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Baleine noire de l’Atlantique Nord (Eubalaena glacialis)

Biologie

Reproduction

Les baleines noires femelles donnent naissance à un seul baleineau. En 1992, l’intervalle moyen entre les naissances était de 3,67 ans (n=86) (Knowlton et al., 1994), avec une fourchette de 2 à 7 ans. Les intervalles entre les mises bas ont augmenté considérablement dans les années 1990 pour atteindre une moyenne de près de 6 ans (Kraus et al., 2001; Kraus, 2002). Cette augmentation était associée à une variabilité accrue de la production annuelle de baleineaux. Au moins deux femelles ont eu des petits de façon continue sur une période de 28 ans, ce qui indique que la vie reproductive des baleines noires de l’Atlantique Nord doit durer au moins aussi longtemps.

L’âge moyen à la maturité sexuelle des femelles est inconnu, contrairement à l’âge moyen de la première parturition, qui se situe actuellement autour de 10 ans (Kraus, 2002). Il est arrivé qu’une femelle donne naissance à son premier petit à l’âge de 5 ans (Knowlton et al., 1994). Sauf l’examen anatomique post-mortem des testicules, il n’existe aucune méthode infaillible permettant de déterminer si un mâle est sexuellement mature. Des mâles de tout âge, y compris de jeunes individus ne pouvant certainement pas être sexuellement matures, ont été vus dans des groupes de parade nuptiale (Kraus et Hatch, 2001). Il semble par contre que seuls les mâles de plus de 10 ans arrivent à s’approcher suffisamment des femelles pour avoir une occasion de s’accoupler. L’âge de première reproduction des mâles ne pourra être connu que par un rétrocalcul faisant suite à une détermination de paternité des baleineaux au moyen de techniques génétiques. Brown et al. (1994) ont employé la morphologie génitale et la génétique pour déduire que le ratio mâles/femelles dans cette population était d’environ 50/50.

Selon des analyses démographiques, les baleineaux et les jeunes (< 9,6 ans dans cette analyse) constitueraient entre 26 et 31 p. 100 de la population, ce qui est nettement inférieur aux niveaux observés dans d’autres populations de mysticètes en phase de croissance (p. ex. de 56 à 58 p. 100 chez les baleines boréales des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort [Zeh et al., 1993]; 61 p. 100 chez les baleines grises de l’Est du Pacifique Nord [Rice et Wolman, 1971]) (Hamilton et al., 1998).

L’accouplement des baleines noires de l’Atlantique Nord n’est pas encore parfaitement compris, mais semble déterminé en grande partie par l’espacement des mises bas (intervalles de 3 à 5 ans). Un tel espacement signifie que le ratio effectif des sexes est d’à peu près une femelle en ovulation pour quatre mâles, ce qui crée une forte concurrence chez les mâles pour les occasions d’accouplement. La parade nuptiale est le comportement le plus énergique et le plus spectaculaire observable chez cette espèce. Les groupes de parade nuptiale (groupes actifs en surface) peuvent compter 40 individus ou plus lorsque de nombreux mâles essaient de se rapprocher suffisamment pour s’accoupler avec la femelle convoitée (Kraus et Hatch, 2001). D’après les rares données disponibles, il semble que, pendant un épisode de parade, la femelle puisse recevoir de fréquentes intromissions de plusieurs mâles différents. Les mâles semblent se faire concurrence pour les positions « alpha » (à côté de la femelle), qui sont les meilleures pour profiter de chaque occasion d’accouplement qui se présente lorsque la femelle respire (Kraus et Hatch, 2001).

Toutefois, le moment et la durée des activités de parade nuptiale, qui sont observées entre août et octobre, laissent perplexe. En effet, les premières mises bas sont observées en décembre au large de la Géorgie et de la Floride, et elles se poursuivent jusqu’au début de mars. Les dates où ont lieu les parades nuptiales observées ne correspondent donc pas à l’estimation faite par Best (1994) de la durée d’une gestation chez les baleines franches australes (E. australis), soit 12 mois. Il se peut que les parades nuptiales dans la baie de Fundy ne soient que des « préliminaires » et que la conception se produise ailleurs en décembre. Les autres possibilités sont que la gestation dure plus de 12 mois, ou que l’implantation dans l’utérus de l’ovule fécondé soit retardée, quoique cette dernière théorie n’ait jamais été documentée pour les cétacés. Pour répondre à ces questions, il faudra mieux connaître les habitats d’hivernage des baleines noires et améliorer les méthodes d’évaluation de la gestation chez les femelles de l’espèce.

La plupart des petits naissent dans les eaux côtières du Sud-Est des États-Unis (Kraus et al., 1992). Depuis 1990, le nombre de baleineaux observés chaque année a varié entre 1 et 31, sans qu’il y ait de tendance manifeste. Puisque certaines mères et leurs nouveau-nés échappent aux recensements hivernaux faits au large de la Géorgie et de la Floride, on doit, pour évaluer avec précision la production annuelle de baleineaux, effectuer des recensements dans les aires d’alimentation situées plus au nord, notamment dans la baie du cap Cod, dans le Grand chenal Sud et dans la baie de Fundy.

Les mères et les petits migrent vers le nord pour se nourrir au printemps dans le Grand chenal Sud et la baie du cap Cod, puis se dirigent vers la pouponnière estivale, à l’embouchure de la baie de Fundy, pour s’y nourrir entre la fin de juillet et la mi-octobre. Cependant, Schaeff et al. (1993) et Malik et al. (1999) ont déduit, à partir de données génétiques et d’identifications sur photos, qu’un groupe de femelles n’emmenait pas ses petits dans la baie de Fundy chaque année. Il existerait donc une autre pouponnière estivale et automnale, mais son emplacement est inconnu. Cette pouponnière ne se trouve pas dans la zone d’utilisation intensive de la plate‑forme Néo‑Écossaise, dans le bassin Roseway, car seulement quatre observations de paires femelle-baleineau y ont été effectuées au cours de huit campagnes d’étude ayant produit 1 059 observations (Knowlton et al., 1994). Le signalement par Knowlton et al. (1992) d’une mère et de son petit dans le bassin du Labrador, au Sud-Sud-Est du Groenland en 1992, couplé aux registres tenus dans le passé par les baleiniers (Reeves et Mitchell, 1986), indiquent que la zone comprise entre le cap Farewell et l’Islande pourrait être cette seconde pouponnière.

 

Survie

D’après les analyses des échouages, des enchevêtrements dans des engins de pêche et des données photographiques, Kraus (1990) et Kenney et Kraus (1993) ont estimé que le taux de mortalité variait entre 5 et 18 p. 100 pendant les trois premières années de vie. Le taux de mortalité des adultes est très faible, probablement inférieur à 1 p. 100 par année, mais Fujiwara et Caswell (2001) jugent que celui des femelles adultes est beaucoup plus élevé et contribue pour une bonne part au déclin actuel de la population (Kraus, 2002).

Parmi les 50 morts de baleines noires documentées avec fiabilité et survenues entre 1970 et 2001, cinq (10 p. 100) étaient dues à des enchevêtrements dans des engins de pêche, 18 (36 p. 100) étaient attribuables à des collisions avec des bateaux, et 27 étaient de « cause inconnue » ou des cas de « mortalité néonatale ». La seule cause de mortalité « naturelle » reconnue est la mortalité néonatale. Les 14 décès de « cause inconnue » sont désignés comme tels soit parce que la carcasse n’a pas été récupérée, parce qu’elle était trop décomposée pour qu’on détermine la cause de la mort ou parce qu’aucun facteur évident n’a été trouvé malgré une autopsie détaillée.

La plupart des secteurs très utilisés par les baleines noires dans l’ouest de l’Atlantique Nord sont bordés ou traversés par d’importantes routes maritimes desservant des ports de l’Est des États-Unis et du Canada (Knowlton et Kraus, 2001). En outre, en raison de leur répartition côtière, les baleines noires sont susceptibles de rencontrer des engins de pêche partout dans leur aire, de la Floride au Canada. Plus de 60 p. 100 des baleines vivantes appartenant à cette population portent des cicatrices montrant qu’elles se sont trouvées prises dans un engin de pêche à un moment ou à un autre de leur vie (Knowlton et Kraus, 2001).

On ne dispose pas encore de données sur la longévité moyenne. Toutefois, un rétrocalcul fondé sur les premières naissances répertoriées indique que les baleines noires vivent régulièrement plus de trente ans. En 1935, un baleineau a été tué en Floride alors qu’il se trouvait avec sa mère. Cette dernière, après avoir été photographiée, a pris la fuite. La mère a été photographiée de nouveau en 1959 au large du cap Cod, puis de temps à autre jusqu’à l’été 1995, alors qu’elle a été photographiée à proximité du banc Georges, gravement blessée. Elle portait alors de profondes lacérations faites par une hélice de navire. Si le baleineau tué en 1935 était son premier petit, et si elle avait 10 ans à cette époque, elle aurait eu 70 ans la dernière fois qu’elle a été vue. Elle aurait donc été le plus vieil animal parmi ceux d’âge connu dans cette population (Hamilton et al., 1998).

 

Physiologie

On ne sait pratiquement rien de la physiologie de la baleine noire de l’Atlantique Nord. Les connaissances que nous avons de sa physiologie et de son anatomie reposent en grande partie sur les dissections effectuées sur des animaux tués par les baleiniers (voir par exemple Andrews, 1908; True, 1904) ou ont été obtenues par analogie avec celles des baleines franches australes. Les carcasses examinées ces vingt dernières années étaient toutes dans un état de décomposition avancé.

 

Déplacements et dispersion

Winn et al. (1986) ont proposé un modèle en six phases pour expliquer les déplacements saisonniers nord-sud des baleines noires dans l’ouest de l’Atlantique Nord. La plupart des femelles adultes donnent naissance à leurs petits dans les eaux côtières du Sud-Est des États-Unis, entre Brunswick en Géorgie et Cape Canaveral en Floride, pendant les mois d’hiver (Kraus et al., 1986). Les mâles et les femelles n’ayant pas mis bas sont rarement signalés dans cette zone, et leurs allées et venues l’hiver restent en gros inconnues (Kraus et al., 1988). Ils sont peut-être largement dispersés le long de la côte Est des États-Unis jusqu’à la baie du cap Cod, et même plus au nord (Winn et al., 1986). Des baleines noires adultes et des jeunes des deux sexes ont été aperçus dans la baie du cap Cod pendant l’hiver et le printemps, principalement en train de se nourrir, à la surface ou juste en dessous, mais le nombre d’animaux observés chaque année représente moins de 30 p. 100 de la population connue (Hamilton et Mayo, 1990; Brown et al., 2002). On observe une migration vers le nord pendant les derniers mois de l’hiver et les premiers mois du printemps, certains animaux se déplaçant le long de la côte. Au printemps, on observe des regroupements de baleines noires se nourrissant et socialisant dans le Grand chenal Sud à l’est du cap Cod et dans la baie du Massachusetts (Winn et al., 1986; Hamilton et Mayo, 1990; Kenney et al., 1995). En juin et en juillet, les baleines se dirigent vers les aires d'alimentation situées à l’embouchure de la baie de Fundy et dans l’ouest de la plate-forme Néo‑Écossaise (Winn et al., 1986). En août et en septembre, les baleines se nourrissent intensivement dans ces zones (Winn et al., 1986). À partir d’octobre, on observe une migration constante vers le sud, certains animaux traversant le golfe du Maine et passant au large du cap Cod (Winn et al., 1986). En automne, des rassemblements de baleines noires sont parfois signalés sur les bancs Jeffereys Ledge (Weinrich et al., 2000), Cashes Ledge et Platts Bank (P. Clapham, comm. pers.) et au printemps le long du rebord septentrional du banc Georges (Center for Coastal Studies, données inédites).

 

Nutrition et interactions interspécifiques

Les baleines noires de l’Atlantique Nord se nourrissent principalement du copépode Calanus finmarchicus (Murison et Gaskin, 1989; Mayo et Marx, 1990; Kenney et Wishner, 1995; Mayo et al., 2001), mais parfois également d’autres petits zooplanctontes, tels que le Pseudocalanus minutus, les Centropages et les larves de balanes (Mayo et Marx, 1990). Leur activité d’alimentation se concentre sur des bancs de zooplancton qui sont denses et comprimés en couches. Par exemple, les déplacements des baleines noires observées en train de se nourrir en écrémant la surface dans la baie du cap Cod indiquent une stratégie de recherche de nourriture limitée à des zones restreintes, qui sont liées à la taille et à la densité de l’essaim de zooplancton (Mayo et Marx, 1990). La variabilité dynamique de la répartition des copépodes exerce vraisemblablement une influence considérable sur les déplacements et la répartition des baleines noires. Ces vingt dernières années, on a observé des changements importants dans leur répartition printanière et estivale. Par exemple, entre 1993 et 1997, elles semblent avoir abandonné le bassin Roseway en faveur de la baie de Fundy (NEAq, données inédites).

Mitchell (1975) a émis l’hypothèse selon laquelle la compétition avec les rorquals boréaux (Balaenoptera borealis) pour les copépodes calanoïdes pourrait empêcher le rétablissement des populations de baleines noires. Bien qu’on ait noté la présence de rorquals boréaux se nourrissant de copépodes à proximité de baleines noires sur la plate-forme Néo‑Écossaise vers la fin des années 1960 et au début des années 1970 (Mitchell et al., 1986), peu d’observations directes ont été faites de rorquals boréaux se nourrissant à proximité de regroupements de baleines noires ces dernières années (NEAq, données inédites). Les requins-pèlerins (Cetorhinus maximus) et les harengs (Clupea harengus) sont répandus dans l’habitat d’alimentation de la baleine noire. D’après ce qu’on connaît de leurs régimes alimentaires, ces poissons constituent d’autres compétiteurs potentiels.

 

Comportement et adaptabilité

On a observé des changements considérables dans l’abondance régionale et la répartition des baleines noires dans la baie de Fundy en 1983 (Gaskin, 1991), dans la baie du Massachusetts en 1986 (Payne et al., 1990), dans le Grand chenal Sud en 1992 (Kenney et al., 2001), et dans le bassin Roseway entre 1993 et 1997 (NEAq, données inédites). La répartition estivale des baleines noires de l’Atlantique Nord dépendant principalement de leur proie principale, le Calanus finmarchicus, les baleines ne sont pas signalées dans leurs aires d'alimentation habituelles lorsque les populations de copépodes sont basses. Kenney et al. (2001) a émis l’hypothèse selon laquelle les baleines noires pourraient retourner dans les environs de leurs aires fondant sur leur expérience antérieure, puis modifier leurs stratégies de recherche de nourriture d’après des signaux environnementaux, tels que les courants, les discontinuités thermiques ou les variations de salinité à diverses échelles. Ces auteurs indiquent que les déplacements des baleines noires dans les eaux de la plate-forme continentale de l’ouest de l’Atlantique Nord pourraient refléter des réponses adaptatives à la répartition de leurs proies à de nombreuses échelles (voir ci-dessus la section « Besoins en matière d’habitat »).