Avertissement Cette page Web a été archivée dans le Web.

Contenu archivé

Information archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Cette dernière n'a aucunement été modifiée ni mise à jour depuis sa date de mise en archive. Les pages archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes qui s'appliquent aux sites Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique sur les communications et l'image de marque.

Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport du COSEPAC sur la situation Brosme au Canada

Taille et tendances des populations

Aux fins d’évaluation par le COSEPAC, les données les plus importantes sur les poissons marins sont celles qui documentent le déclin des populations. Les relevés scientifiques annuels réalisés par les organismes gouvernementaux sont précisément conçus pour surveiller les changements annuels dans l’abondance des poissons démersaux. Les mêmes données peuvent aussi fournir des renseignements utiles sur les changements dans la taille moyenne. Elles permettent aussi de savoir si l’aire de répartition d’une espèce s’est déplacée ou a rétréci.

Le MPO a fourni des données scientifiques provenant de relevés stratifiés aléatoires au chalut dans la région Scotia-Fundy, à Terre-Neuve et dans le nord du golfe du Saint-Laurent. Le nombre de traits réalisés au cours d’une année donnée varie selon la région : quelques centaines sur le plateau néo-écossais et plus d’un millier dans la région de Terre-Neuve. Tant les données positives (captures de brosmes) que les données négatives ont été fournies. Généralement, un trait de chalut normalisé de 30 minutes est effectué à chaque site d’échantillonnage (station de pêche) sélectionné au hasard. Des données concernant le nord du golfe du Saint-Laurent, fournies par l’Institut Maurice-Lamontagne, à Mont-Joli, confirment les rapports selon lesquels le brosme est rare dans le golfe. Seuls deux poissons y ont été pêchés; ils provenaient du secteur de Port-aux-Basques (Terre-Neuve), juste à l’intérieur du golfe. Depuis 1970, on n’a capturé aucun brosme dans les campagnes scientifiques menées dans le sud du golfe (D. Swain, MPO, Moncton, comm. pers.). Les brosmes du nord et du sud du golfe du Saint-Laurent ne sont donc pas inclus dans le présent rapport de situation en raison de leur rareté à ces endroits.

Les données fournies pour la région de Terre-Neuve confirment aussi les observations de Bigelow et de Schroeder, c’est-à-dire que le brosme est rare au nord du chenal Laurentien. Seuls 39 individus ont été capturés aux > 15 000 stations échantillonnées de 1978 à 2001. Par ailleurs, les données fournies par la Station biologique de St. Andrews du MPO, au Nouveau-Brunswick, montrent que le centre de l’aire de répartition du brosme est situé dans le golfe du Maine et le sud du plateau néo-écossais, entre les 41e et 44e degrés de latitude nord, où plus de 2 700 individus ont été capturés aux > 10 000 stations échantillonnées de 1970 à 2001 dans le cadre de 78 campagnes de recherche (figure 1).

Le nombre moyen de brosmes par trait de chalut ou le nombre de captures par unité d’effort (CPUE) déterminés grâce aux relevés scientifiques sont utilisés comme indices de la taille de la population. On effectue chaque année un relevé en juillet dans la région Scotia-Fundy, où se concentrent la plupart des brosmes dans l’Atlantique canadien. Le relevé a évolué au fil des ans, avec notamment des changements apportés aux bateaux de pêche et aux engins d’échantillonnage (par exemple en 1983). Ce relevé couvre la plus grande partie du plateau néo-écossais, l’est du golfe du Maine et la partie supérieure du talus, mais il exclut les zones côtières peu profondes et les eaux profondes se trouvant entre le banc German et le banc Browns. Quatre autres relevés au chalut de fond (printemps, automne, morue, banc Georges) ont également été réalisés sur le plateau néo-écossais, mais sur des périodes beaucoup plus courtes (quelques années). Des brosmes ont été capturés lors de ces relevés, et ils ont été considérés dans certaines des analyses qui suivent.

Deux relevés sont effectués chaque année dans la région de Terre-Neuve. Lors du relevé printanier de mars à juin, on échantillonne le Grand Banc, la côte sud de Terre-Neuve et la partie supérieure du talus continental. Pour le second relevé, on échantillonne les eaux du Labrador et du Nord-Est de Terre-Neuve d’août à novembre. Les indices d’abondance de Scotia-Fundy et de Terre-Neuve ont été calculés séparément. Chaque indice est calculé en divisant le nombre total de brosmes capturés au cours d’une année donnée par le nombre total de stations échantillonnées cette même année.

Dans le présent rapport, le pourcentage de déclin est calculé à l’aide de la formule 1 – e(b•t). La variable « t » désigne la durée en années, et la variable « b », la pente de régression du log naturel (ln) des CPUE des relevés en fonction de l’année.

 

Tendances des populations

Les données scientifiques de la région Scotia-Fundy indiquent une baisse des CPUE à partir de la fin des années 1970 et du début des années 1980 (figure 3). Initialement, les CPUE s’élevaient en moyenne à 0,6 brosme par trait de chalut entre le début et le milieu des années 1970; elles ont baissé pour atteindre 0,08 brosme pendant la période de 1995 à 2001. Pendant l’ensemble de la période allant de 1970 à  2001, soit 32 ans ou environ 3,5 générations de brosmes, les CPUE ont diminué de 93,4 p. 100. Le déclin est de 90,0 p. 100 pour trois générations (27 ans) de brosmes. Les pourcentages de déclin dans la région Scotia-Fundy sont uniquement fondés sur les données des relevés scientifiques de juillet.

Les estimations du nombre de poissons mesurant > 50 cm (taille à laquelle environ 50 p. 100 des individus sont matures d’après les données des années 1970 fournies par Odham et Beacham) sur le plateau néo-écossais suivent étroitement les baisses des CPUE observées dans les relevés. On a observé un déclin de 95,5 p. 100 de 1970 à 2001 (figure 4). L’estimation du nombre de poissons matures dans la région Scotia-Fundy, fournie par Harris et al. (2002, figure 27), se chiffrait à environ trois millions au milieu des années 1970. Ce nombre a baissé tout au long des années 1980 et a atteint un plancher historique dans les années 1990. Harris et al. (2002) estiment la taille actuelle (2001) de la population d’individus matures (env. > 50 cm) à 314 520. C’est un déclin d’un ordre de grandeur du nombre de poissons matures par rapport aux années 1970. Les auteurs soulignent toutefois que l’estimation de 2001 est fondée sur

Figure 3.  Captures par unité d’effort de brosmes lors des relevés scientifiques normalisés dans la région Scotia-Fundy (de 1970 à 2001).

Figure 3.  Captures par unité d’effort de brosmes lors des relevés scientifiques normalisés dans la région Scotia-Fundy (de 1970 à 2001). Données de tous les relevés – comprennent le relevé de juillet ainsi que quatre autres séries chronologiques plus courtes (printemps, automne, banc George, morue dans 4vw).

un échantillon de petite taille. Il faut donc faire preuve de prudence puisque la capturabilité du brosme par les engins de pêche des navires scientifiques, bien qu’elle soit inconnue, est considérée comme faible et puisque des portions de l’habitat du brosme ne sont pas entièrement échantillonnées. Par exemple, les eaux côtières peu profondes et les profondeurs de > 500 à 600 m sont rarement échantillonnées.

Les données des relevés menés dans la région de Terre-Neuve indiquent que les captures par trait étaient dès le départ très faibles (0,026 en 1978). Les CPUE ont baissé à 0,001 en 2000. Aucun brosme n’a été pêché lors des relevés à Terre-Neuve en 1987, de 1990 à 1992 et de 1998 et 2001. Les CPUE sont faibles, car la région de Terre-Neuve correspond à la limite du nord de l’aire de répartition du brosme (Scott et Scott, 1988; Cohen, 1990), ce que confirme le nombre très faible de poissons capturés (n=39)

Figure 4.  Estimations démographiques (de 1970 à 2001) d’après des analyses stratifiées des données recueillies au chalut en juillet dans la région Scotia-Fundy pour les brosmes mesurant > 50 cm.

Figure 4.  Estimations démographiques (de 1970 à 2001) d’après des analyses stratifiées des données recueillies au chalut en juillet dans la région Scotia-Fundy pour les brosmes mesurant > 50 cm.

de 1978 à 2001. Pendant toute la période pour laquelle des données sont disponibles (de 1978 à 2001), soit 23 ans ou 2,5 générations de brosmes, le nombre de poissons par trait a chuté de 90,1 p. 100. Ce taux de déclin est fondé sur les 39 brosmes pêchés dans la région de Terre-Neuve; il faut donc être prudent étant donné la petite taille de l’échantillon. On a calculé le pourcentage de déclin pour la région de Terre-Neuve en dépit de la faible taille de l’échantillon, car ce pourcentage reflète les déclins dans d’autres régions où des taux de capture plus élevés ont été observés.

Le centre de l’aire de répartition du brosme dans l’ouest de l’Atlantique se situe entre les 41e et 44e degrés de latitude nord, dans le golfe du Maine, dans le Sud du plateau néo-écossais et à l’embouchure de la baie de Fundy (Rapport sur l’état des stocks A3-35 du MPO, 2000). Il chevauche la frontière canado-américaine dans le golfe du Maine et sur le banc Georges, où le brosme est surveillé à la fois par le NMFS (O’Brien, 2000) et le MPO. Les CPUE de brosmes lors des relevés scientifiques dans le golfe du Maine se chiffraient à environ 0,25 individu par trait dans les années 1970 (figure 5); elles ont commencé à baisser dans les années 1980, et ce, jusqu’en 1994, dernière année du PESCEAN. En 25 ans (1970 à 1994), soit presque trois générations, le nombre de brosmes par trait a chuté de 60,2 p. 100. Des données mises à jour par O’Brien (figure 6) montrent que la population du golfe du Maine est demeurée faible. C’est en 1998 (dernière année de la série de données) que les plus faibles captures ont été enregistrées. Une analyse plus récente et plus complète du pourcentage de déclin a été effectuée à l’aide des données du banc Georges et du golfe du Maine pour la période de 1964 à 2001. Ces données, fournies par L. O’Brien (NMFS, Woods Hole), sont résumées dans les figures 6.1 et 6.2. Sur toute la période pour laquelle des données sont disponibles (de 1964 à 2001), soit 38 ans ou 4,2 générations, le nombre de brosmes par trait a baissé de 76,15 p. 100. Ces données ont été incluses dans le présent rapport, car le brosme chevauche la frontière canado-américaine dans le golfe du Maine et sur le banc Georges. Cela laisse croire qu’un « effet de l’immigration de source externe » dans la région Scotia-Fundy est peu probable.

Figure 5.  Captures par unité d’effort de brosmes lors des relevés scientifiques normalisés dans la région du golfe du Maine (de 1970 à 1994) d’après les données des relevés du PESCEAN (voir contenu du présent rapport).

Figure 5.  Captures par unité d’effort de brosmes lors des relevés scientifiques normalisés dans la région du golfe du Maine (de 1970 à 1994) d’après les données des relevés du PESCEAN (voir contenu du présent rapport).

Figure 6.  Débarquements commerciaux et moyenne stratifiée des captures de brosmes par trait lors des relevés scientifiques d’automne du National Marine Fisheries Service. La figure est tirée d’O’Brien (2000; http://www.nefsc.noaa.gov/sos/spsyn/og/cusk).

Figure 6.  Débarquements commerciaux et moyenne stratifiée des captures de brosmes par trait lors des relevés scientifiques d’automne du National Marine Fisheries Service. La figure est tirée d’O’Brien (2000; http://www.nefsc.noaa.gov/sos/spsyn/og/cusk).

Figure 6.1.  Nombre moyen stratifié des captures de brosmes par trait dans les régions du golfe du Maine et du banc Georges. Données fournies par L. O’Brien, NMFS, Woods Hole.

Figure 6.1.  Nombre moyen stratifié des captures de brosmes par trait dans les régions du golfe du Maine et du banc Georges. Données fournies par L. O’Brien, NMFS, Woods Hole.

Figure 6.2.  Poids moyen des brosmes par trait dans les régions du golfe du Maine et du banc Georges. Données fournies par L. O’Brien, NMFS, Woods Hole.

Figure 6.2.  Poids moyen des brosmes par trait dans les régions du golfe du Maine et du banc Georges. Données fournies par L. O’Brien, NMFS, Woods Hole.

Les données des relevés scientifiques de toutes les sources (golfe du Maine, Scotia-Fundy et Terre-Neuve) pour tous les brosmes du nord-ouest de l’Atlantique sont résumées par le PESCEAN (figure 6). Les CPUE s’élevaient à environ 0,21 individu par trait au début des années 1970 et ont baissé régulièrement jusqu’en 1994 pour atteindre 0,02. Pendant l’ensemble de la période allant de 1970 à 1994, soit 25 ans ou presque trois générations, le nombre de poissons par trait a diminué de 90,4 p. 100 (figure 7).

 

D’autres indicateurs de la situation du brosme sont brièvement analysés ci‑dessous :

i.       répartition spatiale dans la région Scotia-Fundy;

ii.     pourcentage de stations qui ont pêché au moins un brosme (capture positive, non nulle);

iii.   poids et longueur des individus et proportion de poissons matures capturés par année;

iv.    données de la pêche commerciale.

 

Répartition spatiale

La répartition spatiale du brosme dans la région Scotia-Fundy et le golfe du Maine est illustrée à la figure 8 d’après les données de 32 ans de campagnes scientifiques (de 1970 à 2001). On peut consulter cette figure à l’adresse suivante : http://cephbase.biology.dal.ca/gmbis/aconscripts/GroundfishSurveyMap.html. La figure 8 et le Rapport sur l’état des stocks du MPO montrent que peu de brosmes sont présents sur les rebords des bancs océaniques de l’île de Sable, Occidental, Emerald et Banquereau après 1991. La perte de l’habitat occupé par le brosme est quantifiée à

Figure 7.  Captures par unité d’effort de brosmes lors des relevés scientifiques normalisés dans la région du golfe du Maine (1970 à 1994) d’après les données des relevés du PESCEAN (voir contenu du présent rapport).

Figure 7.  Captures par unité d’effort de brosmes lors des relevés scientifiques normalisés dans la région du golfe du Maine (1970 à 1994) d’après les données des relevés du PESCEAN (voir contenu du présent rapport).

la figure 24 dans Harris et al. (2002). L’étude de ces auteurs révèle que la portion de la zone des relevés où sont pêchés 75 p. 100 des poissons capturés a diminué régulièrement, passant de 10 p. 100 au début des années 1970 à 2,0 p. 100 en 2001. Cela signifie que les brosmes sont capturés dans une zone de plus en plus petite chaque année sur le plateau néo-écossais. Dix pour cent (début des années 1970) et deux pour cent (2001) de la zone de gestion Scotia-Fundy (46 890 milles marins carrés; golfe du Maine et plateau néo-écossais) équivalent respectivement à 4 689 et à 937 milles marins carrés. Il s’agit d’un changement d’un ordre de grandeur dans la répartition spatiale du brosme sur une période de 25 à 30 ans sur l’ensemble du plateau néo-écossais.

La figure 8 du présent rapport montre que la population de brosmes se concentre de plus en plus dans la division 4X de l’OPANO, dans le Sud du plateau néo-écossais. On peut ainsi croire que la division 4X sera l’une des dernières zones où la biomasse du brosme diminuera. Cette hypothèse est confirmée par les figures 25 et 26 dans Harris et al. (2002), qui signalent l’aire de répartition et la prévalence du brosme dans la pêche à la palangre de la division 4X de 1991 à 2001. L’aire de répartition est définie d’après la proportion d’unités de 5 minutes de côté où des brosmes ont été signalés. La prévalence, quant à elle, est définie comme la proportion des sorties de pêche commerciale ayant déclaré la capture de brosmes. Quand on trace le

Figure 8.  Répartition spatiale du brosme dans la région Scotia-Fundy (de 1971 à 2000). (http://cephbase.biology.dal.ca/gmbis/aconscripts/GroundfishSurveyMap.html).

 

Figure 8.  Répartition spatiale du brosme dans la région Scotia-Fundy (de 1971 à 2000). (http://cephbase.biology.dal.ca/gmbis/aconscripts/GroundfishSurveyMap.html).

graphique de l’aire de répartition et celui de la prévalence, pour la période allant de 1991 à 2001, on constate peu de changements; en effet, les deux graphiques donnent des courbes relativement plates (figure 26 dans Harris et al., 2002) ne révélant aucun changement significatif dans la répartition spatiale du brosme dans la division 4X de l’OPANO, région généralement réputée être le centre de l’aire de répartition de l’espèce (Rapport sur l’état des stocks A3-35 du MPO, 2000).

 

Proportion de sites ayant capturé des brosmes

La proportion de sites échantillonnés qui ont capturé au moins un brosme constitue un autre indice de la superficie occupée par l’espèce. Cet indice affiche une forte corrélation avec l’abondance du brosme. La figure 9 du présent rapport ainsi que le Rapport sur l’état des stocks de 2000 du MPO indiquent un déclin régulier de l’indice à la fin des années 1980. Pour une année donnée, environ de 10 à 20 p. 100 des stations d’échantillonnage ont capturé au moins un brosme entre 1970 et la fin des années 1980. Cet indice a ensuite baissé, passant de 19 p. 100 en 1988 à 3 p. 100 en 2001, d’après le relevé scientifique de juillet sur le plateau néo-écossais (figure 9). Quatre autres relevés sur le plateau néo-écossais (de plus courte durée) donnent des résultats semblables au relevé de juillet (figure 9).

Figure 9.  Proportion des captures de brosmes lors de tous les relevés scientifiques dans la région Scotia-Fundy (juillet, printemps, automne, banc Georges et morue dans 4 vw).

Figure 9.  Proportion des captures de brosmes lors de tous les relevés scientifiques dans la région Scotia-Fundy (juillet, printemps, automne, banc Georges et morue dans 4 vw).

La réduction de la répartition spatiale du brosme et le déclin de la proportion de stations ayant capturé des poissons coïncident presque (fin des années 1980) sur le plateau néo-écossais et dans le golfe du Maine. Ces observations, en plus des baisses enregistrées dans le nombre de poissons pêchés chaque année, sont des renseignements clés qui ont mené à la déclaration suivante dans le Rapport sur l’état des stocks de 2000 du MPO : « Étant donné l’effondrement apparent de la population de brosme depuis 1992, il est nécessaire de réduire immédiatement et notablement les débarquements de ce poisson. L’élimination de la pêche sélective s’impose. »

Dans une étude distincte (utilisant pratiquement les mêmes données) portant sur les poissons du plateau néo-écossais, Strong et Hanke (1995) mentionnent également le brosme parmi les espèces pour lesquelles la proportion des stations ayant enregistré des captures a considérablement diminué. Des baisses prononcées ont aussi été notées pour la raie à queue de velours (Raja senta), la raie épineuse (Raja radiata), la baudroie d’Amérique (Lophius americanus), l’aiglefin (Melanogrammus aeglefinus) et le loup atlantique (Anarhichas lupus).

Nombre de poissons matures

Le poids moyen d’un brosme (estimé à partir de plus de 2 700 poissons capturés lors des relevés scientifiques sur le plateau néo-écossais) est à la baisse depuis 1989 (Rapport sur l’état des stocks A3-35 du MPO, 2000; Harris et al., 2002; Conseil pour la conservation des ressources halieutiques, 2002). Cette baisse correspond à la surexploitation due aux pêches visant une taille donnée, telles que la pêche à la palangre, qui cible les gros poissons. Le poids moyen d’un poisson était de 3 kg au début des années 1970 et de 1,5 kg à la fin des années 1990. Cela représente une diminution de 50 p. 100 du poids sur une période de 25 à 30 ans. Le nombre de poissons de > 50 cm est également à la baisse. Les brosmes mesurant plus de 50 cm sont pour la plupart des reproducteurs. Harris et al. (2002, figure 28) indiquent que la proportion des reproducteurs a décliné régulièrement sur le plateau néo-écossais. Plus de 80 p. 100 des brosmes pêchés dans les années 1970 mesuraient > 50 cm. Cette proportion a diminué ces dernières années pour atteindre moins de 60 p. 100 (vers 2000). Il s’agit d’une baisse d’un ordre de grandeur du nombre de poissons matures (d’environ trois millions au début des années 1970 à environ 314 520 en 2001).

Une chute semblable du poids moyen par trait est observée dans la région du golfe du Maine et du banc Georges (figure 6.2). Des données (O’Brien, NMFS, Woods Hole) révèlent que le poids moyen d’un brosme a augmenté entre 1964 et le milieu des années 1970. À partir du milieu des années 1970, le poids moyen par trait a baissé, passant de 1,5 - 2,0 kg à 0,2 - 0,4 kg (fin des années 1990).

 

Données provenant de la pêche commerciale

Le présent rapport met l’accent sur les séries chronologiques les plus longues qui sont disponibles – qui proviennent du relevé scientifique des poissons de fond du MPO. Ce relevé constitue une série chronologique de plus de 30 ans et, par conséquent, fait l’objet de la plus grande partie de l’analyse dans le présent rapport et dans Harris et al. (2002).

Des données de la pêche commerciale et des relevés de l’industrie sont aussi disponibles. Nous les avons analysées ci-dessous, car elles représentent une source supplémentaire d’information fondée sur la pêche à la palangre, engin stationnaire pouvant être déployé dans divers habitats, dont les eaux profondes le long de la plate-forme continentale et les fonds rocheux peu accessibles aux chaluts des navires scientifiques du MPO. Il est généralement reconnu que le brosme est relativement sédentaire et qu’il préfère les fonds durs, où sa capturabilité par le chalut de fond peut être réduite.

Les données de la pêche commerciale, résumées dans les figures de 10 à 15, 25 et 26 dans Harris et al. (2002), sont fondées principalement sur les captures à la palangre. Les données sur les captures présentées aux figures 10 et 11 dans Harris et al. (2002) ne montrent aucune tendance évidente (elles correspondent aux données recueillies en juillet par un navire scientifique du MPO pendant la même période) et couvrent un espace de temps trop court pour être utiles (de 1995 à 2001 et de 1998 à 2001 respectivement). La figure 14 dans Harris et al. (2002), reproduite dans le présent rapport à la figure 10, semble indiquer un taux de déclin de 50 à 60 p. 100 entre la fin des années 1980 et aujourd’hui. Les données scientifiques du MPO pour la même période (figure 3 du présent rapport) montrent une baisse d’environ 75 p. 100. On peut dire que ces deux taux de déclin sont semblables pour la période considérée, surtout étant donné que les CPUE de la pêche commerciale sous-estiment généralement les tendances réelles de l’abondance. Harris et al. (2002) présument, en se fondant sur des données anecdotiques, qu’il y a eu de nombreuses fausses déclarations sur les débarquements de brosmes avant 1999. Jusqu’en 1999, les captures de brosmes n’étaient pas réglementées; c’est pourquoi d’autres espèces étaient débarquées en tant que brosmes quand les quotas étaient dépassés. Si cela est vrai, on aurait dû remarquer un changement marqué dans les CPUE entre 1998 et 1999 – or, ce n’est pas le cas, et les fausses déclarations présumées n’ont eu aucun effet discernable sur le taux de capture.

Figure 10.  Taux de capture et débarquements de brosmes par les palangriers visant les poissons de fond dans 4X   (mnopqru). Cette figure est la figure 14 de Harris et al. (2002).

Figure 10.  Taux de capture et débarquements de brosmes par les palangriers visant les poissons de fond dans 4X   (mnopqru). Cette figure est la figure 14 de Harris et al. (2002).

Les données sur les captures commerciales de la figure 14 dans Harris et al. (2002) concernent la division 4X sur le plateau néo-écossais – Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse et baie de Fundy. La répartition des brosmes capturés dans cette division de l’OPANO sur une période de 12 mois (de janvier à décembre 2001) est illustrée en détail à la figure 25 dans Harris et al. (2002). La portion Sud-Ouest du plateau néo-écossais semble être le secteur où le brosme est le plus abondant quand on considère la réduction évidente de l’aire de répartition à la figure 8 du présent rapport.

La figure 15 dans Harris et al. (2002) montre aussi que les débarquements commerciaux de brosmes provenant des eaux canadiennes et de tous les secteurs de la pêche ont baissé d’environ 4/5, passant de 5 000 tonnes au début des années 1970 à 1 000 tonnes en 2000 (figure 15 dans Harris et al., 2002). L’auteur ne sait pas dans quelle mesure ces données commerciales sont valides ou non valides en raison du manque de fiabilité des déclarations des débarquements de brosmes avant 1999 (Harris et al., 2002). Si ces données reflètent les débarquements réels de brosmes, alors les tendances évidentes dans les données commerciales sont conformes aux tendances présentées dans le présent rapport et dans le Rapport sur l’état des stocks du MPO de 2000, qui montrent tous deux des déclins substantiels dans l’abondance du brosme (de 90 p. 100 environ). Si les données sur les débarquements commerciaux ne sont pas exactes, il ne faut pas en tenir compte.

Des renseignements sur la répartition du brosme sont présentés aux figures 12 et 13 dans Harris et al. (2002). Ils sont fondés sur l’indice des captures commerciales de la pêche du flétan et sur des relevés à des stations fixes réalisés par l’industrie sur une courte période (de 1998 à 2001). La majorité de l’effort de pêche au flétan correspondant à l’indice commercial est exercé à des profondeurs < 500 m le long du talus continental au large de la Nouvelle-Écosse. C’est jusqu’à ces profondeurs que descend généralement la pêche et que sont menés les échantillonnages par des navires scientifiques du MPO lors du relevé d’été des poissons de fond. Les graphiques illustrant la répartition montrent que le brosme peut être pêché dans des eaux relativement profondes et que la densité des captures semblait être moins élevée en 2001 qu’en 1998, surtout dans les portions moins profondes de l’ouest du plateau néo-écossais (62-64e degrés de longitude ouest) (figure 12, Harris et al., 2002). La portion des stations fixes du relevé sur le flétan, pour laquelle l’effort de pêche est plus dispersé sur le plateau néo-écossais et le long du talus, fait ressortir trois caractéristiques importantes de la répartition du brosme, qui sont toutes évidentes à la figure 1 et surtout à la figure 8 du présent rapport : 1. on trouve le brosme dans la portion Sud-Ouest du plateau néo-écossais; 2. le brosme est pratiquement absent de l’Est du plateau néo-écossais; 3. le brosme vit dans une bande étroite le long du talus continental de l’Est et de l’Ouest du plateau néo-écossais, et quelques individus sont capturés sur le talus sud du Grand Banc. Les eaux profondes du talus continental (> 500 m) au large de la Nouvelle-Écosse ne sont pas régulièrement échantillonnées par les navires scientifiques du MPO. Ce n’est qu’entre 1995 et 2000 environ que de 2 à 4 stations situées à > 500 m ont été annuellement échantillonnés par le MPO. Des brosmes ont été capturés à des profondeurs > 500 m, mais en nombre beaucoup moins élevé que dans les eaux peu profondes échantillonnées par les navires scientifiques du MPO (tableau 1 et figure 2 du présent rapport).

 

Tableau 1a. Les colonnes du haut montrent le nombre de stations de pêche échantillonnées sur le plateau néo-écossais (de 1970à 2001) en fonction de la profondeur et de la température. Les colonnes du bas montrent le nombre de stations qui ont capturé des brosmes selon chaque combinaison profondeur/température.
P/T°C024681012141618Sommep. 100
100657051016112463839114431152413150,86
200102434044877707332001711286635,28
30004074922973373840088210,86
40000153883510001782,19
50000052000000520,64
60000014000000140,17
Somme759881495182217931496383521638123100,00
p. 1000,9212,1618,4022,4322,0718,424,720,640,200,04100 


Tableau 1b. Les colonnes du haut montrent le nombre de stations de pêche échantillonnées sur le plateau néo-écossais (de 1970à 2001) en fonction de la profondeur et de la température. Les colonnes du bas montrent le nombre de stations qui ont capturé des brosmes selon chaque combinaison profondeur/température.
P/T°C024681012141618Sommep. 100
100022427211730209610,45
2000316681972025620054459,19
3000021194112600022524,48
400000831111000515,55
500000100000010,11
600000200000020,22
Somme054211734334266220919100,00
p. 1000,000,544,5712,7337,3237,217,180,220,220,00100