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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le lupin densiflore au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

La perte d’habitat constitue une grave menace pour les populations canadiennes de Lupinus densiflorus et demande une attention immédiate. En effet, les milieux littoraux propices de Victoria et des environs ont été en grande partie aménagés à des fins résidentielles, commerciales et récréatives. Ce développement a presque certainement causé la disparition de la population de la pointe Clover.

Le conseil d’administration du District régional de la capitale étudie actuellement un projet d’usine de traitement des boues, laquelle serait construite à l’endroit où se trouve la population 1. Si ce projet se concrétisait, une partie ou la totalité de la plus grande population canadienne de Lupinus densiflorus ainsi que la plus grande population canadienne de Sanicula bipinnatifida (espèce désignée menacée par le COSEPAC) disparaîtraient. Deux autres terrains sont également envisagés, mais leur aménagement risquerait d’éliminer une partie ou la totalité d’une grande population de Limnanthes macounii (espèce désignée menacée par le COSEPAC) ainsi qu’un site hautement coté d’une communauté végétale en péril.

Même si l’usine de traitement des boues n’est pas construite sur le terrain où se trouve la population 1, cette dernière demeurerait menacée par les activités actuelles du ministère de la Défense nationale, le propriétaire du terrain. En 2003, une partie de cette population a été détruite par l’élargissement et le revêtement d’un chemin existant.

La dégradation de l’habitat rend encore plus précaire la situation du Lupinus densiflorus. Des arbustes et des graminées exotiques menacent en effet d'empiéter sur les trois populations qui subsistent; ce sont principalement le Cytisus scoparius, l’Hedera helix, l’Ulex europaeus, le Dactylis glomerata, l’Anthoxanthum odoratum, le Lolium perenne, le Bromus sterilis et le B. hordeaceus.

Il est probable qu'autrefois les Autochtones brûlaient périodiquement les milieux secs et dégagés où pousse le Lupinus densiflorus, afin d'améliorer les récoltes de Camassia sur les terrains élevés voisins. Depuis plusieurs décennies, il n'y a pratiquement plus de feux dans cette région du littoral, ce qui a favorisé l’établissement d’arbustes introduits et de certaines plantes indigènes, comme le Rosa nutkana, le Symphoricarpos albus, le Populus tremuloides et le Pteridium aquilinum. Nous n'avons trouvé aucun pied de Lupinus densiflorus parmi les peuplements denses d'arbustes indigènes ou introduits ou de graminées introduites.

Les pratiques d’aménagement des terres ont également réduit la capacité des terrains à accueillir le Lupinus densiflorus. L’aménagement paysager, la fertilisation des pelouses, le déchaumage et la tonte sont des pratiques courantes dans au moins un des sites. À l’île Trial, afin de favoriser la perpétuation du Lupinus densiflorus, on attend que cette plante ait commencé à produire des graines avant de tondre les pelouses (la tonte vise à réduire les risques de feu). Cette entente informelle a certes eu un effet positif, mais il n’en demeure pas moins que la majeure partie des plantes sont tondues avant d’avoir fini de produire des graines.

Les processus géomorphologiques ont également une incidence sur les populations de lupins. Les pentes instables où croissent ces végétaux sont sujettes à des mouvements de masse et à des micro-glissements. La survie des populations se trouvant sur de tels terrains montre que ces plantes peuvent supporter une certaine instabilité des pentes. En réalité, les micro-glissements produisent de nombreuses petites fissures qui exposent les matières minérales les plus propices à l’établissement des plantules. À l’heure actuelle, les mouvements de masse survenant dans les terrains où se trouvent les populations 1 et 2 dépassent largement les niveaux historiques. La présence accrue de visiteurs au cours du siècle dernier a davantage endommagé les pentes, à un point tel que plusieurs sous-populations sont réparties dans une matrice de sentiers très creusés favorisant une érosion en nappe.

En résumé, moins de 5 p. 100 des milieux qui étaient propices au Lupinus densiflorus au début du 20e siècle semblent encore réunir des conditions adéquates.

La dispersion des graines et l’immigration de source externe sont des questions fort complexes. La dispersion des graines sur des distances supérieures à 10 mètres semble extrêmement rare. Or, les populations sont très éloignées les unes des autres (y compris les populations des îles voisines situées dans l’État de Washington) et n’offrent aucune possibilité de recolonisation pour les anciens sites. La probabilité d’immigration entre les sous-populations est également très faible, puisque la plupart de celles-ci sont séparées par des milieux inappropriés sur une distance nettement supérieure à 10 mètres.

Dans le cas des populations 1 et 2, le rétablissement de l’espèce sur le haut des pentes est problématique, car les graines sont dispersées par gravité. On peut s’attendre à ce que certains événements fortuits ainsi que l’augmentation du piétinement humain réduisent le nombre d’individus sur le haut des pentes. Le piétinement ne semble pas avoir éliminé la deuxième population initialement observée par Macoun en 1887. Cependant, comme la récolte de Macoun n’est accompagnée d’aucun renseignement sur la position exacte de la population le long de la pente, nous ne disposons d’aucun moyen de confirmer que cette population a lentement migré vers le bas de la pente jusqu’à sa position actuelle, tout juste au-dessus de la ligne de marée haute.

Chez les populations 1 et 2, le piétinement humain s’est rapidement intensifié au fil des ans, et plusieurs sous-populations du haut des pentes semblent avoir été gravement touchées (particulièrement à proximité des sentiers et des bancs de parc). La perte d’individus ne peut pas être compensée par le recrutement dans de nouveaux milieux au bas des pentes, puisque celles-ci aboutissent toutes dans la mer. Les forts vents d’hiver pourraient permettre une certaine immigration de source externe au sein des sous-populations en soufflant les graines vers le haut des pentes, mais, pour nombre de ces sous-populations, le phénomène ne compenserait sans doute pas les effets négatifs de l’activité humaine.

Le déversement de pétrole constitue un autre risque, en particulier pendantles grandes marées d’automne.