Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Mise à jour Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le dard vert au Canada

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Aucun recensement  ciblé n'a été réalisé pour le dard vert au Canada, mais plusieurs recensements récents ont ciblé des zones renfermant des espèces de poissons en péril. De nombreuses mentions de dards verts ont été réalisées dans le cadre de travaux généraux d'inventaire ou de recensement qui visaient d'autres objectifs. Avant les années 1970, dans presque toute l'aire de répartition canadienne du dard vert, les activités d'échantillonnage étaient épars et menées au moyen de seines et de nasses à ménés. Dans les années 1970, le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario a réalisé des recensements qui consistaient notamment en des échantillonnages systématiques au moyen de divers engins (y compris la pêche à l'électricité) dans la majorité des ruisseaux et des rivières et dans leurs principaux affluents. Entre 1979 et 1981, et entre 1990 et 1996, le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario a mené un programme standard de seinage le long de la côte sud du lac Sainte-Claire. Ces recensements ont couvert la majeure partie du sud de l'Ontario, y compris les tronçons de cours d’eau où le dard vert s'est par la suite répandu. Même si ces recensements ne ciblaient aucune espèce en particulier, les dards verts capturés ont été recensés (A. Dextrase, données inédites). Dans les dix dernières années, les offices de protection de la nature, le ministère des Pêches et des Océans du Canada, le ministère des Richesses naturelles de l'Ontario et le Musée royal de l'Ontario ont réalisé des recensements spécifiques au moyen de divers engins de pêche dans des localités historiques et des milieux propices à des espèces en péril dans les bassins hydrographiques de la rivière Ausable, de la rivière Bayfield, du ruisseau Big, du ruisseau Big Otter, de la rivière Détroit, de la rivière Grand, de la rivière St. Clair, de la rivière Sydenham et de la rivière Thames. Des recensements similaires ont été effectués dans le lac Érié (plage Holiday, pointe Long, île Pelée, pointe Pelée, Port Burwell, baie Rondeau) et dans le lac Sainte-Claire. Même si ces recensements n'ont pas couvert complètement l'aire de répartition du dard vert, ils ont tout de même augmenté considérablement les connaissances sur la répartition de l’espèce. Depuis la fin des années 1990, les offices de protection de la nature ont réalisé des échantillonnages systématiques dans les drains agricoles de la plupart des bassins hydrographiques du sud-ouest de l'Ontario, dans le cadre d'un projet de classification des drains. Bon nombre de ces drains sont des cours d'eau naturels ou semi-naturels, et ces travaux ont fourni de précieux renseignements sur la répartition des poissons dans les petits affluents de nombreux bassins hydrographiques. Aux recensements décrits ci‑dessus viennent s’ajouter les mentions de dards verts produites par des fonctionnaires et des offices de protection de la nature, des consultants et des étudiants lors d'échantillonnages menés à d'autres fins. Il y a trop peu d'endroits où des échantillons ont été prélevés à plusieurs reprises au moyen d'engins et de méthodes similaires pour permettre une analyse des tendances démographiques. Selon Poos (2004), la pêche à l'électricité est plus efficace que les seines pour la capture et la détection des dards verts.

Abondance

Il n'existe aucune estimation de l'abondance absolue pour les populations canadiennes de dards verts. Compte tenu du nombre de localités où le dard vert a été observé et de son abondance apparente dans certains secteurs (ex. : 65 individus en moyenne par localité pour 62 localités dans la rivière Sydenham), il y a probablement plus de 10 000 individus au Canada. Les recensements réalisés récemment dans certains bassins hydrographiques peuvent être utilisés pour faire des énoncés généraux sur l'abondance relative.

Rivière Ausable – Le dard vert n'a été découvert dans la rivière Ausable qu'en 1974. On ne sait pas précisément si l'espèce a toujours été présente dans le bassin hydrographique, parce que, avant les années 1970, les échantillonnages étaient limités. Dalton (1991) s'est dit inquiet de l'état des populations du bassin hydrographique de cette rivière en raison de la turbidité de l’eau, et il a avancé que l'espèce pourrait disparaître de la rivière. Lors d’un recensement réalisé dans 25 localités en 2002, le dard vert a été observé dans plus de la moitié (13) des localités, et jusqu'à 71 individus ont été capturés dans une seule localité (Dextrase et al., 2003). Des recensements menés en 2004 pour des espèces en péril ont permis de capturer des dards verts dans 18 localités sur 19 dans le lit principal de la rivière Ausable et dans la Petite rivière Ausable (Stewart et Veliz, 2004). Sur les 50 espèces observées lors de ces travaux, le dard vert s'est classé au troisième rang pour ce qui est de l'abondance. Stewart et Veliz (2004) ont conclu que les populations de dards verts du bassin hydrographique de la rivière Ausable étaient abondantes et stables.

Rivière Sydenham – Le dard vert a été observé pour la première fois dans la rivière Sydenham Est près de Strathroy en 1927 (Dextrase et al., 2001). Des échantillons prélevés dans les années 1970 ont révélé que l'espèce était également présente dans le ruisseau Bear, qui fait partie du bassin hydrographique de la rivière Sydenham Nord. Des échantillons prélevés en 1997 ont permis de capturer des dards verts dans presque toute la rivière Sydenham Est, de Strathroy jusqu'à Wallaceburg, ainsi que dans des localités historiques du ruisseau Bear. Un nombre important de dards verts ont été capturés dans certaines de ces localités (ex. : 46 et 62 individus dans deux localités) (Holm et Boehm, 1998a). Parmi les 52 espèces de poissons capturées lors d'échantillonnages systématiques réalisés en 1997 dans le bassin hydrographique de la rivière Sydenham, le dard vert s'est classé au dixième rang pour ce qui est de l'abondance et au huitième rang pour ce qui est de la fréquence de capture (Holm et Boehm, 1998a). Il a été capturé dans 11 localités sur 23, à raison de 14 poissons en moyenne par localité. Plus récemment, en 2002 et 2003, Poos (2004) a réalisé des échantillonnages systématiques dans 100 localités (dont 25 qui ont été échantillonés les deux années), et il a capturé des dards verts dans 62 d’entre elles. Parmi les 67 espèces capturées, le dard vert s'est classé au troisième rang sur le plan de l'abondance et au huitième rang sur le plan de la fréquence de la capture, avec en moyenne 65 individus par localité (M. Poos, University of Toronto, Toronto, Ontario, données inédites). Dalton (1991) pense que le nombre de dards verts pourrait être à la baisse dans la rivière Sydenham, mais les récents recensements donnent plutôt à penser que l'espèce y est répandue et abondante.

Lac Sainte-Claire– Il existe peu de mentions de dards verts provenant du lac Sainte-Claire. Dalton (1991) ne signale qu'une seule mention datant de 1959. Un programme de seinage a été exécuté par le ministère des Richesses naturelles de l'Ontario de 1979 à 1981 et de 1990 à 1996 le long de la côte sud de ce lac (M. Belore, comm. pers., 2005). Aucun dard vert n'a été capturé entre 1979 et 1981, mais 48 captures (dont six jeunes de l'année) ont été faites dans quatre localités différentes cinq années sur sept pendant la période d'échantillonnage de 1990 à 1996. Cette période coïncide avec les nouvelles conditions créées par la moule zébrée (voir la section Tendances en matière d'habitat ci-dessus).

Rivière Thames – Le dard vert a été relevé pour la première fois dans la rivière Thames en 1884, et il existe maintenant plus de 500 mentions de cette espèce pour ce bassin hydrographique (Cudmore et al., 2004). Les recensements réalisés principalement dans les drains agricoles entre 1999 et 2002 ont permis de capturer des dards verts dans 52 des 236 stations d’échantillonnage disséminées un peu partout dans le bassin hydrographique de la rivière Thames. Le dard vert semble abondant dans tous les principaux chenaux de la rivière et dans la majorité des affluents qui ont fait l’objet d’un échantillonnage (Cudmore et al., 2004). Dalton (1991) est d’avis que le nombre de dards verts pourrait être à la baisse dans la rivière Thames, mais les recensements récents donnent plutôt à penser que l'espèce est présente dans presque toutes les localités historiques du bassin hydrographique et qu'elle y est demeurée abondante dans les conditions actuelles. Dans le tronçon inférieur de la rivière, il se peut que l'espèce soit limitée par le degré élevé de turbidité (Cudmore et al., 2004).

Rivière Grand - Le dard vert a été capturé pour la première fois dans le bassin hydrographique de la rivière Grand en 1990, soit dans la rivière Speed, près du confluent avec la rivière Eramosa, à Guelph (fig. 5). D’importants travaux d'échantillonnage ont été menés dans le bassin hydrographique dans les années 1970 et 1980, notamment dans le secteur de la première capture (fig. 5). Par conséquent, il est très peu probable que cette espèce distinctive soit passée inaperçue lors des recensements antérieurs. La voie d'introduction du dard vert dans le bassin hydrographique de la rivière Grand est inconnue. Comme l’espèce est apparue pour la première fois en amont, dans la portion nord-est du bassin hydrographique (laquelle est séparée du lac Érié par plusieurs barrages), il est possible que l'introduction soit attribuable à l'humain plutôt qu'à des migrations naturelles ou au détournement naturel d’un cours d’eau à partir du bassin hydrographique adjacent de la rivière Thames. La colonisation subséquente du bassin hydrographique en aval et en amont s’est faite rapidement et a été décrite par Bunt et al. (1998) comme une « explosion démographique localisée ». En 15 ans, le dard vert s'est établi sur plus de 200 km de cours d’eau. L'aire de répartition actuelle du dard vert dans les rivières Conestogo et Grand prend fin au barrage du lac Conestogo et à la gorge Elora respectivement. Trois barrages aménagés dans le chenal principal de la rivière Grand sont dotés de passes à poissons. Bunt et al. (1998) ont montré que le dard vert était capable de remonter le cours d'eau par la passe migratoire à déflecteurs d'un de ces barrages lorsque les grilles d'entrée n'étaient pas correctement entretenues. Le dard vert a également été observé en amont d'obstacles non munis de passes à poissons dans la rivière Speed (Reid, 2004) et le ruisseau MacKenzie (S. Reid, comm. pers., 2005). Le dard vert est présent en abondance dans les seuils de la rivière Grand (Bunt et al., 1998; Holm et Boehm, 1998b). Selon Portt et al. (2004), il est peu probable que l'introduction du dard vert modifie la répartition générale des autres dards dans la rivière Grand (si l'on en juge par les cooccurrences observées dans les bassins hydrographiques adjacents), quoique certains changements pourraient survenir dans l'abondance et l'occupation du microhabitat.

Il n'existe aucune information sur l'abondance des populations de dards verts dans la rivière Bayfield, le ruisseau Big, le ruisseau Big Otter, la rivière Détroit et le ruisseau Pefferlaw. Puisque la population du ruisseau Pefferlaw est considérée comme ayant été introduite par l'humain, elle n'est pas prise en considération dans l'évaluation. La population de la rivière Grand a été considérée dans l'évaluation parce qu’on ne sait pas avec certitude si elle a été introduite ou si elle est le résultat d'une expansion de l'aire de répartition de l'espèce.

Fluctuations et tendances

On ne dispose pas de suffisamment d'information pour évaluer les tendances démographiques autrement que d'une manière très générale. Le dard vert demeure une espèce répandue et abondante dans les rivières Ausable, Sydenham et Thames. Son aire de répartition, et peut-être son abondance, semblent avoir augmenté dans les bassins hydrographiques des rivières Ausable et Sydenham. L'effectif a peut-être également augmenté dans le lac Sainte-Claire. L'espèce est toujours présente dans le ruisseau Big, mais on ne dispose d'aucune information sur les tendances démographiques à cet endroit. La population totale de dards verts au Canada a également augmenté en raison de la colonisation récente de la rivière Bayfield, du ruisseau Big Otter, de la rivière Détroit, de la rivière Grand et du ruisseau Pefferlaw.

Effet d'une immigration de source externe

La rapidité avec laquelle le dard vert s’est établi et dispersé dans le bassin hydrographique de la rivière Grand témoigne de sa capacité de coloniser des milieux propices. Une expansion tout aussi rapide a récemment été documentée dans le fleuve Susquehanna, en Pennsylvanie et au Maryland (Neely et George, 2006).

Le dard vert est présent dans quatre États américains adjacents à l'aire de répartition canadienne. L'espèce est considérée comme commune au Michigan (S4) (NatureServe, 2006), où elle est présente dans la portion sud-est de la Lower Peninsula. Des populations sont présentes dans les affluents de la rivière St. Clair, du lac Sainte-Claire et de la portion ouest du lac Érié ainsi que dans la rivière Détroit (Bailey et al., 2004). Toutes ces populations pourraient servir de source d’immigration externe aux populations canadiennes. Les dards verts observés pour la première fois en 1995 dans la portion canadienne de la rivière Détroit provenaient peut-être du tronçon de la rivière qui coule au Michigan (voir la section Aire de répartition canadienne). Même si elle n'est pas cotée en Ohio (SNR), l'espèce est répandue dans cet État (Trautman, 1981) et y a été capturée dans plus de 2 000 localités de 421 cours d'eau entre 1979 et 1995 (Sanders et al., 1999). Les poissons de l'Ohio auraient à traverser les eaux du lac Érié pour coloniser les cours d'eau de l'Ontario. Le dard vert était autrefois commun autour des îles de l'ouest et sur la rive sud de la portion du lac Érié située en Ohio, mais l’effectif de cette population a depuis connu un déclin dans ces secteurs (Van Meter et Trautman, 1970; Trautman, 1981). Le dard vert est commun en Pennsylvanie (S5) (NatureServe, 2006) et il figure parmi les dards les plus communs dans l'ouest de cet État (Cooper, 1983). Cependant, seule une petite portion de cet État touche au lac Érié. Comme aucun dard vert n'a été capturé dans les eaux canadiennes du lac Érié, il est peu probable que les populations de l'Ohio ou de la Pennsylvanie puissent servir de source d’immigration externe aux populations canadiennes. Le dard vert est moins commun dans l'État de New York (S3) (NatureServe, 2006) et est réparti de manière éparse dans les affluents de la rivière Niagara, près de la frontière canadienne (Smith, 1985). Aucun dard vert n'a été capturé dans les affluents canadiens de la rivière Niagara (A. Yagi, communication personnelle, 2005), ce qui donne à penser qu'il est peu probable que les populations de l'État de New York servent de source d’immigration externe.