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Loi sur les espèces en péril- Cahier de consultation sur l’inscription à la liste officielle, Anguille d’Amérique

Renseignement sur l'espèce

Renseignements sur l'espèce

L'anguille d'Amérique

 Biologie et répartition de l'espèce

L'anguille d'Amérique (Anguilla rostrata) est le seul membre du genre Anguilla qu'on retrouve en Amérique du Nord. Les anguilles appartenant à ce genre sont appelées « anguilles d'eau douce » bien que leur cycle biologique se déroule en partie en mer et que certaines anguilles le terminent en eau salée. L'anguille d'Amérique juvénile et adulte est un long poisson qui ressemble à un serpent, avec de petites écailles profondément encastrées. Historiquement, l'espèce était répandue ou abondante dans toute son aire de répartition.

L'anguille d'Amérique est largement répartie dans les eaux douces, les estuaires et les eaux marines côtières de la partie occidentale de l'Atlantique Nord, du Venezuela au sud jusqu’au Groenland et à l'Islande au nord. On trouve des adultes dans les eaux océaniques de la mer des Sargasses, où a lieu le frai, et les larves sont réparties dans l'ouest de l'océan Atlantique à mesure qu'elles se déplacent vers les eaux côtières et estuariennes. Au Canada, l'aire de répartition historique couvre l'ensemble des eaux douces, estuariennes et côtières accessibles qui sont reliées à l'océan Atlantique, jusqu'au milieu de la côte du Labrador au nord et aux chutes Niagara dans les Grands Lacs. Des zones du plateau continental sont aussi utilisées par les anguilles juvéniles qui arrivent des frayères océaniques et par les anguilles argentées adultes qui y retournent.

Tous les adultes géniteurs de l'espèce se regroupent pour frayer dans la mer des Sargasses. Les larves (appelées « leptocéphales » à cause de leur forme rappelant celle d'une feuille) dérivent et migrent vers des zones d'eau douce. Les anguilles subissent une série de transformations sur les plans de la morphologie et des exigences écologiques au cours de leur cycle biologique. Les stades biologiques dans les zones d'eau douce et côtières sont les suivants : larves cristallines (petites, transparentes et de forme reptilienne), civelles (petites, pigmentées et de forme reptilienne), anguilles jaunes (plus grandes, jaunâtres ou brunes, juvéniles – la principale phase de croissance) et anguilles argentées (adultes matures migrant des zones d'eau douce et côtières vers la zone de frai en pleine mer).

La longueur maximale de l'anguille d'Amérique observée au Canada est d'environ 1 m, alors que l'âge maximal est d'environ 23 ans. La différenciation sexuelle est jugée complète lorsque la longueur totale de l'anguille atteint 270 mm. L'âge moyen observé lors de la migration de frai est de 19,3 ans, la plage d'âge étant de 12 à 23 ans. Durant la migration de frai, la longueur varie géographiquement, les anguilles du fleuve Saint-Laurent étant alors plus grandes (de 840 à 1000 mm) que celles du Golfe du Saint-Laurent et des régions atlantiques (de 650 à 700 mm). La croissance est plus rapide dans les habitats marins qu'en eau douce, et plus rapide dans les rivières que dans les lacs.

Les femelles sont plus abondantes que les mâles dans la plupart des régions du Canada. Les anguilles argentées mâles sont plus répandues au sud du Saint‑Laurent et du Golfe du Saint-Laurent et le long du littoral atlantique des É.‑U., alors que les femelles le sont dans le lac Ontario et le haut Saint-Laurent. Des anguilles vivant dans le Saint-Laurent et dans les Grands Lacs fournissent probablement une forte proportion du potentiel reproductif total de l'espèce.

L'anguille d'Amérique est considérée une espèce unique sans sous-populations  distinctes dans l'ensemble de son aire de répartition, ce qui signifie que tous les individus et sous-groupes de la population sont génétiquement identiques, contrairement aux nombreuses espèces de poissons marins dont les populations sont bien définies et génétiquement différentes les unes des autres.

Statut (COSEPAC)

Espèce préoccupante

 Dernier examen par le COSEPAC

Avril 2006

Motif de la désignation par le COSEPAC

On ne dispose pas d'indicateurs de la situation de l'ensemble de la composante canadienne de cette espèce. Les indices de son abondance dans le haut Saint‑Laurent et le lac Ontario ont diminué d'environ 99 % depuis les années 1970. Les seules autres séries de données de longueur comparable (aucun indice à long terme n'étant disponible pour la région Scotia Fundy, Terre-Neuve et le Labrador) se rapportent au bas Saint-Laurent et au Golfe du Saint-Laurent, où quatre sur cinq séries chronologiques ont indiqué un déclin. L'anguille étant panmictique (tous les géniteurs constituent une seule unité reproductrice), le recrutement des anguilles dans les eaux canadiennes serait affecté par la situation globale de l'espèce aux États-Unis et au Canada. Avant ces déclins, les anguilles élevées au Canada constituaient une partie importante de la population reproductrice de l'espèce. Si l'effondrement de la composante du lac Ontario et du haut Saint-Laurent a pu sensiblement affecter l'efficacité totale de la reproduction, les séries chronologiques relatives à l'abondance des civelles, même relativement brèves, n'indiquent pas de déclin en cours. Des données récentes suggèrent que les déclins ont peut-être cessé dans certaines zones. Toutefois, dans le lac Ontario et le haut Saint-Laurent, les chiffres restent considérablement inférieurs aux niveaux antérieurs et les tendances positives, indiquées par certains indicateurs relatifs au Golfe du Saint-Laurent, sont trop brèves pour confirmer une croissance de cette composante. Les causes possibles du déclin observé y compris la perturbation de l'habitat, les barrages, les pêches, les oscillations des conditions océaniques, les pluies acides et les contaminants peuvent continuer à faire obstacle au rétablissement.

Dangers

Pêches

Les pêches d'anguilles existaient dans diverses zones de l'aire de répartition au Canada, notamment en Ontario (lac Ontario et haut Saint-Laurent), au Québec (lac Saint-François, lac Saint-Pierre et estuaire du Saint-Laurent), dans le Golfe du Saint-Laurent, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve. Toutes visaient les anguilles jaunes et les anguilles argentées, à l'exception des pêches de civelles qui ont commencé à titre expérimental au début des années 1990 en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve et qui ne sont actuellement actives qu'en Nouvelle-Écosse. Les récoltes totales variaient de 500 à 1200 tonnes par an de 1961 à 2003. Elles ont décliné en passant d'environ 1100 tonnes par an à la fin des années 1980 à près de 500 tonnes par an en 2003. On estime que les prises non déclarées ne sont pas importantes. Les estimations de la mortalité par la pêche sont relativement élevées dans les rares endroits où elles ont été effectuées, mais de vastes zones ne font pas l'objet de pêches et la mortalité totale par la pêche au Canada est donc mal connue en ce qui concerne l'anguille.

Barrages

La présence de barrages crée deux incidences potentielles sur les populations d'anguilles : la restriction de l'accès à l'habitat en amont et la mortalité dans les turbines durant l'avalaison. Bien qu'on dispose de quelques estimations de la mortalité et des pertes attribuables aux barrages dans certains endroits, il n'existe pas d'estimation globale des pertes de géniteurs attribuables aux barrages. Par exemple, dans le bassin hydrographique du Saint-Laurent, plus de 8 000 barrages restreignent l'accès des anguilles à plus de 12 000 km2 d'habitat d'eau douce, et il est probable que, dans trois affluents seulement, les barrages réduisent de plus de 800 000 l'échappée de grosses femelles génitrices. La mortalité par avalaison des anguilles argentées migrantes est en fonction de la taille des anguilles (les plus grandes étant plus souvent tuées que les petites), de la dimension du barrage (en général, les petits barrages tuent proportionnellement plus d'anguilles) du type, de l'espacement et des conditions de fonctionnement des turbines. On estime que les anguilles qui migrent en aval du lac Ontario et du haut Saint-Laurent subissent une mortalité d'au moins 40 % attribuable au passage dans deux barrages hydroélectriques (Moses-Saunders et Beauharnois).

Entraînement

Bien qu'il ait été peu étudié jusqu'ici, l'entraînement (la « capture » d'anguilles lorsque l'eau est prise à des fins industrielles ou autres) dans les prises d'eau municipales et industrielles et les stations de production thermique est une source potentiellement importante de mortalité pour les anguilles.

Pollution chimique

Les anguilles accumulent des contaminants chimiques, car elles vivent relativement longtemps, essentiellement au fond de l'eau, et ont une forte teneur lipidique (ce qui favorise l'accumulation de produits chimiques solubles dans les lipides, tels que les BPC, les pesticides, les dioxines et les furanes). Cette accumulation de produits chimiques peut causer des lésions, affecter le développement des œufs, des embryons et des larves et nuire à la capacité natatoire. Bien que les niveaux de contaminants aient diminué dans de nombreuses zones d'habitat de l'anguille, c'est l'accumulation de ces contaminants qui pourrait avoir une incidence négative sur la capacité de survie de l'anguille d'Amérique dans l'ensemble de son aire de répartition.

Plusieurs cours d'eau dans le sud du bas-plateau de la Nouvelle-Écosse (le sud et le sud-est de la province) sont affectés par les pluies acides, ce qui peut y limiter la capacité de survie de l'anguille d'Amérique. Les écoulements agricoles ont sensiblement augmenté durant ces dernières années, à cause de l'expansion des cultures intensives (notamment de celle du maïs) dans l'est du Canada, ce qui pourrait affecter les anguilles.

Pénétration d'un parasite

Le parasite de la vessie natatoire (Anguillicola crassus) a été découvert la première fois en Amérique du Nord en 1995, en Caroline du Sud. On l'a ensuite retrouvé dans des anguilles de la Baie de Chesapeake et de la rivière d'Hudson, ainsi que dans les États du Massachusetts et du Maine. On ne l'a pas encore trouvé au Canada mais son arrivée pourrait être imminente. De graves infections peuvent conduire à un rétrécissement ou à un affaissement de la vessie natatoire, à des ulcères cutanés et à une réduction de l'appétit et de la capacité natatoire.

Mesures de protection

En 2004, le ministre des Pêches et des Océans a annoncé un objectif de réduction de 50 % de la mortalité de l'anguille dans un délai de deux ans et demandé aux intervenants et aux diverses instances de prendre les mesures  nécessaires en vue de la réalisation de cet objectif. On a créé un Groupe canadien de travail sur l’anguille chargé de coordonner le travail des organismes fédéraux et provinciaux responsables de la conservation et de la gestion de l'anguille. Ce groupe dirige actuellement l'élaboration d'un Plan de gestion de l'anguille d'Amérique au Canada, lequel vise à s'attaquer à tous les dangers qui pèsent sur cette espèce.

En 2005, des représentants canadiens et américains d'organismes gouvernementaux et du secteur hydroélectrique concernés par la région du lac Ontario et du haut Saint-Laurent ont élaboré une « analyse de décision » visant à déterminer les principaux dangers que constituent les barrages pour l'anguille d'Amérique, ainsi que les meilleures mesures à prendre à court et à long terme pour s'attaquer à ces dangers. Les mesures à court terme comprennent : l'ensemencement, destiné à préserver les populations en déclin; la réduction de la mortalité par la pêche; la recherche de moyens afin de réduire la mortalité par avalaison; et la recherche fondamentale axée sur l'amélioration des connaissances sur les populations. Les mesures à long terme comprennent le piégeage d'anguilles en amont des barrages et leur transport en aval, ainsi que la recherche de mécanismes efficaces de contournement des barrages.

L'ensemencement de jeunes anguilles d'Amérique dans des zones du bassin hydrographique des Grands Lacs et du Saint-Laurent a commencé en 2001 et s'est intensifié en 2005 et 2006; de jeunes anguilles (civelles) du Canada Atlantique étant stockées dans la rivière Richelieu et le lac Ontario. Le financement de cet ensemencement a été fourni par des sociétés hydroélectriques. En Ontario, toutes les pêches commerciales d'anguilles d'Amérique ont été fermées en 2004, et les pêches récréatives, en 2005. Au Québec et au Canada atlantique, les captures ont été réduites grâce au raccourcissement des saisons de pêche et à l’augmentation de la taille minimale des prises. Des négociations sont en cours avec les sociétés d’hydroélectricité du Québec et de l’Ontario afin de finaliser un plan d’ensemble qui porterait sur les cas de mortalité attribuables à la présence de barrages. Une des options envisagées dans le cadre d’une entente de ce type serait de réduire encore davantage les captures au Québec au cours des 5 prochaines années, grâce à une combinaison de rachats de permis et de remise à l’eau des anguilles capturées en aval des pêcheries. Des recherches se poursuivent sur la dynamique et le suivi des populations, les méthodes de piégeage et de transport.

Incidences potentielles sur les intervenants

L'inscription de l'anguille d'Amérique comme « espèce préoccupante » n'entraînerait pas automatiquement d'interdictions de tuer ou d'endommager des membres de cette espèce.

Les mesures de gestion nécessaires pour réduire la mortalité de l’espèce, freiner le déclin de son abondance et promouvoir son rétablissement ont été exposées dans une ébauche de plan de gestion pour l’anguille d’Amérique. Le plan de gestion, qui devra être conforme aux exigences de la LEP, sera achevé au printemps 2007. Il comprend une série d’objectifs à court et à long terme, ainsi que des mesures de gestion assorties à chacun de ces objectifs. Les objectifs énoncés dans le plan de gestion sont : 

Objectif de gestion à long terme

Rétablir le niveau d’abondance général de l’anguille d’Amérique au Canada pour qu’il revienne à ses valeurs du milieu des années 80, selon les indices clés d’abondance disponible, soit en particulier :

·       assurer la présence d’anguilles d’Amérique dans tous les secteurs faisant partie de son aire de répartition historique;

·       une pêche durable de civelles et de grandes anguilles procure des retombées économiques aux pêcheurs de tous les secteurs où se pratiquait la pêche traditionnellement.

Objectif de gestion à court terme

Réduire la mortalité de l’anguille attribuable à toutes les sources, dans une proportion de 50 % par rapport à la moyenne de 1997-2002.

Objectifs précis et mesures à prendre

1.     Élaborer un plan de mise en œuvre détaillé, en fonction d’activités prioritaires précises, pour réduire de 50 % la mortalité de l’anguille attribuable à toutes les sources.

2.     Réaliser un gain net d’abondance et d’échappées en assurant l’accès à des habitats de qualité, ainsi que la migration par des habitats de qualité :

·       veiller à empêcher toute perte nette d’habitat en raison de l’aménagement de nouvelles installations;

·       assurer un gain net d’habitat grâce à la modification d’installations existantes; en particulier, assurer, dans chaque juridiction et dans une proportion de 10 % tous les 5 ans, une récupération des habitats perdus pour la migration en amont et en aval;

·       poursuivre les mesures pour réduire les impacts causés par la présence de contaminants et la pollution.

3.     Veiller à ce que la mortalité imputable à la pêche soit conforme à l’objectif global d’une réduction de 50 % de la mortalité attribuable à toutes les sources.

4.     Élaborer un outil d’aide à la décision pour déterminer et prioriser des mesures propres à améliorer l’habitat pour l’anguille.

5.     Tenir et, au besoin, élaborer des indices d’abondance indépendants de la pêche.

6.     Assurer la présence d’anguilles au moyen de l’ensemencement dans des zones où le taux d’abondance s’est effondré.

7.     Élaborer un plan de gestion binational.

8.     Étudier la possibilité de mettre sur pied une commission binationale pour la conservation et la gestion de l’anguille.

Conformément aux objectifs du Plan de gestion provisoire, d'autres mesures possibles axées sur la réduction de la mortalité de l'anguille pourraient comprendre l'imposition de nouvelles exigences relatives au fonctionnement des barrages, la construction d'échelles à anguilles dans les barrages, pour permettre le passage vers l'amont, de nouvelles réductions des effluents toxiques et des captures imputables à la pêche, ou encore des mesures de compensation telles que l'ensemencement.