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Évaluation et rapport sur l'Autour des palombe

Habitat

Généralités

L’Autour des palombes est un généraliste des habitats sur une vaste échelle spatiale, mais ses besoins en la matière sont complexes pendant la saison de reproduction, et varient selon le type de forêt et la région (Johnsgard, 1990). Bien que l’espèce puisse se reproduire dans des peuplements plus jeunes, d’âge plus égal, elle choisit généralement des lieux de reproduction dont les peuplements comptent une quantité relativement importante d’arbres mûrs ou vieux (Squires et Reynolds, 1997; McClaren, 1998). Il n’est pas nécessaire que ces peuplements soient continus, mais l’espèce semble préférer qu’il y en ait en quantité substantielle.

Les sites de nidification de l’Autour des palombes dans l’ouest de l’Amérique du Nord ont huit caractéristiques communes : 1) la présence de forêts matures ou anciennes; 2) une fermeture du couvert supérieure à 60 p.100; 3) un sous-étage ouvert; 4) des pentes douces à modérées, inférieures à 40 p.100 (les nids se trouvent généralement sur un replat, au pied d’une pente ou en terrain plat); 5) leur position dans le tiers inférieur d’une pente ou au pied de celle-ci; 6) une exposition au nord (du nord-est au nord-ouest); 7) souvent, la proximité d’une source pérenne; 8) la proximité d’une abondance de proies (Marshall, 1992; Duncan et Kirk, 1995). On croit aussi que la présence d’arbres à fort diamètre à hauteur d’homme (dhh) a de l’importance (Daw et al., 1998).

Le haut degré de fermeture du couvert est la caractéristique la plus constante de l’habitat de nidification de l’Autour des palombes dans toute son aire de répartition (Squires et Reynolds, 1997; Daw et al., 1998). Les peuplements relativement fermés offrent une protection contre les prédateurs et favorisent la présence, sous la couverture, d’espaces plus ouverts offrant des trajectoires de vol libres pour frapper les proies. Souvent, la présence d’une petite clairière, où la chute d’un ou deux arbres, par exemple, a dégagé un espace près de l’arbre où se trouve le nid, est associée au site de nidification (Reynolds et al., 1982). Sur les Îles-de-la-Reine-Charlotte, tous les nids d’Autour des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte observés récemment se trouvaient dans de petites clairières (Chytyk et Dhanwant, 1997), une caractéristique qu’on a également relevée pour certains nids observés sur l’île de Vancouver (E. McClaren, comm. pers.).

Habitat de nidification

La taille et la forme des peuplements utilisés pour la nidification varie en fonction de la topographie et de la présence de peuplements propices. Le nid est généralement situé sur un replat ou sur une pente douce ou modérée (moins de 40 p.100), soit au pied de la pente, soit dans son tiers inférieur (Duncan et Kirk, 1995). Sur l’île de Vancouver, les nids d’Autour des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte sont généralement situés dans les deux tiers inférieurs d’une pente, à faible altitude, sur une pente modérée (McClaren, 1999). L’altitude moyenne de 40 arbres contenant un nid actif ou de remplacement observés sur l’île de Vancouver était de 392 m (McClaren, 1998). Sur les Îles-de-la-Reine-Charlotte, on a trouvé cinq nids actifs dans le tiers inférieur de pentes douces, à une altitude moyenne de 178 m et sur des pentes d’un angle moyen de 26° (Chytyk et Dhanwant, 1999; Chytyk et al., 1999).

Dans les forêts tempérées d’Amérique du Nord, l’emplacement du nid fait généralement face au nord, mais dans les forêts boréales, les oiseaux préfèrent parfois une pente orientée vers le sud (Speiser et Bosakowski, 1987; Doyle et Smith, 1994). On observe des variations considérables à cet égard en Colombie-Britannique. Les Autours des palombes du district forestier de Kispiox, dans le nord-ouest de l’intérieur de la Colombie-Britannique, préfèrent des pentes orientées vers le nord-est (Mahon et Franklin, 1997), tandis que ceux des Îles-de-la-Reine-Charlotte, pourtant à la même latitude que Kispiox, ne nichent que sur des pentes faisant face au sud-ouest (Chytyk et Dhanwant, 1999; Chytyk et al., 1999). Sur l’île de Vancouver, la sous-espèce des Îles-de-la-Reine-Charlotte niche dans des lieux de toutes orientations (McClaren, 1999). Malgré la petite taille de l’échantillon observé aux Îles-de-la-Reine-Charlotte, il pourrait y avoir une différence significative dans la préférence en matière d’orientation entre les Autours des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte vivant sur l’île de Vancouver et ceux qui vivent sur les Îles-de-la-Reine-Charlotte.

Les peuplements qui servent à la nidification ont généralement des arbres plus hauts et plus vieux que dans les forêts avoisinantes. Ces peuplements ont d’ordinaire une proportion relativement élevée de grands arbres et une fermeture du couvert plus complète (Reynolds et al., 1982; Moore et Henny, 1983; Speiser et Bosakowski, 1987; Crocker-Bedford et Chaney, 1988; Iverson et al., 1996; Bosakowski et Rithaler, 1997; McClaren, 1998; Chytyk et Dhanwant, 1999). On a fait état de fermeture variant de 51 p. 100 à 94 p. 100, mais elle est presque toujours supérieure à 60 p.100. Une telle fermeture du couvert peut assurer une protection contre les oiseaux prédateurs tels que la Buse à queue rousse (Buteo jamaicensis), le Grand-duc d’Amérique (Bubo virginianus) et les corvidés (Moore et Henny, 1983; Crocker-Bedford et Chaney, 1988; Crocker-Bedford, 1990b), servir d’enveloppe thermique (Reynolds et al., 1982; Hall, 1984) et favoriser la présence d’espaces plus ouverts sous la couverture et dans le sous-bois, ce qui ménage des trajectoires de vol dégagées (Squires et Reynolds, 1997).

Sur l’île de Vancouver, sur 56 nids d’Autour des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte observés, 62 p.100 se trouvaient dans des peuplements vieux contigus, 25 p.100 dans des peuplements secondaires contigus et 13 p.100 dans des peuplements vieux fragmentés (McClaren, 1999). Le peuplement le plus jeune à renfermer un nid avait 53 ans. Sur les Îles-de-la-Reine-Charlotte, on a trouvé quatre nids d’Autour des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte dans des peuplements vieux contigus de pruche de l’Ouest (Tsuga heterophylla) (Chytyk et Dhanwant, 1999), et un autre nid actif dans un peuplement vieux contigu de pruche de l’Ouest bordé d’un peuplement mûr de pruche de l’Ouest qui contenait deux nids de remplacement (Chytyk et al., 1999). Dans le sud-est de l’Alaska, la proportion minimale de peuplements vieux dans les zones fréquentées par la sous-espèce (soit les zones où on a suivi des oiseaux nicheurs munis de radio-émetteurs) était respectivement de 23 p.100 et 28 p.100 pour les mâles et les femelles. On n’a constaté aucune fréquentation des zones comportant une proportion de peuplements vieux inférieure à celles-là (Iverson et al., 1996); toutefois, la zone d’étude ne contenait pratiquement aucun peuplement mûr (K. Titus, comm. pers.).

L’arbre où nichent les Autours des palombes est généralement le plus gros ou l’un des plus gros du peuplement (Reynolds et al., 1982; Speiser et Bosakowski, 1987; Squires et Ruggerio, 1996; Daw et al., 1998; Rosenfield et al., 1998; Bosakowski, 1999). En Colombie-Britannique, on constate la même tendance chez l’Autour des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte (McClaren, 1998; Chytyk et Dhanwant, 1999; T. Ethier, comm. pers.). Les gros arbres offrent un soutien structural aux nids, par leurs solides branches latérales, leurs fourches ou des défauts tels qu’une cime brisée ou des structures de gui. Dans les forêts de douglas (Pseudotsuga menziesii) au stade de perchis de l’ouest du Washington, où les branches n’offrent pas de sites de nidification adéquats, des buissons de gui ou des malformations de l’arbre servent de support structural aux nids (Fleming, 1987). Sur les Îles-de-la-Reine-Charlotte, plusieurs nids d’Autour des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte se trouvent sur des structures de gui sur de vieilles pruches de l’Ouest mortes (Chytyk et Dhanwant, 1997). On trouvera à l’annexe A un résumé des caractéristiques des arbres porteurs de nids d’après des études choisies réalisées en Amérique du Nord.

L’Autour des palombes niche couramment dans plusieurs espèces de conifères et d’arbres à feuilles caduques : en Oregon, le pin ponderosa (Pinus ponderosa), le pin tordu (P. contorta), le douglas et le mélèze de l’Ouest (Larix occidentalis) (DeStefano et Meslow, 1992; Reynolds et al., 1982; Bull et Hohmann, 1994); dans le sud-est de l’Alaska, l’épinette de Sitka (Picea sitchensis) et la pruche de l’Ouest (Titus et al., 1994); dans l’intérieur de l’Alaska, le bouleau à papier (Betula papyrifera) (McGowan, 1975); au Yukon, l’épinette ou le peuplier faux-tremble (Populus tremuloides) (Doyle et Smith, 1994). En Colombie-Britannique, on a observé des nids surtout dans des peupliers faux-trembles et des douglas, mais le peuplier de l’Ouest (P. balsamifera trichocarpa), le mélèze occidental, le pin ponderosa, le pin tordu, le bouleau à papier et l’épinette servent aussi à la nidification (Campbell et al., 1990; T. Antifeau, comm. pers.). Dans la région de Cariboo, les arbres propices à la nidification sont le douglas, le pin tordu et le peuplier faux-tremble (Bosakowski et Rithaler, 1997). Dans le district forestier de Kispiox, les nids se trouvent dans des peuplements mûrs ou vieux de pruche de l’Ouest ou de sapin gracieux (Abies amabilis) (Mahon et Franklin, 1997).

Sur l’île de Vancouver, la plupart des arbres utilisés pour la nidification sont des douglas et des pruches de l’Ouest vivants, bien que l’espèce puisse aussi nicher dans l’aulne rouge (Alnus rubra), l’épinette de Sitka et le cèdre rouge de l’Ouest (Thuja plicata) (McClaren, 1999). La diversité des essences d’arbres choisies pour la nidification par les Autours des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte sur l’île de Vancouver laisse supposer que leur choix se porte sur la structure de la forêt et de l’arbre plutôt que sur l’essence de l’arbre où ils font leur nid (McClaren, 1999). Aux Îles-de-la-Reine-Charlotte, quatre des cinq nids actifs se trouvaient dans des pruches de l’Ouest mortes et le cinquième, dans une pruche de l’Ouest vivante (Chytyk et al., 1999). La pruche de l’Ouest et l’épinette de Sitka servent tous les deux à l’édification de nids de remplacement aux Îles-de-la-Reine-Charlotte.

Habitat d’alimentation

L’Autour des palombes a besoin d’une aire d’alimentation relativement vaste à cause de la rareté relative de ses proies; par conséquent, son domaine vital est généralement étendu pendant la saison de reproduction. En général, la diversité des espèces proies de l’espèce diminue à mesure que la latitude augmente (Johnsgard, 1990); la superficie du domaine vital pendant la saison de reproduction a donc généralement tendance à augmenter avec la latitude. De plus, la diversité des espèces proies est plus faible sur l’île de Vancouver et les Îles-de-la-Reine-Charlotte que dans les régions continentales adjacentes à cause de la diversité moindre de ces espèces sur les îles côtières (Stevens, 1995). Dans le sud-est de l’Alaska, la superficie médiane utilisée pendant la saison de reproduction par les mâles et les femelles est respectivement d’environ 4 400 et 3 600 ha (Titus et al., 1996). Ailleurs, le domaine vital fait environ 5 000 ha dans les contreforts de l’Alberta (Schaffer et al., 1996); de 1 842 à 4 214 ha sur la presqu’île Olympic, dans le Washington (Finn et al., 1998); de 1 083 à 6 908 ha en Oregon (Austin, 1993); de 860 à 2 530 ha (Bright-Smith et Mannan, 1994) ou de 2 025 à 2 430 ha (Reynolds et al., 1992) en Arizona; et de 1 550 ±890 ha en Californie (Hargis et al., 1994). On n’a guère décrit les domaines vitaux de l’espèce en hiver.

Ce sont l’abondance et la disponibilité des proies qui guident l’utilisation de l’habitat d’alimentation; or, la disponibilité des proies dépend généralement des attributs structuraux de la végétation. Par conséquent, l’Autour des palombes s’alimente dans des secteurs ayant les attributs suivants : 1) des proies adéquates; 2) une couverture suffisante pour camoufler l’approche de la proie par l’Autour des palombes; 3) des ouvertures suffisantes dans le couvert pour empêcher la proie de s’échapper et pour éviter l’obstruction des trajectoires de vol; 4) la présence de perchoirs qui conviennent à la méthode d’observation et d’attaque qu’emploie l’Autour des palombes pour chasser (Beebe, 1974; Kenward, 1982; Reynolds et Meslow, 1984; Widen, 1989; Johnsgard, 1990; Beier et Drennan, 1997; Squires et Reynolds, 1997). Là où les proies sont particulièrement abondantes, l’espèce peut s’alimenter dans des clairières naturelles, à la lisière des forêts, dans des zones de coupe à blanc et même sur des terres agricoles. Cependant, l’Autour des palombes est parfois exclu de ces niches par d’autres espèces de rapaces telle la Buse à queue rousse, mieux adaptées que lui aux milieux dépourvus d’arbres (Kenward et Widen, 1989; Widen, 1989; Crocker-Bedford, 1990a; Marshall, 1992).

L’Autour des palombes cherche sa nourriture dans toutes les couches de la forêt, du sol jusqu’aux zones aériennes au-dessus du couvert forestier, mais il tend à concentrer ses efforts sur la couche terrestre et arbustive (Reynolds et Meslow, 1984). Sa grande taille et ses stratégies de chasse l’empêchent par contre de le faire dans des peuplements jeunes et denses (Reynolds et al., 1982; Moore et Henny, 1983; Hayward et Escano, 1989; Duncan et Kirk, 1995; Squires et Ruggerio, 1996). Les premiers stades biotiques de la régénération ne lui conviennent donc guère comme habitat d’alimentation. Il peut chercher sa nourriture dans des zones de coupe à blanc jusqu’à ce que la taille des arbres l’empêche de pénétrer facilement entre les fûts ou le feuillage. Par exemple, dans une forêt ayant fait l’objet d’une récolte intensive dans l’ouest du Washington, les Tétras sombres (Dendragaous obscurus) se trouvaient en abondance dans les zones de coupe à blanc en régénération. Ils représentaient aussi une proportion relativement élevée du régime des Autours des palombes de ce secteur (Bosakowski et al., 1999) comparativement à celui des autours vivant dans les forêts nationales des États-Unis, où la récolte est moins intensive, qui se nourrissaient davantage d’oiseaux vivant à l’intérieur des forêts (Reynolds et Meslow, 1984; Bull et Hohmann, 1994).

Bien que les lisières, les petites clairières et les zones de coupe à blanc (Bosakowski et al., 1999) puissent servir à la recherche de nourriture et que l’Autour des palombes semble s’en servir régulièrement dans l’intérieur de la Colombie-Britannique (Beebe, 1974), l’Autour des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte semble chasser le plus souvent dans des forêts continues et avoir moins d’association avec les lisières (Iverson et al., 1996). Dans le sud-est de l’Alaska, la sous-espèce affiche une préférence marquée pour les forêts anciennes et mûres et tend à éviter les jeunes peuplements de succession normale et les zones de coupe à blanc (Titus et al., 1994, 1995). Sur l’île de Vancouver, trois spécimens mâles territoriaux d’Autour des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte ont fait preuve d’une utilisation variable des habitats de peuplements vieux et secondaires en 1997; un de ces mâles ne chassait que dans des peuplements vieux, tandis que les deux autres chassaient plus souvent dans des peuplements secondaires que dans des peuplements vieux (E. McClaren, données inédites). Les peuplements secondaires étaient pour la plupart âgés de 60 à 100 ans, même si les oiseaux fréquentent à l’occasion des peuplements âgés de 40 ans seulement. L’absence de données sur l’utilisation des habitats en fonction de leur disponibilité nous empêche de déduire des résultats de cette étude que certains individus chassent plus souvent dans des peuplements plus jeunes; cependant, il appert que l’espèce cherche sa nourriture dans des habitats variés. À l’hiver 1997, des oiseaux de l’île de Vancouver munis de radio-émetteurs ont fréquenté surtout de vastes forêts contiguës formées de peuplements vieux et de peuplements secondaires de plus de 60 ans (D. Doyle, comm. pers.).

Tendances de la qualité de l’habitat

Dans les régions côtières de Colombie-Britannique, les peuplements secondaires situés sur des sites propices à la croissance peuvent devenir adéquats pour les Autours des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte nicheurs après 50 ans; on a d’ailleurs trouvé plusieurs nids dans ce genre de peuplements sur l’île de Vancouver (McClaren, 1999; D. Doyle, comm. pers.). Si une rotation des récoltes sur 100 ans était la norme, on assurerait ainsi la présence d’une bonne quantité d’habitats de peuplements secondaires propices à la reproduction de l’espèce. Cependant, il est de plus en plus courant de récolter les peuplements secondaires âgés de 50 à 60 ans, dont la taille et la structure convient à l’Autour des palombes, à cause de la valeur de la matière ligneuse que représentent les arbres de cette taille. Par conséquent, une fois qu’on a récolté un peuplement vieux, on peut récolter le peuplement secondaire qui le remplace alors même qu’il devient un habitat adéquat pour l’Autour des palombes. Ces peuplements ne peuvent donc pas se rétablir suffisamment pour offrir un habitat convenable pour les Autours des palombes nicheurs.

Sur l’île de Vancouver, les nids d’Autour des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte qui se trouvent dans des peuplements secondaires contigus et dans des forêts fragmentées ont généralement un taux de réoccupation plus faible que les nids situés dans des peuplements vieux contigus. En 1998, 25 p.100 des huit nids observés dans des peuplements secondaires contigus et 20 p.100 des cinq nids observés dans des forêts fragmentées ont été occupés de nouveau, comparativement à 83 p.100 des 12 nids observés dans des forêts anciennes contiguës (McClaren, 1999).

Protection / Propriété de l’habitat

Une quantité considérable de terres boisées de l’île de Vancouver et des Îles-de-la-Reine-Charlotte sont protégées contre la récolte parce qu’elles sont situées dans un parc national, un parc provincial, une réserve écologique ou une autre zone protégée (tableau 1). Sur les Îles-de-la-Reine-Charlotte, environ 96 p. 100 des forêts protégées se trouvent dans deux réserves, le parc provincial Naikoon (69 198 ha, à l’extrémité nord-est de l’île Graham) et la réserve de parc national Gwaii Haanas (148 658 ha, dans la portion sud de l’île Moresby).

Sur l’île de Vancouver, le parc provincial Strathcona (253 773 ha) est la plus importante zone boisée protégée, mais depuis quelques années, la Protected Areas Strategy de la Colombie-Britannique a donné un statut de zone protégée à un grand nombre de nouveaux secteurs, boisés pour la plupart et totalisant plus de 150 000 ha (LUCO, 1996). Plus de 99 000 ha en 47 parcelles, surtout dans le nord et l’ouest de l’île de Vancouver, ont été protégés contre la récolte de 1992 à 1996. Quatorze de ces 47 parcelles font plus de 1 000 ha, la plus grande s’étendant sur 22 800 ha. En outre, plus de 63 000 ha répartis en 15 parcelles sont conservés dans le secteur de la baie Clayoquot, près de la réserve de parc national Pacific Rim.

 

Tableau 1 : Pourcentage des forêts situées dans des zones protégées sur l’île de Vancouver et les Îles-de-la-Reine-Charlotte
Données du ministère des Forêts (MOF) et du Bureau de la coordination de l’utilisation du sol (Land Use Coordination Office [LUCO]) de la Colombie-Britannique*
 Proportion de terres boisées dans les zones protégées
(toutes les zones du SCB)
Proportion de terres boisées à faible altitude (CDF, CWH) dans les zones protégéesProportion de terres boisées à haute altitude (MH) dans les zones protégées
Île de Vancouver11,89,828,0
Îles-de-la-Reine-Charlotte22,423,016,8

* Ces données sont dérivées d’une interprétation des unités biogéoclimatiques qui sont boisées de façon prédominante (Del Meidinger, MOF Research Branch, comm. pers.) en superposition avec les zones protégées (données du LUCO). SCB = Système de classification biogéoclimatique; CDF = zone côtière à douglas; CWH = zone côtière à pruche de l'Ouest; MH = zone à pruche subalpine.

Malheureusement, on a rarement évalué les populations d’Autours des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte ou l’adéquation de l’habitat dans ces zones protégées. On ignore donc la valeur relative de la plupart de ces terres protégées pour l’Autour des palombes. Il est probable que certaines zones protégées contiennent une quantité relativement importante d’habitat adéquat pour l’Autour des palombes, tandis que celles ayant une forte proportion de forêts en altitude ou de terrain très abrupt ou rocheux n’en contiennent guère. On a trouvé deux nids dans le parc Strathcona, à l’île de Vancouver, en 1995; on a aussi fait un certain inventaire dans le parc Schoen Lake, aussi à l’île de Vancouver, en 1996, mais sans y trouver de nids (E. McClaren, comm. pers.).

Les terres boisées situées à l’extérieur des zones protégées (88 p.100 de celles de l’île de Vancouver, 78 p.100 de celles des Îles-de-la-Reine-Charlotte) se trouvent soit sur des terres privées, soit dans des concessions de fermes forestières louées à l’industrie. Il n’y a pratiquement pas de mesure de contrôle de la récolte dans les forêts situées sur des terres privées; pour l’essentiel, les propriétaires peuvent y récolter le bois sans restriction ou presque. Dans les forêts louées à l’industrie, les dispositions sur la conservation des éléments valorisés de la biodiversité dans les concessions de fermes forestières sont assujetties au Forest Practice Code de la Colombie-Britannique (Ministry of Forests, 1995). Détail d’une importance particulière pour l’Autour des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte, les exploitants doivent conserver de 7 à 28 p.100 des secteurs boisés à l’état de forêt ancienne, selon que le secteur est classé comme un secteur à biodiversité faible ou élevée (Ministry of Forests, 1995).

Le chef forestier et le sous-ministre du ministère de l’Environnement, des Terres et des Parcs de la province ont établi que l’Autour des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte doit faire l’objet d’une attention particulière aux termes du Forest Practice Code. À titre d’espèce sauvage « désignée », il fait partie de l’Identified Wildlife Management Strategy (IWMS) (Province of British Columbia, 1999). Cette stratégie prévoit des mesures d’aménagement particulières, les General Wildlife Measures, qui décrivent les pratiques acceptables dans les forêts et parcours situés à l’intérieur de zones de conservation particulières à une espèce donnée, les zones d’habitats fauniques (Wildlife Habitat Areas [WHA]). Pour l’Autour des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte, on recommande l’établissement d’une WHA « à trois paliers » (de 2 400 ha au total) dans des sites de reproduction choisis et dans les zones d’alimentation qui leur sont associées. Trois secteurs de nidification adéquats et trois secteurs de remplacement de 12 ha chacun sont fermés à toute pratique forestière. Une récolte limitée du bois est autorisée dans le reste de la WHA à certaines périodes (en dehors de la période de pariade et de nidification pour les nids actifs) et dans le respect d’une répartition précise des stades biotiques. Cette répartition comprend 20 p.100 de forêt ancienne à couvert complet, 40 p.100 de forêt mature et pas plus de 20 p.100 de forêt jeune. La définition de forêt jeune, mûre ou ancienne varie selon le type de perturbation naturelle et la zone biogéoclimatique; on trouvera toutes les définitions dans le Biodiversity Guidebook (Ministry of Forests, 1995).

Cependant, on a mis en œuvre un seuil de planification qui empêchera la mise en application sans restriction des WHA pour les Autours des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte. Chaque district forestier disposera d’un seuil de 1 p. 100 quant à l’impact sur le bois d’œuvre de la mise en application des WHA, pour toutes les espèces fauniques « désignées » et pas seulement pour l’Autour des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte. Cela revient en fait à limiter à quelques-unes le nombre de WHA disponibles pour la conservation de l’habitat de la sous-espèce en Colombie-Britannique, étant donné qu’une WHA peut s’étendre jusqu’à 2 400 ha. Ce seuil sera en vigueur pendant deux ans ou jusqu’à ce qu’on ait élaboré des évaluations de la conservation susceptibles d’aider à une nouvelle répartition de la limite provinciale de 1 p. 100 entre les districts forestiers. Ainsi, on peut s’attendre à ce que la mise sur pied des WHA ne conserve que l’habitat de quelques couples d’Autours des palombes des Îles-de-la-Reine-Charlotte.

Le recours à des zones d’aménagement riverain, à des îlots d’arbres sauvages, à des zones sensibles et à la gestion de la composition en espèces végétales des débris ligneux grossiers offre des perspectives supplémentaires pour la protection des sites de nidification et des habitats d’alimentation qui conviennent à l’Autour des palombes (Ministry of Forests, 1995). En outre, comme on a formulé des recommandations à l’égard de la conservation des peuplements vieux pour les couverts forestiers dominants à l’intérieur de types de perturbations naturelles, on pourrait éventuellement aménager des unités de paysage afin de maximiser la conservation d’un habitat adéquat pour l’Autour des palombes.