Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Contexte

 

Ce que l’on sait de la présence passée du spatulaire (Polyodon spathula) au Canada ne repose que sur quatre individus prélevés dans le bassin des Grands Lacs, le dernier l’ayant été en 1917. Toutefois, certains experts remettent en question la validité des observations canadiennes étant donné que l’authentification de ces observations s’est révélée difficile (Parker, 1987, 1988, COSEPAC, 2000). Aux États-Unis, le spatulaire n’a jamais été commun dans les Grands Lacs; sa présence n’a été confirmée avec certitude que dans le Lac Érié, où au moins deux observations bien authentifiées ont été recensées, les deux datant d’avant 1910 (Van Meter et Trautman, 1970, NatureServe 2006). Il est disparu du Maryland, du Michigan et de l’État de New York; ces états sont tous en périphérie de l’aire de répartition de l’espèce et n’ont jamais représenté une partie importante de celle-ci (NatureServe 2006). Actuellement , le spatulaire est considéré comme disparu du bassin des Grands Lacs américains. Le Canada n’a jamais représenté une partie importante de l’aire de répartition du spatulaire.

Pendant que certains estiment que les individus prélevés dans les Grands Lacs canadiens faisaient partie d’une population résidente historique, d’autres soutiennent qu’il s’agissait d’individus errants provenant de la rivière Ohio ou du fleuve Mississippi.Becker (1983) estime que les populations de spatulaire dans les Grands Lacs auraient été découvertes au moment où elles disparaissaient du pays. Selon le rapport de situation sur le spatulaire de 1987 du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), les observations canadiennes représentent une population relique; cependant, d’après les lignes directrices actuelles du COSEPAC, l’espèce serait probablement désignée comme errante, étant donné qu’il n’existe aucune preuve de reproduction naturelle au Canada.

Le spatulaire a été désigné comme espèce disparue du pays par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) en 1987, et cette désignation a été re-confirmée en 2000 au moyen de la même information ayant servi à la désignation en 1987. L’Union mondiale pour la nature considère que le spatulaire est vulnérable et l’American Fisheries Society a désigné sa situation comme étant préoccupante.

1.1 Renseignements sur l’évaluation de l’espèce provenant du COSEPAC

Nom commun : spatulaire.

Nom scientifique : Polyodon spathula.

Désignation du COSEPAC : disparue du pays.

Justification de la désignation du COSEPAC : Vu pour la dernière fois au Canada en 1917, le rapport de 1987 du COSEPAC avançait que le spatulaire soit disparu en raison de son exploitation et de la dégradation de son habitat.

Occurrence au Canada : antérieurement en Ontario.

Historique de la désignation du COSEPAC : Vu pour la dernière fois au Canada en 1917. Désigné comme étant disparu du pays en avril 1987. Désignation ré-examinée et confirmée en mai 2000. Évaluation de mai 2000 basée sur de nouveaux critères quantitatifs appliqués à l’information du rapport de situation de 1987.

1.2 Description

La description suivante a été adaptée des travaux de Trautman (1981) et de Becker (1983). Le spatulaire (Figure 1) est une espèce primitive de grande envergure. Un spécimen type mesure en moyenne entre 0,5 et 1,2 m et pèse entre 0,9 et 9 kg. Ce poisson peut toutefois atteindre 2 m et peser plus de 80 kg. Le spatulaire possède un long museau en forme de spatule, qui représente environ le tiers de sa longueur, et un volet operculaire très long et pointu qui atteint presque la nageoire pelvienne. sa peau est dépourvue d’écailles, à l’exception de quelques écailles rhomboïdales sur la queue; sa coloration varie du gris au bleu-noir sur le dos et les flancs et est blanchâtre sur le ventre. La papille urogénitale, légèrement protubérante chez le mâle, est plus plate et molle chez la femelle.

Spatulaire

Figure 1. Spatulaire (Polyodon spathula) (photo par B. Cudmore, MPO, 2006)

1.3 Populations et répartition

Répartition

Aire de répartition mondiale –Aux États-Unis, le spatulaire vit dans de grands cours d’eau de 22 États de l’est et du centre du pays (NatureServe, 2006) (Figure 2), à savoir l’Alabama, l’Arkansas, l’Illinois, l’Indiana, l’Iowa, le Kansas, le Kentucky, la Louisiane, le Minnesota, le Mississippi, le Missouri, le Montana, le Nebraska, le Dakota du Nord, l’Ohio, l’Oklahoma, le Dakota du Sud, le Tennessee, le Texas, la Virginie, la Virginie occidentale et le Wisconsin. Il est disparu du Michigan, de l’État de New York et de la Pennsylvanie.On ignore si des populations existent encore en Caroline du Nord, lieu de sa découverte.

Répartition du spatulaire en Amérique du Nord

Figure 2. Répartition du spatulaire en Amérique du Nord (d’après Page et Burr, 1991).

Aire de répartition canadienne – Très peu de spatulaires ont été observés au Canada (fFigure 3). Les seuls signalements remontent à la fin des années 1800 et au début des années 1900, lorsque des individus ont été prélevés du lac Huron, près de Sarnia (deux spécimens), de la rivière Spanish, près de la baie Géorgienne (un spécimen) et dans le lac Helen, sur la rivière Nipigon (un spécimen) (Halkett, 1913).Cependant, l’authentification de ces observations s’est révélée difficile et certains experts remettent en question leur validité (Parker, 1987,1988, COSEPAC, 2000). Le spatulaire a été observé pour la dernière fois au Canada en 1917.

Signalement du spatulaire au Canada

Figure 3. Signalements du spatulaire au Canada (d’après Mandrak et Crossman, 1992).

Pourcentage de l’aire de répartition mondiale du spatulaire au Canada – Ce chiffre, qui est inconnu, s’établit probablement à moins de 1 %, puisque le très faible nombre de spécimens prélevés au pays l’auraient été à la limite nord de son aire de répartition.

Taille et situation de la population

Taille et situation de la population mondiale – La taille de la population du spatulaire aux États-Unis est inconnue, mais devrait varier de 2 500 à plus de un million d’individus (NatureServe, 2006).

Tableau 1. Rangs de priorité du patrimoine naturel attribués au spatulaire à l’échelle nationale (rang N) et à l’échelle subnationale (rang S) au Canada et aux États-Unis (NatureServe, 2006).
Canada (NX)Ontario (SX)
États-Unis (N4)Alabama (S3), Arkansas (S2?), Illinois (S2S3), Indiana (S3), Iowa (S3), Kansas (S3), Kentucky (S4), Louisiane (S3), Michigan (SX), Minnesota (S2), Mississippi (S3), Missouri (S3), Montana (S1S2), Nebraska (S2), New York (SX), Caroline du Nord (SH), Dakota du Nord (SNR), Ohio (S2), Oklahoma (S1S2), Pennsylvanie (SX), Dakota du Sud (S4), Tennessee (S3), Texas (S3), Virginie (S1), Virginie occidentale (S1), Wisconsin (S2?)

 

Taille et situation de la population canadienne – Au Canada, le spatulaire est désigné comme présumément disparu du pays (NX) et des provinces (SX) par NatureServe, aucun spécimen n’y ayant été prélevé depuis 1917. Elle a aussi été désignée en tant qu’espèce disparue du pays par le ministre des Ressources naturelles de l’Ontario.

Populations d’importance à l’échelle nationale – Comme un très faible nombre de spatulaires ont été prélevés au Canada, on ne sait pas s’ils faisaient partie d’une plus grande population ou s’il s’agissait d’individus errants ayant pénétré dans le bassin des Grands Lacs par des canaux. Il n’existerait donc aucune population d’importance à l’échelle nationale.

1.4 Besoins du spatulaire

1.4.1 Besoins liés à l’habitat et besoins biologiques

Habitat historique – Les spécimens de spatulaire prélevés au Canada à la fin du XIXe siècle ont été capturés dans des zones littorales des Grands Lacs ou dans l’un de leurs tributaires modérément importants (Halkett, 1913). Deux spécimens ont été prélevés dans le lac Huron, près de Sarnia, en Ontario; un spécimen a été pris dans la rivière Spanish (baie Géorgienne); enfin, un spécimen a été capturé dans le lac Helen, sur la rivière Nipigon (Halkett, 1913). Les données relatives à l’habitat ne sont pas disponibles pour ces lieux de capture.

Aux États-Unis, le spatulaire adulte habite les eaux lentes de cours d’eau de moyenne à grande envergure :rivières, chenaux, méandres et bras morts, bassins de retenue et lacs situés en marge des cours d’eau (Becker, 1983, Parker, 1988, Etnier et Starnes, 1993, NatureServe, 2006). Dans les cours d’eau dont l’écoulement n’est ni retenu ni canalisé, le spatulaire adulte peut être observé en aval de barres de sable submergées, habituellement à des profondeurs de 2 à 3 m, de la fin du printemps au début de l’automne. Ces barres de sable ralentissent l’écoulement de l’eau directement en aval à des vitesses correspondant aux préférences de ce poisson, c’est-à-dire entre 0 et 30 cm/s. De la fin de l’automne au début du printemps, le spatulaire adulte est observé dans des eaux plus profondes, (c.-à-d. à plus de 3 m) (Rosen et al., 1982, Crance, 1987). Les substrats de prédilection du spatulaire sont inconnus, mais l’espèce a été observée au-dessus de fonds vaseux (Becker, 1983). Dans les cours d’eau dont le débit est régularisé, le spatulaire se rassemble dans de petites zones en aval de structures comme des barres de sable, des baies protégées, des digues, des appuis de pont et dans les remous en aval des barrages, où les vitesses sont inférieures à 0,3 m/s (Southall et Hubert, 1984, Moen et al., 1992, Jennings et Zigler, 2000). Lorsque ces structures sont absentes, le spatulaire cherche refuge contre la force du courant dans des habitats voisins du rivage où la vitesse du courant est faible (Rosen, 1976, cité dans Jennings et Zigler, 2000).

Habitat actuel – Actuellement, on ne connaît aucun habitat occupé au Canada.

Tendances relatives aux habitats – Les rares données sur les captures des Grands Lacs fournissent peu de renseignements, sinon aucun, concernant les caractéristiques des habitats historiquement utilisés par les populations de spatulaire dans les Grands Lacs. En l’absence de données précises relatives aux habitats occupés dans les Grands Lacs, il est impossible d’établir les tendances relatives aux habitats du spatulaire.

Protection/propriété de l’habitat – L’habitat du spatulaire est protégé en vertu des dispositions générales relatives aux habitats du poisson de la Loi sur les pêches fédérale. Le spatulaire ou son habitat sont également protégés en vertu de la Loi sur l’aménagement des lacs et des rivières, de la Loi sur la protection de l’environnement, de la Loi sur les évaluations environnementales et de la Loi sur les ressources en eau du gouvernement de l’Ontario.

Biologie générale –On ne connaît rien de la biologie du spatulaire au Canada, et toutes les données disponibles viennent de populations des États-Unis.Le spatulaire fraie au printemps, habituellement en avril et en mai, lorsque les températures de l’eau oscillent entre 10 et 17 °C environ (Purkett, 1961, Wallus, 1986, Lein et DeVries, 1998). Après avoir remonté les cours d’eau, les poissons se rassemblent à proximité des zones de frai, dans des eaux profondes (Purkett, 1961, Pasch et al., 1980).Une augmentation de la vitesse d’écoulement de l’eau amène le spatulaire à se réfugier dans les zones de frai, le frai étant déclenché par un débit d’eau accru (Purkett, 1961, Pasch et al., 1980, Jennings et Zigler, 2000). Les vitesses d’écoulement de l’eau optimales varient de 60 à 140 cm/s (Crance, 1987). Le spatulaire fraie sur des lits de gravier et d’autres surfaces dures, comme la roche et les enrochements, dans des zones où le courant est assez fort pour empêcher la vase de recouvrir les œufs (Pasch et al., 1980, Wallus, 1986). Les profondeurs mesurées dans les zones de frai varient de 2 à 12 m, mais les profondeurs optimales oscillent probablement entre 3 et 6 m environ (Crance, 1987). Au Missouri, le frai a été observé lorsque l’eau a atteint un niveau de 2,7 m, à une température de 16,1 °C. Les œufs, sitôt fécondés, deviennent collants et adhèrent immédiatement au lit de gravier propre (Purkett, 1961). L’éclosion survient dans les sept jours, à une température oscillant entre 18,3 et 21,1 °C (Purkett, 1961). Dès l’éclosion, la larve du spatulaire effectue un va-et-vient incessant entre le fond et la surface et ne se repose que pendant sa descente vers le fond. Ce comportement l’aide à se retirer, avec les eaux de décrue, des sites de frai temporairement inondés (Wallus, 1986).Des vitesses d’écoulement de l’eau de 30 à 122 cm/s sont nécessaires au transport des larves nouvellement écloses vers les habitats de croissance, où les courants sont généralement faibles, ce qui permet aux larves de s’alimenter sans dépenser d’importantes quantités d’énergie (Crance, 1987).

1.4.2 Rôle écologique

Le spatulaire se nourrit principalement de zooplancton, mais s’alimente à l’occasion de petits insectes, de larves d’insectes et de petits poissons (Jennings et Zigler, 2000).Le doré jaune (Sander vitreus) et le doré noir (S. canadensis) peuvent représenter des prédateurs importants du jeune spatulaire dans les réservoirs américains (Mero et al., 1994).

1.4.3 Facteurs limitatifs

L’accroissement de la population est limité par la maturité sexuelle tardive et l’intermittence du frai chez les femelles. Le spatulaire atteint sa maturité sexuelle à un âge avancé que l’on estime à 7 ans pour le mâle et à 9 ou à 10 ans, voire à 12 ans, pour la femelle (Parker, 1987, 1988, NatureServe, 2006,). Le mâle peut frayer tous les ans; la femelle aurait besoin, selon plusieurs études, de 2 à 5 ans pour développer des ovules matures avant de frayer à nouveau (Jennings et Zigler, 2000).

Au printemps a généralement lieu une migration vers les zones de frai situées en amont des cours d’eau (parfois sur des distances extrêmement longues). Cette migration vers les habitats de frai et le déclenchement du frai dépendent de certains facteurs, c’est-à-dire l’absence d’obstacles sur les routes migratoires et la présence d’eaux affichant des températures et des niveaux précis. Le recrutement du spatulaire est donc vulnérable aux changements d’origine naturelle et anthropique qui sont liés à ces facteurs.

1.5 Menaces

Les facteurs particuliers qui constituaient une menace pour les spatulaires au Canada sont inconnus.Aux États-Unis, les principaux facteurs responsables de changements dans la répartition et l’abondance du spatulaire dans son aire de répartition sont la destruction des frayères, les barrages hydrauliques qui bloquent la circulation, la canalisation et l’élimination des zones de retenue, l’assèchement des cours d’eau, la pollution industrielle et la surpêche (Carlson et Bonislawsky, 1981). Trautman (1957) spécule que la disparition de l’espèce du lac Érié pourrait avoir résulté de la construction de barrages sur des tributaires, lesquels auraient bloqué l’accès des poissons migrant vers les zones de frai en amont ou auraient entraîné la destruction de son habitat de frai.

1.6 Lacunes dans les connaissances

Questions non résolues –On ignore si des populations de spatulaire ont déjà existé au Canada. Pendant que certains croient que les quatre individus canadiens prélevés dans les Grands Lacs faisaient partie d’une population résidente, d’autres soutiennent qu’il s’agissait d’individus errants provenant des bassins hydrographiques de la rivière Ohio ou du fleuve Mississippi, auquel cas les populations de spatulaire et leurs habitats connexes n’auraient jamais existé dans les eaux canadiennes. Il importe de se rappeler que les données utilisées pour la désignation du COSEPAC datent de plus de 20 ans et que l’espèce a été désignée comme disparue du pays avant la mise en œuvre de la LEP. Le Manuel COSEPAC de procédures opérationnelles est maintenant plus explicite pour ce qui est des cas potentiels d’errance chez des espèces et, par conséquent, offre plus d’orientation pour l’étude de cette espèce. Il est probable que le spatulaire ne serait pas admissible à une évaluation par le COSEPAC, puisqu’il n'existe aucune preuve de reproduction naturelle au Canada. En conséquence, il est recommandé que l’on réalise des études supplémentaires pour confirmer que le spatulaire n’existe que sous forme d’individus errants au Canada.