe-de-Mingan et le long du littoral de la péninsule gaspésienne entre Matane et Forillon. De plus, un seul individu a été observé le long de la côte du Nouveau-Brunswick, y compris la baie des Chaleurs. Dans le golfe, sauf quelques exceptions, les phoques étaient concentrés à l’île d’Anticosti et l’Île-du-Prince-Édouard et, dans une moindre mesure, près de Gaspé, dans l’archipel de Mingan et aux Îles de la Madeleine.

Des données tirées d’un questionnaire envoyé à des pêcheurs de l’Île-du-Prince-Édouard en 1997 ont indiqué une concentration de phoques communs dans le sud-est de la province (Cairns et al., 2000).

Phoca vitulina mellonae

Les Cris de Whapmagoostui, qui habitent la région et y chassent depuis au moins un millénaire (Crowe, 1991), estiment que l’aire de répartition actuelle du P. v. mellonae comprend les lacs des Loups Marins, le Petit lac des Loups Marins et le lac Bourdel; des individus ont déjà été signalés au lac à l’Eau-Claire (Posluns, 1993; Petagumskum, 2005) (figure 3). Ces renseignements sont corroborés par les toponymes cris de la région, qui font référence à achikw (phoque) et à achikunipi (lac aux phoques) (Consortium Gilles Shooner & Associés, 1991). Des chasseurs inuits interrogés par des entrepreneurs d’Hydro-Québec ont mentionné avoir vu ou tué des phoques d’eau douce dans le lac Guillaume-Delisle, la rivière Nastapoca, la rivière Boniface, la rivière Niagurnaq, la rivière Kuunga, la rivière Longland, le lac Tasialuk et les lacs des Loups Marins (Archéotec, 1990).

Même si les observations de phoques par Atkinson (1818) dans le Petit lac des Loups Marins, au cours de l’une des premières expéditions de la Compagnie de la Baie d’Hudson dans l’intérieur de l’Ungava, constituent la première description écrite de l’espèce, le cartographe français Nicolas Bellin (1744) semble avoir inventé le terme « lacs des Loups Marins », établissant ainsi une mention écrite de la présence de phoques dans la région il y a plus de 250 ans. Par la suite, d’autres observations ont été réalisées près du lac d’Iberville et du Petit lac des Loups Marins (Clouston, 1820) et des lacs des Loups Marins (Hendry, 1828; Finlayson, 1830; Low, 1898; Lewis, 1904).

Figure 3. Principale aire de répartition du phoque commun des lacs des Loups Marins, Phoca vitulina mellonae

Figure 3. Principale aire de répartition du phoque commun des lacs des Loups Marins,Phoca vitulina mellonae

La description de la sous-espèce P. v. mellonae par Doutt (1942) se fonde sur une hypothèse de Low (1898) voulant que la population ait été isolée depuis 3 000 à 8 000 ans, piégée par le relèvement isostatique de la péninsule d’Ungava depuis le retrait de l’inlandsis laurentien. Depuis la description de Doutt, un certain nombre de phoques a été observé à tout moment de l’année dans les lacs des Loups Marins (Doutt, 1954; Power et Gregoire, 1978; Berrouard, 1984; Smith et Horonowitsch, 1987; Smith, 1999). Il y a quelques références historiques de la présence de phoques dans le lac Minto, à l’entrée de la rivière aux Feuilles (Flaherty, 1918; Manning, 1946) et dans le lac Beneta, situé dans le bassin de la rivière aux Mélèzes (Manning, 1946). Un sommaire des observations de phoques effectuées par des sous-traitants et des employés d’Hydro-Québec entre 1970 et 1990 indique la présence d’individus dans divers lacs et rivières de la région des lacs des Loups Marins (Consortium Gilles Shooner & Associés et al., 1991).

Contrairement aux phoques communs qui habitent temporairement dans des zones d’eau douce dans d’autres secteurs de l’aire de répartition mondiale de l’espèce, il semble que le P. v. mellonae réside toute l’année à long terme dans la région des lacs des Loups Marins.