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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le phoque commun de la sous-espèce de l'Atlantique et de l'est de l'Arctique et de la sous-espèce des Lacs des Loups Marins au Canada - Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Phoca vitulina concolor

Les phoques communs ont été la cible de programmes de chasse contre primes dans l’est du Canada dans les années 1970, ce qui a énormément réduit la taille de leur population et les a éliminés de certaines régions de leur aire de répartition (Boulva et McLaren, 1979). Il reste une certaine chasse directe de phoques communs (Sjare et al., 2005; Yetman, 2005), bien que l’espèce soit officiellement protégée contre la chasse au Canada atlantique. Stewart et al. (1986) signalent des activités de chasse au phoque commun à petite échelle dans les collectivités de l’Arctique.

Des phoques communs sont également tués par des pêcheurs en raison de leurs interactions avec les poissons et les activités aquicoles (Jacobs et Terhune, 2000; Conway, 2005). Cette mortalité est difficile à quantifier, mais elle peut être importante dans certaines régions (Conway, 2005). À Saint-Pierre-et-Miquelon, un petit nombre de phoque sont abattus chaque année par des chasseurs et des touristes (Lawson, 2006). En outre, des phoques communs meurent de façon accessoire dans des engins de pêche à Terre-Neuve, au Labrador et dans le golfe du Saint-Laurent, dans des filets maillants à poisson de fond dans la baie de Fundy, dans des filets maillants à saumon (pêche de subsistance) dans le Canada atlantique et au Groenland, dans des trappes à morue au Canada atlantique et dans des fascines à hareng dans la baie de Fundy (Read, 1994; Réseau d’observation de mammifères marins, 2004). De plus, des phoques communs sont tués dans des engins de pêche fixes et au moins une pêche mobile au thon rouge (Thunnus thynnus) à l’Île-du-Prince-Édouard (Cairns et al., 2000). L’étendue de ces morts accessoires est inconnue (Baird, 2001).

Les phoques communs sont présents dans les zones côtières et ils entrent fréquemment en contact avec des humains. Robillard et al. (2005) a résumé diverses études qui indiquent que les embarcations motorisées, les kayaks et les canoës, les chiens qui aboient et les randonneurs sur les plages constituent d’importantes sources de perturbations des phoques aux échoueries. Selon des preuves expérimentales, le phoque commun est facilement perturbé par les petits bateaux (Henry et Hammill, 2001). L’activité sismique découlant de la prospection pétrolière et gazière proposée (par exemple, dans le sud-est du golfe du Saint-Laurent) risque d’entraîner des dommages à l’ouïe et de modifier la répartition en raison du bruit et du changement de la distribution de la nourriture (Hammill et al., 2001).

Dans l’est du Canada, les contaminants, tels que les métaux lourds, les microconstituants, les polluants organiques persistants (POP) et l’éther diphénylique polybromé (EDP) (Lebeuf et al., 2003; Sjare et al., 2005), sont potentiellement toxiques pour les espèces sauvages marines (Ross et al., 1997; O’Hara et O’Shea, 2001). Sjare et al. (2005) ont signalé que les niveaux chez les phoques communs étaient généralement faibles. Cependant, il existe des doutes quant aux niveaux d’exposition pouvant être nocifs pour les populations de mammifères marins. Les maladies constituent peut-être un facteur limitatif pour le phoque commun, en particulier le morbillivirus (Duignan et al., 1995) et l’influenza de type A (Nielsen et al., 2001); d’autres maladies, comme la giardiase, pourraient aussi être pertinentes (Measures et Olson, 1999).

La concurrence avec le phoque gris a été mentionné comme facteur potentiellement important contribuant à l’exclusion du phoque commun de certaines régions de son habitat (Robillard et al., 2005; Bowen et al., 2003), mais on ignore si cette concurrence provoque leur déplacement vers d’autres zones tout aussi propices. Le regroupement de phoques communs aux échoueries a peut-être une fonction anti-prédateur (Terhune et Brillant, 1996). Étant donné l’importance de la prédation du phoque commun par l’épaulard (Orcinus orca) dans le Pacifique, celle-ci peut aussi être un facteur dans l’Atlantique (Deecke et al., 2002). La prédation par les requins a grandement contribué au déclin du nombre de phoques communs à l’île de Sable au cours des dernières années (Lucas et Stobo, 2000).

Des phoques sont tués de façon opportuniste dans de nombreuses collectivités de l’Arctique (Stewart et al., 1986; Bernhardt, 2005). Puisque les phoques communs se répartissent en petits groupes, les effets de cette chasse à petite échelle pourraient être importants. Dans la région de Churchill, la chasse est pratiquée par quelques résidants qui abattent moins de cinq individus par année (Bernhardt, 2005). Par le passé, le personnel de Conservation Manitoba tuait des phoques communs pour les utiliser comme appât dans le cadre du programme de gestion des ours blancs. Jusqu’à dix individus étaient tués annuellement, mais cette situation a cessé depuis 1999, moment où un moratoire sur la chasse volontaire a été instauré. Des phoques communs sont abattus pendant la chasse dans les eaux libres à Arviat (Bernhardt, 2005). Le trafic maritime dans la Churchill peut perturber le phoque commun, mais celui-ci est actuellement faible et il n’aurait pas de répercussion sur les phoques communs dans l’estuaire de la Churchill.

À la suite de l’aménagement hydroélectrique le long de la rivière Churchill et du fleuve Nelson, le cours de la Churchill a été dévié dans le Nelson au milieu des années 1970. Les effets de cet aménagement sur le phoque commun sont inconnus, mais des comptes rendus anecdotiques indiquent que les phoques communs sont peut-être moins nombreux dans la Churchill depuis la déviation. Plus récemment, un déversoir en enrochement a été construit à travers la rivière Churchill à un endroit situé en amont de l’influence des marées. Le projet a entraîné le déplacement des échoueries du phoque commun à environ 1 km en aval. De nombreux postes hydroélectriques ont été aménagés le long du fleuve Nelson, mais leurs effets éventuels sur le phoque commun sont inconnus (Bernhardt, 2005).

Phoca vitulina mellonae

À l’heure actuelle, la seule cause connue des morts attribuables aux humains chez cette petite population est la chasse occasionnelle par les peuples autochtones (Clouston, 1820; Low, 1898; Flaherty, 1918; Doutt, 1942; Doutt, 1954; Consortium Gilles Shooner & Associés et al., 1991; Petagumskum, 2005).

Aucune partie de l’habitat de cette population n’est protégée. Celui-ci se trouve entièrement sur des terres publiques qui risquent d’être négativement affectées, en raison de la modification du niveau des lacs et des rivières, par la possible construction du projet hydroélectrique Grande Baleine d’Hydro-Québec (Rosenthal et Beyea, 1989; Rougerie, 1990; Woodley et al., 1992; Smith, 1999), qui a été reporté indéfiniment par le gouvernement du Québec, mais n’a pas été annulé. Le détournement de la Rupert, un nouveau projet d’Hydro-Québec au sud de Grande Baleine, a déjà commencé et chevauche des régions où des phoques d’eau douce ont été observés.

Le prix actuel des combustibles fossiles et les préoccupations à l’égard de la pollution atmosphérique ont suscité un intérêt renouvelé envers de nouveaux aménagements hydroélectriques agressifs partout au Canada (Association canadienne de l'hydroélectricité, 2005). Dans son rapport annuel de 2004, Grandir, Hydro-Québec indique que « l’année 2004 confirme la relance des grands projets d’aménagement hydroélectrique » (Hydro-Québec, 2004, p. 4). À la suite du processus d’évaluation environnementale de Grande-Baleine, Hydro-Québec est maintenant tenu d’évaluer, avant la construction, les répercussions possibles d’un projet sur la population (Organismes d’examen, 1994). Parmi les répercussions potentielles, citons la disparition des zones sans glace et des abris sous la glace le long des côtes, dont ont besoin les phoques pendant l’hiver, dans les cours d’eau modifiés en raison de l’aménagement hydroélectrique. Le projet Grande-Baleine risque également d’avoir une incidence sur la répartition et l’abondance des proies du phoque et de contaminer l’espèce par le méthylmercure émis par la végétation inondée en décomposition (Woodley et al., 1992). La destruction de l’habitat pourrait entraîner un déclin de la population de phoques et une réduction de la diversité génétique de l’espèce (Alfonso et McAllister, 1994).