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Programme de rétablissement de la dysnomie ventrue jaune, l'épioblasme tricorne, le pleurobème écarlate, la mulette du Necturus et la villeuse haricot au Canada (version finale)


3. Information sur l'espèce – Pleurobème écarlate


Nom commun – pleurobème écarlate
Nom scientifique – Pleurobema sintoxia
Statut du COSEPAC –en voie de disparition
Justification de la désignation du COSEPAC –L'espèce occupe seulement une zone dans le lac Sainte-Claire et trois bassins hydrographiques du sud de l'Ontario. On considère qu'elle est disparue de 65 % de son aire de répartition antérieure en Ontario; son habitat subit des déclins continus en raison du développement agricole, industriel et urbain. La présence de la moule zébrée a entraîné des effets irréversibles dans le lac Sainte-Claire et éventuellement dans les bassins de retenue de la rivière Sydenham.
Répartition – Ontario
Historique du statut – Désignée espèce en voie de disparition en 2004

Le pleurobème écarlate est une moule d'eau douce de taille moyenne à grande dont la morphologie varie fortement selon l'habitat. En effet, dans les rivières, la coquille de cette moule est comprimée, solide et quelque peu rectangulaire. Le bec de cette moule, également comprimé, est légèrement élevé et projeté vers l'avant, mais uniquement au delà de la ligne d'articulation. La coquille du pleurobème des Grands Lacs est, quant à elle, plus petite et gonflée, avec un bec plein qui s'élève et se projette vers l'avant, bien au delà de la ligne d'articulation (COSEPAC, 2004). L'extrémité antérieure est arrondie et l'extrémité postérieure possède un angle droit et tronqué. L'arête postérieure est arrondie, se terminant en un point émoussé. Chez les juvéniles, la coquille est de couleur havane et affiche des rayures vertes distinctes qui s'estompent à mesure que la coquille grandit. Chez les adultes, la coquille est d'un roux profond strié de bandes foncées et elle peut faire jusqu'à 13 cm. La surface est rugueuse et présente des bourrelets de croissance concentriques. Le pleurobème possède deux dents pseudocardinales dans la valve gauche qui sont grosses, rectangulaires et dentelées. Une dent pseudocardinale, située dans la valve droite, est basse et rugueuse. La valve gauche compte deux dents latérales et la valve droite, une seule; ces dents sont droites, modérément hautes et finement dentelées.

Figure 7. Pleurobème écarlate (Pleurobema sintoxia). Photo : gracieuseté de J.L. Metcalfe-Smith, Environnement Canada
Figure 7. Pleurobème écarlate (Pleurobema sintoxia). Photo : gracieuseté de J.L. Metcalfe-Smith, Environnement Canada

Le pleurobème peut vivre dans des habitats très diversifiés allant des petites aux grandes rivières et dans des grands lacs, sur des substrats de sable, de gravier, de roches et de boue. L'espèce occupait autrefois tous les bassins hydrographiques du fleuve Mississippi et de la rivière Ohio, notamment dans les États de l'Alabama, de l'Arkansas, de l'Illinois, de l'Indiana, de l'Iowa, du Kansas, du Kentucky, du Michigan, du Minnesota, du Missouri, du Nebraska, de l'État de New York, de l'Ohio, de l'Oklahoma, de la Pennsylvanie, du Dakota du Sud, du Tennessee, de la Virginie occidentale et du Wisconsin. Au Canada, l'espèce se trouvait dans les rivières Détroit, Grand, Niagara, Thames et Sydenham ainsi que dans le lac Sainte-Claire et dans le bassin ouest du lac Érié. Le pleurobème écarlate est largement répandu, mais il n'est que rarement abondant, voire jamais (COSEPAC, 2004). Aux États-Unis, les aires de répartition actuelles du pleurobème écarlate sont semblables à ce qu'elles étaient autrefois, quoique les grandes populations des rivières soient pour la plupart disparues du nord des États du Midwest. Bon nombre de populations habitent toujours les bassins hydrographiques du fleuve Mississippi et de la rivière Ohio. L'espèce est classée en tant qu'espèce commune (G4) en Amérique du Nord, même si elle a été inscrite sur la liste des espèces en voie de disparition en Iowa et en Pennsylvanie, des espèces menacées au Minnesota, des espèces préoccupantes au Michigan et au Wisconsin et des espèces d'intérêt particulier en Ohio. À l'heure actuelle, le pleurobème n'a pas été inscrit sur la Liste de la U.S. Endangered Species Act.

En Ontario, on croit que le pleurobème écarlate est disparu des eaux extralittorales des lacs Érié et Sainte-Claire ainsi que des rivières Detroit et Niagara. L'espèce n'a pas été observée dans le bassin ouest du lac Érié depuis le début des années 1950, ni dans les eaux extralittorales du lac Sainte-Claire (à l'extérieur du delta) depuis 1990 (COSEPAC, 2004). Il se pourrait que l'on découvre de petites populations isolées dans quelques secteurs littoraux même si, jusqu'ici, on n'en a trouvé aucune. Un relevé réalisé en 2001 dans la rivière Niagara n'a révélé la présence d'aucune espèce de moules indigènes vivantes. De petites populations de pleurobèmes écarlates, probablement des populations reliques, occupent les rivières Grand et Thames. À plusieurs sites différents des bras est et nord de la rivière Sydenham, des populations se reproduisent encore.

Répartition

Aire de répartition totale

Aux États-Unis, le pleurobème écarlate est présent en Alabama, en Arkansas, en Illinois, en Indiana, en Iowa, au Kansas, au Kentucky, au Michigan, au Minnesota, au Missouri, au Nebraska, dans l'État de New York, en Ohio, en Oklahoma, en Pennsylvanie, au Dakota du Sud, au Tennessee, en Virginie occidentale et au Wisconsin.

Aire de répartition au Canada

L'espèce se reproduit encore dans la rivière Sydenham et dans le delta de la rivière Sainte-Claire. Des populations résiduelles occupent toujours les eaux riveraines des lacs Érié et Sainte-Claire ainsi que les rivières Grand et Thames.

Pourcentage de l'aire de répartition au Canada

Le Canada représente actuellement moins de 5 % de l'aire de répartition totale de l'espèce.

Tendance en matière de répartition

Aux États-Unis, l'aire de répartition actuelle du pleurobème écarlate est semblable à ce qu'elle était autrefois, bien que la plupart des grandes populations des rivières soient disparues du nord du Midwest. Des populations survivent toujours dans les tributaires du fleuve Mississippi et de la rivière Ohio. Au Canada, des populations habitaient le bassin ouest du lac Érié et les eaux extralittorales du lac Sainte-Claire, mais elles ont disparu. Dans le lac Sainte-Claire, la population résiduelle se trouve entièrement sur le territoire de la Première nation de l'île Walpole. Le pleurobème était répandu en aval et en amont de la rivière Thames, mais il est maintenant limité à une très petite population (probablement relique) dans les tronçons supérieurs des rivières Middle et South Thames. Par le passé, on l'observait dans les tronçons inférieurs de la rivière Grand, en aval de Brantford, bien que des coquilles aient été trouvées à l'occasion plus loin dans le bassin hydrographique (Metcalfe-Smith et al., 2000).

Même si le pleurobème écarlate est bien répandu dans l'ensemble de la rivière Sydenham, il reste néanmoins une espèce peu commune.

Figure 8. Aire de répartition totale du pleurobème écarlate.
Figure 8. Aire de répartition totale du pleurobème écarlate.

 

Figure 9. Répartition du pleurobème écarlate au Canada.
Figure 9. Répartition du pleurobème écarlate au Canada.

 

Abondance de la population

Aire de répartition totale

Aux États-Unis, de nombreuses populations de pleurobèmes écarlates ont connu des déclins et, dans certains secteurs, elles ne montrent aucun signe de recrutement récent (COSEPAC, 2004).

Aire de répartition au Canada

Le pleurobème écarlate n'a pas été observé dans le bassin ouest du lac Érié depuis 1951-1952, ni dans les eaux extralittorales du lac Sainte-Claire depuis 1990 (COSEPAC, 2004). Cependant, selon des relevés effectués en 2002, on a signalé la présence 42 pleurobèmes écarlates provenant de trois emplacements situés près du rivage au large de l'île Squirrel dans le delta Sainte-Claire. On n'a relevé aucun spécimen vivant dans les 92 autres emplacements riverains recensés. Les résultats de relevés récents menés dans les rivières Detroit et Niagara indiquent que le pleurobème écarlate est disparu de ces rivières. Dans la rivière Grand, le faible nombre de spécimens vivants et un manque de petits spécimens reflètent vraisemblablement une diminution du taux de reproduction. La population de la rivière East Thames limitée à un très petit secteur dans les tronçons supérieurs des rivières Middle et South Thames, entre Thamesford et London. Le pleurobème écarlate a toujours été rare dans la rivière Sydenham. On a observé 45 spécimens à 7 emplacements différents dans la rivière Sydenham est entre Rokeby et Dawn Mills ainsi qu'à un emplacement dans le bras nord de la rivière (COSEPAC, 2004).

Pourcentage de l'abondance totale au Canada

Le Canada compte actuellement au moins de 5 % du nombre total d'individus de cette espèce.

Tendance démographique

Au Canada, la répartition actuelle du pleurobème écarlate se limite au delta de la rivière Sainte-Claire ainsi qu'à trois rivières du sud-ouest de l'Ontario. On a identifié le delta de la rivière Sainte-Claire comme refuge potentiel pour les unionidés afin de les protéger des effets causés par la moule zébrée (Zanatta et al., 2002). Des relevés effectués en 2002 ont révélé la présence du pleurobème écarlate à trois emplacements dans le delta de la rivière Sainte-Claire; toutefois, un échantillonnage répété effectué en 2003 à ces mêmes emplacements a montré des déclins dans chacun des trois emplacements. Dans la rivière Grand, le faible nombre d'individus vivants et un manque de petits spécimens reflètent vraisemblablement une diminution du taux de reproduction. Pour ce qui est de la rivière Thames, une population relique (individus de grande taille, aucun signe de reproduction) vit dans les tronçons supérieurs de la rivière Middle Thames, et une population occupe la rivière entre Thamesford et le confluent avec la rivière South Thames. Dans la rivière Sydenham est, on a observé le pleurobème écarlate à sept emplacements différents ainsi qu'à un autre site dans le bras nord de la rivière. La taille des spécimens prélevés indique un recrutement. On considère que la population de la rivière Sydenham est celle qui est le plus en santé en Ontario.

Facteurs limitatifs biologiques

Caractéristiques de la reproduction

La biologie reproductive du pleurobème écarlate ressemble à celle de la plupart des moules. Ainsi, pendant le frai, les mâles libèrent leur sperme dans la colonne d'eau et les femelles, qui se trouvent en aval, le filtrent grâce à leurs branchies. Les femelles portent leurs jeunes du stade de l'œuf au stade larvaire dans une région particulière de leurs branchies appelées marsupia. Les juvéniles immatures, appelés glochidies, se développent dans les marsupia des branchies et sont libérés par la femelle dans la colonne d'eau et vivent une période de parasitisme sur des espèces appropriées de poissons hôtes. Le développement du pleurobème jusqu'au stade juvénile ne peut pas se poursuivre sans une période d'enkystement sur l'hôte.

Les glochidies sont de forme presque ovale, ne portent pas de crochets et mesurent 150 µm tant en hauteur qu'en largeur (Clarke, 1981). L'absence de crochets indique que ce sont des parasites qui se logent dans les branchies.

Parmi les poissons hôtes connus du pleurobème écarlate, mentionnons le crapet arlequin (Lepomis macrochirus), le méné bleu (Cyprinella spiloptera), le ventre-pourri (Pimephales notatus), le ventre rouge du Nord (Phoxinus eos) et le ventre rouge du Sud (Phoxinus erythrogaster) (Hove, 1995). En Ontario, toutes ces espèces, à l'exception du ventre rouge du Sud, se trouvent en général avec le pleurobème écarlate. On pense qu'elles servent d'hôtes pour les glochidies, même si aucun essai n'a été mené à ce sujet du fait que l'on n'a pas encore localisé de femelles gravides.

Dispersion

À l'instar de la plupart des moules d'eau douce, le pleurobème écarlate dispose de capacités de dispersion très limitées. Les adultes sont essentiellement sessiles, leurs déplacements se limitant à quelques mètres sur le fond de la rivière ou du lac. Même si le déplacement des adultes peut être dirigé en amont ou en aval, les études ont montré dans le temps un déplacement net descendant (Balfour et Smock, 1995; Villella et al., 2004). La dispersion à grande échelle, les déplacements vers l'amont et l'invasion d'un nouvel habitat ou l'abandon d'un habitat en détérioration se limitent au stade glochidial d'enkystement sur le poisson hôte.