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Plan de gestion de l’épaulard du large (Orcinus orca) au Canada [version finale]

1.0 Renseignements sur l’espèce

1.1 Information du COSEPACsur l’évaluation de l’espèce

L’information qui suit est tirée de la mise à jour du rapport de situation du COSEPAC sur les épaulards au Canada (COSEPAC, 2008).

Date de l’évaluation : Novembre 2008.

Nom commun (population) : Épaulard - population océanique
 
Nom scientifique : Orcinus orca

Désignation par le COSEPAC : Espèce menacée

Justification de la désignation : Cette population compte un très faible nombre d’individus matures (~120). Elle est sujette aux menaces posées par un taux élevé de contaminants, des perturbations acoustiques et physiques et des déversements d’hydrocarbures potentiels. Toutefois, la population fait l’objet d’un suivi et semble stable.

Occurrence au Canada : Océan Pacifique.

Historique de la désignation par leCOSEPAC :Une seule désignation « menacée » a été accordée aux populations résidentes du Pacifique Nord en avril 1999. Divisées en trois populations en novembre 2001. La population océanique a été désignée « préoccupante » en novembre 2001. Réexamen du statut : l’espèce a été désignée « menacée » en novembre 2008.

1.2 Description

Les épaulards sont principalement noirs et présentent un abdomen blanc, une grande tache blanche derrière chaque œil et une tache grise en forme de selle en dessous et à l’arrière de la nageoire dorsale noire. Celle-ci est grande et distinctive chez les mâles (souvent d’une hauteur de 1,8 m), tandis qu’elle est petite et incurvée chez les femelles et les juvéniles (moins de 0,9 m de hauteur). Chaque épaulard possède une nageoire dorsale et une tache en forme de selle de forme unique ainsi que des encoches et des cicatrices acquises de façon naturelle. Pour le néophyte, il est très difficile de faire la distinction entre les trois « assemblages » d’épaulards présents sur la côte ouest de l’Amérique du Nord, à savoir les épaulards résidents, migrateurs et du large. L’apparence physique des épaulards du large (aussi appelés « hauturiers ») est celle qui ressemble le plus aux épaulards résidents (Ford et coll., 2000). Si on les compare à celles des épaulards résidents et migrateurs, les nageoires des épaulards du large ont tendance à être arrondies sur leur bord antérieur et à leur sommet, ce qui leur donne un aspect émoussé. La nageoire dorsale a tendance à être moins inclinée à l’arrière et présente plus d’entailles et d’encoches que celle des épaulards résidents. Les taches dorsales sont d’ordinaire d’un gris uniforme, bien qu’elles puissent, chez certains individus, présenter une région noire (Black et coll., 1997; Ford et coll., 2000).

Les épaulards sont les plus grands membres de la famille des dauphins (delphinidés). En général, les longueurs maximales observées chez les épaulards mâles sont de 9,0 m, tandis qu’elles sont de 7,7 m chez les femelles (Dahlheim et Heyning, 1999). Yamada et coll., 2007 ont récemment observé un rapport poids-longueur maximal de 6600 kg chez un mâle de 7,65 m et de 4700 kg chez une femelle de 6,58 m. Chez les mâles adultes, les nageoires pectorales en forme de pagaies et les extrémités de la queue sont beaucoup plus longues et plus larges, et les extrémités de la queue sont incurvées vers le bas (Bigg et coll., 1987).
Même s’ils constituent un groupe distinct sur le plan génétique, les épaulards du large seraient davantage apparentés aux épaulards résidents qu’aux épaulards migrateurs en raison de similitudes dans leur apparence, leurs vocalisations et leur patrimoine génétique (Barrett-Lennard et Ellis, 2001). On les observe le plus souvent en groupes de 20 individus ou plus (Barrett-Lennard et Ellis, 2001).

1.3 Populations et aire de répartition

Les trois assemblages d’épaulards présents sur la côte ouest sont distincts sur le plan génétique les uns des autres, même si des études génétiques préliminaires laissent sous-entendre qu’il peut y avoir un certain degré de croisement entre les épaulards migrateurs et les épaulards du large (Barrett-Lennard, 2000). Les populations migratrices et résidentes de la Colombie-Britannique ont fait l’objet d’études approfondies, mais on manque d’informations détaillées sur le cycle biologique des épaulards du large. Des différences comportementales et culturelles ont été observées au sein des populations migratrices et résidentes. Les épaulards résidents vivent en groupes matrilinéaires stables (jusqu’à 50 individus), tandis que les épaulards migrateurs voyagent en petits groupes (de 5 à 7 individus) dont la composition peut varier (c.-à-d. que des individus migrent et émigrent souvent entre ces groupes). On peut également différencier les épaulards migrateurs des épaulards résidents par leurs préférences alimentaires. Les épaulards résidents s’alimentent exclusivement de poissons et de calmars et affichent une préférence particulière pour les saumons quinnat et kéta (Ford et Ellis, 2006), tandis que les épaulards migrateurs s’alimentent de mammifères (Bigg et coll., 1987).

Aucune estimation de l’abondance des populations d’épaulards de la Colombie-Britannique n’a été établie avant 1976. Depuis le début des années 1970, les études menées sur les épaulards résidents et migrateurs nous ont permis de mieux comprendre la répartition de ces mammifères et de la dynamique de leurs populations. Les épaulards du large n’ont été décrits que récemment, et un examen des relevés historiques montre que la première observation d’épaulards du large au Canada a eu lieu en 1979, dans les eaux extracôtières des îles de la Reine-Charlotte (Ford et coll., 1992).

L’aire de répartition connue des épaulards s’étend actuellement du sud de la Californie jusqu’au sud-est des îles Aléoutiennes (Black et coll., 1997; Matkin et coll., 2007), et des occurrences d’individus de cette population ont été documentées dans les eaux marines du bord du plateau continental, au large de la côte de la Colombie-Britannique (figure 1). On a surtout observé des épaulards dans les environs des îles de la Reine-Charlotte; quoique ces animaux aient été davantage signalés ces dernières années dans les eaux côtières et intérieures (p. ex. dans la partie inférieure du détroit de Georgia et dans l’ouest du détroit de Johnstone [Ford et coll., 1992; Pêches et Océans Canada-Programme de recherche sur les cétacés (MPO-PRC), données non publiées]), ce qui laisse sous-entendre que l’utilisation de l’habitat côtier est plus élevée que par le passé. Il est probable que l’aire de répartition de ces baleines soit fonction des conditions océanographiques et de la répartition des proies.

Figure 1. Observations d’épaulards du large dans les eaux côtières du Pacifique de l’Amérique du Nord entre 1988 et 2007 (MPO-PRC, données non publiées).

Figure 1. Observations d’épaulards du large dans les eaux côtières du Pacifique de l’Amérique du Nord entre 1988 et 2007 (MPO-PRC, données non publiées).

Comme les observations n’ont pas fait l’objet de corrections en fonction de l’effort de relevé, les concentrations d’occurrence ne peuvent être extrapolées à partir de cette carte.

D’après la mise à jour du rapport de situation duCOSEPAC(2008), les données de photo-identification accumulées grâce aux 86 rencontres avec ces cétacés dans les eaux de la Colombie-Britannique entre 1988 et le milieu de l’année 2008 ont permis d’identifier 288 individus (MPO-PRC, données non publiées). La vitesse à laquelle on découvre de nouveaux épaulards du large non identifiés ralentit, tandis que le nombre de réobservations d’épaulards du large connus est à la hausse (MPO-PRC, données non publiées), ce qui donne à penser que la majeure partie de la population de la Colombie-Britannique a été cataloguée. Toutefois, l’estimation actuelle de l’abondance est considérée comme prudente, et le rapport du COSEPAC (2008) émet l’hypothèse que cette population affiche un nombre peu élevé d’animaux en âge de se reproduire (au moins 120 individus matures). On ne dispose pas à l’heure actuelle d’estimation fiable de la population d’épaulards du large pour l’ensemble du Pacifique Nord-Est, et il n’existe actuellement aucune preuve d’occurrence à l’extérieur de ces eaux. Il faudra effectuer de nouvelles recherches pour préciser la taille et les caractéristiques démographiques de la population.

En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) fédérale, cette population a été désignée comme étant « préoccupante », ce qui signifie qu’elle est vulnérable au déclin (c.-à-d. qu’elle est susceptible de devenir menacée ou en voie de disparition) en raison d’une combinaison de caractéristiques biologiques et de menaces relevées. Le plus récent rapport du COSEPAC (2008) établit que la population est « menacée » en raison de son nombre très faible d’individus matures et des menaces posées par les contaminants, les perturbations acoustiques et physiques, et les déversements d’hydrocarbures. On examine actuellement la possibilité de modifier le statut de la population sur la liste des espèces en péril de la LEP. À l’échelon provincial, la population de la Colombie-Britannique figure sur la liste bleue avec une cote  S3 (CDC, 2007). Avec un tel classement, la population est considérée comme vulnérable à la disparition ou à l’extinction en raison du faible nombre de populations, de sa répartition, de déclins récents ou d’autres facteurs (CDC, 2007). Depuis octobre 1998, la situation relative à la conservation à l’échelle internationale des épaulards du large est G4G5TUQ, ce qui signifie qu’il existe une certaine incertitude quant à l’abondance mondiale de la population (c.-à-d. qu’elle varie de quelque peu abondante à abondante) et que certaines questions se posent concernant son statut taxonomique. En conséquence, on ne peut classer plus précisément la population à l’échelle mondiale (CDC, 2007).

1.4 Besoins des épaulards du large

1.4.1 Besoins en matière d’habitat et besoins biologiques

En général, on constate de graves déficiences dans les données sur les besoins en matière d’habitat et les besoins biologiques des épaulards du large. Par conséquent, il est impossible de documenter les zones importantes ou l’aire vitale de l’espèce. Toutefois, comme pour toutes les espèces, la disponibilité de proies de qualité élevée en quantités adéquates et la liberté de mouvement dans des habitats appropriés sont nécessaires à la survie des épaulards. L’écholocation et les vocalisations sociales constituent un aspect important du comportement des trois assemblages d’épaulards, et il ne fait aucun doute que la présence d’un environnement acoustique qui permet une communication et une alimentation appropriées est importante.

1.4.2 Rôle écologique

Les populations d’épaulards observées partout dans le monde adoptent souvent des stratégies d’alimentation hautement spécialisées et ciblent des espèces de proies très précises (Hoelzel, 1991; Simila et Ugarte, 1993; Guinet et Bouvier, 1995; Ford et coll., 1998; Visser, 1999; Saulitis et coll., 2000; Pitman et Ensor, 2003; Ford et Ellis, 2006). Sur la côte ouest de la Colombie-Britannique, les épaulards migrateurs s’alimentent de mammifères marins, tandis que les épaulards résidents consomment des saumons (Bigg et coll., 1987; Ford et coll., 1998).

Des études récentes, portant notamment sur des observations d’épaulards en train de s’alimenter (Jones, 2006), l’analyse des contenus stomacaux (Heise et coll., 2003) ainsi que des analyses des acides gras et des isotopes de tissus adipeux (Herman et coll., 2005; Krahn et coll., 2007), laissent sous-entendre que le régime alimentaire des épaulards du large est constitué de poissons et comprend du flétan et du requin. À l’heure actuelle, on ne sait pas précisément si des mammifères ou d’autres espèces font également partie du régime alimentaire de ces épaulards. Un examen rapide de la dentition d’épaulards du large morts indique que les dents de ce type d’épaulards sont plus usées et émoussées que celles des autres assemblages (G. Ellis, comm. pers., 2007), ce qui, jumelé à une analyse des isotopes chimiques effectuée par Krahn et coll., (2007), indique un régime différent de celui des épaulards résidents ou migrateurs.

Bien qu’il n’y ait aucune distinction documentée entre les assemblages d’épaulards, les peuples des Premières nations vouent depuis longtemps un très grand respect culturel et spirituel à ces cétacés en tant que protecteurs des océans. Traditionnellement, les Premières nations ne chassaient pas l’épaulard, bien que des os d’épaulards aient été découverts dans un dépotoir à Ozette (J. Scordino, comm. pers., 2007). À l’heure actuelle, certains groupes des Premières nations mettent sur pied des initiatives pour assurer une surveillance des mammifères marins et rassembler les connaissances traditionnelles portant sur l’occurrence historique des épaulards dans leurs territoires traditionnels.

1.4.3 Facteurs limitatifs

Les facteurs qui limitent la croissance démographique des prédateurs de niveau trophique supérieur, comme celle de la population d’épaulards du large, peuvent être catégorisés de façon générale comme étant des processus ascendants intrinsèques tributaires de la disponibilité et de la qualité des proies. Les facteurs intrinsèques à la biologie de l’espèce ne peuvent être atténués ni gérés. Cependant, l’activité humaine peut engendrer des contraintes qui modifient l’équilibre de ces facteurs limitatifs et, de ce fait, menacent la population. En pareils cas, il faut prendre des mesures pour faire en sorte que l’activité humaine n’impose pas de contraintes indues sur les facteurs limitatifs.

Les épaulards résidents constituent l’assemblage d’épaulards le plus étudié en Colombie-Britannique (Ford et coll., 2005). Puisque l’on ne dispose que de très peu d’informations sur les épaulards du large, on s’est servi d’informations générales sur la durée de vie et les paramètres biologiques des épaulards résidents pour illustrer les facteurs limitatifs environnementaux et biologiques potentiels associés aux épaulards du large (tableau 1). Les paramètres du cycle biologique de cette population peuvent être similaires à ceux qui limitent les autres assemblages d’épaulards, mais il faut faire preuve de prudence lorsque l’on extrapole des similitudes entre les différents assemblages.

Tableau 1. Facteurs biologiques et environnementaux qui peuvent limiter la population d’épaulards du large du Pacifique Nord-Est.

Facteurs limitatifs biologiquesAttributs particuliersDescription
Longévité*Femelles : 50 ans, maximum de 80 à 90 ans
Mâles : 29 ans, maximum de 50 à 60 ans
ReproductionMaturité sexuelle tardive*Environ 15 ans pour les mâles et les femelles, bien que les mâles ne se reproduisent pas avant d’avoir plus de 20 ans.
Longue période de gestation*De 16 à 17 mois
Faible nombre de baleineaux par gestation*Un baleineau par gestation
Faible taux de reproduction*L’intervalle entre les mises bas est habituellement de cinq ans, mais peut varier de deux à douze ans, ce qui limite la croissance démographique.
Sénescence reproductive*La période de reproduction des femelles est d’environ 25 ans, la naissance du dernier baleineau ayant lieu lorsque celles-ci ont environ 40 ans.
Ainsi, la plupart des femelles ne donnent naissance qu’à cinq baleineaux au cours de leur vie, ce qui limite le potentiel de croissance démographique.
Mortalité néonatale*Possiblement jusqu’à 50 % entre 0 et 6 mois.
Dispersion limitéeDispersion physiqueLa dispersion des épaulards du large à partir des groupes familiaux demeure inconnue.
Dispersion génétiqueLes comportements reproducteurs demeurent inconnus à l’heure actuelle, bien que des études génétiques laissent sous-entendre que certains croisements peuvent avoir lieu entre les épaulards migrateurs et ceux du large.
Faible populationÀ l’heure actuelle, 288 individus sont relevés dans cette population génétiquement distincte.
Comportements appris (c.-à-d. traditionnels ou culturels)Vocalisations uniques vraisemblablement accompagnées de comportements sociaux fortement structurés.
ProiesTypePrédateurs de niveau trophique supérieur; espèces de proies précises inconnues à l’heure actuelle. Cependant, des observations préliminaires révèlent la consommation de flétans et de requin.
Les proies, particulièrement celles provenant des niveaux trophiques supérieurs, peuvent également transmettre des maladies.
DisponibilitéOn a démontré que la limitation des proies réduit la survie et le succès reproducteur des épaulards résidents (Ford et coll., 2005).
Comme les épaulards du large sont des prédateurs de niveau trophique supérieur, la limitation de l’approvisionnement alimentaire est une menace majeure pour la croissance et la survie de la population.
La disponibilité des proies peut être limitée par un changement de régime écosystémique, le changement climatique ou par la pêche.
MaladiesLes maladies d’occurrence naturelle peuvent avoir une incidence sur la viabilité de la population.
Les proies, particulièrement celles provenant des niveaux trophiques supérieurs, peuvent également transmettre des maladies. (voir « Régime alimentaire »).
L’usure importante des dents observée chez des épaulards du large peut accroître le risque d’infections par des agents pathogènes présents dans les proies.
Échouement ou emprisonnementDes épaulards peuvent s’échouer accidentellement sur des plages ou demeurer prisonniers d’anses, de lagunes ou de lacs salés (p. ex. Bain, 1994).
Changement de régime écosystémiqueDes changements naturels dans les processus écosystémiques peuvent affecter ces cétacés (p. ex. en entraînant des changements dans l’abondance ou la qualité des proies, l’occurrence des maladies).

Références de l’information présentée dans le présent tableau : Ford, 1989; Bigg et coll., 1990; Olesiuk et coll., 1990; Ford, 1991; Bain, 1994; Barrett-Lennard, 2000; Ford et coll., 2000; Herman et coll., 2005; Jones, 2006; MPO-PRC, données non publiées.
* La description est fondée sur des données provenant d’études menées sur des épaulards résidents.

 

1.5 Menaces

Les menaces qui entraînent un déclin de la population peuvent être d’origine anthropique (p. ex. emmêlements accidentels dans des engins de pêches ou empoisonnement par des substances toxiques) ou imputables à des processus naturels (p. ex. changements de régime écosystémique). Des facteurs limitatifs sont des facteurs environnementaux ou biologiques (p. ex. la longévité) qui peuvent, de façon naturelle, limiter la taille de la population ou ralentir la croissance démographique. D’ordinaire, ils ne sont pas considérés comme une menace, à moins qu’ils aient subi l’incidence de l’activité humaine (EC, 2007). Les évaluations des menaces (tableau 2) permettent l’établissement de l’ordre des priorités des mesures de gestion ou autres recommandées pour éviter que cette population ne devienne menacée ou en voie de disparition. En outre, elles permettent de déterminer s’il est possible ou non de prendre des mesures pour atténuer l’effet d’une menace. Les définitions des termes utilisés dans les classements sont présentées à l’annexe I (tableau 5).

1.5.1 Classification des menaces

On a évalué les menaces selon leur probabilité d’occurrence actuelle et la gravité de leur incidence sur la population d’épaulards du large. En outre, on a incorporé la certitude d’occurrence d’un effet sur l’ensemble de la population dans l’évaluation afin de fournir une mesure du degré de confiance que l’on peut accorder au classement de l’« importance » de la menace et de fournir une indication des secteurs où il peut être utile de mener d’autres activités de surveillance ou études afin d’éliminer les incertitudes ou de combler les lacunes dans les connaissances (tableau 2). Lorsque la certitude de l’occurrence d’un effet sur la population d’épaulards du large n’est pas démontrée, les données scientifiques relatives à d’autres cétacés peuvent être considérées comme adéquates pour inclusion à l’évaluation de l’importance d’une menace.

Le potentiel d’atténuation renvoie à la probabilité qu’une mesure (future ou actuelle) atténuera ou empêchera de façon adéquate l’occurrence d’effets négatifs sur la population. Il convient de noter que le classement indiqué pour l’importance de la menace reflète les préoccupations actuelles relatives à des impacts découlant d’une menace présente et que les évaluations futures peuvent révéler des classements qui diffèrent de ceux dont il est question dans le présent document. En conséquence, l’importance d’une surveillance à long terme de la population ne peut être mise en doute.

Tableau 2. Résumé de la classification des menaces et du potentiel d’atténuation des menaces relevées pour la population d’épaulards du large du Pacifique Nord-Est.

Le potentiel d’atténuation renvoie à la probabilité qu’une mesure (future ou actuelle) puisse atténuer ou empêcher l’occurrence d’effets négatifs sur la population. La présente évaluation est en quelque sorte un reflet à jour de l’état des menaces pesant sur la population et, en tant que tel, le classement de l’importance de la menace peut changer au fil du temps. L’astérisque (*) signifie que la menace est naturellement présente dans la population (c.-à-d. qu’il s’agit d’un facteur limitatif dont les effets peuvent être exacerbés par l’activité humaine).

CatégorieContraintes pour la populationGravité des impacts pour la populationIncertitudeImportance actuellePotentiel d’atténuation

Disponibilité moindre des proies

- Concurrence pour les ressources

- Changement de régime écosystémique*

Disponibilité des proies
Taux de reproduction Mortalité
Maladies
Effets synergétiques des menaces
Potentie-llement élevéeFaible d’après les données recueillies sur la limitation de la disponibilité des proies pour les épaulards résidentsActuell- ement INCONNUE
Potentie-llement ÉLEVÉE
Aucun si attribuable à des fluctuations naturelles
De moyen à élevé si attribuable à des effets d’origine anthropique
Déversements de produits toxiquesTaux de reproduction
Mortalité
Maladies
Élevée, mais est fonction de l’emplac-ement et du momentFaible d’après les données recueillies pour les épaulards résidentsÉLEVÉEModéré
Contamination par des produits chimiquesTaux de reproduction
Mortalité
Maladies
ModéréeMoyenneMOYENNE- ÉLEVÉEDe faible à modéré
Bruits aigusDéplacement
Échouement?
ModéréeMoyenne-élevéeMOYENNEÉlevé
Bruits chroniquesDéplacement
Disponibilité des proies (p. ex. réussite de l’alimentation)
InconnueÉlevéeFAIBLEFaible
Perturbation physiqueDéplacementInconnueÉlevéeNÉGLIG-EABLEDe modéré à élevé
Collision avec des naviresMortalitéInconnue, est fonction de la taille et de la vitesse du navireÉlevéeINCONNUEFaible
Emmêlements dans des engins de pêchesMortalitéInconnueÉlevéeINCONNUEInconnu
Changement climatiqueChangement de régime écosystémique
Disponibilité des proies
Maladies
InconnueÉlevéeINCONNUEInconnu
Polluants biologiquesMaladies
Taux de reproduction
Mortalité
Échouement?
InconnueÉlevéeINCONNUEDe faible à modéré
Agents pathogènes d’occurrence naturelle*Maladies
Taux de reproduction
Mortalité
Échouement?
Inconnue, habitue-llement faibleÉlevéeINCONNUEAucun
Échouements de masse ou emprison-nements d’origine naturelle*MortalitéPeut avoir une incidence sur l’abondance localeÉlevéeINCONNUEAu cas par cas

 

1.5.2 Description des menaces

Réduction de la disponibilité des proies

La possibilité que la disponibilité des proies de ce prédateur de niveau trophique supérieur soit réduite est l’un des principaux éléments qui a tout d’abord amené le COSEPAC à désigner cette population comme étant préoccupante (Baird, 2001). Dans le cas des épaulards résidents, on estime qu’un déclin dans l’abondance des proies aurait causé une diminution du taux de survie et du succès reproducteur (Ford et coll.,2005), ce qui pourrait également être le cas pour les autres assemblages d’épaulards.

L’incertitude plane en ce qui concerne le régime alimentaire des épaulards du large; selon le dernier rapport du COSEPAC (2008) : « Les habitudes alimentaires des épaulards océaniques sont trop peu connues pour que l’on puisse évaluer si une raréfaction éventuelle de leurs proies pourrait les affecter dans un avenir prévisible ». Des études récentes, portant notamment sur des observations d’épaulards en train de s’alimenter (Jones, 2006), l’analyse des contenus stomacaux (Heise et coll., 2003) ainsi que des analyses des acides gras et des isotopes de tissus adipeux (Herman et coll., 2005; Krahn et coll., 2007), semblent indiquer que le régime alimentaire des épaulards du large est constitué de poissons et comprend du flétan et du requin. Si l’on découvre que leur régime comprend une forte proportion de poissons importants sur le plan commercial tel le flétan de l’Atlantique (Jones, 2006), la concurrence avec les pêches pourrait devenir une menace importante (tableau 2). Pêches et Océans Canada serait toutefois en mesure d’atténuer cette menace en mettant à jour les plans de gestion intégrés des pêches des espèces pertinentes de manière à faire état des besoins alimentaires de ces cétacés. Le potentiel d’atténuation de cette menace va de modéré à élevé, du fait que les prélèvements des pêches sont gérés directement par Pêches et Océans Canada. Comme les épaulards du large et, vraisemblablement, leurs proies sont des espèces transfrontalières, il faudra peut-être obtenir une collaboration supplémentaire de la part des gestionnaires des pêches américains pour assurer une gestion efficace de la population.

Les changements naturels dans les processus écosystémiques (également appelés « changements de régime ») découlant d’évènements à grande échelle, comme El Niño et l’oscillation décennale du Pacifique, sont récurrents et peuvent avoir une incidence sur la composition des espèces ou d’autres processus intrinsèques au sein de l’habitat des épaulards du large (Francis et coll., 1998; Hare et Mantua, 2000). Aucun effet important sur les mammifères marins découlant des changements de régime n’a été observé en Colombie-Britannique. Ainsi, l’existence d’effets sur la disponibilité et la qualité des proies est grandement spéculative. Il est toutefois impossible d’appliquer des mesures d’atténuation pour assurer la disponibilité des proies lorsque survient un changement de régime écosystémique.

L’effet qui est avancé concernant la limitation de la disponibilité des proies sur la population d’épaulards résidents de la Colombie-Britannique (Ford et coll.,2005) et l’observation effectuée par Jones (2006) d’un épaulard du large consommant du flétan de taille commerciale donnent à penser que la concurrence exercée par les pêches pourrait être une menace potentiellement importante pour la population. Il convient de noter que les effets synergétiques sur la disponibilité des proies découlant d’un changement dans les conditions océaniques, jumelés à la concurrence exercée par les pêches, peuvent entraîner des effets plus importants que l’un ou l’autre des facteurs considéré isolément. En raison du degré élevé d’incertitude concernant les proies, le niveau actuel de préoccupation associé à une réduction générale de la disponibilité des proies est classé comme étant inconnu, mais potentiellement élevé (tableau 2).

Déversements de produits toxiques

Les épaulards n’évitent pas les zones où ont eu lieu des déversements de produits toxiques, et certains ont été observés se déplaçant dans des mares de pétrole (Matkin et coll.,1999; MPO, 2007, 2008). Après le déversement de pétrole de l’Exxon Valdez (1989), on a observé un taux de mortalité de beaucoup supérieur à la normale au sein du groupe d’épaulards qui s’est trouvé en présence du pétrole déversé (Matkin et coll., 1999, 2008). Des analyses effectuées par Matkin et coll., 2008 révèlent que deux groupes d’épaulards qui se sont trouvés en présence du pétrole déversé, un groupe d’épaulards résidents et un autre d’épaulards migrateurs, ont affiché des pertes de 41 et de 33 % respectivement. Jusqu’à maintenant, aucun de ces groupes d’épaulards n’est revenu aux effectifs antérieurs, et le groupe d’épaulards migrateurs a été désigné comme étant « décimé » en vertu de la Marine Mammal Protection Act des États-Unis (Matkin et coll., 2008). La perte de nombreuses femelles matures au sein d’une population peut rendre impossible le rétablissement à la suite d’évènements catastrophiques. Après avoir étudié des rapports faisant état de plusieurs observations d’épaulards du large, on a estimé que plus de 50 mammifères étaient présents dans un même secteur (MPO-PRC, données non publiées), ce qui laisse présager qu’un seul déversement pourrait affecter un pourcentage important de cette petite population.

Compte tenu de la nature accidentelle des déversements, ceux-ci sont susceptibles de se produire sur une base récurrente dans les eaux canadiennes. Les épaulards du large habitent des zones adjacentes aux principales voies de navigation (O’Hara et Morgan, 2006; EC, 2006), et toute augmentation du trafic maritime augmente la probabilité de déversements par des navires dans l’habitat de ces épaulards.

Des mesures sont actuellement en place pour limiter les risques de déversements (p. ex. Loi sur le transport des marchandises dangereuses) ainsi que des plans d’intervention en cas de déversement impliquant plusieurs ordres de gouvernement (p. ex. Plan Dix Canada-États-Unis, plan d’intervention d’urgence en cas de déversement de pétrole en mer de la Colombie-Britannique) qui servent à mettre en œuvre des mesures de nettoyage des lieux et d’autres mesures d’atténuation. Cependant, les navires qui transportent des cargaisons mixtes (p. ex. substances toxiques et non toxiques) n’ont pas l’obligation de fournir des manifestes aux autorités canadiennes et, par conséquent, il est possible que le transport de substances toxiques dans les eaux canadiennes ne soit pas toujours signalé. Les déversements qui se produisent loin au large peuvent ne pas tous être déclarés, et il est habituellement plus difficile de coordonner la prise de mesures d’atténuation en pareils cas.

Les données sur les mortalités d’épaulards et le rétablissement de la population à la suite du déversement de pétrole de l’Exxon Valdez (Matkin et coll., 1999, 2008) et le comportement d’agrégation des épaulards du large soulèvent d’importantes préoccupations (tableau 2) concernant le potentiel d’effets graves sur l’ensemble de la population. Des mesures pour prévenir et atténuer les effets des déversements sont en place, mais lorsqu’un déversement se produit, l’efficacité des mesures de nettoyage des lieux chute habituellement de 5 à 15 % (Graham, 2004). Le potentiel d’atténuation, qui tient compte à la fois de la prévention des déversements et du nettoyage des lieux où de tels évènements se sont produits, est considéré comme modéré.

Figure 2. Les épaulards peuvent subir les effets des produits chimiques

Figure 2. Les épaulards peuvent subir les effets des produits chimiques : 1) en consommant des proies contaminées; 2) en raison de la baisse de la qualité ou de la disponibilité de leurs proies; 3) en étant exposés directement à des produits toxiques déversés (p. ex. du pétrole). Figure utilisée avec la permission de P. Ross, Ph. D. MPO, Institut des sciences de la mer.

Contamination par les produits chimiques

Selon des échantillonnages préliminaires, les épaulards du large contiendraient de très fortes concentrations de produits chimiques toxiques bioaccumulatifs persistants (PCTBP) tels que du DDT1 et des PBDE (Krahn et coll., 2007). Ces contaminants sont particulièrement préoccupants du fait qu’ils persistent pendant de longues périodes dans l’environnement et qu’ils se bioaccumulent dans les réseaux trophiques (Christensen et coll., 2005; Ross, 2006). La contamination chronique aux PCTBP est associée à des effets à long terme sur la santé et à une réduction de la reproduction chez les mammifères marins (Ross, 2000; Ross et coll., 2004). La longévité des épaulards et le rôle qu’ils jouent en tant que prédateurs de niveau trophique supérieur les rendent vulnérables à la contamination par les PCTBP (Rayne et coll., 2004; Ross, 2006). Ces animaux figurent en fait parmi les mammifères les plus contaminés sur la planète (Ross et coll., 2000; Ross, 2002).

Ces « polluants anciens » comprennent les PCTBP dont l’utilisation et la production ont cessé, mais qui demeurent présents dans l’environnement. De fortes concentrations de ces produits chimiques sont mesurées dans l’environnement (Ross et coll., 2000, 2004; Garrett et Ross, 2008), et ce, longtemps après l’arrêt de leur production locale. En conséquence, l’élimination de cette contamination exigera vraisemblablement plusieurs décennies (Hickie et coll., 2007).

De nouvelles générations de PCTBP sont produites actuellement aux échelles locale, nationale et mondiale. Ces produits chimiques présentent des propriétés similaires à celles des polluants anciens (Ross, 2006), et leur utilisation et leur production vont en augmentant, tout en demeurant inadéquatement réglementées (MPO, 2008). À l’heure actuelle, la principale préoccupation concernant ces nouveaux polluants vise les polybromodiphényléthers (PBDE) dont la présence dans les écosystèmes de la Colombie-Britannique augmente rapidement (Rayne et coll., 2004; Elliott et coll., 2005). Les effets toxiques des PBDE ne sont pas encore inconnus, mais de plus en plus de données scientifiques semblent indiquer que ces produits chimiques peuvent avoir une persistance environnementale et des effets toxiques semblables à ceux des biphényles polychlorés (BPC) (Ross, 2006).

L’utilisation répandue, tant par le passé que maintenant, de PCTBP a entraîné la contamination chronique de l’environnement. Des résultats préliminaires de recherche indiquant de fortes concentrations de contaminants chez les épaulards du large (Krahn et coll., 2007) soutiennent cette théorie. La nature persistante des contaminants anciens et la présence accrue de nouveaux contaminants chimiques persistants soulèvent des préoccupations allant de moyennes à élevées en ce qui concerne les impacts pour cette population. Même si les sources de contamination ponctuelles peuvent être réglementées et surveillées, le potentiel d’atténuation de cette menace est considéré comme allant de faible à modéré (tableau 2) en raison des difficultés entourant l’application de mesures d’atténuation ou de gestion aux sources de contamination diffuse. En outre, les sources de contamination d’origine canadienne peuvent faire l’objet de mesures d’atténuation par le Canada; il en va tout autrement des possibilités d’atténuation des effets de la contamination qui a lieu dans des eaux internationales.

Bruits aigus

En règle générale, les bruits aigus sont des sons impulsifs produits dans la plage allant des fréquences moyennes à basses, y compris les sons produits par des sonars tactiques militaires, des relevés sismiques, des explosions et des dispositifs d’effarouchement acoustique2. Nombre de ces sons impulsifs peuvent franchir de grandes distances dans les zones océaniques ouvertes non restreintes (Nieukirk et coll., 2004). Les habitats du large peuvent être plus vulnérables du fait que des activités produisant des bruits aigus (p. ex., des relevés sismiques) peuvent avoir lieu plus souvent dans ces secteurs que dans des habitats marins situés près des côtes et à l’intérieur des terres. Le bruit des sonars, comme celui produit pendant l’incident mettant en cause l’USS Shoup, provoque des changements comportementaux chez les épaulards résidents (Fromm, 2006; J. Ford, comm. pers., 2007). À l’heure actuelle, le Canada utilise une zone d’essais militaires au large de la côte ouest de l’île de Vancouver, à l’intérieur de l’aire de répartition connue de la population d’épaulards canadienne.

On a observé un peu partout dans le monde que les bruits aigus sont associés à des effets négatifs ressentis par d’autres mammifères marins, notamment des changements comportementaux, des changements d’habitat et, dans des cas extrêmes, des blessures et des mortalités (p. ex. Crum et Mao, 1996; Schrope, 2002; Jepson et coll., 2003; Fernández et coll., 2004; Buck et Calvert, 2005). La prévision de la propagation du son à l’aide de modèles repose fortement sur la disponibilité de données adéquates concernant le type de fond et les profils de vitesse du son (Lawson et McQuinn, 2004). Même s’il faut faire preuve de prudence lorsqu’on extrapole les effets entre des espèces ou des populations, nous devons, faute d’informations précises, recourir à un nombre accru de données concernant d’autres cétacés pour estimer les effets que peuvent avoir les bruits aigus sur les épaulards du large. La production de bruits aigus (causés par des explosions, des relevés sismiques ou des activités avec sonar) en présence d’épaulards du large pourrait les forcer à quitter leur habitat, occasionner des dommages physiques à leur appareil auditif ou, dans des cas extrêmes, provoquer la mort d’individus.

Le ministère de la Défense nationale (MDN) a mis au point un protocole opérationnel interne en vue d’atténuer les effets des bruits aigus sur les mammifères marins. Le MPO examine les propositions et les protocoles relatifs aux relevés sismiques (menés dans le cadre de recherches, à des fins industrielles, etc.) pour s’assurer que des mesures d’atténuation sont en place afin de réduire les risques d’effets négatifs.

Des relevés sismiques et des activités avec sonar ont actuellement lieu dans les eaux canadiennes du Pacifique sur une base récurrente et dans certains cas l’information relative à l’application et à  l’efficacité des mesures d’atténuation n’est pas claire. Les données recueillies pour d’autres cétacés et la tendance observée chez les épaulards du large à se déplacer en groupes importants (MPO-PRC, données non publiées) portent à croire que la production de bruits aigus en leur présence pourrait avoir des effets modérés sur la population. En conséquence, la préoccupation globale à l’égard des bruits aigus est classée comme étant moyenne (tableau 2). La nécessité d’obtenir un permis et l’application de protocoles pour les activités produisant des bruits aigus permettent une forte atténuation de cette menace.

Bruits chroniques

Le trafic maritime augmente le long de la côte de la Colombie-Britannique (O’Hara et Morgan, 2006), et on constate que les voies maritimes et les emplacements où des épaulards du large ont été signalés tendent à se chevaucher (voir « Populations et aire de répartition » (O’Hara et Morgan, 2006; EC, 2006). D’après les données relevées pendant 30 ans sur les bruits sous-marins au large de la côte de la Californie, une augmentation moyenne de 10 dB entre les années 1960 et les années 1990 (ce qui multiplie par deux le niveau de bruit), la majeure partie de cette hausse étant attribuée à une augmentation de l’activité maritime (Andrew et coll., 2002). La zone d’exclusion économique (ZEE) du Canada permet une certaine atténuation du bruit produit par la circulation des vraquiers du fait que les grands vraquiers doivent demeurer à au moins 200 MM au large de l’île de Vancouver et de la côte de la Colombie-Britannique et à 80 MM au large de la côte ouest des îles de la Reine-Charlotte3. Cependant, de nombreux autres grands navires (p. ex. navires de croisière, navires de transport de marchandises commerciales à destination de l’Alaska, les navires du MDN, de la Garde côtière et d’autres navires) traversent fréquemment les limites de la ZEE.

Il est difficile d’établir les effets particuliers que peut avoir le bruit chronique sur les mammifères marins; souvent, ces effets ne peuvent être distingués de ceux provoqués par d’autres sources (Morton et Symonds, 2002). Williams et coll., (2002a, b,) ont observé des changements comportementaux chez les épaulards résidents en présence de navires d’observation des mammifères marins, mais ils ont été incapables de distinguer les réactions provoquées par la perturbation physique de celles provoquées par la perturbation acoustique. Les épaulards sont une espèce riche en vocalises qui utilise l’écholocation ou l’écoute passive pour s’alimenter de façon efficace (Barrett-Lennard et coll., 1996; Deecke et coll., 2005). Ainsi, tout bruit qui vient masquer les bruits naturels peut faire en sorte que les épaulards seront incapables de capter les signaux de communication dont ils ont besoin pour s’alimenter efficacement ou pour socialiser (Erbe, 2002). Ils seront ainsi moins capables de capturer des proies, de trouver un compagnon pour la reproduction ou de maintenir la cohésion des groupes sociaux.

Les préoccupations concernant l’impact des bruits chroniques sont actuellement considérées comme faibles (tableau 2). Malgré le caractère actuel et permanent de cette menace dans la ZEE canadienne, la certitude associée à l’occurrence d’impacts sur la population et la gravité de ceux-ci demeurent inconnues. Le potentiel d’atténuation est assez faible du fait que la densité du trafic extracôtier est difficile à surveiller et qu’il est difficile d’atténuer les effets du bruit qu’il produit, notamment lorsqu’il est question de grands navires (p. ex. vraquiers).

Perturbation physique

La majorité des activités d’observation des mammifères marins menées en Colombie-Britannique est axée sur les épaulards résidents des détroits de Georgia, de Haro et de Johnstone. Les épaulards du large sont rarement observés par des chercheurs ou par le grand public dans les eaux de la Colombie-Britannique. Toutefois, le nombre de rencontres d’épaulards du large dans les zones côtières s’est accru ces dernières années (MPO-PRC, données non publiées). Si cette tendance devait se maintenir, ces animaux pourraient être exposés à des contraintes par l’industrie de l’observation des mammifères marins ou à d’autres perturbations physiques causées par de petits navires. Williams et coll., (2006) signalent des modifications dans le budget des activités des épaulards résidents en présence de trafic maritime, ce qui révèle un certain coût énergétique associé à la perturbation. Comme les épaulards du large ne sont pas habitués à être approchés ou ciblés par des navires, certaines inquiétudes persistent quant à la sécurité des personnes présentes dans les embarcations et à celle des épaulards mêmes si de telles occasions se présentent. LeRèglement sur les mammifères marins (RMM) de la Loi sur les pêches protège tous les mammifères de toute perturbation. En outre, la brochure intitulée « Respectez les baleines! Directives pour l’observation de la faune aquatique à l’intention des plaisanciers et des observateurs » prescrit une distance d’observation minimale de 100 m, ce qui peut cependant ne pas être suffisant pour atténuer les impacts potentiels que peuvent avoir les petits navires étant donné la « naïveté » de ces cétacés quant à la présence de petits bateaux.

Actuellement, en raison des rares expositions des épaulards du large à une perturbation ciblée par des navires dans les eaux côtières, l’importance de cette menace est considérée comme étant négligeable. Le potentiel d’atténuation de cette menace va de modéré à élevé (tableau 2) du fait que des lignes directrices et des règlements sont en place pour régir le comportement des navires d’observation près des baleines et que les activités d’observation des mammifères marins se déroulent principalement près des centres urbains côtiers d’où il est relativement facile d’assurer une surveillance.

Collisions avec des navires

Les grands navires (p. ex. paquebots) se déplacent à des vitesses élevées à l’intérieur de la ZEE sur la côte ouest. Comme les épaulards du large habitent également ces régions, il existe une possibilité d’interaction avec ces navires. Bien que le RMM assure la protection légale des mammifères marins par rapport à la perturbation, il n’est pas possible d’assurer une surveillance des interactions avec les navires dans les zones du large.

Historiquement, on compte peu de cas de collisions entre des épaulards et des navires. Toutefois, de 2003 à 2007, six collisions ont été signalées en Colombie-Britannique, dont trois ont été fatales pour des épaulards résidents (MPO-PRC, données non publiées). En 2005, des relevés de recherche sur des cétacés menées par le MPO ont permis l’observation d’un épaulard du large ayant déjà été identifié et dont la nageoire dorsale avait été entièrement sectionnée à la base (MPO-PRC, données non publiées). Cet individu a survécu et ses blessures correspondent à celles qui peuvent être causées par les pales d’une hélice. Comme les épaulards du large n’utilisent d’ordinaire pas d’habitat situé près des zones urbaines, ils ne sont pas exposés à de fortes densités de trafic de petites embarcations sur une base régulière (contrairement aux épaulards résidents). En conséquence, ces épaulards peuvent se comporter de façon très différente en présence de petits bateaux, comparativement aux autres assemblages d’épaulards (voir « Perturbation physique »).

Comme on ne dispose d’aucune information sur la fréquence des collisions avec des navires ni d’un recensement complet de la population, il est difficile de préciser le niveau de menace que les collisions avec des navires représente pour la viabilité de la population. Les blessures observées indiquent que des collisions avec des navires surviennent actuellement avec des individus de la population du large, et les mortalités enregistrées chez les autres épaulards indiquent que les impacts peuvent être majeurs. À l’heure actuelle, il existe toujours plusieurs lacunes dans les connaissances concernant l’occurrence de cette menace; ainsi, l’importance de cette menace demeure inconnue. Les collisions avec des navires sont accidentelles et une fois qu’un animal a été frappé, il est impossible d’atténuer les effets sur cet individu; cependant, les règlements et les lignes directrices visent à sensibiliser davantage les gens aux épaulards et de prescrire aux opérateurs de navires le comportement qu’ils doivent avoir en présence d’épaulards. En conséquence, la possibilité d’atténuation de cette menace est considérée comme faible (tableau 2).

Emmêlement dans des engins de pêche

Les pêches à la seine, au filet maillant ou au filet dérivant peuvent représenter une menace pour les épaulards du large par le risque d’interaction et d’emmêlement qu’ils posent. Les emmêlements dans des engins de pêche ou d’autres dispositifs fabriqués par l’homme peuvent causer des dommages aux épaulards et, dans de rares cas, peuvent provoquer leur mort. Même s’il n’y a aucun cas d’emmêlement signalé mettant en cause des épaulards du large, on a rapporté un incident mettant en cause l’emprisonnement naturel d’épaulards du large. En 1994, un groupe d’épaulards du large a été emprisonné dans le lac Barnes (accessible uniquement à marée haute), en Alaska, pendant deux à trois mois (Bain, 1994), et finalement, il n’a pu quitter le secteur qu’à la suite d’une intervention humaine.

À l’heure actuelle, on pratique une pêche au filet maillant, au filet dérivant et à la palangre dans l’aire de répartition connue des épaulards du large (MPO, 2007a). Les données sur les occurrences d’épaulards du large à l’extérieur du Pacifique Nord-Est peuvent nous aider à combler les lacunes dans les connaissances relatives aux interactions avec les pêches hauturières ou étrangères ainsi qu’à délimiter l’aire de répartition potentielle de ces animaux. L’obtention de renseignements supplémentaires sur le taux actuel d’emmêlements, sur les proies, sur l’utilisation de l’habitat et sur l’aire de répartition de cette population nous aidera à réduire le fort degré d’incertitude concernant cette menace pesant sur la population d’épaulards du large de la Colombie-Britannique.
En raison des très grandes lacunes dans les données entourant les emmêlements dans des engins de pêche ainsi que la certitude associée à l’occurrence d’impacts sur la population et la gravité de ceux-ci, l’importance de cette menace demeure inconnue (tableau 2). Il faut envisager de formuler des recommandations pour la mise en œuvre de modifications rentables aux engins pour lesquels l’apport de telles modifications, dans d’autres régions (c.-à-d. aux États-Unis ou au Canada atlantique), a donné des résultats concluants pour atténuer les taux d’emmêlements des cétacés.

Changement climatique

Les changements du climat planétaire peuvent avoir une incidence sur la répartition des épaulards du large et de leurs proies, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières canadiennes. Le changement climatique planétaire peut modifier les conditions océanographiques (p. ex. l’acidification de l’océan) ainsi que la dynamique entre les prédateurs et les proies. Macdonald et coll., (2005) avancent que les grands changements qui surviennent dans les processus naturels peuvent avoir une incidence sur le comportement des substances chimiques dans l’environnement et entraîner des modifications dans les vecteurs qui transmettent les maladies. En outre, d’autres contaminants et facteurs de perturbation peuvent avoir des effets interactifs qui réduiront la capacité de contrebalancer les effets des polluants (Sih et coll., 2004).

L’importance de cette menace demeure inconnue (tableau 2). Cependant, les changements environnementaux, tel le changement climatique, doivent être pris en considération sur le plan de leurs effets synergétiques ou interactifs potentiels. On ignore s’il est possible d’atténuer les effets du changement climatique sur la population, et c’est pourquoi il faut poursuivre les études pour comprendre les effets potentiels de cette menace sur l’épaulard du large.

Polluants biologiques

La charge en éléments nutritifs transportés par les eaux de ruissellement terrestre peut créer des environnements où des maladies d’occurrence naturelle ou des proliférations algales nocives proliféreront en densité. Les eaux de ruissellement provenant des zones urbaines et agricoles contiennent souvent des antibiotiques, des hormones, des virus ou des substances biologiques qui peuvent affecter les mammifères marins, comme les épaulards du large. L’introduction de maladies étrangères dans une population de cétacés fortement socialisée, comme les épaulards, peut déclencher des épidémies qui entraîneront le déclin de la population (Guimarães et coll., 2007). La taille des agrégations d’épaulards du large rend cette population particulièrement vulnérable aux épidémies virulentes. Certains agents pathogènes d’origine terrestre affectent les mammifères marins (Raverty et coll., 2007; Conrad et coll., 2005), quoique la présence de polluants biologiques dans la population d’épaulards du large n’ait pas fait l’objet d’études exhaustives, ce qui laisse des incertitudes importantes en ce qui concerne les impacts potentiels à l’échelle de cette population. Le potentiel d’atténuation de cette menace est considéré comme allant de faible à modéré dans le cas des sources ponctuelles de pollution au Canada (tableau 2). Pour d’autres détails sur les effets des maladies et des agents pathogènes sur les épaulards, se reporter à la section « Agents pathogènes d’occurrence naturelle ».

1.5.3 Menaces naturelles

Les menaces naturelles sont des facteurs limitatifs dont les effets sur les épaulards du large peuvent être amplifiés par les activités d’origine anthropique (EC, 2007). Par exemple, les effets des maladies peuvent être accrus par une exposition aiguë ou chronique à des polluants biologiques ou à des substances toxiques. Même si les menaces naturelles ne peuvent vraisemblablement pas être gérées ni atténuées, elles peuvent avoir une incidence sur la viabilité de la population d’épaulards du large et, de ce fait, doivent faire l’objet d’un suivi afin que l’on puisse détecter les tendances et déterminer les besoins en matière de nouvelles recherches.

Agents pathogènes d’occurrence naturelle

Les agents pathogènes et les maladies d’occurrence naturelle affectent les cétacés un peu partout dans le monde. Ces maladies, même si elles sont endémiques aux populations, peuvent être amplifiées par les effets synergétiques ou cumulatifs d’autres menaces ou facteurs limitatifs. Se reporter à la section « Polluants biologiques ».

Des études préliminaires sur les maladies infectieuses révèlent que la septicémie causée par Salmonella newport ou par Edwardsiella tarda etErysipelothrix rhusiopathiae et Brucella (formes marines) affectent les épaulards de la côte ouest de l’Amérique du Nord (Raverty et coll., données non publiées). La Brucella marine ainsi que les poxvirus des cétacés peuvent avoir une importance particulière du fait que l’infection peut entraîner une réduction de la fécondité et du succès reproducteur et une augmentation de la mortalité néonatale (Gaydos et coll., 2004).

En outre, les épaulards du large peuvent également être exposés à des maladies d’occurrence naturelle qui leur sont transmises par les proies qu’ils consomment. Les fissures dans les dents des épaulards du large peuvent permettre aux bactéries d’entrer plus facilement dans le système sanguin, ce qui rend possible le transfert d’agents pathogènes de la proie au prédateur.

Même si on connaît mal l’importance des maladies ou des infections au sein de la population d’épaulards du large, les données dont on dispose sur d’autres épaulards ainsi que les chevauchements entre les aires de répartition des trois populations nous laissent croire à tout le moins qu’une exposition générale à une série de maladies similaires d’occurrence naturelle est possible. Gaydos et coll., (2004) recommandent que l’on procède à d’autres études sur quatre agents pathogènes prioritaires susceptibles d’affecter les populations d’épaulards résidents, que ce soit par interaction interspécifique ou intraspécifique : Brucella marine, poxvirus des cétacés, morbillivirus des cétacés et virus herpétiques. Même si des études axées sur ces quatre agents pathogènes permettaient de répondre aux préoccupations concernant leurs effets sur les populations des divers assemblages d’épaulards, 16 autres agents pathogènes ont également été reconnus comme susceptibles d’affecter les épaulards (Gaydos et coll., 2004). L’importance de cette menace demeure inconnue (tableau 2) en raison des incertitudes entourant la prévalence des maladies au sein de la population d’épaulards du large.

Échouements de masse et emprisonnements

Les échouements de masse ou les emprisonnements d’épaulards ont été reconnus par le COSEPAC (2008) comme étant une cause potentielle de mortalité naturelle. Depuis 1992, trois échouements d’épaulards ont été enregistrés en Colombie-Britannique (MPO-PRC, données non publiées). Même si aucun échouement d’épaulard du large n’a été signalé, l’habitat côtier de la Colombie-Britannique est tel que les échouements qui se produisent à l’extérieur des zones densément peuplées sont moins susceptibles d’être signalés. La cause des échouements de cétacés est très mal comprise; cependant, les effets d’activités anthropiques, comme les bruits produits par les sonars tactiques, ont été mis en cause dans plusieurs échouements de masse de baleines à bec (p. ex. Schrope, 2002; Jepson et coll., 2003), ce qui donne à penser que les contraintes d’origine anthropique peuvent contribuer à l’occurrence des échouements de masse.

En règle générale, les emprisonnements observés dans les bras de mer ou les baies témoignent d’une incapacité du groupe à s’adapter pour quitter une zone (voir les exemples dans Baird, 2001). On recense un cas où des épaulards du large s’étaient retrouvés emprisonnés de façon naturelle. En 1994, un groupe d’épaulards du large est demeuré prisonnier du lac Barnes en Alaska, qui est accessible uniquement à marée haute, pendant deux à trois mois (Bain, 1994). Le groupe est finalement parvenu à quitter le lac uniquement à la suite d’une intervention humaine. Cet incident a entraîné la mort d’une femelle adulte et d’un mâle immature (Bain, 1994).

Même si des mesures d’atténuation ont été prises dans le cas de l’incident du lac Barnes, les possibilités d’atténuation des évènements d’échouement ou d’emprisonnement sont fortement fonction de chaque situation et nécessitent une évaluation au cas par cas ainsi que la participation de personnel qualifié.

1.5.4 Effets cumulatifs ou synergétiques des menaces, ou facteurs limitatifs

Comme les effets des menaces et des facteurs limitatifs peuvent être difficiles à distinguer les uns des autres, il devient souvent difficile d’établir avec précision les causes du déclin des populations. Les effets synergétiques qui existent entre de multiples facteurs de perturbation d’une population engendreraient un effet « boule de neige » qui augmente les effets de facteurs limitatifs qui seraient autrement d’importance négligeable (p. ex. Sih et coll., 2004; Macdonald et coll., 2005).

Il existe une grande incertitude quant à l’occurrence et à l’impact global des menaces sur la population d’épaulards du large dans les eaux canadiennes. Néanmoins, une espèce qui, comme l’épaulard, arrive à maturité à un âge avancé et présente un faible taux de reproduction devrait être vulnérable à toute augmentation de la mortalité provoquée par l’homme, en particulier si les conditions océanographiques se détériorent ou en présence d’autres menaces.

1.6 Mesures déjà prises ou en cours

Mesures de gestion et d’intendance actuelles

La Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée par le gouvernement fédéral canadien exige qu’un plan de gestion soit élaboré pour les espèces préoccupantes tels les épaulards du large. Même si aucune autre mesure de gestion n’a été mise en œuvre pour assurer expressément la conservation des épaulards du large, plusieurs mesures déjà prises pour protéger et préserver d’autres espèces et écosystèmes de l’environnement marin peuvent se révéler utiles pour la gestion de cette population. Ces mesures et ces initiatives peuvent atténuer les contraintes ou fournir des occasions intéressantes d’acquérir des connaissances ou de sensibiliser la population. On peut avoir inscrit des mesures déjà mises en œuvre dans la section 2.3 (Mesures) afin de promouvoir leur achèvement ou d’accroître leur efficacité pour la protection des épaulards du large.

Les épaulards du large sont actuellement protégés en vertu des lois et des lignes directrices suivantes :

  • Protection contre le commerce en vertu de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), annexe II.
  • La Loi sur les pêches du gouvernement fédéral canadien contient des dispositions assurant la protection de l’habitat des poissons et des mammifères marins (art. 35, 36), tandis que le Règlement sur les mammifères marinsprotège tous les mammifères marins contre toute perturbation et blessure.
  • L’Énoncé des pratiques canadiennes d’atténuation des ondes sismiques en milieu marin du ministère des Pêches et des Océans (MPO, 2007).
  • L‘Ordre du Commandement maritime sur les procédures d’atténuation visant les mammifères marins (MDN, 2007) du ministère de la Défense nationale (MDN) atténue la perturbation occasionnée par l’utilisation des sonars tactiques.
  • Des recommandations canadiennes pour la qualité de l’environnement relatives à l’eau, à l’air, aux sédiments et aux tissus sont publiées par le Conseil canadien des ministres de l’Environnement (CCME) et le ministère de l’Environnement de la Colombie-Britannique (ME).
  • Des règlements, des codes de pratique et des groupes d’action sont créés et mis en œuvre aux échelons régional et municipal pour atténuer les contraintes environnementales.
  • Des équipes régionales d’intervention d’urgence (ERIU), des programmes d’intervention régionaux, nationaux et internationaux en cas de déversement de substances toxiques et des programmes de surveillance de sites contaminés (p. ex. Plan Dix Canada-États-Unis, plan d’intervention d’urgence en cas de déversement de pétrole en mer de la Colombie-Britannique).
  • Loi canadienne sur la protection de l’environnement, Règlement sur les polybromodiphényléthers (PBDE) et stratégie de gestion des risques des PBDE d’Environnement Canada. Pour consulter le Règlement, se reporter à : http://canadagazette.gc.ca/rp-pr/p2/2008/2008-07-09/html/sor-dors218-fra.html
  • Élaboration et examen en cours de lois et de règlements
  • Le Règlement sur les mammifères marins (RMM) de laLoi sur les pêches fait l’objet de modifications visant à accroître la prévention et l’atténuation des perturbations touchant les mammifères marins.
  • Le but de la zone de gestion intégrée de la côte nord du Pacifique (ZGICNT) est de combiner la protection de l’habitat avec une utilisation durable des ressources dans le bassin de la Reine-Charlotte et d’atténuer les contraintes imposées aux espèces en péril présentes sur la côte nord de la Colombie-Britannique.
  • La mise en œuvre du projet d’aire marine nationale de conservation (AMNC) au large de Gwaii Haanas peut protéger l’habitat potentiel des épaulards du large dans les environs des îles de la Reine-Charlotte.
  • Mesures d’intendance déjà en place
  • La brochure intitulée « Respectez les baleines! Directives pour l’observation de la faune marine à l’intention des plaisanciers et des observateurs » contient des lignes directrices sur le comportement humain et la distance minimale que les navires doivent observer à proximité de mammifères marins sauvages.
  • Le B.C. Cetacean Sightings Network (1-866-I-SAW-ONE; www.wildwhales.org (en anglais seulement) ), qui relève d’un partenariat entre l’aquarium de Vancouver et le MPO, recueille de l’information sur les observations de mammifères marins.
  • Le B.C. Marine Mammal Response Network [B.C.MMRN] (1-800-465-4336) et d’autres organismes recueillent de l’information sur les incidents (p. ex. échouements, emmêlements) et les observations de mammifères marins.
  • Straitwatch, le programme Robson-Bight (Michael Bigg) Ecological Reserve Warden et le B.C. Cetacean Sightings Network éduquent les plaisanciers à propos des lignes directrices sur l’observation des mammifères marins et des menaces pesant sur ceux-ci.
  • Des initiatives publiques et de l’industrie telles que « Toxic Smart » ou « Clean Print B.C. » accroissent la sensibilisation aux contraintes que posent les substances chimiques aux habitats marins.
  • Des programmes de biorestauration peuvent être mis en œuvre sur une base ponctuelle dans des habitats perturbés.
  • La Pacific Whale Watch Association a mis en œuvre des pratiques optimales de gestion (http://pacificwhalewatch.org (en anglais seulement) ) pour tous ses membres afin de s’assurer que le comportement des exploitants respecte l’esprit de la publication « Respectez les baleines! Directives pour l’observation de la faune marine à l’intention des plaisanciers et des observateurs ».

Stratégies de conservation en cours d’élaboration

Des stratégies de conservation marine pour les espèces de mammifères marins en péril ont été rédigées au moment de la promulgation de la LEP, en 2003. Ces documents recommandent des mesures pour la protection des espèces de mammifères marins. Dans un contexte plus vaste, ces mesures de gestion peuvent également profiter aux épaulards du large. Voir « Plans connexes » à la section 4.0 pour connaître les plans de rétablissement particuliers ainsi que les mesures pertinentes pour la protection et la gestion des épaulards du large en Colombie-Britannique.

Activités de recherche en cours

En raison des difficultés inhérentes à la recherche dans le domaine marin sur des espèces peu communes et ayant une vaste aire de répartition, il arrive souvent que l’on recueille des données de façon opportuniste. Les chercheurs du MPO, des universités et d’autres organismes4 recueillent et partagent des données sur les observations et les incidents concernant tous les mammifères marins, y compris les épaulards du large, et des travaux d’autopsie sont effectués lorsque c’est possible. Au cours des relevés effectués à partir de navires, des chercheurs et des organismes indépendants recueillent des informations sur les cétacés au moyen :

  • de la photo-identification des baleines;
  • de l’échantillonnage acoustique des vocalisations;
  • de la biopsie des tissus effectuée sur des individus lorsque c’est possible.

Des relevés aériens viennent compléter ces activités en fournissant des estimations de l’abondance de nombreuses espèces de mammifères marins. L’établissement des profils des acides gras dans les tissus échantillonnés permet de répondre à des questions concernant le type de proies et des niveaux de contamination. On s’affaire actuellement à acquérir des spécimens d’espèces de proies potentielles et à les analyser, ce qui pourrait soutenir les études menées sur le terrain et portant sur l’identification des proies des épaulards du large au moyen d’analyses des isotopes chimiques (Krahn et coll., 2007).
Jusqu’à maintenant, relativement peu de recherches sur le cycle biologique et l’écologie de l’épaulard du large ont été menées. Leur profil d’occurrence imprévisible et leur habitat en plein océan rendent impossibles les efforts de recherche dirigée. Les prochaines recherches devront porter sur les préoccupations et les lacunes dans les connaissances concernant les menaces.

1.7 Lacunes dans les connaissances

On dispose d’une importante quantité de connaissances détaillées sur le cycle biologique et la dynamique des populations des communautés d’épaulards résidents de la Colombie-Britannique. On ne sait toutefois pas dans quelle mesure il est possible d’appliquer ces données à la population d’épaulards du large du Canada. Les rencontres avec ces animaux sont relativement rares et il est difficile d’établir un catalogue de cette population étant donné la rareté des observations, le comportement fuyant de ces baleines et leur habitat qui se trouve en grande partie en plein océan.

On observe d’importantes lacunes dans les connaissances concernant presque tous les aspects de la biologie et de l’écologie en général des épaulards du large, et c’est pourquoi il faut accroître les efforts en matière de recherche pour combler ces lacunes. La principale priorité des efforts de recherche consiste à mener des études pour combler les lacunes dans les connaissances sur le régime alimentaire (y compris les besoins nutritifs), l’abondance de la population (p. ex. tendances à long terme), les caractéristiques démographiques, l’aire de répartition et l’occurrence saisonnière, les besoins en matière d’habitat et l’organisation sociale.

La réalisation d’autres programmes de recherche portant sur les profils d’accouplement, les associations génétiques ainsi que les concentrations de contaminants biologiques ou toxiques ainsi que l’ampleur des menaces relevées (tableau 2) est également pertinente.

 


1 Les noms et les propriétés des produits chimiques sont présentés à l’annexe I (tableau 6).

2 L’utilisation des dispositifs d’effarouchement acoustique n’est plus permise en Colombie-Britannique.

3 La limite de la ZEE de 80 MM est fondée sur les besoins du trafic maritime dans la zone protégée entourant le mont sous-marin Bowie.

4 L’annexe II dresse la liste des organisations et des chercheurs indépendants qui mènent des programmes de recherche sur les épaulards du large.