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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la gentiane blanche au Canada – Mise à jour

Mise à jour

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC

sur la

gentiane blanche

Gentiana alba

au Canada

 

gentiane blanche

Espèce en voie de disparition 2001

 

COSEPAC logo

 

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

Nota : Toute personne souhaitant citer l’information contenue dans le rapport doit indiquer le rapport comme source (et citer l’auteur); toute personne souhaitant citer le statut attribué par le COSEPAC doit indiquer l’évaluation comme source (et citer le COSEPAC). Une note de production sera fournie si des renseignements supplémentaires sur l’évolution du rapport de situation sont requis.

COSEPAC. 2001. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la gentiane blanche (Gentiana alba) au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vi + 14 p. (www.registrelep.gc.ca/Status/Status_f.cfm).

WALDRON, G.E. 2001. Rapport de situation du COSEPAC sur la gentiane blanche (Gentiana alba) au Canada – Mise à jour, in Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la gentiane blanche (Gentiana alba) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. Pages 1-14.

Rapports précédents :

WALDRON, G.E. 1991. COSEWIC status report on the White Prairie Gentian Gentiana alba in Canada. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada. Ottawa. 29 p.

 

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :


Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environment Canada
Ottawa, ON

K1A 0H3
Tel.: 819-953-3215
Fax: 819-994-3684
E-mail: COSEWIC/COSEPAC@ec.gc.ca
http://www.cosewic.gc.ca

 

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Update Status Report on the Greater Sage-Grouse Centrocercus urophasianus, Phaios subspecies and Urophasianus subspecies, Centrocercus urophasianus urophasianus in Canada.

Image de la couverture :

Gentiane blanche – © Rufino Osono, 1998. Tous droits réservés.

©Ministre de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 2002
No de catalogue CW69-14/84-2002F-IN
ISBN 0-662-87810-8

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Sommaire de l’évaluation

 

Sommaire de l'évaluation – Mai 2001

Nom commun : Gentiane blanche

Nom scientifique : Gentiana alba

Statut : Espèce en voie de disparition

Justification de la désignation : Population extrêmement faible comptant moins de 50 plantes qui se trouvent dans des restes d'habitat de prairie locaux dans une petite région du Sud-Ouest de l'Ontario et qui sont en péril en raison de diverses activités d'utilisation des terres.

Répartition : Ontario

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en avril 1991. Réexamen et confirmation du statut en mai 2001. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d’un rapport de situation.

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Résumé

Gentiane blanche
Gentiana alba

Information sur l'espèce

La gentiane blanche peut atteindre 90 cm de hauteur, mais retombe généralement sur la végétation adjacente. Chaque individu peut produire jusqu'à une douzaine de tiges, ou même davantage. Les feuilles sont opposées, charnues, vert jaunâtre. Les fleurs sont dressées, de blanc verdâtre à blanc jaunâtre, en groupes terminaux. La gentiane blanche est la seule gentiane indigène du Canada présentant les caractères susmentionnés. Outre la couleur des fleurs et des feuilles, il faut signaler les sépales carénés de l’espèce, qui permettent de la distinguer des variantes à fleurs blanches de la gentiane d'Andrews (G. andrewsii), espèce étroitement apparentée. Le nom scientifique de l'espèce ne fait pas l'unanimité parmi les taxinomistes, certains préconisant Gentiana alba et d'autres, G. flavida. Le nom commun recommandé est « gentiane blanche », mais le nom « gentiane blanche de la prairie » a déjà été utilisé. 

Répartition

Les plaines du Midwest des États-Unis constituent l'aire de répartition principale de l'espèce. Au Canada, la gentiane blanche a été découverte à la fin du 19e siècle à Healy Falls, dans le comté de Northumberland, et près d'Amherstburg, dans le comté d'Essex (Ontario). On croit que ces populations sont disparues. La seule population canadienne existante est confinée à l'île Walpole, dans le delta de la rivière Sainte-Claire, dans le comté de Lambton (Ontario).

Habitat

La gentiane blanche est présente dans les savanes à chêne et à caryer de l'île Walpole, où les sols sont riches en calcium, bien drainés et seulement partiellement ombragés. Elle s'associe aux espèces de la prairie à herbes hautes.

Biologie

La gentiane blanche est une plante herbacée vivace. À maturité, elle produit des touffes d'une douzaine de tiges ou plus, qui ne portent pas toutes des fleurs. Elle appartient à un groupe de gentianes très évoluées dont les fleurs à corolle fermée favorisent la pollinisation croisée, qui est principalement assurée par les bourdons. La floraison débute à la mi-août et se poursuit jusqu'à la fin septembre. Les capsules sont bivalves et s'ouvrent en octobre, libérant des centaines de petites graines légères et ailées. Ces dernières germent facilement après un séjour de quelques mois en milieu frais et humide. On n'a jamais observé la reproduction par graine dans la nature, parce que les individus sont très difficiles à repérer tant qu'ils n'ont pas atteint une taille suffisante pour fleurir.

Taille et tendances des populations

Le relevé le plus récent (7 septembre 2000) a permis de recenser un total de 45 individus dans les trois sites de l'île de Walpole, soit une augmentation de 26 individus par rapport aux 19 recensés en 1989. Cependant, lors de ce dernier relevé, un des sites ne comptait que deux individus. Il en reste maintenant un seul, qui semble perdre de la vigueur et être menacé par l’exploitation.

Facteurs limitatifs et menaces

Les utilisations des terres adjacentes continuent de mettre l'espèce en péril. L'exploitation des sablières a diminué, mais se poursuit. De plus, un lieu d'enfouissement a été créé à l'extrémité ouest des sablières au cours de la dernière décennie. Pour agrandir le cimetière, il faudra défricher du terrain, ce qui perturbera le sol du site abritant l'unique individu encore présent dans le nord. L'agriculture a cessé de gagner du terrain, mais des champs en friche avoisinants pourraient être remis en production. La circulation hors route des véhicules tout-terrain constitue une nouvelle menace. La construction résidentielle se poursuit. Il se peut que l'hybridation introgressive constitue également une menace.

Importance de l'espèce

Le nom générique rappelle Gentius, roi d'Illyrie qui, selon la légende, aurait découvert les vertus toniques (non précisées) des gentianes. Les Potawatomis employaient une infusion des racines comme altératif.

MANDAT DU COSEPAC


Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages  canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition  du cosepac

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

DÉFINITIONS

Espèce : Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D) : Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC) : Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)* : Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M) : Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)** : Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)*** : Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)**** : Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

 

* : Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

** : Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

*** : Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

**** : Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

 

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

 

Environment Canada         Environnement Canada

Canadian Wildlife Service          Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

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Information sur l’espèce

Nom et classification

En 1990, le nom scientifique généralement reconnu de l'espèce était Gentiana alba Muhl. L'espèce avait longtemps été désignée par le nom Gentiana flavida A. Gray, mais, à la suite des travaux de Pringle (1965), son nom est devenu G. alba. Cependant, certains auteurs ontariens récents (Morton et Venn, 1990; Oldham, 1996; Newmaster et al., 1998) ont repris le nom G. flavida, en s'appuyant sur Wilbur (1988), selon qui le nom G. alba, bien qu’antérieur, n’avait pas fait l’objet d’une publication valide par Muhlenberg et constituerait donc un nom illégitime aux termes du Code international de la nomenclature botanique adopté au Congrès international de botanique de Tokyo. Tous les taxinomistes ne sont pas d'accord avec cette interprétation (A.A. Reznicek, comm. pers.). En effet, selon J. Pringle (comm. pers.), même si les noms publiés dans le Catalogue de Muhlenberg ont été invalidés, G. alba demeure un nom valide en raison de son inclusion dans Genera of North American Plants de T. Nuttall (1818), source de noms validement publiés antérieure à la publication du nom G. flavida par Gray, en 1846. Dans le cas présent, le nom devient donc G. alba Muhl. ex Nuttall.

La question demeure non résolue. Le rapport de 1990 traite en détail d'autres aspects de la taxinomie de l’espèce et de l'historique de sa nomenclature. En anglais, le G. alba est connu sous divers noms. Le nom « white prairie gentian » est largement accepté au Canada, mais les Plants of Ontario (Newmaster et al., 1988) privilégient le nom « yellowish gentian » et donnent comme synonyme « white prairie gentian ». Dans l'État adjacent du Michigan, c’est le nom « white gentian » qui est utilisé (Voss, 1996 ). Un autre nom, non mentionné dans le rapport de 1990, est « yellow gentian » (Wilbur, 1988). Le G. alba appartient à la famille des Gentianacées, qui fait partie des Angiospermes (plantes à fleurs).

Description 

Le Gentiana alba est l’une des gentianes les plus robustes. La plante a souvent un port étalé. Le rhizome est vivace et donne naissance à une touffe de grosses tiges, dont les florifères mesurent de 30 à 90 cm de hauteur. Les feuilles sont grandes, ovées, vert jaunâtre et légèrement charnues. Les fleurs sont réunies en groupes denses, situés à l’extrémité des tiges et, chez les gros individus, à l’aisselle des feuilles. Les nouvelles fleurs sont blanc verdâtre chez les individus poussant en Ontario, mais sont qualifiées de blanc jaunâtre par certains auteurs. Les fleurs s’ouvrent, mais à peine, vers la fin août. Le fruit est une capsule bivalve qui s’ouvre en automne, libérant des centaines de minuscules graines ailées.

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Répartition

Répartition mondiale 

L'espèce est présente depuis le sud du Michigan jusqu'au centre du Minnesota, vers le sud jusque dans l'est du Kansas, le nord-ouest de l'Arkansas et le Kentucky. Vers l’est, elle compte des populations éparpillées jusque dans le sud-ouest de l'Ontario, l'est de la Pennsylvanie, la Virginie-Occidentale et la Caroline du Nord (figure 1).Figure 1.  Répartition du gentiana alba (d’après Pringle, 1967), avec la cote attribuée à l’espèce par le programme responsable du patrimoine naturel dans chaque État limitrophe du Canada.

Figure 1.  Répartition du gentiana alba (d’après Pringle, 1967), avec la cote attribuée à l’espèce par le programme responsable du patrimoine naturel dans chaque État limitrophe du Canada.

Répartition canadienne

Au Canada, l'aire de répartition de l'espèce est demeurée la même depuis 1990 et est confinée à la portion nord de l'île Walpole, dans le comté de Lambton, en Ontario (figure 2). Le 11 septembre 2000, nous avons exploré un reste d’alvar, situé à proximité des carrières d'Amherstburg, et une zone adjacente recouverte de ballast de gravier, où pousse un assemblage d'espèces caractéristiques des alvars, mais nous n’avons trouvé aucun individu du G. alba. Depuis la publication du rapport de 1990, des superficies de savane intacte ont été découvertes près de Healy Falls (Catling et Catling, 1993). Aucun individu de G. alba n'y a été observé, mais de nouveaux relevés, effectués pendant la floraison de l'espèce, permettraient peut-être d'en découvrir (P. Catling, comm. pers.).

Figure 2. Répartition du Gentiana alba au Canada.

Figure 2. Répartition du Gentiana alba au Canada.

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Habitat

L'habitat de la population canadienne n'a pas changé depuis le rapport de 1990. L'habitat de la population du Michigan la plus proche a été examiné le 6 octobre 2000 et s’est avéré différent de celui de la population canadienne. Il semble donc que l’espèce possède une plus grande faculté d'adaptation que ne le laissaient croire les observations faites au site de l’île Walpole. Le site du Michigan occupe une étroite crête de sable et de gravier surplombant des terrasses fluviales (rivière Huron, comté de Washtenaw). La couverture végétale y est clairsemée, et seuls des individus épars de Corylus americana et quelques gaules de Quercus rubra et Q. alba y jettent un peu d'ombre. Le site du Michigan semble être moins fertile, plus sec, plus exposé et plus pauvre en espèces que celui de l'île Walpole, et ces caractéristiques semblent influer sur la croissance du G. alba, dont les individus sont plus courts et produisent un moins grand nombre de tiges florifères (0,77 tige florifère par individu au Michigan, contre 2,4 à l'île Walpole), ainsi que de fleurs par tige que ceux de l'île Walpole. Les individus portaient des graines apparemment viables. Le site du Michigan est dominé par le faux-sorgho penché (Sorghastrum nutans), le barbon de Gérard (Andropogon gerardii) et la fougère-aigle (Pteridium aquilinum).

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Biologie

Généralités 

Le Gentiana alba est essentiellement une espèce des prairies, des prés et des bois ouverts aux États-Unis et, à l'instar d'un certain nombre d'espèces prairiales, il est peu commun en Ontario. L’espèce est calcicole (Pringle, 1965); les deux localités de l'Ontario où il a disparu sont des alvars calcaires, et les sables (loam sableux fin de Colwood) de l'île Walpole, malgré un pH neutre (7) en surface, deviennent de plus en plus calcaires avec la profondeur. Dans cette île, le G. alba est présent dans des communautés de savane mésique perpétuées par le feu.

Un examen des publications parues depuis 1990 n'a permis de trouver aucun article ou autre document récent sur un quelconque aspect de la taxinomie, de la biologie ou de la répartition de l'espèce.

Reproduction

La gentiane blanche est une plante herbacée vivace. Elle fleurit à la fin de l'été et au début de l'automne. En Ontario, la dispersion des graines commence au début d'octobre. En raison de leur corolle « fermée », les fleurs ne peuvent être pollinisées que par les bourdons et, peut-être, par des lépidoptères. Même si elles sont adaptées à la pollinisation croisée, elles peuvent produire des graines fécondes par autopollinisation (Costelloe, 1988). La floraison de la gentiane blanche chevauche celle du G. andrewsii, et on trouve à l’île Walpole des hybrides entre ces espèces. Au début d'octobre 2000, un individu isolé poussant dans les jardins de démonstration de la végétation prairiale du Ojibway Nature Centre ne semblait pas avoir produit de graines viables.

En 1989, les graines d’individus de l'île Walpole ont été récoltées, semées dans des pots (dans un terreau commercial) à l'automne et stratifiées durant l'hiver 1989-1990. Elles ont germé au printemps 1990, et les semis ainsi obtenus ont été distribués et transplantés sur le terrain en 1991. Un des ces semis a été donné au Ojibway Nature Centre de Windsor (Ontario) et planté dans les jardins de démonstration de la végétation prairiale. Il a prospéré et a produit cinq tiges florifères en 2000. Ce succès vient corroborer l'opinion de Pringle (1965) selon laquelle la plante est facile à cultiver (même si les horticulteurs ne s'y sont pas intéressés, à cause de son aspect peu délicat), ainsi que les commentaires formulés par Sollenberger dans le rapport de 1990 (section 10, page 14). Même si la multiplication de l'espèce n'intéresse actuellement pas la Première nation de l'île Walpole, il est évident que la gentiane blanche est facile à multiplier et à cultiver. Elle se prêterait donc bien à un programme visant à la réintroduire ou, dans le cas de l'île Walpole, à étendre sa zone d'occurrence actuellement limitée.

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Taille et tendances des populations

Nous avons dénombré les individus de l'île Walpole le 7 septembre 2000. La section 14 donne les détails de l'opération. En voici les résultats :

            Site A (sablières) : 1 individu, avec 1 tige florifère.

Site B (prairie à Silphium) : 3 individus, 4 tiges florifères.

            Site C (aire naturelle no 3) : 41 individus, 97 tiges florifères, 6 hybrides présumés.

[Comme les sites A et B ne sont séparés que de 500 m, il conviendrait peut-être de considérer qu’ils hébergent une seule et même population.]

Le tableau 1 présente les résultats du relevé de 2000 et des relevés antérieurs.

SiteAnnée
 19841985198719891997*2000
A2i2i-01i1i
B---1i03i
C--19i18i41tf41i 97tf


Au cours des 11 années écoulées depuis le relevé de 1989 effectué pour le rapport du COSEPAC, il semble que la population de gentiane blanche de l'île Walpole ait doublé. Cette augmentation du nombre d’individus observés ne peut pas s’expliquer par l’intensité des recherches, car la superficie occupée par les individus du G. alba a également augmenté de 1989 à 2000. Au site B, le nombre d’individus est passé de 1 à 3; ces trois individus occupent environ 1 m2, à l’intérieur d’un triangle de 100 m2. La portion nord du site C, dont l'effectif se limitait à deux individus en 1989, en compte maintenant 23, tandis que la portion sud en compte 18, soit seulement un de plus qu’en 1989. Les individus de la portion nord progressent vers le sud; si cette expansion se poursuit, l'espace séparant les deux groupes finira par se combler. En 2000, les individus du site C occupaient environ 15 m2 sur une superficie de 8 000 m2. En 1989, la superficie occupée par le site C était d'environ 5 000 m2. L'unique individu du site A occupe moins de 1 m2.

D'après un examen de l'habitat du G. alba en Ontario et au Michigan, il semble que les prairies et les savanes sèches-mésiques qui subsistent à l'île Walpole et dans les îles adjacentes du delta de la rivière Sainte-Claire offrent un habitat potentiel à l'espèce. On ne connaît pas la superficie totale de cet habitat, mais on pourrait la calculer à l'aide de photographies aériennes. La gentiane blanche pourrait être utilisée dans le cadre d'activités de rétablissement de la végétation des prairies et des savanes, activités qui pourraient énormément agrandir l'habitat occupé.

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Facteurs limitatifs et menaces

Tous les facteurs limitatifs traités dans le rapport de 1990, sauf le broutage par les animaux domestiques, sont encore présents en 2000.  

Le Gentiana alba est confiné aux prairies et aux savanes mésiques et sèches à sol calcaire. Or, la superficie de ces types de communautés a beaucoup diminué en Ontario et en Amérique du Nord. En 1992, on estimait que la superficie des prairies et des savanes subsistant en Ontario était de 2 100 ha, soit environ 3 p. 100 de la superficie présente avant la colonisation par les Européens (Bakowsky et Riley, 1994). De toute évidence, une proportion importante de l'habitat potentiel de l'espèce a disparu.

Les facteurs limitatifs et les menaces propres à la population actuelle sont les suivants : prédation des graines; feux détruisant les nouvelles pousses à la fin du printemps et en été; ombre des plantes ligneuses, dont la croissance est favorisée par l’absence d’incendies; expansion des chemins et des sentiers; circulation des véhicules tout-terrain; expansion de l'agriculture, des sablières, du lieu d'enfouissement et du cimetière; construction résidentielle; hybridation introgressive probable avec le Gentiana andrewsii.

Les graines de toutes les populations examinées, y compris celles du Michigan et de l'unique individu du Ojibway Nature Centre, étaient parasitées par la chenille d'un lépidoptère non identifié. Ce ravageur détruit la majeure partie des graines présentes dans un groupe de capsules donné.

Depuis 1989, de nombreuses maisons neuves ont été construites à l’île Walpole. Certaines sont situées dans les savanes de la portion nord de l'île, le long de la route Chiefs, au nord de la route Austin. Ces habitations et les aménagements paysagers qui leur sont associés ont remplacé une partie de l'habitat potentiel de l'espèce; pire encore, ils ont fait augmenter les pressions visant à ce que les feux de végétation soient maîtrisés de manière à protéger ces propriétés (M. Williams, comm. pers.). Malgré cela, le feu est encore présent, et les effets de brûlages récents (dates et participants inconnus) sont évidents dans les sites B et C (tiges ligneuses carbonisées et mortes). En revanche, il ne semble pas y avoir eu de feu récent dans le site A, où le couvert arbustif se densifie. L'unique individu de ce site reçoit beaucoup d'ombre et semble perdre de la vigueur. Dans l'immédiat, il est davantage menacé par l'agrandissement du cimetière vers l'est, car il se retrouvera à seulement quelques centimètres du terrain qui sera déboisé et nivelé à cette fin.

Une terre agricole en friche, située à une centaine de mètres à l'ouest du site C, pourrait être remise en production en 2001.

Un sentier est apparu le long de la crête sableuse où poussent les individus du site C. Ce sentier non officiel passe presque au milieu de la population de G. alba, dont certains individus risquent d'être piétinés. L'utilisation du sentier par les véhicules tout-terrain est encore plus préoccupante, car elle a pour effet d'élargir considérablement le sentier et d'accroître les dommages dus à l'écrasement de la végétation, ainsi qu'au compactage du sol. Des signes de tels dommages étaient visibles en 2000.

En 1989, quatre hybrides présumés (G. alba X G. andrewsii) ont été recensés. En 2000, six hybrides ont été observés.

Le rapport de 1990 décrit brièvement le régime de propriété, qui est demeuré le même en 2000.

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Importance de l'espèce

Le nom générique rappelle Gentius, roi d'Illyrie, à qui la légende attribue la découverte des vertus toniques (non précisées) des gentianes. Les Potawatomis employaient une infusion des racines comme altératif (Smith, 1933, cité dans la base de données de Dan Moerman Native American Ethnobotany Database (http://www.umd.umich.edu/cgi-bin/herb/).

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Évaluation et statut proposé

Protection actuelle ou autres désignations

Les cotes suivantes ont été fournies par le Centre d'information sur le patrimoine naturel de Peterborough (Ontario) (M. Oldham, comm. pers.). Cote mondiale : G4 (taxon apparemment non menacé). Cotes sub-nationales (S) attribuées dans les États des États-Unis : Arkansas (S?), Caroline du Nord (SH), Illinois (S?), Indiana (S2), Iowa (S3), Kansas (S1), Kentucky (S1S2), Maryland (SR), Michigan (S1), Minnesota (SR), Missouri (SR), Nebraska (S1), New Jersey (S?), Ohio (S1), Oklahoma (S1), Pennsylvanie (SH), Virginie-Occidentale (SH) et Wisconsin (S2).

La signification des cotes S est la suivante :

                                    SR – taxon ayant fait l'objet d'un rapport

                                    S? – aucun renseignement disponible

                                    SH – site historique

                                    S1 – taxon très fortement menacé

                                    S2 – taxon menacé

                                    S3 – taxon vulnérable

Comme nous le soulignions dans le rapport de 1990, Rupert et al. (Argus et al.,1982 –1987) signalent que le G. alba est rare au Canada, probablement disparu en Virginie-Occidentale, menacé au Michigan et en Ohio et rare en Caroline du Nord, en Indiana, en Pennsylvanie et au Wisconsin.

Aux États-Unis, la population connue la plus proche se trouve près d'Ann Arbor, dans le comté de Washtenaw, au Michigan. Cette région comptait au départ quatre populations distinctes, mais une seule population, de 13 individus, y subsistait encore en 2000. On estime que l'ombre des arbustes a entraîné le déclin des trois autres populations (A.A. Reznicek, comm. pers.). Au cours des dernières décennies, aucune de ces quatre populations n'a fait l'objet d'un brûlage dirigé ou n’a été balayée par un feu de végétation.

En Ontario, le G. alba a reçu la cote S1. Il n'est toutefois pas protégé en vertu de la Loi sur les espèces en voie de disparition de l'Ontario. Le COSEPAC l'a désigné « espèce en danger de disparition au Canada » en 1991.

La Première nation de l'île Walpole est préoccupée par le bien-être de l'espèce, et des employés du Centre du patrimoine participent aux activités de relevé et de surveillance sur le terrain.

 

Évaluation du statut et recommandation de l'auteur

Le COSEPAC a désigné la gentiane blanche « espèce en danger de disparition » en 1991. En vertu des lignes directrices actuelles pour la détermination de la situation des espèces en péril du COSEPAC, cette désignation, maintenant appelée « espèce en voie de disparition », serait maintenue. L’espèce respecte en effet le critère D, en ayant une population très faible ou restreinte, c'est-à-dire dont le nombre total d’individus matures est inférieur à 250. Lors du relevé le plus récent (7 septembre 2000) effectué dans les sites de l'île Walpole, on a dénombré un total de 45 individus matures. Même si ce chiffre est le double de la population connue en 1989, la plupart des menaces décrites dans le rapport de 1990 existent encore et, dans le cas du site A, sont en voie de se concrétiser.

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Résumé technique

Nom de l'espèce : Gentiana alba (syn. G. flavida)

Répartition

Zone d'occurrence : environ 0,8 ha

Zone d'occupation : environ 16 m2

Information sur les populations 

Nombre total d’individus au Canada : 45

Nombre d’individus reproducteurs au Canada : 45

Durée d’une génération :< 10 ans

Tendance de la population totale : en croissance

Nombre de populations connues :3 sites, qu’il convient d’assimiler à deux populations

La population totale est‑elle fragmentée? Oui

               Nombre d’individus dans la plus petite population : 1

               Nombre d’individus dans la plus grande population : 41

               Nombre d’emplacements toujours existants : 1

               Nombre d’emplacements historiques aujourd’hui disparus : 2

            L’espèce connaît‑elle des fluctuations d’effectif? difficile à établir. Les employés du Centre du patrimoine de l'île Walpole ont observé des fluctuations annuelles du nombre de tiges florifères.

Facteurs limitatifs et menaces

Le Gentiana alba est confiné aux prairies et aux savanes mésiques et sèches à sol calcaire. La superficie de ces types de communautés a beaucoup diminué en Ontario et en Amérique du Nord. La majeure partie de l'habitat potentiel de l'espèce a disparu depuis la colonisation par les Européens.

Les facteurs limitatifs et les menaces propres à la population actuelle sont les suivants : prédation des graines; feux détruisant les nouvelles pousses à la fin du printemps et en été; ombre des plantes ligneuses, dont la croissance est favorisée par l’absence d’incendies; expansion des chemins et sentiers; circulation des véhicules tout-terrain; expansion de l'agriculture, des sablières, du lieu d'enfouissement et du cimetière; construction résidentielle; hybridation introgressive probable avec le Gentiana andrewsii.

Potentiel de sauvetage

L’espèce existe-t-elle à l’extérieur du Canada?   X  OUI _____NON

Une immigration a-t-elle été constatée ou est‑elle possible? _____OUI   X  NON

Les individus des populations étrangères les plus proches seraient‑ils adaptés aux conditions canadiennes?                          X  OUI _____NON

Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible pour les individus immigrants?  X  OUI _____NON

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Remerciements

Mike Williams, Clint Jacobs, Al Woodliffe, John Ambrose et Deb Jacobs ont collaboré au relevé sur le terrain effectué à l’île Walpole, et Scott Hughes a apporté son concours aux travaux sur le terrain au Michigan. Al Woodliffe nous a donné accès à ses notes de terrain et observations de la dernière décennie. Tony Reznicek nous a fourni l'information sur les populations du Michigan et la taxinomie. Jim Pringle nous a fourni des renseignements supplémentaires sur la taxinomie de l'espèce. Lindsay Rodger nous a donné des conseils utiles sur l'organisation du rapport. Je remercie toutes ces personnes pour le temps et les efforts généreusement consentis. Le présent rapport a été financé par le Service canadien de la faune d’Environnement Canada.

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Ouvrages cités

Bakowski, W., et J. Riley. 1994. A survey of the prairies and savannas of southern Ontario. Pp. 7-16, in R. Wicket, P. Lewis, A. Woodliffe et P. Pratt (éd.). Proceedings of the Thirteenth North American Prairie Conference: Spirit of the Land Our Prairie Legacy. Ville de Windsor.

Catling, P.M., et V.R.Catling. 1993. Floristic composition, phytogeography, and relationships of prairies, savannas, and sand barrens along the Trent River, eastern Ontario. Canadian Field-Naturalist 107(1):24-45.

Costelloe, B.H. 1988. Pollination Ecology of Gentiana andrewsii. Ohio Journal of Science 88(4):132-138.

Morton, J.K., et J.M. Venn. 1990. A Checklist of the Flora of Ontario Vascular Plants. University of Waterloo Biology Series Number 34. 218 p.

Newmaster, S.G., A. Lehla, P.W.C. Uhlig, S. McMurray et M.J. Oldham. 1998. Ontario Plant List. Forest Research Information Paper No. 123. Institut de recherche forestière de l’Ontario, ministère des Richesses naturelles de l’Ontario.

Oldham, M.J. 1996. Natural Heritage Resources of Ontario: Rare Vascular Plants. Centre d’information sur le patrimoine naturel, ministère des Richesses naturelles de l’Ontario. 53 p.

Pringle, J.S. 1967. Taxonomy of Gentiana, section Pneumonanthe, in eastern North America. Brittonia 19:1-32.

Smith, H.H. 1933. Ethnobotany of the Forest Potawatomi Indians. Bulletin of the Public Museum of the City of Milwaukee 7:1-230 (58, 59).

Voss, E.G. 1996. Michigan Flora, Part III. Cranbrook Institute of Science, Bulletin 61. 622 p.

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L’auteur

Gerald E. Waldron détient un B.Sc. et un M.Sc. de la University of Guelph. Il compte 30 années d'expérience dans les domaines de la recherche agronomique, de la biologie de terrain, de la planification environnementale et des études d'impact. Il a occupé divers postes au sein des organisme suivants : Agriculture Canada, Parcs Canada, l’Arboretum de la University of Guelph, le ministère des Richesses naturelles de l'Ontario, le Programme biologique international, Biosystems Environmental Consultants, Prince-Silani Planning Associates, l’Office de protection de la nature de la région d'Essex, l’Office des déchets solides d'Essex-Windsor, le Réseau d'intendance environnementale du comté d'Essex, MM Dillon Engineers, Haddad, Morgan and Associates Ltd., Glos Engineering, Hanna, Ghobrial and Spencer Ltd., le Programme de restauration de l'habitat naturel (NHRP), le Comité sur le rétablissement des espèces canadiennes en péril (RESCAPE), Tamarac Engineering Associates, BioLogic Aquatic and Terrestrial Ecosystem Planners, la Commission portuaire de Windsor, le Service des parcs et des loisirs de Windsor et le projet Green (Windsor). Il est auteur de deux livres, Along the Erie Shoreline – Marshlands in Your Backyard et The Tree Book – Tree Species and Restoration Guide for the Windsor-Essex Region, ainsi que de nombreuses publications de vulgarisation ou à caractère technique. Il agit actuellement à titre de consultant en écologie pour un bon nombre des organismes susmentionnés.

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Experts consultés

P. Catling (Ph. D.)

8, prom. Scrivens, R.R. nº 1

Metcalfe (Ontario)  K0A 2P0

Karen Cedar

Ojibway Nature Centre

Ville de Windsor

Service des parcs et des loisirs

5200, chemin Matchette

Windsor (Ontario)  N9C 4E8

Clint Jacobs

Centre du patrimoine

Première nation de l'île Walpole

R.R. nº 3

Wallaceburg (Ontario)  N8A 4K9

M.J. Oldham

Centre d'information sur le patrimoine naturel

C.P. 7000

Peterborough (Ontario)  K9J 8M5

J. Pringle (Ph. D.)

Jardins botaniques royaux

680 Plains West

Burlington (Ontario)  L8N 3H8

A.A. Reznicek (Ph. D.)

University of Michigan Herbarium

NorthUniversity Building

Ann Arbor (Michigan) 48109

États-Unis

Lindsay Rodger

Fonds mondial pour la nature (Canada)

245, av. Eglinton Est, Bureau 410

Toronto (Ontario)  M4P 3J1

Mike Williams

Centre du patrimoine

Première nation de l'île Walpole

R.R. nº 3

Wallaceburg (Ontario)  N8A 4K9

Al Woodliffe

Ministère des Richesses naturelles de l'Ontario

C.P. 1168

Chatham (Ontario)  N7M 5L8

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