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Programme de rétablissement de la dysnomie ventrue jaune, l'épioblasme tricorne, le pleurobème écarlate, la mulette du Necturus et la villeuse haricot au Canada (version finale)


6. Menaces

Les cinq espèces de moule sont toutes exposées à un vaste éventail de stress dans toute leur aire de répartition. Dans le bassin hydrographique de la rivière Sydenham, Jacques Whitford Environment Ltd. (2001) a identifié les principaux stress anthropiques affectant les populations des espèces en péril : charges de solides en suspension, qui rendent l'eau turbide et provoquent l'envasement; concentrations d'éléments nutritifs; contaminants; effets thermiques et espèces exotiques. Ces éléments représentent les menaces les plus importantes pour ces espèces au Canada. Les paragraphes suivants soulignent les menaces observées dans les rivières Sydenham et Ausable et le delta de la rivière Sainte-Claire, où l'on trouve encore des populations reproductrices. Les populations reliques de ces cinq espèces dans les rivières Détroit, Thames, Grand et Niagara ainsi que dans les eaux extraterritoriales du lac Érié et dans le lac Sainte-Claire sont examinées dans la section Habitats occupés autrefois.

Menaces pesant sur les populations actuelles

Populations des rivières Sydenham, Ausable et du delta de la rivière Sainte-Claire

Envasement

On présume que l'apport de solides en suspension, qui cause la turbidité de l'eau et l'envasement, est le principal facteur limitant pour la plupart des espèces en péril habitant les rivières Sydenham et Ausable. La majorité des espèces de moule rares ont besoin de gravier et de bancs de sable propres et sont particulièrement sensibles à l'envasement, qui peut enfouir et étouffer les moules et les empêcher de se nourrir et de se reproduire. Clarke (1992) signale que toutes les espèces qu'il n'a pas relevées dans la rivière Sydenham depuis 1991 étaient des espèces habitant des bancs, telles que la dysnomie ventrue jaune et l'épioblasme tricorne. L'épioblasme tricorne et la villeuse haricot sont les deux seules espèces trouvées en Ontario qui s'enfouissent complètement dans le substrat. Ces espèces peuvent être plus sensibles à la sédimentation que la plupart des autres espèces de moule parce qu'une accumulation de vase sur le lit du cours d'eau réduit le débit d'eau et les concentrations d'oxygène dissous sous la surface (Watson et al.,2001b). Bien que la mulette du Necturus puisse être directement affectée par l'envasement autour des roches plates, des billes et autres débris sous lesquels on la trouve, il est plus probable qu'elle subisse des impacts indirects puisque certaines observations donnent à penser que l'envasement a fait disparaître l'espèce de certains secteurs en réduisant son accès aux sites de nidification et aux endroits où elle s'abrite (Gendron, 1999).

Charges en éléments nutritifs

Ces bassins hydrographiques affichent des concentrations élevées de composés de phosphore et d'azote, principalement d'origine agricole, lesquelles représentent des risques potentiels pour la faune aquatique. Les concentrations moyennes totales de phosphore dans les sites de la rivière Sydenham est vont de 0,125 à 0,147 mg/L et atteignent des pointes aussi élevées que 2,9 mg/L; celles dans les sites du bassin de la rivière Sydenham nord étaient environ trois fois plus élevées. Il n'est donc pas étonnant que l'azote ait remplacé le phosphore comme élément nutritif limitant dans le réseau. Bien que l'on n'ait pas observé de proliférations des cyanobactéries, qui apparaissent quand l'azote est le facteur limitant, il peut quand même y avoir d'importantes réductions des concentrations d'oxygène dissous la nuit. Par ailleurs, les éléments nutritifs entrent dans le réseau de plusieurs façons, et selon la surveillance des données sur la qualité de l'eau à long terme, une grande partie de la charge en éléments nutritifs est liée aux matières solides en suspension qui proviennent probablement des terres agricoles. On observe également des déversements de fumier qui peuvent avoir des effets importants sur l'enrichissement en éléments nutritifs et qui peuvent être extrêmement toxiques pour les poissons et les invertébrés. Les secteurs urbains sont peu importants dans les bassins hydrographiques, mais contribuent tout de même aux charges totales en éléments nutritifs par le rejet des eaux usées municipales. La charge attribuable aux fosses septiques domestiques peut également être importante.

Les concentrations d'éléments nutritifs dans la rivière Ausable excèdent habituellement les objectifs provinciaux en matière de qualité de l'eau; les concentrations moyennes de nitrate observées à huit postes dans le bassin hydrographique ont varié de 3,5 à 5,6 mg/L entre 1965 et 2002 (Équipe de rétablissement de la rivière Ausable, 2005). Les concentrations de phosphore sont également élevées dans le bassin hydrographique de la rivière Ausable (de 30 à 58% dans la fraction dissoute [Veliz, 2003]).

Contaminants

Les herbicides et les insecticides utilisés en agriculture et dans les secteurs urbains ruissellent dans le bassin hydrographique de la rivière Sydenham et pourraient avoir un impact important sur des espèces en péril de ce réseau. Les routes et les secteurs urbains peuvent également être une source importante de contaminants pour les cours d'eau, dont de l'huile, de la graisse, des métaux lourds et des chlorures. Jusqu'à 1990 environ, les concentrations de chlorure dans la rivière Sydenham nord étaient assez élevées pour causer une importante dégradation biologique. Les concentrations de chlorure à chacun des trois sites de surveillance du bras nord étaient aussi élevées que 1000 mg/L entre 1967 et 1990 et excédaient souvent 200 mg/L, que l'on estime être la concentration minimale causant une toxicité à long terme chez certains organismes dulcicoles (Evans et Frick 2002). Avant 1990, on rejetait les eaux de formation salines produites par les puits de pétrole locaux dans les eaux de surface du bassin hydrographique de la rivière Sydenham nord. Depuis, on les rejette dans la terre, et les concentrations de chlorure sont revenues à des niveaux semblables à celles de la rivière Sydenham est (10-50 mg/L). On ignore les impacts des concentrations élevées de chlorure sur les espèces en péril situées dans le bassin hydrographique de la rivière Sydenham nord.

Le ruissellement des pesticides (c.-à-d. herbicides et insecticides) utilisés par les agriculteurs et dans les secteurs urbains pénètre dans le bassin de la rivière Ausable et pourraient avoir un impact important sur des espèces en péril de ce réseau. Par exemple, selon la surveillance des pesticides en usage en 2002 dans le tributaire à l'embouchure de la rivière Ausable, l'atrazine et la desethylatrazine excèdent les concentrations figurant dans les lignes directrices fédérales sur la protection de la vie aquatique (J. Struger, Environnement Canada, cité par l'Équipe de rétablissement de la rivière Ausable, 2005). On n'a pas mesuré l'ampleur et l'impact de ces dernières et celles d'autres contaminants toxiques (p. ex., chlorure) sur les espèces en péril, et c'est pourquoi on ignore l'importance de leur menace. Il est probable que cette menace soit répandue, car les pesticides proviennent principalement des terres agricoles. Les risques concernant les contaminants toxiques qui affectent certaines espèces peuvent être augmentés au stade juvénile (en particulier pour les moules) et parfois dans les périodes de stress accru.

Effets thermiques

La transformation des zones riveraines en terres agricoles augmente le rayonnement solaire sur la surface des cours d'eau. Bien qu'il y ait des couloirs riverains le long de la rivière Sydenham et de ses tributaires, leur largeur et leur qualité varient, et il y a de grands tronçons dépourvus de zones riveraines. Les réservoirs augmentent également les températures en raison de l'accroissement de la surface exposée au soleil et de la faible circulation de l'eau. Le bassin hydrographique de la rivière Sydenham compte six réservoirs importants dans les secteurs de conservation : Strathroy, Coldstream, Petrolia, Alvinston, Henderson et Warwick. Finalement, on s'attend à ce que les changements climatiques à l'échelle mondiale (entre autres perturbations) entraînent l'augmentation des températures de l'eau de surface dans le sud de l'Ontario. Bien que la rivière Sydenham affiche un environnement d'eau tempérée que de nombreuses espèces tolèrent, l'accroissement des températures de l'eau peut occasionner un stress supplémentaire pour certaines d'entre elles. L'accroissement des températures peut également augmenter la croissance d'algues qui pourraient entraîner la réduction des concentrations d'oxygène dissous la nuit.

Espèces exotiques

Les moules dreissénidées, qui ont été introduites et qui se sont disséminées dans l'ensemble des Grands Lacs vers la fin des années 1980, ont décimé les populations de moules indigènes du cours inférieur des Grands Lacs du côté de l'Ontario (Schloesser et al.,2006; Schloesser et al., 1996; Schloesser et Nalepa, 1994). Les moules zébrée et quagga se fixent à la coquille des moules et perturbent leur alimentation, leur respiration, leur excrétion et leurs mouvements (Haag et al.,1993; Baker et Hornback, 1997). La découverte récente d'un refuge pour les moules indigènes, dont fait partie le pleurobème écarlate, dans la région du delta de la rivière Sainte-Claire suscite de l'espoir quant à leur coexistence continue avec les moules dreissénidées. Cependant, on ignore si cette communauté indigène de moule est stable ou si elle connaît simplement un déclin plus lent que d'autres communautés des Grands Lacs (Zanatta et al., 2002). Il est clair que les moules dreissénidées constituent la menace la plus importante pour toutes les moules indigènes du delta de la rivière Sainte-Claire.

Actuellement, les moules dreissénidées ne sont présentes que dans les tronçons inférieurs de la rivière Sydenham. Elles ne menacent pas les populations des cinq espèces de moule dont il est question, car les bateaux ne peuvent naviguer dans la rivière, laquelle ne compte aucun bassin de retenue important qui pourrait soutenir une colonie permanente (Dextrase et al.,2003). Cependant, les réservoirs de Coldstream et de Strathroy, dans les cours supérieurs de la rivière Sydenham est, sont préoccupants.

Actuellement les moules dreissénidées n'ont pas colonisé la rivière Ausable ou ses réservoirs; cependant, si elles s'y établissent (p. ex., dans le réservoir du barrage Morrison), elles représenteront probablement une menace importante pour ces espèces.

À l'heure actuelle, une autre espèce exotique pourrait avoir des effets négatifs dans la rivière Sydenham. Il s'agit de la carpe commune (Cyprinus carpio). Cette espèce, qui abonde dans tout le bassin hydrographique, est susceptible d'avoir des effets négatifs sur des espèces vulnérables. Bien qu'elles puissent consommer des moules juvéniles, le fait qu'elles déracinent des plantes et qu'elles se nourrissent d'organismes vivant dans les sédiments peut augmenter la turbidité de façon importante, ce qui constitue probablement un impact plus grand encore (Dextrase et al.,2003). Le gobie arrondi (Neogobius melanostomus) a décimé des populations de chabot tacheté et probablement celles du fouille-roche de la rivière Sainte-Claire (French et Jude, 2001). Cette espèce peut constituer une menace directe pour les espèces de poissons en péril et peut menacer indirectement des espèces de moule si des populations de poissons hôtes sont affectées. Aucune étude n'a encore été menée sur la présence de gobie arrondi dans les tronçons des rivières Sydenham et Ausable habités par ces moules, mais il abonde dans le lac Sainte-Claire et ses voies interlacustres (Ray et Corkum, 2001). On a récemment confirmé la présence de cette espèce dans le ruisseau Running à Wallaceburg, près de l'embouchure de la rivière Sydenham (E. Holm, Musée royal de l'Ontario, communication personnelle). D'autres espèces exotiques sont fortement susceptibles d'être introduites dans ces eaux en raison du mouvement des bateaux en provenance de secteurs infestés, de l'utilisation de poissons-appâts vivants ou de l'invasion naturelle d'espèces introduites dans le bassin des Grands Lacs.

Tableau 1 – Évaluation des menaces pesant sur les populations de dysnomies ventrues jaunes, de mulettes du Necturus, de pleurobèmes écarlates, de villeuses haricot et d'épioblasmes tricornes dans les rivières Sydenham et Ausable
MenaceImpact relatifRépartition spatialeRépartition temporelleProbabilité des effets
Envasement et turbidité
Prédomine
Répandu
Chronique, épisodique
Probable
Concentrations d'éléments nutritifs
Contribue
Répandu
Chronique, épisodique
Probable
Composés toxiques
Contribue
Répandu
Chronique, épisodique
Probable
Effets thermiques
Contribue
Répandu
Chronique
Probable
Espèces exotiques
Contribue
Répandu
Chronique
Probable

Espèces de poissons hôtes

En raison de la phase parasitaire de leur cycle biologique, la dysnomie ventrue jaune, la mulette du Necturus, le pleurobème écarlate, la villeuse haricot et l'épioblasme tricorne sont non seulement vulnérables aux facteurs environnementaux qui les limitent directement, mais également aux facteurs qui affectent leur hôte (Burky, 1983; Bogan, 1993). Ainsi, tout facteur qui modifie l'abondance ou la composition de la faune hôte peut avoir des effets néfastes sur les populations de moules.

Jusqu'à récemment, on ignorait complètement quels étaient les hôtes des glochidies de la dysnomie ventrue jaune au Canada. Les études sur l'identification des poissons hôtes menées à l'Université de Guelph (McNichols et Mackie, 2002; McNichols et Mackie, 2003; McNichols et al., 2004) nous ont permis de constater que la dysnomie ventrue jaune peut utiliser jusqu'à sept espèces hôtes, notamment le dard noir, le dard barré, le dard à ventre jaune, le raseux-de-terre, le fouille-roche, le chabot tacheté et le dard arc-en-ciel. De ces sept espèces hôtes, seuls le dard noir, le raseux-de-terre et le fouille-roche sont fréquemment observés dans la rivière Sydenham. En effet, il est possible que le chabot tacheté ait déjà servi d'hôte, mais il est probable que son aire de répartition se limite maintenant aux régions d'amont plus froides, qui ne sont pas occupées par la dysnomie ventrue jaune (Staton et al., 2000).

On a pensé que l'épioblasme tricorne avait deux espèces hôtes en Ontario, à savoir le dard noir et le fouille-roche. Selon les données historiques sur la répartition de ces deux espèces, le fouille-roche devait être le principal hôte, car sa répartition ressemblait davantage à celle de l'épioblasme tricorne (Watson et al., 2001a). Les récentes observations sur le dard noir montrent qu'il occupe présentement le même tronçon de la rivière Sydenham que l'épioblasme tricorne. Cependant, il est moins probable qu'il soit un poisson hôte, puisqu'on ne l'a jamais observé dans les tronçons des rivières Grand et Thames, où l'épioblasme tricorne a déjà été présent. Selon les études sur l'identification des poissons hôtes menées à l'Université de Guelph (McNichols et Mackie, 2002; McNichols et Mackie, 2003; McNichols et al., 2004), l'épioblasme tricorne s'est développé avec succès sur six espèces hôtes, à savoir l'épinoche à cinq épines, le dard à ventre jaune, le fouille-roche, le chabot tacheté, l'achigan à grande bouche et le dard arc-en-ciel. Des études répétées ont confirmé que le fouille-roche était bel et bien un hôte, alors que les trois autres espèces doivent faire l'objet d'études plus approfondies. L'Université de Guelph a mené des plusieurs essais sur le dard noir, mais aucun épioblasme tricorne juvénile n'a jamais réussi à s'y développer.

Aux États-Unis, on sait que les hôtes des glochidies du pleurobème écarlate sont le crapet arlequin, le méné bleu, le ventre-pourri, le ventre rouge du Nord et le ventre rouge du Sud. Tous ces poissons, à l'exception du ventre rouge du Sud, sont présents dans la rivière Sydenham et sont probablement des hôtes du pleurobème écarlate. Cependant, on doit mener des essais en laboratoire et obtenir une confirmation sur le terrain pour pouvoir identifier le ou les hôtes fonctionnels avec certitude.

Le seul hôte connu de la mulette du Necturus est le necture tacheté (Necturus maculosus).Au Canada, on ne considère pas que cette espèce est en péril (Gendron, 1999). Parmi les importants facteurs limitatifs pour le necture tacheté, mentionnons la perte d'habitat attribuable à un envasement important ainsi que la contamination de l'environnement, particulièrement en raison de l'utilisation du lampricide TFM. Il existe relativement peu de signes de disparition des habitats autrefois occupés, bien que Gendron (1999) ait rapporté la disparition de l'espèce dans le port de Hamilton, qui est un milieu fortement perturbé, ainsi que de faibles taux de prises dans plusieurs localités des lacs Ontario, Érié et Sainte-Claire en 1995, En 2002 et en 2003, McDaniel et Martin (2003) ont effectué des relevés des mulettes dans la rivière Sydenham et ont trouvé 61 individus en tout, ce qui équivaut à une densité de 13 à 22 individus par 100 . Les densités les plus élevées ont été observées entre Dawn Mills et Shetland; aucun individu n'a été observé au-delà d'Alvinston.

Jusqu'à récemment, on ignorait complètement quels étaient les hôtes des glochidies de la villeuse haricot au Canada. Les études sur l'identification des poissons hôtes menées à l'Université de Guelph (McNichols et Mackie, 2002; McNichols et Mackie, 2003; McNichols et al., 2004) nous ont permis de constater que la villeuse haricot se développe sur sept espèces hôtes, à savoir l'épinoche à cinq épines, le dard vert, le dard à ventre jaune, le fouille-roche, le chabot tacheté, le dard arc-en-ciel et l'achigan à grande bouche. Des études répétées ont confirmé que les dards vert et arc-en-ciel faisaient bel et bien partie de ces espèces hôtes. On a également confirmé que toutes ces espèces, à l'exception de l'épinoche à cinq épines, fréquentent la rivière Sydenham.

Menaces dans les habitats autrefois occupés

Rivières Grand et Thames

La dysnomie ventrue jaune, l'épioblasme tricorne et la mulette du Necturus ont déjà occupé la rivière Thames, et de petites populations isolées non reproductives de pleurobèmes écarlates fréquentent les rivières Thames et Grand. La villeuse haricot était autrefois répartie dans la partie de la rivière South Thames située près de Dorchester,. Cependant, on pense que cette population est à présent disparue. Bien que l'espèce ne soit pas censée être présente dans la rivière North Thames, une villeuse haricot y a été trouvée vivante en 2004. Il est difficile d'attribuer la disparition des populations de moules dans la rivière Grand à une cause, bien que les rejets d'eaux usées non traitées provenant des principaux centres urbains aient probablement contribué à leur déclin. Les espèces aquatiques en péril vivant dans la rivière Thames sont menacées par les zones rurales et urbaines densément peuplées de la partie supérieure du bassin hydrographique. En outre, le bassin hydrographique est caractérisé par des élevages intensifs d'animaux et des grandes cultures. Parmi les principales menaces qui pèsent sur les espèces aquatiques en péril dans l'écosystème de la rivière Thames, mentionnons l'envasement, la turbidité, les concentrations d'éléments nutritifs, les composés toxiques, la variation du débit d'eau, les obstacles à la circulation, les espèces exotiques, la perturbation et la pollution thermique (Équipe de rétablissement de la rivière Thames, 2004). Même si on peut associer des menaces particulières au déclin de certaines populations d'espèces en péril, dans la plupart des cas, il est probable que le déclin des populations résulte d'un effet cumulatif de stress multiples répandus et chroniques. La colonisation potentielle de ces rivières par des moules zébrées soulève certaines inquiétudes, car de grandes sections sont endiguées. On a récemment trouvé des moules zébrées dans les réservoirs Fanshawe et Springbank, sur la rivière Thames (S. Hohn, Upper Thames River Conservation Authority, septembre 2003); elles sont aussi présentes à des densités très faibles dans l'ensemble de la rivière Thames, depuis le réservoir Fanshawe jusqu'à Wardsville, en aval. Dans le cours inférieur de la rivière Thames, près de Big Bend, on a trouvé des moules zébrées fixées à des unionidés adultes (Todd J. Morris, Pêches et Océans Canada, données non publiées). Des gobies arrondis ont été détectés dans le cours inférieur de la rivière Thames, aussi loin en amont que Thamesville (comm. pers., A. Dextrase, ministère des Ressources naturelles de l'Ontario).

Lac Sainte-Claire, rivière Détroit, Lac Érié et rivière Niagara

La disparition de la dysnomie ventrue jaune, de la mulette du Necturus, du pleurobème écarlate, de la villeuse haricot et de l'épioblasme tricorne de l'habitat qu'ils occupaient autrefois dans ces plans d'eau peut être en grande partie attribuable aux effets néfastes des moules zébrées. Les espèces de moules dont le cycle de reproduction est long, telles que la dysnomie ventrue jaune, la mulette du Necturus, la villeuse haricot et l'épioblasme tricorne, sont généralement plus vulnérables que celles dont le cycle est court. En effet, elles tendent à avoir davantage de besoins énergétiques pour assurer leur croissance et leur reproduction et peuvent être plus sujettes à l'épuisement énergétique causé par la moule zébrée (Strayer, 1999). Le pleurobème écarlate est une espèce dont le cycle de reproduction est court; il est donc moins vulnérable aux effets néfastes de la moule zébrée. La villeuse haricot et l'épioblasme tricorne sont les deux seules espèces de l'Ontario qui s'enfouissent complètement dans le substrat et qui peuvent ainsi échapper aux graves infestations en raison de leur habitat privilégié. Plusieurs caractéristiques de la mulette du Necturus donnent à croire qu'elle peut être très sensible aux moules zébrées. Cependant, elle a également tendance à s'enfouir sous des roches et dans la boue, ce qui peut l'aider à éviter une infestation potentielle. Dans la rivière Détroit, les populations de dysnomies ventrues jaunes et de pleurobèmes écarlates ont disparu à cause de la moule zébrée.