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Programme de rétablissement du chabot des montagnes Rocheuses (Cottus sp.) (populations du versant est) au Canada

4. Menaces

On a recensé un certain nombre de menaces qui pèsent sur le chabot des montagnes Rocheuses dans toute son aire de répartition. Parmi ces menaces, les plus importantes peuvent être celles qui modifient le régime d'écoulement normal d'un cours d'eau, causant ainsi la perte ou la détérioration de l'habitat. Mentionnons, entre autres, le prélèvement d'eau (p. ex., pour l'irrigation et l'usage municipal, récréatif, industriel et domestique), les bassins de retenue, la stabilisation des berges, la canalisation et l'augmentation du débit. D'autres menaces pesant sur l'habitat et la survie de l'espèce comprennent la pollution et la dégradation des zones riveraines. Certaines des menaces énumérées ci-dessus peuvent également modifier indirectement les communautés fauniques qui, à leur tour, menacent l'existence du chabot.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) (2005) a déterminé que les prélèvements, les dérivations et l'aménagement de réservoirs pour l'irrigation, combinés aux fréquentes périodes de sécheresse, constituent une menace importante pour le chabot des montagnes Rocheuses vivant dans le sud de l'Alberta. On a déterminé que la sécheresse est un phénomène naturel qui survient dans les cours d'eau des prairies et que le chabot s'y est plus ou moins adapté. Les modifications apportées par l'homme sur le régime d'écoulement peuvent aggraver les effets de la sécheresse sur l'habitat du chabot. Il est difficile d'atténuer les effets de la sécheresse, mais il est possible de réduire les menaces lorsque la perte ou la dégradation de l'habitat est causée par l'homme. Les sections ci-dessous décrivent les effets et présentent d'autres sources de menaces pour l'espèce et son habitat.

4.1 Classification des menaces

L'équipe de rétablissement a entrepris une évaluation détaillée des menaces pesant sur l'espèce d'après l'information publiée et les connaissances locales. Les menaces ont été classées dans l'une des quatre catégories générales déterminées par Environnement Canada (2007).

  • Perte ou dégradation de l'habitat
  • Modifications de la dynamique écologique et des processus naturels
  • Introduction d'espèces exotiques ou envahissantes
  • Pollution
  • Mortalité accidentelle
  • Changements climatiques et catastrophes naturelles
  • Activités ou processus naturels

Environnement Canada (2007) a décrit les méthodes et la terminologie employées pour évaluer les menaces pesant sur le chabot des montagnes Rocheuses. Les résultats sont analysés ci-après et récapitulés dans les tableaux 2 à 12.

4.2 Description des menaces

4.2.1 Perte ou dégradation de l'habitat

La perte ou la dégradation de l'habitat est une menace pour la survie du chabot des montagnes Rocheuses du bassin de la rivière Milk. Un certain nombre d'activités actuelles ou éventuelles favorisent la perte ou la dégradation de l'habitat, notamment : 1) la construction et l'exploitation de barrages; 2) les modifications apportées à la régularisation du débit de la rivière associées à la restauration du canal St. Mary au Montana (augmentation du débit de 18,4 m3/s à 24,1 m3/s); 3) les prélèvements d'eaux souterraines; 4) les prélèvements d'eaux de surface et 5) l'utilisation de la plaine inondable par le bétail.

Construction et exploitation de barrages

La construction et l'exploitation de barrages peuvent constituer une menace pour le chabot des montagnes Rocheuses vivant dans les bassins des rivières St. Mary et Milk (tableau 2, tableau 3). L'absence apparente de cette espèce dans le réservoir St. Mary et dans les tronçons en aval de la rivière indique que le chabot des montagnes Rocheuses pourrait avoir disparu du bassin de retenue et peut-être sur une bonne distance en aval de cet ouvrage. Bien qu'on n'ait rien proposé jusqu'à maintenant, le gouvernement de l'Alberta a mené des études sur la faisabilité concernant l'aménagement d'un barrage sur la rivière Milk, en amont de la Ville de Milk River. Un barrage améliorerait la sécurité de l'approvisionnement en eau pour un usage actuel et permettrait d'irriguer un plus grand territoire.

 

Tableau 2. Liste des menaces imputables à la construction d'un barrage.
 1. Construction d'un barrageRenseignements sur la menace
Catégorie de menacesPerte ou dégradation de l'habitatAmpleur : Indéterminée
Menace généraleOuvrage de retenue d'eau (aménagement de réservoir)Zone d'occurrence (À l'échelle locale) : Indéterminée
Zone d'occurrence (Ensemble de l'aire de répartition) :

Fréquence (À l'échelle locale) : Continue
Fréquence (Ensemble de l'aire de répartition) :
Menace précisePerte et fragmentation de l'habitatCertitude causale (À l’échelle locale) : Élevée
Certitude causale (Ensemble de l'aire de répartition) :
Gravité (À l’échelle locale) : Indéterminée
Gravité (Ensemble de l'aire de répartition) :
StressDiminution de la taille des populationsDegré de préoccupation : FaibleNote de bas de page a

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Aucun chabot des montagnes Rocheuses n'a été recensé dans les bassins de retenue comme le réservoir St. Mary. À l'heure actuelle, on n'envisage pas de construire de barrage sur la rivière Milk, au Canada. Si cela devait se produire, le degré de préoccupation pressenti serait élevé étant donné qu'une telle structure pourrait entraîner la disparition de l'espèce à l'échelle locale ou dans l'ensemble de son aire de répartition.

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Tableau 3. Liste des menaces imputables à l'exploitation d'un barrage.
 2. Exploitation d'un barrageRenseignements sur la menace
Catégorie de menacesPerte ou dégradation de l'habitatAmpleur : Indéterminée
Menace généraleModifications du régime d'écoulement en avalZone d'occurrence (À l'échelle locale) : Indéterminée
Zone d'occurrence (Ensemble de l'aire de répartition) :

Fréquence (À l'échelle locale) : Continue
Fréquence (Ensemble de l'aire de répartition) :
Menace préciseModifications du régime d'écoulement saisonnierCertitude causale (À l’échelle locale) : Élevée
Certitude causale (Ensemble de l'aire de répartition) :
Gravité (À l’échelle locale) :
Indéterminée
Gravité (Ensemble de l'aire de répartition) :
StressDiminution de la productivité et de la taille des populationsDegré de préoccupation : FaibleNote de bas de page a

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Le canal St. Mary exerce un contrôle important sur le débit saisonnier des rivières Milk Nord et Milk. La construction d'un barrage sur la rivière Milk ajouterait une autre dimension au mécanisme de régulation du débit. Les modifications apportées au débit pourraient avoir des effets négatifs ou positifs selon le choix du moment, le volume et l'effet résultant sur l'habitat du poisson. L'effet varierait en fonction du contrôle effectué sur les déversements du barrage. Le caractère saisonnier (p. ex., pendant l'incubation) des hausses de concentration de sédiments peut être un important facteur à considérer. *Si cela devait se produire, le degré de préoccupation pressenti serait élevé étant donné qu'une telle structure pourrait entraîner la disparition de l'espèce à l'échelle locale ou dans l'ensemble de son aire de répartition.

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L'aménagement d'un réservoir sur ce tronçon de la rivière aurait pour effet d'inonder l'habitat du chabot des montagnes Rocheuses et de modifier le débit et la qualité de l'eau en aval. Tant qu'une proposition n'aura pas été présentée, l'évaluation des menaces potentielles est hautement spéculative et ne vise qu'à exposer les domaines nécessitant une étude ou une analyse approfondie à l'avenir.

Les ouvrages de retenue modifient les types d'habitat, les régimes d'écoulement, les concentrations de sédiments, le microbiote et les températures de l'eau, et peuvent également augmenter le risque d'introductions d'espèces (McAllister et coll., 2000; Quist et coll., 2004). Ces modifications réduisent souvent la largeur des canaux et la turbidité de l'eau, qui deviennent moins sujets aux fluctuations de température et de débit, et moins productifs avec moins de mouvement du substrat (Cross et coll., 1986; Pflieger et Grace, 1987; Quist et coll., 2004). L'eau rejetée des réservoirs de stockage est souvent soutirée près du fond du réservoir (prélèvements hypolimniques), ce qui rafraîchit sensiblement l'eau située dans les zones en aval.

Les effets des ouvrages de retenue sur l'habitat des chabots en aval dépendraient de la façon dont les déversements seraient gérés. Le faible débit d'eau, les températures estivales élevées et le substrat vaseux sont tous des effets en aval qui contribuent à créer des conditions défavorables pour le chabot des montagnes Rocheuses (Alberta Sustainable Resource Development [ASRD], 2004). Cette espèce est peut-être absente en aval du réservoir St. Mary, bien que le chabot à tête plate y soit présent (T. Clayton, communication personnelle, 2007). Les débits faibles en aval d'un barrage érigé sur la rivière Milk contribueraient à accélérer l'éventuelle disparition des populations de chabots en aval. L'obstacle ainsi créé par le réservoir pourrait limiter la recolonisation par les populations en amont. Par conséquent, la construction et l'exploitation d'un barrage pourraient avoir des conséquences sur les populations de la rivière Milk en réduisant leur aire de répartition (T. Clayton, communication personnelle, 2007).

Un examen exhaustif de toute proposition de projet de barrage future devra tenir compte des effets potentiels sur le chabot des montagnes Rocheuses. De même, il faut davantage d'information sur l'écologie de cette espèce pour pouvoir évaluer les effets d'un tel projet.

Canal St. Mary

Le détournement de la rivière St. Mary, au Montana, vers la rivière Milk Nord, a atténué les effets de la sécheresse dans les rivières Milk Nord et Milk (Willock, 1969) et a pu prolonger la disponibilité d'un habitat estival adéquat pour le chabot des montagnes Rocheuses plus loin en aval par rapport à l'habitat qui est disponible dans des conditions de débit naturel. On ignore l'effet concret de ce changement sur la population puisque les gains dans l'habitat en amont peuvent être neutralisés par les pertes en amont, et parce qu'il peut y avoir d'autres répercussions sur le cycle biologique de l'espèce. On considère que les débits d'hiver de la rivière Milk sont normaux même s'ils sont faibles, et que cette raison n'est pas susceptible, à elle seule, de menacer la survie du chabot des montagnes Rocheuses.

Le canal St. Mary, au Montana, a besoin d'être entretenu et remis en état. En raison du piètre état de sa structure, le canal ne fonctionne pas selon sa capacité nominale de 24,1 m3/s, mais selon une capacité d'environ 18,4 m3/s (Alberta Environment, 2004; U.S. Bureau of Reclamation, 2004). Les travaux visant à ramener la structure à sa capacité nominale ont débuté. Cela augmenterait le débit de presque 27 % et pourrait contribuer à la montée des eaux pendant les périodes de ruissellement élevé qui se produisent en juin. Dans les deux cas, l'augmentation du débit pourrait avoir des répercussions importantes sur la morphologie du chenal, en particulier dans le cours inférieur de la rivière Milk, où les berges sont déjà fortement vulnérables à l'érosion pendant les périodes de crue.

Au cours des années passées, des problèmes imprévus ont entraîné la fermeture provisoire ou prématurée du canal pour effectuer des travaux d'entretien. Cela a donné lieu à deux interruptions de débit au cours des 30 dernières années (K. Miller, communication personnelle, 2006). L'une de ces interruptions s'est produite en 2001, alors que le canal a été fermé à la mi-août pour permettre d'effectuer des réparations d'urgence. En raison des conditions de sécheresse extrême, le cours d'eau inférieur de la rivière Milk s'est transformé en un chapelet de bassins isolés entre le mois d'août et la crue printanière. Le débit s'est maintenu dans les tronçons en amont des rivières Milk et Milk Nord où vit le chabot. Il n'est pas rare que le courant de la rivière Milk, en amont du point de confluence avec la rivière Milk Nord, stagne pendant l'hiver.

Les modifications du débit provoquées par le canal St. Mary constituent une menace pour le chabot des montagnes Rocheuses, particulièrement dans les rivières Milk Nord et Milk (tableau 4). Les améliorations apportées aux structures de dérivation entraînent une augmentation du débit qui pourrait modifier la clarté de l'eau et la composition des substrats, avoir des conséquences sur l'alimentation et le succès de la reproduction et faciliter le transfert de biotes entre la rivière St. Mary, la rivière Milk Nord et la rivière Milk. La diminution du débit causé par la fermeture du canal pour effectuer des travaux d'entretien provoque une hausse de la température de l'eau et une baisse du taux d'oxygène dissous qui ne correspondent plus aux conditions préférées de l'espèce. Des changements au régime d'écoulement qui sont favorables à d'autres espèces pourraient nuire aux populations de chabots. Le degré de diminution du débit peut modifier les probabilités d'échouement. Le degré de gravité des menaces qui pèsent sur le chabot des montagnes Rocheuses des rivières Milk Nord et Milk n'a pas été déterminé. Des études détaillées, où l'on chercherait à déterminer la façon dont les diverses options peuvent modifier la morphologie de la rivière et l'habitat du poisson dont celui du chabot des montagnes Rocheuses en particulier, devraient précéder tout changement apporté au régime d'écoulement des rivières Milk Nord et Milk.

 

Tableau 4. Liste des menaces imputables aux modifications apportées au régime d'écoulement
 3. Modifications apportées au régime d'écoulementRenseignements sur la menace
Catégorie de menacesPerte ou dégradation de l'habitatAmpleur : Très répandue
Menace généraleCanal St. MaryZone d'occurrence (À l'échelle locale) : Prévue
Zone d'occurrence (Ensemble de l'aire de répartition) : Prévue

Fréquence (À l'échelle locale) : Saisonnier
Fréquence (Ensemble de l'aire de répartition) : Saisonnier
Menace précisePerturbation de l'habitatCertitude causale (À l’échelle locale) : Faible
Certitude causale (Ensemble de l'aire de répartition) : Faible
Gravité (À l’échelle locale) : Indéterminée
Gravité (Ensemble de l'aire de répartition) : Indéterminée
StressDiminution de la productivité et de la taille des populationsDegré de préoccupation : Faible à moyenne

Commentaires : Les régimes d'écoulement actuels ont été régularisés pendant une grande partie du siècle dernier. Les modifications apportées aux régimes d'écoulement saisonnier et aux volumes pourraient avoir un effet sur la disponibilité saisonnière des habitats qui conviennent aux chabots. L'effet net de ce changement pourrait être positif ou négatif à l'échelle de la population. Les conséquences des modifications apportées aux régimes d'écoulement ont toujours été plus importantes dans la rivière Milk Nord, car cette dernière reçoit l'eau détournée du bassin de la rivière St. Mary, et la quantité est relativement faible comparativement à la quantité d'eau détournée dans la rivière St. Mary et dans le bras principal de la rivière Milk.


Prélèvements d'eau de surface pour l'irrigation

On considère que la menace provoquée par le prélèvement des eaux de surface pour l'irrigation qui pèse sur le chabot des montagnes Rocheuses vivant en Alberta est faible puisque seule une petite proportion de l'eau disponible est prélevée et que ce prélèvement est réglementé. Le prélèvement d'eau pour l'irrigation n'a lieu qu'en période de crue, à savoir de la fin mars ou du début avril jusqu'au début de septembre ou à la mi-octobre. En 2008, on a autorisé les fermes à prélever jusqu'à 1,186 x 107 m3 d'eau dans la rivière Milk (D. Hunt, communication personnelle, 2008). Cela représente environ 92 % du total des prélèvements annuels autorisés, mais correspond seulement à près de 5 % du débit moyen annuel enregistré dans la Ville de Milk River entre avril et septembre (2,423 x 108 m3; relevés effectués entre 1909 et 2007 (RHC 2008b).

Les prélèvements totaux autorisés en vertu des permis délivrés sont habituellement atteints pendant les périodes de sécheresse (K. Miller, communication personnelle). Quand le canal St. Mary, au Montana, est fermé pour entretien ou pendant les périodes d'étiage, on arrête les prélèvements aux fins d'irrigation. Dans certains cas, ils peuvent reprendre sur une base d'utilisation prioritaire. Alberta Environment a commencé à installer des compteurs d'eau sur toutes les pompes d'irrigation qui soutirent de l'eau de la rivière Milk (K. Miller, communication personnelle, 2006). Ces compteurs mesurent l'eau prélevée quatre fois par jour afin d'en fournir une mesure précise et à jour.

À l'heure actuelle, il se peut que les populations de chabots présents dans le ruisseau Lee et la rivière St. Mary soient touchées par les prélèvements à des fins d'irrigation. On a peu recours à l'irrigation le long de ces cours d'eau. De plus, les futures réalisations nécessitant un détournement d'eau sont peu probables en raison de certains facteurs comme l'élévation, la topographie, la saison de croissance courte et la quantité élevée de précipitations (Gouvernement de l'Alberta, 2005). On prélève une petite quantité d'eau (27,140 m3) dans le ruisseau Lee pour l'irrigation (D. Hunt, communication personnelle, 2008). En 2008, on a autorisé les fermes à prélever jusqu'à 1,104 x 106 m3 d'eau dans la rivière St. Mary (D. Hunt, communication personnelle, 2008). Cela représente environ 80 % du total des prélèvements annuels autorisés, mais correspond seulement à près de 0,3 % du débit moyen annuel enregistré au croisement de l'autoroute 501 pendant la période d'irrigation (c.-à-d. 3,863 x 108 m3) entre avril et septembre 1998 à 2007 (RHC, 2008d). Il faudrait réévaluer les effets de cette éventuelle menace sur le chabot des montagnes Rocheuses si la quantité de prélèvements devait augmenter de manière significative à l'avenir par rapport au débit disponible.

Prélèvement d'eaux de surface pour des besoins autres que l'irrigation

Contrairement aux permis d'utilisation de l'eau à des fins d'irrigation, les permis provisoires délivrés pour la dérivation de l'eau à des fins autres que l'irrigation sont émis tout au long de l'année par Alberta Environment, y compris pendant les périodes critiques d'étiage. Ainsi, les entreprises d'exploitation de pétrole et de gaz peuvent être autorisées à prélever de l'eau de la rivière pour des activités liées au forage de puits. L'habitat d'hivernage du chabot des montagnes Rocheuses peut être particulièrement vulnérable à ce type de prélèvement pour des raisons semblables à celles décrites dans la section relative au prélèvement d'eaux souterraines. Ce type de prélèvement a également lieu pendant la période de crue, quand cela ne pose pas de problème, à moins que le canal de dérivation ne soit fermé prématurément ou temporairement. La dérivation de l'eau en période de sécheresse pose cependant problème. Dans de telles conditions, un certain nombre de permis provisoires de dérivation peuvent être retirés, comme cela a été le cas pendant la sécheresse de 2001 (S. Petry, communication personnelle, 2006). On délivre davantage de permis provisoires de dérivation pour l'exploitation du pétrole et du gaz à proximité de la rivière Milk qu'à proximité de la rivière St. Mary et du ruisseau Lee. Les poissons de la rivière Milk sont plus vulnérables pendant la période de sécheresse. L'application de restrictions aux permis provisoires délivrés pour la dérivation de l'eau pendant les périodes d'étiage pourrait aider à atténuer les effets sur la diminution des aires de répartition des chabots.

Pendant la période de crue, la Ville de Milk River dérive environ 0,3 % du débit total disponible à des fins domestiques (S. Petry, communication personnelle). La Ville de Cardston puise son eau dans le ruisseau Lee. En 2008, environ 3,3 % (1,500 × 106 m3; D. Hunt, communication personnelle, 2008) du débit annuel moyen du ruisseau Lee à Cardston (4,433 × 107 m3; RHC, 2008a) peut être utilisé pour un usage municipal. Cela représente environ 91 % du total des prélèvements annuels autorisés dans le ruisseau Lee. L'eau utilisée par la municipalité n'est pas prélevée dans les tronçons de la rivière St. Mary où vit le chabot des montagnes Rocheuses, sauf si le débit du ruisseau Lee ne suffit pas à combler les besoins en eau de la Ville de Cardston.

On considère que la menace provoquée par le prélèvement des eaux de surface pour des besoins autres que l'irrigation qui pèse sur le chabot des montagnes Rocheuses vivant en Alberta est faible, puisque seule une petite partie de l'eau disponible est prélevée (D. Hunt, communication personnelle) et que ce prélèvement est réglementé. Il faudrait réévaluer les effets de cette éventuelle menace sur le chabot des montagnes Rocheuses si la quantité de prélèvements devait augmenter de manière significative à l'avenir par rapport au débit disponible.

Utilisation de la plaine inondable par le bétail

L'Alberta Riparian Habitat Management Society (« Cows and Fish ») tente d'améliorer les pratiques de gestion du bétail dans la plaine inondable de la rivière Milk. De nombreux propriétaires de ranchs situés le long de la rivière Milk Nord et Milk ont participé à plusieurs ateliers sur la gestion riveraine et la paissance. On observe une meilleure compréhension de la valeur et de la vulnérabilité de la zone riveraine face à la dégradation de même qu'une plus grande compréhension des solutions de gestion par les propriétaires de ranchs et leur adoption, y compris l'exploitation des eaux hors des cours d'eau (L. Fitch, communication personnelle, 2006). Plusieurs inventaires de repères riverains ont été dressés, mais il n'y a eu aucun suivi jusqu'ici. On a établi des sites d'essais pour montrer les effets positifs liés à l'utilisation des eaux hors des cours d'eau et le rétablissement de la végétation riveraine, en particulier la végétation ligneuse. Le rétablissement riverain devient habituellement évident dans les trois à cinq ans suivant l'apport des premiers changements en matière de gestion, mais il faut peut-être attendre dix ans avant que des changements physiques importants puissent être mesurés. L'association a étudié le ruisseau Lee ainsi que son affluent, le ruisseau Tough. On a effectué une reconnaissance aérienne du tronçon supérieur de la rivière St. Mary, mais aucune étude n'a été menée au sol (T. Clayton, communication personnelle, 2008).

La plus grande partie de l'habitat du chabot des montagnes Rocheuses se situe en amont de zones facilitant le passage faunique (T. Clayton et M. Bryski, communication personnelle, 2008). Ces passages sont plus nombreux dans le bassin des rivières Milk Nord et Milk ainsi qu'à proximité du ruisseau Lee en aval du ruisseau Beazer que dans le bassin de la rivière St. Mary. En dehors des sections du canyon (~4 km), la majorité de la vallée de la rivière St. Mary (~42 km) est relativement large et accessible au bétail. L'élevage est la principale activité agricole et le bétail peut habituellement accéder à la rivière St. Mary. La solidité brute du lit et des rives de la rivière, protégée naturellement par le lit de gravier et de pavés ainsi que la roche-mère sous-jacente, vient compenser les effets découlant de la capacité d'accès. Bien qu'une grande partie des berges soit en bon état, certaines zones ont été surutilisées, causant ainsi la dégradation du milieu. Les obstacles construits par l'homme ont la capacité de réduire la valeur de l'habitat des chabots et d'autres poissons si des mesures d'atténuation adéquates ne sont pas adoptées avant, pendant et après la construction. On estime que la menace due à l'utilisation de la plaine inondable par le bétail pesant sur le chabot et son habitat est faible et qu'elle peut être grandement atténuée en améliorant les pratiques de gestion des terres.


4.2.2 Modification de la dynamique écologique ou des processus naturels

Les proliférations de diatomées Didymosphenia geminata (bacillariophycées) constituent une nouvelle menace dans les cours supérieurs des rivières albertaines dont la qualité de l'eau est excellente (c.-à-d. faible turbidité et pauvre en nutriments) (Kirkwood et coll., 2007) (tableau 5). Ces proliférations forment des tapis algaires qui couvrent le lit de la rivière sur plusieurs kilomètres. Elles ont un effet néfaste sur la structure et la fonction de l'écosystème, ainsi que sur les autres niveaux trophiques. On ne comprend pas encore très bien les conditions et les facteurs environnementaux qui favorisent la formation des proliférations. Les études sur les rivières Bow et Red Deer ont toutefois permis de démontrer un lien négatif entre le régime d'écoulement moyen et la biomasse de diatomées. La régulation du débit par des barrages permet d'établir le régime d'écoulement stable qui convient à D. geminata. Cet élément peut favoriser la prolifération de diatomées lorsqu'il est combiné à d'autres facteurs environnementaux comme la clarté de l'eau, la température, le niveau de pH, la conductance et la teneur en phosphore total.

Les proliférations d'algues pourraient modifier la couverture, les sources de nourriture et les habitats de frai qui sont utilisés par les chabots de montagnes Rocheuses et pourraient même forcer les poissons à se déplacer si elles s'établissent au même endroit. Nous disposons de peu de renseignements sur le risque de prolifération d'algues et ses effets néfastes sur le chabot des montagnes Rocheuses. Les effets seront fort probablement périodiques et se répercuteront sur les zones locales. Il est donc peu probable que les populations entières soient à risque. La capacité de prévenir ou d'atténuer la formation de proliférations peut dépendre des modifications apportées au régime d'écoulement (Kirkwood et coll., 2007).

 

Tableau 5. Liste des menaces dues à Didymosphenia geminata.
 4. Didymosphenia geminataRenseignements sur la menace
Catégorie de menacesModification de la dynamique écologique ou des processus naturelsAmpleur : Localisée
Menace généraleProlifération d'alguesZone d'occurrence (À l'échelle locale) : actuelle
Zone d'occurrence (Ensemble de l'aire de répartition) : inconnue

Fréquence (À l'échelle locale) : Récurrente
Fréquence (Ensemble de l'aire de répartition) :
Menace préciseDégradation de l'habitatCertitude causale (À l’échelle locale) : Faible
Certitude causale (Ensemble de l'aire de répartition) :
Gravité (À l’échelle locale) :
Indéterminée
Gravité (Ensemble de l'aire de répartition) :
StressDiminution de la productivité, déplacement, baisse de la capacité d'adaptationDegré de préoccupation : Faible

Commentaires : Les proliférations d'algues sont habituellement concentrées à un endroit de la rivière.


4.2.3 Introduction d'espèces exotiques ou envahissantes.

Les espèces exotiques ou envahissantes peuvent être introduites intentionnellement (ensemencement) (tableau 6) ou involontairement (eau des cales, coque de bateaux, appâts ou autres) dans les habitats du chabot des montagnes Rocheuses (tableau 7). La prédation, l'hybridation, la lutte pour les ressources, l'introduction de maladies exotiques ou de parasites et la dégradation de l'habitat sont les mécanismes employés par les espèces introduites pour menacer les espèces indigènes (Taylor et coll., 1984; Lassuy, 1995; Courtenay, 2007). La mesure selon laquelle la menace est probable dépend du degré d'adéquation entre l'habitat du chabot et les éventuelles espèces envahissantes.

Au Montana, l'ensemencement autorisé d'espèces étrangères dans le bassin de la rivière St. Mary a commencé au début du XXe siècle et s'est poursuivi pendant 50 ans dans le parc national Glacier (Marnell, 1988; Mogen et Kaeding, 2005a). C'est encore le cas aujourd'hui, dans certains étangs et lacs isolés de la réserve des Blackfeet. L'omble de fontaine, la truite arc-en-ciel, la truite fardée de Yellowstone et leurs hybrides comptent parmi les espèces étrangères qui ont établi des populations autonomes dans le bassin de la rivière St. Mary, au Montana. L'omble de fontaine est absent des tronçons de la rivière St. Mary situés au Canada.

En Alberta, le kokani, la truite arc-en-ciel et le doré jaune ont été introduits dans le réservoir St. Mary, mais seul le doré jaune a établi une population autonome (Clements, 1973). La rivière Milk et ses affluents n'ont pas été ensemencés depuis au moins 10 ans, bien que l'on introduise annuellement des truites arc-en-ciel dans l'étang Goldspring Park, une vieille boucle de la rivière n'ayant plus aucune connexion avec le bras principal (T. Clayton, communication personnelle, 2006). La Fish and Wildlife Division (division des pêches et de la faune) de l'Alberta ne prévoit pas l'introduction d'espèces destinées à la pêche récréative dans les bassins des rivières Milk et St. Mary et il est peu probable que cela soit le cas à l'avenir (T. Clayton, communication personnelle, 2008). Les introductions non autorisées n'ont pas été recensées dans ces rivières. De telles introductions sont difficiles à contrôler et peuvent accroître la gravité de la menace si l'on introduit une nouvelle espèce.

 

Tableau 6. Menaces dues à l'ensemencement volontaire.
 5. Ensemencement volontaireRenseignements sur la menace
Catégorie de menacesIntroduction d'espèces exotiques ou envahissantesAmpleur : Très répandue
Menace généralePoisson d'eau douceZone d'occurrence (À l'échelle locale) : Historique, actuelle, prévue
Zone d'occurrence (Ensemble de l'aire de répartition) : Historique, actuelle, prévue

Fréquence (À l'échelle locale) : Récurrente
Fréquence (Ensemble de l'aire de répartition) : Récurrente
Menace préciseLutte pour la disponibilité des ressources, prédationCertitude causale (À l’échelle locale) : Faible
Certitude causale (Ensemble de l'aire de répartition) : Faible
Gravité (À l’échelle locale) : Indéterminée
Gravité (Ensemble de l'aire de répartition) : Indéterminée
StressModification de la productivité et diminution de la taille des populationsDegré de préoccupation : Faible

Commentaires : Différentes espèces de poisson, surtout celles présentant un intérêt particulier pour les éleveurs, ont été introduites dans les bassins de la rivière Milk et St. Mary. Les effets sur le chabot des montagnes Rocheuses ne sont pas connus et se font probablement ressentir à l'heure actuelle. L'ensemencement d'espèces déjà introduites ne modifiera vraisemblablement pas le degré de gravité de la menace, mais les nouvelles introductions pourraient poser un risque plus élevé. Le milieu dans lequel vit le chabot des montagnes Rocheuses pourrait atténuer quelque peu le degré de gravité de cette menace permanente. Les effets des espèces introduites dans le réservoir Fresno ne concernent que les espèces de la rivière Milk, tandis que les effets de celles introduites dans le tronçon inférieur du lac St. Mary au Montana peuvent se répercuter sur le chabot des montagnes Rocheuses des bassins des rivières Milk et St. Mary. Il est difficile de prévenir les introductions illégales et ardu de les éradiquer une fois qu'elles sont établies. L'information et la réglementation offrent les meilleures possibilités pour atténuer cette menace.

 

Tableau 7. Liste des menaces dues à l'ensemencement involontaire.
 6. Ensemencement involontaireRenseignements sur la menace
Catégorie de menacesIntroduction d'espèces exotiques ou envahissantesAmpleur : Très répandue
Menace généraleIntroduction de biote aquatiqueZone d'occurrence (À l'échelle locale) : Historique, actuelle, prévue
Zone d'occurrence (Ensemble de l'aire de répartition) : Historique, actuelle, prévue

Fréquence (À l'échelle locale) : Ponctuelle, saisonnière, récurrente
Fréquence (Ensemble de l'aire de répartition) : Ponctuelle, saisonnière, récurrente
Menace préciseLutte pour la disponibilité des ressources, prédationCertitude causale (À l’échelle locale) : Faible
Certitude causale (Ensemble de l'aire de répartition) : Faible
Gravité (À l’échelle locale) : Indéterminée
Gravité (Ensemble de l'aire de répartition) : Indéterminée
StressModification de la productivité et diminution de la taille des populationsDegré de préoccupation : Faible

Commentaires : Cette menace est continuellement présente dans les rivières Milk Nord et Milk en raison des transferts entre les bassins depuis l'ouverture du canal. Les introductions futures sont également source de préoccupation. La nasse de Nouvelle-Zélande (Potamopyrgus antipodarum), l'écrevisse américaine ou l'écrevisse à pinces bleues (Orconectes virilis) sont des organismes préoccupants. Ces espèces ne fréquentent actuellement pas les tronçons canadiens des bassins des rivières St. Mary ou Milk. L'ensemencement involontaire est plus susceptible de se produire pendant la saison des eaux libres. L'occurrence peut être épisodique, mais les effets persisteront si l'espèce introduite s'y établit. Notre capacité d'intervention pour lutter contre cette menace est modérée, mais nous jugeons que la possibilité d'atténuer cette menace une fois ces espèces établies est faible. On estime que le degré de préoccupation global pour ce bassin à l'heure actuelle est faible. Il vaut mieux mettre l'accent sur la prévention par l'information et la réglementation (p. ex., ne pas utiliser d'écrevisses comme appât).

Les effets des introductions d'espèces historiques qui se sont déplacées de la rivière St. Mary au bassin de la rivière Milk par le canal ne sont pas connus. L'augmentation du débit annuel dans le canal St. Mary peut faciliter davantage le déplacement du biote entre la rivière St. Mary et la rivière Milk. Les effets potentiels de la surveillance de l'entraînement des biotes par le canal St. Mary sur les chabots des montagnes Rocheuses de la rivière Milk ne sont pas connus.

Jusqu'à présent, l'omisco et le doré jaune sont les deux seules espèces introduites qui ont été observées dans le tronçon inférieur de la rivière Milk, à l'endroit où le chabot des montagnes Rocheuses a également été recensé (T. Clayton et D. Watkinson, données non publiées). Plus loin en aval, le réservoir Fresno contient de nombreuses espèces de prédateurs qui ont été introduites comme la truite arc-en-ciel, le doré jaune, la perchaude, le grand brochet et la marigane noire (Pomoxis nigromaculatus), et d'autres espèces introduites comme le grand corégone et la queue à tache noire (Notropis hudsonius) (Stash, 2001;) (http://www.ifished.com/montana/fresno-reservoir">http://www.ifished.com/montana/fresno-reservoir). La queue à tache noire a également été observée dans un tronçon de la rivière située entre la frontière et le réservoir (en anglais seulement). Même si certains poissons énumérés ci-dessus ont des exigences particulières en matière d'habitat pouvant ne pas être satisfaites dans le tronçon inférieur de la rivière Milk en Alberta, d'autres ont des exigences plutôt générales et pourraient s'étendre en Alberta.

Il n'y a aucun obstacle physique à la migration du poisson entre le réservoir Fresno, au Montana, et les secteurs des rivières Milk Nord et Milk où vit le chabot des montagnes Rocheuses. Par conséquent, les espèces introduites dans le réservoir Fresno, au Montana, ont pu remonter le cours d'eau et atteindre les rivières Milk Nord et Milk au Canada. À l'heure actuelle, peu d'espèces introduites ont été capturées. On estime que les effets sur le chabot sont faibles. Les espèces introduites dans le tronçon inférieur du lac St. Mary, au Montana, pourraient avoir des effets sur le chabot des montagnes Rocheuses des bassins des rivières Milk et St. Mary.

Le degré d'importance de l'introduction dépendra de l'espèce introduite. L'introduction de la nasse de Nouvelle-Zélande (Potamopyrgus antipodarum), par exemple, peut perturber les populations d'invertébrés indigènes et entraîner une modification marquée du régime alimentaire du chabot et de la truite (Cada, 2004). On ne connaît pas les effets possibles d'une telle introduction dans le bassin de la rivière Saskatchewan (Golder Associates Ltd., 2003). La présence d'écrevisses n'a pas été signalée dans le bassin de la rivière St. Mary, en amont du réservoir St. Mary, ou dans le bassin de la rivière Milk, au Canada (T. Clayton, communication personnelle, 2008). L'introduction d'écrevisses dans cette région pourrait modifier la composition des communautés de macrophytes aquatiques, de macroinvertébrés et au bout du compte de poissons (Chambers et coll., 1990; Hanson et coll., 1990; McCarthy et coll., 2006). Ces effets seront probablement plus prononcés dans les réseaux trophiques des zones littorales caractérisés par la présence de détritus (Usio et Townsend, 2002, 2004).


4.2.4 Pollution

On considère comme faible la probabilité que des polluants de source ponctuelle et non ponctuelle pénètrent dans la rivière St. Mary ou Milk à des concentrations qui menaceraient la survie du chabot des montagnes Rocheuses (tableau 8). Les sources ponctuelles de pollution incluent tous les rejets de précipitation et d'eaux usées, de même que des déversements accidentels et des fuites de gaz, en particulier aux croisements de la rivière et de ses affluents. Au cours des douze dernières années, moins de 20 incidents de pollution ont été signalés dans le bassin de la rivière St. Mary et certains d'entre eux étaient situés dans la région du ruisseau Lee, du ruisseau Pothole ou en aval du réservoir (M. Bryski, communication personnelle, 2008). Parmi ces incidents, on a signalé des rejets d'eaux usées, d'eaux de ruissellement provenant des parcs d'engraissement et de sédiments, de petits déversements d'huile et de pétrole et de petits déversements de produits chimiques. Des eaux usées municipales et des sédiments industriels ont été déversés dans le ruisseau Lee à Cardston, dans les années passées et cela a eu des conséquences néfastes sur les quatre derniers kilomètres du ruisseau. La Ville de Milk River n'a pas déchargé d'eaux usées dans la rivière Milk depuis 20 ans, et les eaux des précipitations ruissellent à la surface (K. Miller, communication personnelle, 2006). Cela représente donc un risque minime.

 

Tableau 8. Liste des menaces dues aux polluants de source ponctuelle.
 7. Polluants de source ponctuelleRenseignements sur la menace
Catégorie de menacesPollutionAmpleur : Localisée
Menace généraleDéversements accidentelsZone d'occurrence (À l'échelle locale) : Prévue
Zone d'occurrence (Ensemble de l'aire de répartition):
Fréquence (À l'échelle locale) :
Indéterminée

Fréquence (Ensemble de l'aire de répartition) :
Menace préciseRejets de contaminants causés par une fuite dans un gazoduc ou un oléoduc, un déversement à la croisée des autoroutes ou dans une usine d'épuration.Certitude causale (À l’échelle locale) : Modérée
Certitude causale (Ensemble de l'aire de répartition) :
Gravité (À l’échelle locale) :
Indéterminée
Gravité (Ensemble de l'aire de répartition) :
StressEffets toxiques, diminution de la productivité, augmentation de la mortalitéDegré de préoccupation : Faible


Le déversement par inadvertance d'une substance toxique à un ouvrage quelconque de franchissement de la rivière, y compris sur les ponts ou les pipelines, pourrait avoir de graves conséquences. L'ampleur et la gravité des dommages causés à la communauté aquatique, notamment au chabot des montagnes Rocheuses, dépendraient de la substance déversée, de l'endroit du déversement, de la période de l'année (crue ou étiage) et de la possibilité d'en atténuer les effets. Jusqu'à présent, aucun déversement de ce type n'a été consigné dans la rivière Milk. Cependant, ce risque existe, même s'il est assez faible, parce que le débit de circulation est important à certains croisements (p. ex., moyenne de 2 700 franchissements par jour sur le pont de la route 4 en 2003, dont 25 % par des camions). Par ailleurs, on a observé un certain nombre de fuites de gaz ces dernières années (S. Petry, communication personnelle, 2006). Le risque posé par les polluants de source ponctuelle sur les populations de chabots semble faible étant donné la rareté des occurrences et les possibilités limitées d'intervention dans le cadre d'un événement d'envergure qui aurait des conséquences sur une grande partie de la rivière.

La contamination de l'eau par des activités sismiques ou de forage reste également possible. Les puits souterrains non fermés peuvent aussi poser un problème, bien que les programmes de fermeture et d'émission de permis permettent de limiter cette menace (Alberta Environment, 2001).

Les sources non ponctuelles de pollution qui peuvent nuire aux habitats du chabot des montagnes Rocheuses se limitent principalement au ruissellement des pesticides et des engrais agricoles (tableau 9). De façon générale, on considère que cette menace est faible. On a observé que l'intensité de la production agricole est plus faible le long du ruisseau Lee et de la rivière St. Mary que le long des rivières Milk Nord et Milk (Gouvernement de l'Alberta, 2005). De plus, il n'y a aucun parc d'engraissement à proximité des rivières Milk et St. Mary. La majeure partie des quelque 8 000 acres de terres arables qui sont irriguées dans le bassin de la rivière Milk sont situées à moins de 50 kilomètres de la Ville de Milk River, mais il y a une autre petite zone située en amont de la rivière Milk Nord, près de Del Bonita (K. Miller, communication personnelle, 2006). Le terrain accidenté près du chenal de la rivière limite la production agricole dans la plupart des zones situées à moins de 400 m environ de la rivière (K. Miller, communication personnelle, 2006) et sert de zone tampon, ce qui réduit la possibilité d'une contamination directe de la rivière. La période de croissance pour la plupart des cultures coïncide également avec la période de dérivation, quand les débits sont habituellement les plus élevés; ce qui crée un effet important de dilution. La lixiviation des résidus d'engrais a diminué considérablement ces dernières années en raison des coûts élevés de la fertilisation et du pompage de l'eau (K. Miller, communication personnelle, 2006), mais les concentrations d'éléments nutritifs peuvent augmenter aux sites en aval, comme au croisement de la route 880 (W. Koning, communication personnelle, 2006).

 

Tableau 9. Liste des menaces dues aux polluants de source non ponctuelle.
 8. Pollution de source non ponctuelleRenseignements sur la menace
Catégorie de menacesPollutionAmpleur : Indéterminée
Menace généraleEngrais agricoles et pesticidesZone d'occurrence (À l'échelle locale) : Indéterminée
Zone d'occurrence (Ensemble de l'aire de répartition) : Indéterminée

Fréquence (À l'échelle locale) : Saisonnière
Fréquence (Ensemble de l'aire de répartition) : Saisonnière
Menace préciseContaminants et charges en éléments nutritifsCertitude causale (À l’échelle locale) : Faible
Certitude causale (Ensemble de l'aire de répartition) : Faible
Gravité (À l’échelle locale) : Indéterminée
Gravité (Ensemble de l'aire de répartition) : Indéterminée
StressEffets toxiques, augmentation de la mortalitéDegré de préoccupation : Faible


La qualité de l'eau du bras principal change également de façon saisonnière en réaction aux crues, ce qui entraîne des augmentations du total des matières solides dissoutes, de la conductance et des concentrations de sel (sodium) quand la dérivation prend fin pendant les mois d'hiver (Milk River Watershed Council Canada, 2008; W. Koning, communication personnelle, 2006).


4.2.5 Mortalité accidentelle

L'échantillonnage scientifique peut constituer une menace pour le chabot des montagnes Rocheuses (tableau 10). L'échantillonnage couvre l'ensemble de l'aire de répartition, mais ne touche qu'une petite zone de l'habitat dans une année donnée. La majorité des poissons capturés sont remis à l'eau, mais certains d'entre eux sont volontairement ou accidentellement euthanasiés. On évalue que le niveau de gravité et le degré de préoccupation associés à cette menace sont faibles étant donné que l'échantillonnage scientifique est réglementé par la délivrance de permis conformément aux dispositions de l'article 73 de la Loi sur les espèces en péril (LEP). Par conséquent, le potentiel d'atténuation est élevé. Les points limites sont habituellement indiqués dans les autorisations obtenues au préalable afin de garantir la survie ou le rétablissement de l'espèce visée.


4.2.6 Changements climatiques

Les changements climatiques peuvent avoir une incidence sur la disponibilité de l'eau, sa température et une vaste gamme d'autres enjeux (Schindler, 2001) qui se répercutent de ce fait sur la disponibilité et la qualité de l'habitat du chabot des montagnes Rocheuses (tableau 11). En revanche, on ignore la portée de cette incidence sur l'espèce.

 

Tableau 10. Liste des menaces dues à l'échantillonnage scientifique.
 9. Échantillonnage scientifiqueRenseignements sur la menace
Catégorie de menacesPerturbation ou persécutionAmpleur : Localisée
Menace généraleÉchantillonnage scientifiqueZone d'occurrence (À l'échelle locale) : Historique, actuelle, prévue
Zone d'occurrence (Ensemble de l'aire de répartition) :
Fréquence (À l'échelle locale) :
Récurrente
Fréquence (Ensemble de l'aire de répartition) :
Menace préciseEuthanasie des poissons, mortalité accidentelleCertitude causale (À l’échelle locale) : Élevée
Certitude causale (Ensemble de l'aire de répartition) :
Gravité (À l’échelle locale) :
Faible
Gravité (Ensemble de l'aire de répartition) :
StressAugmentation de la mortalitéDegré de préoccupation : Faible

Commentaires : L'échantillonnage scientifique, même s'il est effectué dans l'ensemble de l'aire de répartition, présente une menace épisodique et ne touche qu'une petite partie de l'habitat du chabot chaque année. Cette activité est réglementée en vertu d'un permis.

 

Tableau 11. Liste des menaces dues aux changements climatiques.
 10. Changements climatiquesRenseignements sur la menace
Catégorie de menacesChangements climatiquesAmpleur : Très répandue
Menace généraleChangements climatiquesZone d'occurrence (À l'échelle locale) : Prévue
Zone d'occurrence (Ensemble de l'aire de répartition) : Prévue

Fréquence (À l'échelle locale) : Récurrente
Fréquence (Ensemble de l'aire de répartition) : Récurrente
Menace préciseModification du régime d'écoulement et de températuresCertitude causale (À l’échelle locale) : Faible
Certitude causale (Ensemble de l'aire de répartition) : Faible
Gravité (À l’échelle locale) : Indéterminée
Gravité (Ensemble de l'aire de répartition) : Indéterminée
StressAugmentation de la mortalité, diminution de la capacité d'adaptationDegré de préoccupation : Faible

Commentaires : Aucun.

 

4.2.7 Activités ou processus naturels

Les périodes de sécheresse de même que l'anoxie sont des conditions récurrentes qui pourraient avoir d'importantes répercussions sur le chabot des montagnes Rocheuses.

Sécheresse

Le sud de l'Alberta est exposé à des conditions de sécheresse extrême, en particulier en été et au début de l'automne. Les effets de cette menace sur le chabot des montagnes Rocheuses dépendront de la gravité et de la durée de la sécheresse. L'habitat d'hivernage est probablement celui qui est le plus menacé (tableau 12). Les conditions de sécheresse ainsi que la réglementation des eaux et les pratiques de prélèvement peuvent réduire de façon importante la quantité et la qualité des habitats du chabot. La portée des effets combinés pourrait être significative. En 1988 et en 2001, par exemple, le débit des eaux de surface de la rivière Milk, à l'est d'Aden Bridge et en amont du point de confluence avec la rivière Milk Nord, était presque nul en automne et en hiver en raison d'une grave sécheresse, et le cours inférieur de la rivière a été réduit à une série de bassins d'eau stagnante (RHC, 2008b).

 

Tableau 12. Liste des menaces dues à la sécheresse.
 11. SécheresseRenseignements sur la menace
Catégorie de menacesActivités ou processus naturelsAmpleur : Très répandue
Menace généraleSécheresseZone d'occurrence (À l'échelle locale) : Historique, prévue
Zone d'occurrence (Ensemble de l'aire de répartition) : Historique, prévue
Fréquence (À l'échelle locale) : Récurrente
Fréquence (Ensemble de l'aire de répartition) : Récurrente
Menace préciseEau basse, anoxieCertitude causale (À l’échelle locale) : Modérée
Certitude causale (Ensemble de l'aire de répartition) : Modérée

Gravité (À l’échelle locale) : Modérée
Gravité (Ensemble de l'aire de répartition) : Faible
StressAugmentation de la mortalitéDegré de préoccupation : Faible

Commentaires : Les conditions de sécheresse naturelle représentent une menace périodique permanente pour le chabot des montagnes Rocheuses en Alberta. Les poissons des rivières Milk Nord et Milk sont les plus vulnérables, étant donné que les débits saisonniers de la rivière St. Mary sont plus élevés et qu'on prélève une plus grande quantité d'eau pour l'irrigation dans la rivière Milk. Les prélèvements d'eau et la réglementation pourraient accroître ou atténuer la gravité des effets causés par les prochaines sécheresses.


Anoxie

Les concentrations réduites d'oxygène dissous pendant l'hiver pourraient avoir une incidence considérable sur la survie du chabot des montagnes Rocheuses et d'autres espèces de poissons dans le tronçon inférieur de la rivière Milk. Les concentrations d'oxygène sous la glace dans le tronçon inférieur de la rivière peuvent descendre jusqu'à 1,6 mg/L en janvier. On pense que cela peut être causé par l'oxydation de débris biologiques ou encore l'apport d'eaux souterraines anoxiques (Noton, 1980; R.L.&L. Environmental Services Ltd., 2002). Il est peu probable que l'anoxie représente une menace pour les populations de chabots puisqu'un déclin semblable n'a pas été observé plus loin en amont dans la rivière Milk Nord, à l'endroit où le taux hivernal mesuré atteint ou dépasse 8,4 mg/L (Noton, 1980), ou dans quelques bassins isolés du tronçon inférieur de la rivière Milk, où le taux mesuré en mars atteint ou dépasse 10,2 mg/L (R.L.&L. Environmental Services Ltd., 2002b). Ces données suggèrent que l'échange d'oxygène dans ces tronçons, où le courant est continu et l'eau est probablement libre, convient à cette espèce. C'est également pour ces raisons que les conditions d'anoxie dans la rivière St. Mary et le ruisseau Lee sont peu probables. On doit évaluer ce paramètre dans le cadre d'autres enquêtes sur l'habitat d'hivernage pour confirmer cette conclusion.