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Mise à jour Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le dard vert au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Plusieurs menaces possibles planent sur les populations canadiennes de dards verts, mais aucune ne semble être imminente ou avoir actuellement d'incidences significatives. Dalton (1991) est d’avis que le dard vert est spécialisé sur le plan de la nourriture, de l'habitat et du lieu de reproduction et que toute perturbation de ces ressources pourrait nuire aux populations. Il faudrait cependant qu’une telle perturbation soit de grande ampleur pour avoir un impact significatif.

Il y a des retenues dans tous les bassins hydrographiques occupés par le dard vert en Ontario. Elles peuvent détruire l'habitat en inondant des seuils en amont et en réduisant le débit en aval (Dalton, 1991). Bunt et al. (1998) ont découvert qu’une retenue créée sur la rivière Grand avait rendu impropre au dard vert l’habitat situé en amont du barrage. Cependant, Reid (2004) a observé l'espèce à plusieurs endroits dans le lac Guelph (une grande retenue de la rivière Speed, dans le bassin hydrographique de la rivière Grand), ce qui montre que les milieux lentiques peuvent être colonisés. Toujours selon Bunt et al. (1998), le déversoir Mannheim a joué un rôle important dans la création et le maintien de l'habitat privilégié par le dard vert (substrats de cailloux non incrustés qui soutiennent des populations denses de Cladophora). Les retenues qui ne sont pas dotées de passes à poissons empêchent les déplacements vers l'amont, mais elles ne semblent pas bloquer ceux vers l'aval. La découverte de dards verts en amont d'obstacles ne comportant pas de passes à poissons laisse croire que les poissons sont déplacés par l'humain dans le bassin hydrographique de la rivière Grand.

Les apports de sédiments et de nutriments associés principalement aux activités agricoles sont considérés comme le principal facteur limitatif pour les espèces aquatiques en péril dans les bassins hydrographiques des rivières Ausable, Sydenham et Thames (Nelson et al., 2003; Staton et al., 2003; Taylor et al., 2004). Ces apports ne semblent toutefois pas avoir nui aux populations de dards verts, puisque celles-ci y ont maintenu ou élargi leur aire de répartition. En favorisant la croissance des algues filamenteuses et d'autres plantes, les niveaux élevés de nutriments ont peut-être même avantagé les populations de dards verts. Une sédimentation excessive pourrait avoir une incidence sur l'habitat du dard vert en incrustant davantage les rochers et en augmentant la turbidité de l’eau, ce qui freinerait la croissance de la végétation aquatique.

Les contaminants associés aux activités industrielles et au ruissellement agricole pourraient tuer sur-le-champ le dard vert ou nuire aux insectes dont il se nourrit (Dalton, 1991). Au moins quatre déversements d'engrais ou de produits chimiques ont tué des poissons dans les bassins hydrographiques des rivières Ausable, Grand, Sydenham et Thames au cours des sept dernières années (A. Dextrase, données inédites). Bien que les conséquences de ces déversements soient localisées et de courte durée, elles peuvent néanmoins être importantes. En avril 2005, un déversement de produits chimiques qui s'est produit à Exeter a tué des poissons sur un tronçon de 5,1 kilomètres (km) de la rivière Ausable. Lors d'un sous-échantillonnage réalisé sur un tronçon de 60 mètres (m) de rivière, 242 poissons morts appartenant à 20 espèces, dont sept dards verts, ont été reccueillis (S. Staton, comm. pers., 2005). Si ce sous-échantillon est représentatif de toute la zone touchée, c'est plus de 700 dards verts qui ont été tués par ce déversement. Les niveaux chroniques de contaminants actuellement présents dans l’eau ne semblent pas avoir d’incidence néfaste sur les populations de dards verts. Les populations de la rivière Détroit et du lac Sainte-Claire sont vulnérables au ruissellement et au déversement de contaminants associés aux grands centres urbains, aux industries chimiques et au transport des marchandises en amont, le long de la rivière St. Clair. Cannon et al. (1992) ont découvert que le dard vert était présent dans un cours d'eau de la Pennsylvanie qui avait été assujetti à un drainage minier acide (taux élevés de fer et de sulfate et épais dépôts de précipités), mais que d'autres espèces benthiques sensibles en étaient absentes.

L’aire de répartition du dard vert englobe plusieurs centres urbains le long de la rivière Thames (London) et de la rivière Grand (Brantford, Cambridge, Guelph, Kitchener-Waterloo). Ces agglomérations urbaines connaissent une croissance rapide ; il est prévu que la population humaine du bassin hydrographique de la rivière Grand augmentera de 30 p. 100 dans les vingt prochaines années (Grand River Conservation Authority, 2005). L’urbanisation peut dégrader ou détruire l'habitat et augmenter l’apport de contaminants dans ces bassins hydrographiques.

L'introduction du gobie à taches noires pourrait représenter une menace pour les populations de dards verts de l'Ontario. L'espèce a été découverte pour la première fois en Amérique du Nord en 1990 dans la rivière St. Clair (Jude et al., 1992). Elle s'est depuis répandue dans chacun des Grands Lacs et est présente en abondance dans certains secteurs. La prédation et la concurrence par le gobie à taches noires ont entraîné le déclin de populations de chabots tachetés (Cottus bairdii), et peut-être de fouilles-roches, dans la rivière St. Clair (French et Jude, 2001), mais l'incidence de cette espèce sur le dard vert n'a pas été étudiée spécifiquement. En Ontario, les aires de répartition du gobie à taches noires et du dard vert se chevauchent présentement dans la rivière Détroit, dans le ruisseau Pefferlaw et dans le lac Sainte-Claire. Le gobie à taches noires pourrait envahir la majorité des bassins hydrographiques qui abritent actuellement des populations de dards verts.