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Programme de rétablissement de la dysnomie ventrue jaune, l'épioblasme tricorne, le pleurobème écarlate, la mulette du Necturus et la villeuse haricot au Canada (version finale)


1. Information sur l'espèce – Dysnomie ventrue jaune


Nom commun – dysnomie ventrue jaune
Nom scientifique – Epioblasma torulosa rangiana
Statut du COSEPAC : en voie de disparition
Justification de la désignation1 du COSEPAC – Au cours du siècle dernier, la dysnomie ventrue jaune a perdu plus de 95 % de son aire de répartition. Au Canada, on la trouve uniquement dans la rivière
Ausable ainsi que dans un tronçon de 50 km de la rivière Sydenham. Ce tronçon abrite l'une des trois seules populations reproductrices connues en Amérique du Nord.
Répartition – Ontario
Historique du statut – Désignée espèce en voie de disparition en 1999

1 La reproduction a été confirmée pour la population de la rivière Ausable depuis le moment de l'inscription.

La dysnomie ventrue jaune est de taille petite à moyenne et présente un dimorphisme sexuel extrême. Les mâles sont irrégulièrement ovés et dotés d'un sinus large, peu profond, antérieur à l'arête postérieure. Les femelles sont de forme obovale et possèdent une très large expansion post-ventrale, qui devient très largement arrondie et gonflée transversalement après la troisième année de croissance environ. Les umbos s'élèvent au-dessus de la ligne d'articulation et sont modérément excavés. Les dents pseudocardinales sont petites, tandis que les dents latérales sont assez courtes et modérément épaisses.

Figure 1. Dysnomie ventrue jaune (Epioblasma torulosa rangiana). Photo : gracieuseté de S. Staton, Environnement Canada.
Figure 1. Dysnomie ventrue jaune (Epioblasma torulosa rangiana). Photo : gracieuseté de S. Staton, Environnement Canada.

Par le passé, cette espèce était présente en Alabama, en Illinois, en Indiana, au Kentucky, au Michigan, en Ohio, en Pennsylvanie, au Tennessee, en Virginie occidentale et en Ontario. On la trouvait dans l'ensemble du bassin hydrographique de l'Ohio, dans celui des Grands Lacs, y compris dans le bassin ouest du lac Érié, dans le lac Sainte-Claire ainsi que dans les rivières Detroit et Sydenham. Finalement, elle a été découverte récemment dans la rivière Ausable (Metcalfe-Smith et al.,1999).

La dysnomie ventrue jaune est considérée comme en péril (G2T2) dans toute son aire de distribution et a subi un déclin marqué aux États-Unis et au Canada. Aux États-Unis, on croit qu'il n'existe des populations que dans le ruisseau French et dans la rivière Allegheny en Pennsylvanie, dans le ruisseau Big Darby en Ohio ainsi que dans les rivières Elk et Oak en Virginie occidentale. La dysnomie serait également présente au Kentucky, en Ohio et en Virginie occidentale. Depuis 1993, elle a reçu la désignation d'espèce Endangered (en voie de disparition) en vertu de la U.S. Endangered Species Act. Un plan de rétablissement pour cette espèce dans les eaux américaines a été publié en 1994 (USFWS, 1994). Au Canada, on présume qu'elle est disparue de la rivière Detroit (Schloesser et al., 2006), du lac Érié (Schloesser et Nalepa, 1994) et des eaux extralittorales du lac Sainte-Claire (Nalepa et al., 1996). Plusieurs relevés ont été effectués dans la rivière Sydenham entre 1973 et 1991, mais la dysnomie ventrue jaune n'a jamais été recensée (Clarke, 1981; Mackie et Topping, 1988). Le Centre d'information sur le patrimoine naturel a attribué à la sous-espèce le statut de conservation SH (aucune occurrence vérifiée au cours des 20 dernières années) en Ontario (CIPN, 1997). En 1998-1999, Metcalfe et Smith l'ont recensé à 66 sites dans les rivières Ausable, Grand, Maitland, Sydenham et Thames. À partir des résultats obtenus, on a découvert que l'aire de répartition de la dysnomie ventrue jaune se prolongeait sur un tronçon de 50 km de la rivière Sydenham, entre Alvinston et Dawn Mills (Metcalfe-Smith et al.,1999). En raison de ces conclusions, on a déclassé la sous-espèce au statut S1 (extrêmement rare). Plus récemment, en 2000, un seul individu vivant a été trouvé dans un milieu humide du lac Sainte-Claire (Zanata, 2002) et, en 2006, la présence d'une population reproductrice a été confirmée dans la rivière Ausable (S. Staton, comm. pers., Pêches et Océans Canada).

La dysnomie ventrue jaune habite la région la plus fortement peuplée et intensivement cultivée du Canada, soit le sud-ouest de l'Ontario. Les effets de l'agriculture, de l'urbanisation et de l'industrialisation ont vraisemblablement entraîné la disparition de l'habitat de cette espèce dans les rivières Ausable et Sydenham. Dans la rivière Sydenham, l'incidence de l'urbanisation est moindre que dans d'autres rivières du sud-ouest de l'Ontario, et la qualité de l'eau se serait accrue ces dernières années en raison d'une amélioration du traitement des eaux usées. Cependant, les activités agricoles ont augmenté, et les eaux de ruissellement chargées de limon et de produits chimiques agricoles peuvent continuer à limiter la répartition de dysnomie ventrue jaune dans ce réseau hydrographique.

On connaît trois sous-espèces distinctes d'Epioblasma torulosa : E. t. torulosa, E. t. rangiana et E. t. gubernaculum. Les espèces E. t. torulosa et E. t. gubernaculum n'ont jamais été trouvées au Canada, et on présume qu'elles sont toutes deux disparues (Williams et al.,1993).

Répartition

Répartition totale

Aux États-Unis, la dysnomie ventrue jaune est actuellement présente en Illinois, en Indiana, au Kentucky, au Michigan, en Ohio, en Pennsylvanie ainsi qu'en Virginie occidentale. Au Canada, on trouve la dysnomie ventrue jaune dans le sud-ouest de l'Ontario.

Répartition au Canada

La répartition de la dysnomie ventrue jaune au Canada est principalement limitée à un tronçon de 50 km de la rivière Sydenham. On a confirmé récemment la présence d'une population reproductrice dans la rivière Ausable, bien que l'étendue complète de sa répartition fasse encore l'objet d'un examen. En 2000, un seul individu vivant a été trouvé dans un milieu humide du lac Sainte-Claire (Dextrase et al.,2003).

Pourcentage de la répartition totale au Canada

Actuellement, le Canada correspond à environ 5 % de la répartition totale de la dysnomie ventrue jaune (la population résiduelle du lac Sainte-Claire ne contribuant que de façon négligeable à la répartition totale).

Figure 2. Répartition totale de la dysnomie ventrue jaune.
Figure 2. Répartition totale de la dysnomie ventrue jaune.

 

Figure 3. Répartition actuelle de la dysnomie ventrue jaune au Canada.
Figure 3. Répartition actuelle de la dysnomie ventrue jaune au Canada.

 

Tendance en matière de répartition

L'aire de répartition de la dysnomie ventrue jaune a été considérablement réduite parce qu'on ne la trouve plus en Illinois et en Indiana, et qu'elle a fortement diminué dans toutes les autres régions. En effet, sa répartition nord-américaine actuelle a été réduite de plus de 95 %. Au Canada, l'aire de répartition de la dysnomie comprenait par le passé l'ouest du lac Érié, le lac Sainte-Claire et les rivières Detroit et Sydenham en Ontario. Elle est maintenant limitée à un tronçon de 50 km de la rivière Sydenham et à un tronçon de 55 km de la rivière Ausable. Par ailleurs, une population résiduelle se trouve probablement dans le lac Sainte-Claire.

Abondance de la population

Répartition totale

La dysnomie ventrue jaune est une sous-espèce rare. Bien qu'elle soit parfois abondante, elle ne constitue habituellement qu'une composante mineure de la communauté des unionidés (Strayer et Jirka, 1997). La rivière Allegheny et le ruisseau French en Pennsylvanie abritent les plus grandes populations résiduelles aux États-Unis.

Répartition au Canada

On a trouvé quelques spécimens de dysnomie ventrue jaune vivants dans un tronçon de 55 km de la rivière Ausable, entre Rock Glen et Brinsley. La dysnomie est aussi présente en faibles densités sur un tronçon de 50 km de la rivière Sydenham (Staton et al.,2000b). Il y a vingt ans, la population de dysnomies ventrues jaunes de la rivière Sydenham était décrite comme la plus en santé en Amérique du Nord.

Pourcentage de la répartition au Canada

Environ 25 % de la population mondiale de dysnomies ventrues jaunes se trouve au Canada.

Tendance en matière de répartition

La répartition actuelle de la dysnomie ventrue jaune au Canada se limite à trois populations. Malgré des relevés effectués en 2003 et en 2004 dans le delta de la rivière Sainte-Claire, ce n'est que grâce à un spécimen vivant observé en 2000 que l'on connaît la population résiduelle dans cette région (D. McGoldrick, INRE, comm. pers.). Une petite population existe dans la rivière Ausable; toutefois, d'après le grand nombre de coquilles vides recueillies, l'effectif de cette population peut avoir,par le passé, excédé celui de la rivière Sydenham. La population de la rivière Sydenham est constitue la plus grande population reproductrice résiduelle au Canada. Au cours de campagnes sur le terrain réalisées de 2001 à 2003, on a recensé en tout 228 dysnomies ventrues jaunes dans la rivière Sydenham.

Facteurs biologiques limitatifs

Caractéristiques de reproduction

La biologie reproductive de la dysnomie ventrue jaune ressemble à celle de la plupart des moules. Pendant le frai, les mâles libèrent leur sperme dans l'eau. Les femelles qui se trouvent en aval filtre le sperme avec leurs branchies. Les femelles portent leurs jeunes du stade de l'œuf au stade larvaire dans une région particulière de leurs branchies appelées marsupia. Les juvéniles immatures, appelés glochidies, se développent dans les marsupia des branchies et sont libérés par la femelle dans la colonne d'eau pour entreprendre une période de parasitisme sur des poissons hôtes. Pour augmenter la probabilité de réussir l'enkystement, les femelles du genre Epioblasma, dont fait partie la dysnomie ventrue jaune, ont développé des comportements complexes (leurres et capture de leurs hôtes potentiels). Jusqu'au stade juvénile, le développement ne peut pas se poursuivre sans une période d'enkystement sur l'hôte.

Les glochidies, de forme semi-circulaire, présentent une ligne d'articulation droite exempte de crochets. Cette morphologie est typique des glochidies qui parasitent les branchies et non les ailerons de leur poisson hôte. Les juvéniles demeurent accrochés aux branchies pendant 27 à 33 jours, après quoi ils tombent sur le substrat et terminent leur développement pour devenir des adultes autonomes.

Afin de déterminer quels poissons peuvent servir d'hôtes pour la dysnomie ventrue jaune, on a mené des expériences d'infestation de 2002 à 2005 sur quatorze espèces hôtes dans le laboratoire de l'Université de Guelph. La dysnomie ventrue jaune a réussi à se développer sur sept de ces espèces de poissons : le fouille-roche (Percina caprodes), le dard noir (P. maculata), le dard à ventre jaune (Etheostoma exile), le dard barré (E. flabellare), le raseux-de-terre (E. nigrum), le chabot tacheté (Cottus bairdi), et le dard arc-en-ciel (E. caeruleum), (McNichols et Mackie 2003; McNichols et al.,2004).

Dispersion

À l'instar de la plupart des moules d'eau douce, la dysnomie ventrue jaune dispose de capacités de dispersion très limitées. Les adultes sont essentiellement sessiles, leurs déplacements se limitant à quelques mètres sur le fond de la rivière ou du lac. Même si le déplacement des adultes peut être dirigé en amont ou en aval, les études ont montré dans le temps un déplacement net descendant (Balfour et Smock, 1995; Villella et al., 2004). La dispersion à grande échelle, les déplacements vers l'amont et l'invasion d'un nouvel habitat ou l'abandon d'un habitat en détérioration se limitent au stade glochidial d'enkystement sur le poisson hôte.