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Programme de rétablissement de la dysnomie ventrue jaune, l'épioblasme tricorne, le pleurobème écarlate, la mulette du Necturus et la villeuse haricot au Canada (version finale)


I. Contexte – Rôle de l'habitat

12. Habitat essentiel

Dans la LEP, on définit l'habitat essentiel comme étant l'habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement des espèces inscrites. L'identification de l'habitat essentiel nécessite une connaissance approfondie des besoins des espèces à tous les stades de leur développement. Elle requiert également une compréhension de la qualité des habitats, de la quantité d'habitats disponibles et de leur répartition dans l'ensemble de l'aire de répartition des espèces. Actuellement, on ne dispose pas de ces données pour la dysnomie ventrue jaune, mais le tableau 2 indique les activités qu'il faut mener pour les obtenir. La liste des activités énumérées dans le tableau 2 n'est pas exhaustive, mais décrit sommairement l'étendue et la portée des mesures considérées comme étant nécessaires à l'identification de l'habitat essentiel de ces cinq espèces selon l'Équipe de rétablissement. Il est probable que le processus d'étude des mesures présentées dans le tableau 2 mène à la découverte de plus grandes lacunes dans les connaissances, lesquelles lacunes devront être comblées. Jusqu'à ce que l'habitat essentiel puisse être défini, l'Équipe de rétablissement a déterminé que les zones énumérées dans les sections Habitat présentement occupé et Habitat occupé autrefois doivent faire l'objet de mesures de conservation.

Tableau 2 – Calendrier des activités visant à identifier l’habitat essentiel de ces cinq espèces de moules
ActivitésÉchéance approximative1
Effectuer des relevés des populations de moules
2006-2008
Évaluer les conditions de l'habitat dans les zones occupées (p. ex., débit, substrat, clarté et qualité de l'eau).
2006-2008
Déterminer toute différence dans l'utilisation de l'habitat pour chaque stade de développement.
2007-2009
Relever et cartographier les habitats appropriés mais inutilisés de l'aire de répartition antérieure.
2008-2010
Évaluer la structure génétique des populations.
2006-2008
Achever les études portant sur les poissons hôtes.
2006-2008
Effectuer des relevés des populations de poissons hôtes.
2006-2008
Évaluer l'utilisation de l'habitat par les espèces hôtes.
2006-2008
Déterminer les zones de chevauchement entre l'habitat des moules et celui des espèces hôtes.
2009-2010

1 Les échéanciers peuvent varier si de nouvelles priorités sont établies ou si des changements surviennent du côté des demandes relatives aux ressources financières ou humaines.

13. Tendance relative à l'habitat

La disparition de ces cinq espèces de moules de l'habitat qu'elles occupaient dans les Grands Lacs inférieurs peut être en grande partie attribuée aux effets néfastes des moules dreissénidées, y compris la compétition pour la nourriture, les ressources et l'espace. Vers la fin des années 1980, l'introduction et la propagation des moules zébrée et quagga dans l'ensemble des Grands Lacs ont décimé les populations de moules indigènes (Schloesser et al.,1996). Ainsi, les moules indigènes avaient pratiquement disparu des eaux extralittorales à l'ouest du lac Érié en 1990 (Schloesser et Nalepa, 1994) et de celles du lac Sainte-Claire en 1994 (Nalepa et al.,1996). Les moules du lac Érié étaient déjà en régression, probablement en raison d'un déclin général de la qualité de l'eau au cours des 40 dernières années (Nalepa et al.,1991). Toutefois, le lac Sainte-Claire soutenait toujours un assemblage abondant et diversifié de moules en 1986 (Nalepa et Gauvin, 1988). De nombreux habitats autrefois adéquats ne sont pas disponibles en raison de la présence continue de moules dreissénidées dans une grande partie de l'aire de répartition antérieure.

On a récemment rapporté la présence du pleurobème écarlate dans trois sites du delta de la rivière Sainte-Claire. Cependant, les échantillonnages répétés menés à ces mêmes sites indiquent des déclins dans chacun de ceux-ci. Des groupes isolés de dysnomies ventrues jaunes continuent de survivre dans certains milieux humides littoraux où l'eau est peu profonde, où le degré de connectivité avec le lac est élevé (qui assure l'accès aux poissons hôtes) et où les conditions pour les moules zébrées sont difficiles (températures de l'eau élevées et action des vagues considérable en été; érosion par la glace en hiver). Toutefois, de tels « refuges » sont rares, et la majeure partie de l'habitat des moules dans les Grands Lacs est disparue à tout jamais (COSEPAC, 2003).

La dysnomie ventrue jaune et l'épioblasme tricorne ont déjà fréquenté les rivières Ausable, Grand et Thames, et il peut toujours rester des populations reliques dans les rivières Ausable et Thames. Le pleurobème écarlate a quant à lui déjà été présent dans les rivières Thames et Grand, et des populations reliques ont été relevées dans les deux bassins hydrographiques. En outre, la mulette du Necturus et la villeuse haricot ont déjà occupé les rivières Sydenham et Thames. Dans la rivière Ausable, l'ancien habitat est disparu en raison de l'envasement, des niveaux de turbidité élevés, des variations du débit, des contaminants toxiques, des variations thermiques et des espèces exotiques. Dans la rivière Grand, les rejets d'eaux usées non traitées provenant des principaux centres urbains ont probablement contribué aux déclins. Dans la rivière Thames, les impacts de l'agriculture tels que l'envasement et la turbidité de l'eau, les concentrations d'éléments nutritifs, les composés toxiques, la variation du débit d'eau, les obstacles à la circulation aussi bien que les espèces exotiques et la pollution thermique ont tous contribué à la dégradation de l'habitat de ces cinq espèces de moules.

14. Protection de l'habitat

La Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral a été proclamée en juin 2003. En vertu de la LEP, il est interdit de tuer des moules, de leur nuire, de les prendre, de les posséder, de les capturer et de les collectionner ainsi que d'endommager ou de détruire leurs résidences et leur habitat essentiel. La Loi sur les pêches constitue un outil important pour la protection de l'habitat et, au même titre que d'autres lois environnementales fédérales, elle est complémentaire à la Loi sur les espèces en péril. En vertu dela Loi sur les pêches du gouvernement fédéral, les moules sont considérées comme des mollusques et des crustacés et sont de ce fait incluses dans la définition de « poisson » et leur habitat est par conséquent protégé contre la détérioration, la destruction ou la perturbation, à moins d'avis contraire du ministre des Pêches et des Océans ou de son délégué. Les autorités responsables de la planification doivent se conformer à l'énoncé de politique de l'article 3 de la Loi sur l'aménagement du territoire de l'Ontario qui interdit le lotissement et la modification de sites se trouvant dans un habitat important pour une espèce en voie de disparition. La Loi sur l'amélioration des lacs et des rivières de l'Ontario interdit la retenue ou la dérivation d'un cours d'eau si cette activité provoque de l'envasement. Par ailleurs, le programme volontaire d'aménagement du territoire agricole II du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario a pour but de réduire l'érosion des terres agricoles. Dans cette province, le développement riverain est régi par les règlements sur les plaines inondables mis en vigueur par l'office local de protection de la nature. Le Règlement 97/04 de l'Ontario traite du développement, de l'interférence avec les terres humides et des altérations des berges et des cours d'eau. Ce règlement a été décrété à la suite d'un amendement à l'article 28 de la Loi sur les offices de protection de la nature et remplace le Fill, Construction and Alteration to waterways Regulation. Le règlement générique régit les activités suivantes : aménagements dans un secteur réglementé; interférence et apport de changements dans des cours d'eau; interférence et apports de changements dans des terres humides (définis par la Loi sur les offices de protection de la nature); et interférence et apport de changements dans les zones littorales.

15. Rôle écologique

Les moules d'eau douce jouent un rôle primordial dans le fonctionnement des écosystèmes aquatiques. Vaughn et Hakenkamp (2001) ont résumé une grande partie de la littérature concernant le rôle des unionidés. Ils ont aussi relevé bon nombre de processus assistés par la présence de lits de moules qui se produisent dans les colonnes d'eau (filtreurs de taille sélective; sélection d'espèces particulières de phytoplancton; cycle des éléments nutritifs; contrôle de l'abondance du phosphore) et qui sont associés à la sédimentation (dépositivores diminuant les concentrations de matières organiques dans les sédiments; biodéposition des fèces et des pseudofèces; invertébrés épizoïques et algues épiphytoniques colonisant les coquillages; densités des invertébrés benthiques corrélées de façon positive avec les densités de moules). Welker et Walz (1998) ont démontré que les moules d'eau douce peuvent limiter la présence de plancton dans les rivières européennes, tandis que Neves et Odom (1989) ont rapporté que les moules jouent également un rôle dans le transfert d'énergie vers l'environnement terrestre par le biais de la prédation par les rats musqués et les ratons laveurs.