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Programme de rétablissement du chabot des montagnes Rocheuses (Cottus sp.) (populations du versant est) au Canada

7. Habitat essentiel

7.1 Définition générale de l'habitat essentiel du chabot des montagnes Rocheuses

L'habitat essentiel est défini au paragraphe 2(1) de la Loi sur les espèces en péril (LEP) (2002) comme suit :

« ...habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d'une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d'action élaboré à l'égard de l'espèce. » [par. 2(1)]

La LEP définit l'habitat d'une espèce aquatique en péril comme suit :

« […] les frayères, aires d'alevinage, de croissance et d'alimentation et routes migratoires dont sa survie dépend, directement ou indirectement, ou aires où elle s'est déjà trouvée et où il est possible de la réintroduire. » [par. 2(1)]

Pour le chabot des montagnes Rocheuses, l'habitat essentiel est défini, dans la mesure du possible, à l'aide de la meilleure information actuellement disponible. L'article 58 prévoit que l'habitat essentiel des animaux inscrits sur la liste des espèces en péril est légalement protégé, soit aux termes d'une ordonnance d'interdiction en vertu de la LEP, soit par des dispositions de la LEP ou de toutes autres lois fédérales, ou une mesure prise sous leur régime.

L'habitat essentiel désigné dans le présent programme de rétablissement décrit les zones géospatiales et les caractéristiques biophysiques qui appuient les fonctions nécessaires à la survie et au rétablissement de l'espèce. Le calendrier d'études donne un aperçu des activités nécessaires à l'amélioration de l'habitat essentiel et décrit en détail les caractéristiques, les fonctions et les propriétés des habitats qui facilitent sa protection.


7.1.1 Information et méthodes utilisées pour définir l'habitat essentiel

Au moyen de la meilleure information disponible, on a déterminé l'habitat essentiel dans le ruisseau Lee ainsi que dans les rivières St-Mary, Milk Nord et Milk en modifiant légèrement la méthode du rectangle de délimitation. Cette méthode suppose que l'on connaît bien les caractéristiques, les fonctions et les propriétés des habitats associés aux étapes de développement du cycle biologique du chabot, mais que l'emplacement réel de ces habitats n'est pas connu. Dans le cas du chabot des montagnes Rocheuses, la répartition des individus à différentes étapes du cycle biologique est assez uniforme dans certains habitats, particulièrement dans les rivières Milk Nord et St. Mary. Les caractéristiques, les fonctions et les propriétés des habitats du chabot des montagnes Rocheuses peuvent être décrites en détail. Fondamentalement, toutes, ou presque toutes les étapes du cycle biologique du chabot se déroulent dans les habitats situés dans des rapides ou des ruisselets, comme l'indique le tableau 14. En tenant compte des facteurs ci-dessus, on a modifié la méthode utilisée pour désigner l'habitat essentiel du chabot en ajoutant la capture par unité d'effort (CPUE) et les catégories de classification écologique. La CPUE a contribué à déterminer les limites de l'habitat essentiel dans la rivière St. Mary et le ruisseau Lee. Dans les rivières Milk Nord et Milk, on a déterminé l'habitat essentiel en tenant compte de la CPUE et des caractéristiques et propriétés écologiques. Les renseignements sur l'habitat utilisé pendant les étapes du cycle biologique sont présentés aux section3.4.1 (Biologie et évolution) et section3.4.2 (Habitat). Le rectangle de délimitation était la méthode la plus appropriée étant donné le peu de renseignements disponibles et l'absence des représentations graphiques permettant de définir les limites de l'habitat dans ces secteurs.

Les secteurs définis peuvent être délimités et d'autres zones supplémentaires peuvent également être désignées si de nouveaux renseignements concernant les besoins associés au cycle biologique du chabot des montagnes Rocheuses sont publiés. Les zones d'habitat essentiel désigné à certains endroits peuvent empiéter sur celles d'autres espèces en péril concurrentes. Toutefois, les exigences particulières en matière d'habitat dans ces zones peuvent varier en fonction des espèces.

Rivière St. Mary :

Des données comparables sur les CPUE obtenues dans les relevés effectués au moyen d'un dispositif d'électropêche portable ont été recueillies pour la rivière St. Mary entre la frontière et le croisement de la route 5. Cette espèce est nombreuse et abondante dans l'ensemble de ce tronçon. La concentration moyenne atteint 0,75 poisson/m² à un débit de <20 m3/s (D. Watkinson, données non publiées).

Ruisseau Lee :

Le nombre de CPUE diminue rapidement lorsqu'on se déplace vers l'amont pour atteindre le point de confluence du ruisseau Lee et de la rivière St. Mary. Les CPUE sont plus répandues dans les 13 derniers kilomètres du ruisseau (>0,01 poisson/sec; dispositif d'électropêche portable). On a réalisé un échantillonnage limité en amont et la CPUE était de <0,01 poisson/sec (dispositif d'électropêche portable).

Rivières Milk Nord et Milk :

Les relevés effectués au moyen d'un dispositif d'électropêche embarqué ont fourni des données de CPUE dans les tronçons canadiens de la rivière Milk en aval du point de confluence avec la rivière Milk Nord. Même si le nombre de prises relevées grâce à un dispositif d'électropêche portable dans la rivière Milk Nord était négligeable, le nombre de CPUE de la rivière Milk est élevé entre la frontière et le point de confluence avec la rivière Milk (km riverain 238). Dans la rivière Milk, la zone d'occurrence s'étend de la frontière jusqu'à la route 1 en aval. Le nombre de CPUE est peu élevé dans la rivière Milk, en amont du point de confluence avec la rivière Milk Nord. On considère que cet habitat est secondaire étant donné que l'eau stagne souvent pendant l'été. Même si l'on a capturé des spécimens en aval du tronçon R3/R2 (km riverain 162), l'espèce était absente des prises capturées grâce à un dispositif d'électropêche portable dans ces tronçons, ce qui a permis d'obtenir un échantillonnage normalisé aux fins de comparaison. Ce brusque déclin dans la CPUE correspond aux modifications de l'habitat composé essentiellement de substrats vaseux et sablonneux (≥70 %). L'habitat des tronçons R2 et R1 ne convient pas aux chabots, même s'il existe peut-être des zones adéquates.

La méthode employée pour désigner l'habitat essentiel du chabot des montagnes Rocheuses est différente de celle utilisée pour définir une cible précise de rétablissement de la population. L'effectif et l'habitat de la population ne justifient ni le rétablissement ni la restauration. La planification du rétablissement devrait être axée sur la protection et la conservation des populations de chabot des montagnes Rocheuses et de leur habitat.


7.1.2 Détermination de l'habitat essentiel : géospatial

L'habitat essentiel du chabot des montagnes Rocheuses en Alberta comprend tous les secteurs de la rivière St. Mary, entre la frontière et le réservoir St. Mary (en amont, entre le point situé à 49,0000 degrés nord – 113,32870 degrés ouest et à 49,24966 degrés ouest – 113,25595 degrés ouest) et les 13 derniers kilomètres du ruisseau Lee (en amont, entre le point situé à 49,16847 degrés nord et le point de confluence avec la rivière St. Mary). Il faut réaliser un autre échantillonnage afin de délimiter l'étendue de l'habitat essentiel en amont dans le ruisseau Lee. On considère que les secteurs des rivières Milk Nord et Milk, entre la frontière et le point de confluence avec le bras principal de la rivière Milk, et du bras principal de la rivière Milk, entre le point de confluence avec la rivière Milk Nord et la limite des tronçons R3/R2 font également partie de l'habitat essentiel du chabot des montagnes Rocheuses (en amont : entre le point situé à 49,00000 degrés nord – 112,99867 degrés ouest et le point situé à 49,10961 degrés nord – 111,85008 degrés ouest). Le secteur de la rivière Milk situé en amont du point de confluence avec la rivière Milk Nord ne fait pas partie de l'habitat essentiel étant donné que les débits de surface sont temporaires. En outre, la prévalence de substrats fins en aval du tronçon R2/R3 fait en sorte que ces habitats ne conviennent pas au chabot des montagnes Rocheuses. Dans le but de créer une zone tampon, on considère que le canal de débordement fait partie de l'habitat essentiel. L'emplacement des aires désignées comme habitat essentiel est présenté à la figure 5. Il s'agit de zones que le ministre de Pêches et Océans considère comme nécessaires pour la survie des espèces ou la réalisation des objectifs de rétablissement.

L'habitat essentiel ne correspond pas à toutes les zones des limites géographiques recensées, mais uniquement à celles qui présentent des caractéristiques biophysiques particulières. Les caractéristiques anthropiques permanentes comme les marinas, les intersections, les galeries de captage, les exutoires et les canaux qui nécessitent un entretien régulier et qui sont situés en bordure des zones désignées ne font pas partie de l'habitat essentiel du chabot des montagnes Rocheuses.


Figure 5. Habitat essentiel du chabot des montagnes Rocheuses en Alberta.

Carte illustrant les endroits où se trouvent les espèces (voir description longue ci-dessous).

Description pour la figure 5

La figure 5 est la même carte que celle présentée à la figure 3. Elle illustre les endroits où se trouvent les espèces et les caractéristiques de l'habitat. Cette carte montre également une large bande, qui englobe toute la largeur de la rivière et représente l'habitat essentiel. Cette bande couvre une portion de la partie supérieure de la rivière St. Mary et la partie centrale à supérieure de la rivière Milk


7.1.3 Détermination de l'habitat essentiel : fonctions et caractéristiques biophysiques et leurs propriétés

Il y a peu de renseignements sur certains aspects clés du cycle biologique et de la biologie du chabot des montagnes Rocheuses. Le tableau 14 résume l'information disponible sur les fonctions, les caractéristiques et les propriétés essentielles associées à chaque étape de développement. Consultez la section 3.4.1 (Biologie et évolution) pour obtenir de plus amples renseignements. Les zones désignées comme habitat doivent appuyer ces fonctions.

Tableau 14. Description générale des fonctions, des caractéristiques et des propriétés fondamentales de l'habitat essentiel à chaque étape du cycle biologique du chabot des montagnes Rocheuses
Étape du cycle de vieExigence en matière d'habitat (fonction)Caractéristique(s)Propriété(s)
Larves et jeunes de l'année (âgés de 0+)
  • Élevage/alevinage
  • Rapides et ruisselets
  • Profondeur variant entre 10 et 75 cm
  • Vélocité variant entre 0,1 et 0,5 m/s
  • Substrat de gravier
  • Température variant entre 7,8 et 17,2 oC.
Juvéniles (âgés de 1 à 3 ans)
  • Alimentation et abri
  • Rapides et ruisselets
  • Profondeur variant entre 20 et 80 cm
  • Vélocité variant entre 0,5 et 1,1 m/s
  • Substrat de gravier et de galets
Adultes (âgés de 3+)
  • Période de frai (mi-mai à juin)
  • Rapides et ruisselets
  • Température variant entre 7,5 et 12,8 ° C.
  • Substrat de galets et de blocs
  • Végétation aquatique, gros débris ligneux
Adultes (âgés de 3+)
  • Alimentation et abri
 
  • Profondeur variant entre 25 et 80 cm
  • Vélocité variant entre 0,6 et 1,1 m/s
  • Substrat de gravier et de galets


On peut recommander les habitats qui ne sont pas visés par la définition indiquée ci-dessus comme habitat essentiel dans d'éventuels plans d'action si ceux-ci remplissent une fonction essentielle indiquée dans la description de la LEP. Les indications présentées dans le tableau 14 correspondent aux propriétés optimales pour le chabot des montagnes Rocheuses. La présence de l'espèce ne se limite pas à ces endroits. On peut les observer ailleurs dans leur aire de répartition.

Les études visant à approfondir les connaissances sur les fonctions, les caractéristiques et les propriétés essentielles à diverses étapes du cycle biologique du chabot des montagnes Rocheuses sont décrites dans la section 7.2 (Calendrier des études visant à définir l'habitat essentiel).

7.2 Calendrier des études visant à définir l'habitat essentiel

Le présent programme de rétablissement comprend une définition de l'habitat essentiel fondée sur les meilleures données disponibles. Des études plus approfondies sont indispensables pour repérer ou délimiter d'autres habitats essentiels qui sont nécessaires en vue d'appuyer les objectifs en matière de population et de répartition, tel qu'ils sont présentés dans le tableau 15 ci-dessous.

Tableau 15. Calendrier des études visant à établir ou à délimiter l'habitat essentiel
Description de l'étudeJustificationÉchéancier
Mener des études pour déterminer et définir l'utilisation de l'habitat à chaque étape du cycle biologique du chabot des montagnes Rocheuses.On dispose de peu de renseignements sur la stratégie de reproduction des adultes ou sur les besoins en matière d'habitat pendant les premières étapes du cycle de vie.
Cette étude contribuera à délimiter l'habitat essentiel et permettra d'établir un lien précis entre l'utilisation de l'habitat et l'étape du cycle biologique.
2012-2015
Études sur les déplacements

Les déplacements saisonniers et les zones nécessaires aux poissons ne sont pas connus.

Ces études permettront de déterminer l'étendue des déplacements de cette espèce, surtout en période de frai et d'hivernage, ainsi que les possibilités de recoloniser les habitats. Cela peut également contribuer à délimiter les secteurs désignés comme habitat essentiel en définissant clairement la répartition.

2012-2015


Ces études sont conçues de manière à brosser un tableau plus complet des exigences en matière d'habitat propres au chabot des montagnes Rocheuses. Une approche préventive en regard de la désignation des habitats essentiels a été utilisée afin d'aider à atteindre les objectifs relatifs à la population et à la répartition jusqu'à ce que l'on mène une analyse plus détaillée. Le calendrier d'études prescrit est nécessairement un document de planification à long terme et sera mis à jour périodiquement ou amélioré de façon permanente à mesure qu'on disposera de nouveaux renseignements.

7.3 Exemples d'activités pouvant entraîner la destruction de l'habitat essentiel

Voici la définition de la destruction :

« La destruction de l’habitat essentiel aura lieu si une partie de cet habitat est dégradé de façon permanente ou temporaire, à un point tel que l’habitat essentiel n’est plus en mesure d’assurer ses fonctions lorsque celles-ci sont requises par l’espèce. La destruction peut découler d’une ou de plusieurs activités à un moment donné ou de leurs effets cumulés au fil du temps. »

Aux termes de la LEP, l’habitat essentiel doit légalement être protégé contre la destruction une fois qu’il a été désigné comme tel. Cette protection sera assurée par une ordonnance prise au titre de l’article 58, qui interdira la destruction de l’habitat essentiel désigné.

Le ministre de Pêches et Océans Canada invite les Canadiennes et les Canadiens qui le désirent à formuler des commentaires sur la prise éventuelle d’une ordonnance au titre de l’article 58 en vue de protéger l’habitat essentiel du chabot des montagnes Rocheuses dans les plus brefs délais. Veuillez prendre note qu’aux termes de l’article 58, une telle ordonnance doit entrer en vigueur dans les cent quatre-vingts (180) jours suivant l’affichage de la version définitive du programme de rétablissement ou du plan d’action qui désigne l’habitat essentiel.

Ni exhaustives ni exclusives, les activités décrites dans le tableau ci-dessous ont été déterminées en fonction des menaces générales décrites à la section 4.1 du programme de rétablissement des espèces. L'absence d'activités humaines n'altère en rien la capacité du Ministère à réglementer les éventuelles conséquences en vertu de la LEP. En outre, le fait d'indiquer une activité ne signifie pas qu'elle sera systématiquement interdite, étant donné que c'est la destruction de l'habitat essentiel qui est proscrite et non l'activité elle-même. Puisque l'utilisation de l'habitat est souvent de nature temporelle, surtout dans les systèmes fluviaux présents en Alberta, le potentiel de destruction de l'habitat essentiel est évalué au cas par cas, et on s'efforce de mettre en œuvre de solides mesures d'atténuation propres au site. Chaque fois qu'on proposera un projet dans une zone désignée comme habitat essentiel, il faudra prévoir des délais suffisants et présenter des renseignements généraux pour permettre la prise de décisions éclairées relativement à la gestion et à la réglementation.

Tableau 16. Exemples d'activités pouvant entraîner la destruction de l'habitat essentiel du chabot des montagnes Rocheuses.
MenaceActivitéInfluence – VoieFonctions touchéesCaracté-ristiques touchéesPropriétés touchées
Perte ou dégradation de l'habitatConstruction d'un barrage (aménagement d'un ouvrage de retenue ou d'un réservoir)Perte d'habitat à grande échelle (passage d'un habitat riverain à un réservoir)
  • Frai
  • Élevage/alevinage
  • Alimentation et abri
Rapides et ruisselets
  • Profondeur
  • Vélocité
  • Substrat
  • Température
Perte ou dégradation de l'habitatExploitation d'un barrage (modification du régime d'écoulement)Diminution de l'habitat disponible
  • Frai
  • Élevage/alevinage
  • Alimentation et abri
Rapides et ruisselets
  • Profondeur
  • Vélocité
  • Substrat
  • Température
Perte ou dégradation de l'habitatPrélèvement d'eauDiminution de l'habitat disponible
  • Frai
  • Élevage/alevinage
  • Alimentation et abri
Rapides et ruisselets
  • Profondeur
  • Vélocité
  • Température
Polluants de source ponctuelleRejet de substances toxiquesDiminution de l'habitat disponible (p. ex., perte des espaces intercalaires)
  • Élevage/alevinage
  • Alimentation et abri
Rapides et ruisselets
  • Substrat
  • Température