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Programme de rétablissement de la dysnomie ventrue jaune, l'épioblasme tricorne, le pleurobème écarlate, la mulette du Necturus et la villeuse haricot au Canada (version finale)


4. Information sur l'espèce – Mulette du Necturus


Nom commun – mulette du Necturus1
Nom scientifique Simpsonaias ambigua
Statut du COSEPAC – en voie de disparition
Justification de la désignation du COSEPAC – Les mulettes du Necturus ont subi des déclins dans leur aire de répartition et leur population est extrêmement fragmentée. Au Canada, on ne les observe plus qu'à trois sites, lesquels sont tous situés dans la rivière Sydenham. La mulette du Necturus n'a qu'une seule espèce hôte, le necture tacheté (Necturus maculosis). Toute menace affectant le necture tacheté constitue aussi une menace pour les mulettes.
Répartition – Ontario
Historique du statut – Espèce désignée en voie de disparition en 2001

1 Cette espèce est également connue sous le nom de moule salamandre.

La mulette du Necturus est une petite moule d'eau douce qui se distingue des autres moules par sa coquille de forme elliptique allongée, ses dents cardinales incomplètes, son bec en forme de boucle double et son periostracum (surface de la coquille) brun et exempt de rayures. Sa coquille est mince et fragile; chez le mâle, elle est comprimée alors que chez la femelle, sa face postérieure est légèrement gonflée. La face antérieure est beaucoup plus épaisse que la face postérieure. Les extrémités antérieures et postérieures sont arrondies; les marges dorsales et ventrales sont presque droites et parallèles. L'arête postérieure est arrondie. Les becs sont situés environ au quart de la distance séparant la face antérieure de la face postérieure, et ils s'élèvent légèrement au-dessus de la ligne d'articulation et sont quelque peu ramassés. La structure du bec se compose de quatre à cinq arêtes en forme de boucle double. Le periostracum est lisse, d'un brun jaunâtre à un brun foncé, et il est dépourvu de rayures. Les dents pseudocardinales sont très petites, basses et arrondies – chaque valve en compte une. Elle ne présente pas de dents latérales (Watson et al., 2001b).

Figure 10. Mulette du Necturus, Simpsonaias ambigua Photo : gracieuseté de D. Zanatta, Université de Toronto
Figure 10. Mulette du Necturus, Simpsonaias ambigua Photo : gracieuseté de D. Zanatta, Université de Toronto

La mulette du Necturus était autrefois présente en Arkansas, en Illinois, en Indiana, en Iowa, au Kentucky, au Michigan, au Minnesota, au Missouri, dans l'État de New York, en Ohio, en Pennsylvanie, au Tennessee, en Virginie occidentale, au Wisconsin de même qu'en Ontario (TNC, 2000a). On la trouvait dans les bassins hydrographiques des lacs Sainte-Claire, Huron et Érié ainsi que dans les réseaux des rivières Ohio et Cumberland et celui du nord du fleuve Mississippi (Clarke, 1985). En Ontario, il existe seulement trois relevés antérieurs concernant cette espèce, deux menés dans la rivière Sydenham dans les années 1960 et un dans la rivière Détroit en 1934.

Aux États-Unis, on pense que la mulette du Necturus n'est seulement présente maintenant que dans 32 des 80 rivières et cours d'eau pour lesquels on dispose de relevés antérieurs. On croit qu'elle est disparue de l'Iowa, de l'État de New York et du Tennessee. L'organisme The Nature Conservancy a attribué à l'espèce la cote de G3 (rare et peu commune à l'échelle mondiale), et une cote SRANK (provincial) de S1 dans six États et de S2 dans quatre autres États (TNC, 2000a). L'espèce est désignée comme espèce en voie de disparition en Illinois, au Michigan de même qu'au Tennessee; comme espèce menacée au Minnesota, en Ohio et au Wisconsin; et comme espèce préoccupante en Indiana.

En Ontario, le Centre d'information sur le patrimoine naturel de l'Ontario avait donné la cote SH à la mulette du Necturus (selon des données antérieures; aucune occurrence vérifiée au cours des 20 dernières années) jusque vers la fin des années 1990. Puis, de 1997 à 1999, des relevés intensifs menés sur des tributaires du lac Érié, du lac Sainte-Claire et dans la portion inférieure du lac Huron ont permis de recueillir un total de 90 spécimens provenant de huit sites différents sur la rivière Sydenham, un site dans le delta de la rivière Sainte-Claire et d'un site sur la rivière Thames (Metcalfe-Smith et al., 1998, 1999). La plus importante population restante de mulette du Necturus en Ontario se limite au tronçon intermédiaire de la rivière Sydenham est. Trois spécimens vivants ont été trouvés dans le delta de la rivière Sainte-Claire en 1999, bien qu'aucun autre spécimen n'ait été trouvé dans ce secteur récemment. Une seule mulette vivante a été rapportée dans la rivière Thames en 1998. D'autres relevés effectués dans ce bassin hydrographique n'ont révélé aucun individu vivant ou mort dans la rivière Thames. À partir de ces résultats, la cote de la mulette du Necturus est passée de SH à S1 en Ontario.

La mulette du Necturus habite la région la plus fortement peuplée et intensivement cultivée du Canada, soit le sud-ouest de l'Ontario. Les effets de l'agriculture, de l'urbanisation et de l'industrialisation ont vraisemblablement entraîné une disparition de l'habitat de l'espèce dans les rivières et Thames. Dans la rivière Sydenham est, l'incidence de l'urbanisation est moindre que dans d'autres rivières du sud-ouest de l'Ontario et la qualité de l'eau se serait accrue ces dernières années en raison d'une amélioration du traitement des eaux usées. Cependant, les activités agricoles ont augmenté, et les eaux de ruissellement chargées de limon et de produits chimiques agricoles peuvent continuer à limiter la répartition de la mulette du Necturus dans ce réseau hydrographique (Dextrase et al., 2003).

Répartition

Aire de répartition totale

On trouveactuellement la mulette du Necturus en Arkansas, en Illinois, en Indiana, au Kentucky, au Minnesota, au Missouri, en Ohio, en Pennsylvanie, en Virginie occidentale, au Wisconsin de même qu'en Ontario.

Aire de répartition au Canada

Il n'y a que trois relevés antérieurs de la mulette du Necturus au Canada, deux menés dans la rivière Sydenham au milieu des années 1960 et un dans la rivière Détroit en 1934. Maintenant en Ontario, ce n'est que dans la rivière Sydenham est que l'on trouve la mulette du Necturus même si, en 1998, un spécimen vivant a été observé dans la rivière Thames dans la ville de London. Selon certaines hypothèses, la limite la plus au nord de l'aire de répartition de la mulette du Necturus serait la région des Grands Lacs et, par conséquent, cette dernière serait naturellement rare à cet endroit.

Figure 11. Aire de répartition totale de la mulette du Necturus.
Figure 11. Aire de répartition totale de la mulette du Necturus.

 

Figure 12. Répartition de la mulette du Necturus au Canada.
Figure 12. Répartition de la mulette du Necturus au Canada

 

Pourcentage de l'aire de répartition totale au Canada

LeCanada représente actuellement moins de 5 % de l'aire de répartition totale de l'espèce.

Tendance en matière de répartition

Aux États-Unis, la mulette du Necturus n'est plus présente que 60 % des rivières et des cours d'eau qu'elle occupait autrefois; elle est même disparue de l'Iowa, de l'État de New York, du Tennessee ainsi que du Michigan. Au Canada, on l'observait autrefois dans les rivières Détroit et Sydenham, mais les relevés récemment menés dans les deux rivières prouvent qu'elle ne subsiste que dans la rivière Sydenham. De 1997 à 1999, on a prélevé des individus vivants à huit emplacements différents dans un tronçon de 50 km de la rivière Sydenham est. Les tailles largement variées des spécimens vivants et des coquilles fraîches prélevés indiquaient un recrutement continu.

Abondance de la population

Aire de répartition totale

Aux États-Unis, on sait que des populations habitent 11 États et que leur aire de répartition semble diminuer dans la plupart d'entre eux. On croit que la mulette du Necturus est présente dans seulement 32 des 80 rivières et cours d'eau dans lesquels on a déjà mené des relevés.

Aire de répartition au Canada

Au cours des relevés intensifs menés en 1997-1998 à 66 emplacements sur des tributaires du lac Érié, du lac Sainte-Claire et dans la portion inférieure du lac Huron (Metcalfe-Smith et al., 1998, 1999) et des prélèvements supplémentaires effectués à certains de ces emplacements en 1998 et en 1999, on a observé un total de 90 spécimens provenant de huit emplacements différents sur la rivière Sydenham et d'un emplacement sur la rivière Thames.

Pourcentage de l'abondance totale au Canada

Le Canada représente actuellement moins de 5 % de l'aire de répartition totale de l'espèce. On ne dispose pas d'estimations relatives à l'abondance de la population.

Tendance démographique

Aux États-Unis, la mulette du Necturus ne se trouve plus dans 60 % des rivières et des cours d'eau qu'elle occupait autrefois; elle est disparue de l'Iowa, de l'État de New York, du Tennessee, et du Michigan. Au Canada, on sait qu'elle occupait autrefois les rivières Détroit et Sydenham, mais des relevés récents effectués dans les deux rivières prouvent qu'elle ne subsiste que dans la rivière Sydenham. De 1997 à 1999, on a prélevé des individus vivants à huit emplacements différents sur un tronçon de 50 km de la rivière Sydenham est. Les tailles largement variées des spécimens vivants et des coquilles fraîches prélevés indiquaient un recrutement continu.

Facteurs biologiques limitatifs

Caractéristiques de la reproduction

Même si la biologie reproductive de la mulette du Necturus ressemble à celle de la plupart des moules, cette espèce est unique du fait qu'elle est la seule à utiliser un hôte autre qu'un poisson. Ainsi, pendant le frai, les mâles libèrent leur sperme dans la colonne d'eau et les femelles, qui se trouvent en aval, filtrent ce sperme grâce à leurs branchies. La fertilisation peut ainsi se produire dans une région particulière des branchies appelées marsupia, et les glochidies sont libérés par la femelle dans la colonne d'eau pour entreprendre une période de parasitisme sur des espèces appropriées de poissons hôtes. Le développement de la mulette du Necturus ne peut pas se poursuivre jusqu'au stade juvénile sans une période d'enkystement sur l'hôte. Les glochidies de la mulette du Necturus sont pourvues de crochets qui lui permettent vraisemblablement de bien se fixer aux branchies externes de leur hôte. Une fois fixées sur un hôte, les glochidies deviennent complètement enkystées au bout de 36 heures. Une fois l'enkystement réussi, il peut s'écouler de 6 jours à plus de 6 mois avant que la transformation du stade de glochidium au stade de juvénile ne soit terminée (Kat, 1984). Pendant cette période, le glochidium vit en parasite. Une fois la métamorphose terminée, le juvénile rompt le kyste en déployant son pied (Lefevre et Curtis, 1910). Le necture tacheté, Necturus maculosus, est le seul hôte connu de la mulette du Necturus. Ce poisson est largement répandu dans les lacs et les rivières de tout le Québec, de l'Ontario et du Manitoba. Il occupe des régions où l'on trouve des roches plates, des billes submergées, des morceaux de bois et d'autres débris. Les conditions de l'habitat du necture tacheté correspondent aux caractéristiques de l'habitat que l'on associe habituellement à la mulette du Necturus.

Dispersion

À l'instar de la plupart des moules d'eau douce, la mulette du Necturus dispose de capacités de dispersion très limitées. Les adultes sont essentiellement sessiles, leurs déplacements se limitant à quelques mètres sur le fond de la rivière ou du lac. Même si le déplacement des adultes peut être dirigé en amont ou en aval, les études ont montré dans le temps un déplacement net descendant (Balfour et Smock, 1995; Villella et al., 2004). La dispersion à grande échelle, les déplacements vers l'amont et l'invasion d'un nouvel habitat ou l'abandon d'un habitat en détérioration se limitent au stade glochidial d'enkystement sur le poisson hôte.