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Programme de rétablissement de la Grue blanche (Grus americana) au Canada (Proposition)


2. Rétablissement

2.1 Caractère réalisable du rétablissement

Le présent programme de rétablissement a pour but de protéger, de rétablir et de gérer les Grues blanches, afin qu'elles soient autosuffisantes à l'état sauvage et qu'elles puissent passer du statut d'espèce en voie de disparition à celui d'espèce menacée sous le régime de la Loi sur les espèces en péril (LEP) et de l'Endangered Species Act (ESA) des États-Unis; il s'agit de préparer le terrain pour que cet oiseau soit éventuellement retiré de la liste des espèces en péril. Des mesures précises ont été définies, et, si elles sont mises en oeuvre, elles devraient permettre d'atteindre ce but. Les Grues blanches ne seront peut-être jamais très nombreuses, compte tenu de leurs antécédents, de leur faible taux de reproduction et des menaces qui pèsent sur les habitats de reproduction, de migration et d'hivernage. Pour que cette espèce puisse être conservée, il faut qu'un public informé s'y intéresse et s'en préoccupe. Compte tenu de l'étendue de l'habitat disponible, du taux de croissance actuel et de la réussite des programmes de reproduction en captivité, le potentiel de rétablissement de cette espèce est élevé.

Sur le plan démographique, la Grue blanche a de la difficulté à reprendre le dessus en raison d'une maturité sexuelle tardive (à l'âge de 3 à 4 ans) et d'un faible taux de reproduction (deux œufs par année et généralement un seul oisillon survivant jusqu'à l'envol). Toutefois, l'expérience des couples nicheurs et la longévité de l'espèce compensent quelque peu le faible taux de reproduction.

Il se peut que l'habitat de nidification actuel, dans le parc national Wood Buffalo, ne soit pas aussi productif que les terres humides situées dans les terres herbeuses des prairies qui servaient autrefois pour la nidification (B. Johns, comm. pers.). Malgré tout, le parc national Wood Buffalo fournit des habitats de nidification convenables et protégés qui ont permis à la population de passer de trois ou quatre couples nicheurs en 1941 à 62 en 2006. La quantité d'habitat convenable pour les haltes migratoires est suffisante pour soutenir l'effectif actuel et celui qui pourrait être atteint dans un proche avenir. Actuellement, les habitats d'hivernage de l'Aransas National Wildlife Refuge sont suffisants pour soutenir au moins 500 individus (T. Stehn, comm. pers.).

Les menaces qui pèsent sur l'espèce ont été suffisamment atténuées pour que la population Aransas-Wood Buffalo connaisse un taux de croissance annuel moyen de 4,5 % au cours des 50 dernières années. Selon Lewis (1992), les plans de protection adoptés conjointement par les organismes fédéraux, provinciaux et d'État ont permis de réduire les pertes attribuables à la chasse et aux maladies. En outre, un projet de marquage d'installations a été entrepris dans le but d'accroître la visibilité de certaines lignes de transport d'énergie et de réduire le taux de mortalité des Grues blanches. Cette technique a démontré son efficacité dans le cas des Grues du Canada (Morkill, 1990; Morkill et Anderson, 1991; Brown et Drewien, 1995). Les pertes attribuables à l'érosion dans l'habitat d'hivernage essentiel de la Gulf Intracoastal Waterway ont été grandement réduites grâce à l'utilisation de lits en béton (Zang et al., 1993; Evans et Stehn, 1997). Enfin, des surperficies supplémentaires d'habitat d'hivernage ont été aménagées au moyen de matériaux de dragage (Evans et Stehn, 1997).

Depuis 1993, la productivité de quatre groupes maintenus en captivité a été suffisante pour fournir plus de 262 oiseaux au projet de réintroduction d'une population non migratrice en Floride. Un autre programme de réintroduction utilisant des oisillons nés en captivité a été lancé en 2001 dans l'est des États-Unis. Ce programme vise l'aire de reproduction du Wisconsin et le site d'hivernage de l'ouest de la Floride.

Pour l'instant, aucun conflit exceptionnel ou difficulté logistique au rétablissement de l'espèce ne peut être identifié. Néanmoins, il faudra continuer de relever les défis qui pourraient entraver la conduite de nouvelles recherches et la mise en application de techniques de rétablissement encore non éprouvées.

2.2 But du rétablissement

Le but général du programme de rétablissement de la Grue blanche est de protéger, de restaurer et de gérer l'espèce afin qu'elle soit autosuffisante à l'état sauvage, c'est-à-dire qu'elle n'ait plus besoin de la protection de la Loi sur les espèces en péril et de l'Endangered Species Act des États-Unis. Le but à long terme du rétablissement est d'établir 1 000 Grues blanches en Amérique du Nord d'ici 2035.

Si le présent programme est couronné de succès, il devrait normalement être possible de recommander que le statut de la Grue blanche passe d'espèce en voie de disparition à espèce menacée (catégorie de moindre risque). Les critères à respecter pour être en mesure de retirer complètement la Grue blanche de la liste des espèces en péril ne sont pas définis dans le présent programme pour les raisons suivantes : a) la taille effective de la population à maintenir pour assurer la survie à long terme de l'espèce n'est pas bien définie; b) on s'attend à ce que de nouvelles menaces apparaissent avant qu'il soit possible d'inscrire la Grue blanche à une catégorie de moindre risque.

2.3 Stratégie internationale pour le rétablissement

La principale stratégie du plan international de rétablissement pour la Grue blanche consiste à augmenter l'effectif de la population sauvage en réduisant les menaces et en établissant deux populations supplémentaires distinctes. Ces populations seront formées d'oiseaux reproduits en captivité qui auront été introduits dans la nature. À la longue, la progéniture des oiseaux mis en liberté formera des populations sauvages autosuffisantes. La croissance continue de la population Aransas-Wood Buffalo et l'établissement de deux populations supplémentaires permettront également de freiner la perte de diversité génétique.

2.4 Critères de rétablissement

La Grue blanche est désignée comme étant en voie de disparition par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC, 2005). L'espèce est désignée selon le critère de statut D1, très petite population (UICN, 2001). Le présent programme de rétablissement énonce deux critères auxquels il faut répondre pour que les populations de Grues blanches d'Amérique du Nord soient en santé et autosuffisantes et pour qu'elles puissent ainsi passer du statut d'espèce en voie de disparition à celui d'espèce menacée au Canada et aux États-Unis. Les buts quantitatifs en matière d'effectif et de stabilité de la population ne pourront être atteints que si les facteurs menaçant l'existence de l'espèce sont éliminés ou suffisamment réduits.

Avant que la Grue blanche ne puisse passer du statut d'espèce en voie de disparition à celui d'espèce menacée (inscription à une catégorie de moindre risque), il faut répondre aux critères suivants :

  1. Maintenir au moins 40 couples féconds dans la population Aransas-Wood Buffalo et établir au moins 25 couples féconds dans les populations autosuffisantes de chacune des deux autres localités distinctes. Un couple fécond s'entend d'un couple qui niche régulièrement et qui produit une progéniture survivant au moins jusqu'à l'envol. La population Aransas-Wood Buffalo devra compter plus de 200 adultes. La population non migratrice de la Floride et la population migratrice de l'est des États-Unis devront compter chacune plus de 100 adultes. Ces objectifs quantitatifs ont été établis à la lumière d'une évaluation de la viabilité des populations pour maintenir le matériel génétique dans les populations. Les trois populations devront être autosuffisantes pendant dix ans aux niveaux désignés avant que l'espèce ne puisse être considérée pour une désignation à une catégorie de moindre risque. Il se peut que les mesures de rétablissement permettent de rétablir des populations migratrices et non migratrices telles qu'elles existaient autrefois en Amérique du Nord. Si les populations réintroduites ne parviennent pas à l'autosuffisance, la population Aransas-Wood Buffalo devra alors compter plus de 1 000 individus pendant dix ans (c.-à-d. 250 couples féconds). Ces nombres plus élevés sont nécessaires parce que la population Aransas-Wood Buffalo possède actuellement une aire de répartition très limitée, en été comme en hiver, et pourrait être gravement touchée en cas de catastrophe.

  2. Maintenir au moins 153 Grues blanches en captivité (21 couples féconds) par mesure de protection afin d'assurer la survie à long terme de l'espèce. Les analyses génétiques démontrent que ces nombres peuvent assurer le maintien de 90 % du matériel génétique de l'espèce pour 100 ans (Jones et Lacy, 2003).

2.5 Objectifs de rétablissement

Objectif 1 :   Continuer d'accroître la population Aransas-Wood Buffalo. L'objectif de rétablissement à court terme – 40 couples féconds dans la population Aransas-Wood Buffalo pendant dix années consécutives – a été atteint. Pour atteindre le but de rétablissement à long terme, soit 1 000 oiseaux en Amérique du Nord d'ici 2035, l'effectif de la population Aransas-Wood Buffalo doit passer à 240 individus et à 70 couples féconds d'ici 2010.

Objectif 2 :   Établir et maintenir des populations en captivité. Accroître les populations captives pour qu'elles comptent 45 couples reproducteurs d'ici 2010.

Objectif 3 :   Établir deux autres populations sauvages en participant à l'effort international visant à augmenter l'effectif de la population de la Floride à 100 individus et à 10 couples féconds d'ici 2010 et en établissant dans l'est une population migratrice comptant 80 adultes d'ici 2010.

Objectif 4 :   Déterminer la taille effective de la population (Ne) nécessaire pour assurer la survie de l'espèce. Analyser les données de baguage et déterminer le ratio Ne/N pour la population Aransas-Wood Buffalo.

Objectif 5 :      Poursuivre et élargir les programmes d'information et d'éducation. Promouvoir l'éducation sur le rétablissement de la Grue blanche en recourant à des technologies de communications novatrices.

2.6 Activités de recherche et de gestion nécessaires

La présente section décrit de manière générale les activités de recherche et de gestion qui sont nécessaires à l'atteinte des objectifs. Le ou les plans d'action contiendront de l'information plus détaillée sur les mesures à prendre et le calendrier de mise en oeuvre. Pour obtenir de plus amples renseignements sur les mesures déjà prises ou en cours, le lecteur devrait consulter l'annexe C du plan international de rétablissement.

1. Continuer d'accroître la population Aransas-Wood Buffalo, de manière à ce qu'elle compte 240 individus et 70 couples féconds d'ici 2010 (priorité 1).

Pour atteindre cet objectif, il faudra réduire la mortalité et éliminer les contraintes liées à l'habitat qui peuvent limiter le rétablissement de la population. Selon toute vraisemblance, les aires de reproduction et d'hivernage peuvent soutenir bien plus que les 58 couples nicheurs, les sous-adultes et les jeunes de l'année qui y étaient présents en 2005 (Johns, 1998; Tom Stehn, comm. pers.).

Voici les activités prévues à cette fin :

  • effectuer le suivi de l'effectif de la population, y compris le taux de recrutement et de mortalité annuels;
  • effectuer le suivi des déplacements lors des migrations;
  • réduire les mortalités grâce à des mesures de gestion;
  • restreindre les activités humaines nuisibles;
  • identifier, protéger, gérer et créer de l'habitat.

2. Établir et maintenir des populations en captivité. Accroître les populations en captivité de manière à ce qu'elles comptent 45 couples reproducteurs d'ici 2010 (priorité 1).

Maintenir 45 couples reproducteurs aux endroits suivants : Patuxent Wildlife Research Center (15); International Crane Foundation (12); Calgary Zoo (10); Audubon Species Survival Center (5) et San Antonio Zoo (3). Pour ce faire, il faudra étudier la génétique des couples reproducteurs en captivité et maximiser la productivité à l'aide de méthodes connues.

Voici les activités prévues à cette fin :

  • mettre au point des moyens plus efficaces de mesurer la diversité génétique;
  • augmenter le nombre d'oiseaux reproducteurs en captivité;
  • améliorer les méthodes d'aviculture et accroître la productivité;
  • maintenir des installations pour l'élevage en captivité.

3. Établir deux autres populations sauvages (priorité 2).

Poursuivre les recherches entreprises afin de trouver des sites propices à la réintroduction et d'améliorer les techniques de réintroduction. Protéger et gérer l'habitat des populations réintroduites. Le U.S. Fish and Wildlife Service et le Service canadien de la faune devraient coordonner leurs activités de recherche et de gestion afin d'établir d'ici 2035 au moins deux populations autosuffisantes distinctes, chacune composée d'au moins 25 couples nicheurs. D'ici 2010, la population de la Floride devrait se composer de 100 individus et de 10 couples, et la population migratrice de l'est de 80 adultes. Tant qu'elles rencontrent les critères de rétablissement, ces nouvelles populations peuvent être soit migratrices, soit non migratrices. Selon les plans, les oiseaux en captivité seront tous mis en liberté dans l'est des États-Unis (population non migratrice de la Floride et population migratrice de l'est), à tout le moins jusqu'en 2010.

Voici les activités prévues à cette fin :

  • améliorer les techniques pour la mise en liberté des oiseaux; 
  • évaluer et sélectionner des sites propices à la mise en liberté;
  • établir une population non migratrice;
  • établir une population migratrice.

4. Déterminer la taille effective de la population (Ne) nécessaire pour assurer la survie de l'espèce (priorité 3).

Continuer d'utiliser des données génétiques pour déterminer NE et réviser les critères de rétablissement au besoin. Ce NE sera établi à la lumière des données les plus récentes en biologie de la conservation et au niveau des théories sur la viabilité des populations, et à partir de l'information sur l'efficacité des mesures de rétablissement prises avec d'autres espèces en voie de disparition.

5. Poursuivre et élargir les programmes d'information et d'éducation (priorité 3).

Mettre sur pied des programmes d'information et d'éducation afin de contribuer à la réussite du programme de rétablissement de la Grue blanche. Diffuser des communiqués sur les sujets suivants : données du recensement de décembre à l'Aransas National Wildlife Refuge; départ printanier des grues de l'Aransas National Wildlife Refuge, arrivée en Saskatchewan au printemps et demande au public de signaler les observations faites pendant la période de la migration; nombre de couples nicheurs dans le parc national Wood Buffalo; nombre d'oisillons survivant jusqu'à l'automne dans le parc national Wood Buffalo et dans les environs; arrivée automnale des grues en Saskatchewan et dans les provinces voisines, et événements significatifs similaires pour la population de la Floride et la population migratrice de l'est. Profiter de réunions et de festivals pour faire du travail de sensibilisation.

Voici les activités prévues à cette fin :

  • mettre au point des produits de communication;
  • créer des possibilités d'observation.

2.7 Stratégies générales pour aborder les menaces

2.7.1 Perte et dégradation de l'habitat

Les mesures suivantes seront prises pour s'attaquer à la destruction de l'habitat et à la réduction de l'aire de répartition de l'espèce : suivi de l'habitat et de la population dans les aires de reproduction, de migration et d'hivernage; réduction de la mortalité causée par les collisions et les maladies; éducation du public pour prévenir les morts accidentelles par balle; protection et gestion de l'habitat; suivi et réglementation de menaces spécifiques et de leurs effets, comme les déversements de produits chimiques, l'érosion du littoral, le dragage, la modification de la salinité par suite de l'extraction d'eau et le changement des débits d'entrée. L'établissement de deux autres populations sauvages permettra également de lutter contre cette menace en augmentant l'effectif de la population actuelle et en élargissant l'aire de répartition de la Grue blanche dans ses  habitats historiques. Le développement et le maintien d'une population en captivité constitueront une protection contre la disparition de l'espèce à l'état sauvage. En outre, cette mesure produira des oiseaux qui seront réintroduits dans la nature.

Les habitats de reproduction convenables qui sont actuellement inoccupés et les secteurs importants pour la migration seront identifiés au moyen de l'imagerie satellite et de données historiques. La protection de ces sites sera assurée par des ententes de coopération, par la législation actuelle et/ou par l'acquisition.

Par des consultations et des mesures de gestion, il devrait être possible de maintenir les débits d'eau afin d'assurer la productivité des baies fréquentées par la Grue blanche pendant l'hiver. Il faudra également conserver les étangs d'eau douce actuels et en créer de nouveaux dans les territoires d'hivernage afin de garantir un approvisionnement en eau douce aux grues et d'optimiser la répartition des zones sèches utilisées par les grues. Les activités humaines dans les zones de hautes terres doivent être contrôlées afin de réduire au minimum les dérangements des grues présentes aux sources d'eau douce.

2.7.2 Perte de diversité génétique

La perte de diversité génétique pourra seulement être maîtrisée lorsque l'effectif de la population atteindra un niveau où la création de nouveaux allèles par les mutations contrebalancera les pertes passées, actuelles et futures de diversité génétique. Les gestionnaires de la population gardée en captivité doivent analyser annuellement la génétique et la démographie des oiseaux en captivité. Il faudra tenir des banques de semences congelées pour empêcher la perte des lignées fondatrices et augmenter le nombre de reproducteurs en captivité.

2.7.3 Perturbations

Pour éviter de perturber les grues, il faut contrôler, réglementer ou interdire les activités humaines susceptibles d'avoir des répercussions sur l'espèce. Par exemple, les travaux de construction devraient être limités aux périodes où les grues sont absentes, et l'altitude de vol des aéronefs au-dessus des aires de nidification et d'hivernage devrait être réglementée.

2.7.4 Collisions avec les lignes de transport d'énergie

Afin de réduire au minimum les pertes attribuables aux collisions avec les lignes de transport d'énergie, des mesures seront élaborées, telle l'augmentation de la visibilité des structures ou des lignes.

2.7.5 Déversements de produits chimiques

Environnement Canada, Pêches et Océans Canada et les organismes équivalents provinciaux et territoriaux partagent la responsabilité principale pour les mesures d'intervention en cas de déversement au sein de leurs compétences respectives. L'Agence Parcs Canada est la principale responsable pour les cas au sein du Parc national Wood Buffalo. Aux États-Unis, la garde côtière américaine est la principale responsable des mesures d'intervention et de confinement en cas de déversement, et le U.S. Fish and Wildlife Service dispose de plans d'intervention pour le golfe du Mexique (U.S. Fish and Wildlife Service, 1979) et particulièrement pour l'Aransas National Wildlife Refuge (Robertson et al., 1993). Les organismes compétents seront encouragés à inspecter les installations pétrolières et gazières.

2.7.6 Maladies et parasites

Afin de contrer la menace que représentent les maladies et les parasites, des méthodes de prévention, de détection et de traitement des maladies seront mises au point. Dans les centres de captivité, il faudra mener des recherches sur le diagnostic et le traitement afin d'assurer la santé des oiseaux. De plus, les pratiques courantes adoptées dans les centres de captivité seront contrôlées afin de préserver la santé des grues.

2.7.7 Prédation

La lutte contre les prédateurs n'est pas considérée comme une technique de gestion appropriée dans les parcs nationaux du Canada. La prédation devra être réduite là où il est possible de le faire, en particulier chez les populations réintroduites. À cette fin, il faudra déterminer les causes de mortalité, mesurer les répercussions et mettre en oeuvre des stratégies destinées à réduire les pertes. En outre, des techniques de mise en liberté seront développées pour cerner des méthodes permettant aux oiseaux d'apprendre à éviter les prédateurs.

2.7.8 Chasse

Un travail soutenu d'éducation et d'application de la loi sera nécessaire pour éviter que la chasse ne représente une menace pour la Grue blanche.

2.8 Habitat essentiel

Selon la Loi sur les espèces en péril (LEP), l'habitat essentiel est « l'habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d'une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d'action élaboré à l'égard de l'espèce » [Paragraphe (2(1)]. Le présent programme de rétablissement désigne comme habitat essentiel certains secteurs des lieux de reproduction situés dans le parc national de Wood Buffalo et auparavant décrits sous les règlements de chasse du parc national de Wood Buffalo.

2.8.1 Lieux de reproduction

Le Service canadien de la faune effectue le suivi des activités de nidification de la Grue blanche au Canada depuis 1954. La majorité des territoires de nidification actuellement occupés (91 %) sont situés dans les limites du parc national Wood Buffalo. Les Grues blanches sont lentes à coloniser de nouveaux secteurs, et la majorité (76 %) des couples établissent leur territoire à moins de 20 km de leur lieu de naissance (Johns et al., 2005).

Les ensembles de marais boréaux qui satisfont aux critères exposés dans Timoney (1999) peuvent être considérés comme étant essentiels pour que les grues établissent leur territoire, construisent des nids et élèvent leur progéniture. Timony (1999) décrit les terres humides utilisées pour la nidification comme des ensembles de mosaïques de milieux humides offrant une ouverture visuelle et contenant des milieux humides semi-permanents et permanents où la profondeur moyenne de l'eau est de 25 cm. Cette mosaïque diversifiée de terres humides présente une grande proportion de marais à scirpe associés à des marais mixtes (à carex et à quenouille), de marais arbustifs (saule et bouleau) et d'étangs à diatomée et scirpe. La quantité d'habitat convenable identifié comme l'aire de reproduction de la Grue blanche à l'intérieur des limites du parc national de Wood Buffalo semble suffisante pour soutenir une population de Grues blanches en croissance. (Olson and Olson Planning & Design Consultants Inc, 2003; Tischendorf, 2003).

L'habitat essentiel désigné dans le présent programme de rétablissement est donc :
Les ensembles de marais boréaux entourés par une zone de gestion des rives de 100 m (Thorpe, 2005) situés dans la portion de l'angle nord-est du parc national Wood Buffalo qui rencontre les exigences soulignées par Timoney (1999) à l'intérieur de l'aire de reproduction de la Grue blanche telle que décrite dans l'Annexe I – Règlement sur le gibier du parc de Wood Buffalo SOR/78-830 (voir ci-dessous).

L'aire de reproduction de la Grue blanche se situe à l'intérieur des limites suivantes :

PARTIE A

En partant d'un point situé à un mille à l'ouest de la route nº 5 des territoires du Nord-Ouest, à l'endroit où cette route franchit la rivière Little Buffalo et à 180 mètres au nord de l'extrémité de la servitude de passage déboisée de cette route; puis vers le nord-ouest, parallèlement à cette route, jusqu'à un point situé à 180 mètres à l'est du centre du cours principal de la rivière Nyarling; puis vers le nord-est, parallèlement au centre du cours principal de la rivière Nyarling, jusqu'à son intersection avec une ligne tirée à 180 mètres à l'ouest du centre du cours principal de la rivière Little Buffalo et parallèlement à ce centre, puis vers le sud-est, à 180 mètres à l'ouest du centre du cours principal de la rivière Little Buffalo et parallèlement à ce centre, jusqu'au centre du cours principal du ruisseau Seton; puis vers le sud-ouest, en suivant le centre du cours principal du ruisseau Seton, jusqu'à un point situé au nord du point de départ; puis droit vers le sud jusqu'au point de départ.

PARTIE B

En partant d'un point situé droit au sud du coin sud-est extrême du secteur de nidification de la grue blanche d'Amérique décrit dans la partie A de cette annexe et à 180 mètres au sud de l'extrémité de la servitude de passage déboisée de la route nº 5 des territoires du Nord-Ouest; puis vers le nord-ouest, parallèlement à cette route, jusqu'à un point situé droit au nord du prolongement nord extrême du lac Sass et à cent 180 mètres au sud de la servitude de passage déboisée de cette route; puis droit vers le sud, jusqu'au prolongement nord extrême du lac Sass; puis vers le sud-est, le long de la rive du lac Sass, jusqu'au prolongement est extrême du lac Sass; puis vers le sud-est, jusqu'à un point situé à 180 mètres au nord du centre de l'affluent de la rivière Little Buffalo; puis vers le nord-est, parallèlement au centre de cet affluent et à 180 mètres au nord de ce centre, jusqu'à un point situé à 180 mètres à l'ouest du centre de la rivière Little Buffalo; puis vers le nord-ouest, parallèlement au centre de la rivière Little Buffalo et à 180 mètres à l'ouest de ce centre, jusqu'au point de départ.

Activités susceptibles de détruire l'habitat essentiel de reproduction

La destruction de l'habitat essentiel de la Grue blanche au Canada comprend toute modification apportée à la topographie, à la géologie, aux conditions du sol, à la végétation, à la composition chimique de l'air et de l'eau, à l'hydrologie de l'eau de surface ou souterraine, et au microclimat d'une telle magnitude, intensité ou durée que cela réduit significativement la capacité de l'habitat essentiel de contribuer à la survie ou au rétablissement de l'espèce.

Parmi les activités qui pourraient mener à la destruction de l'habitat essentiel pour la reproduction, il faut citer sans s'y limiter, la modification radicale ou à long terme des régimes hydrologiques, la construction d'infrastructures (p. ex. lignes d'énergie électrique, tours, routes), ainsi qu'un certain nombre d'activités liées à l'exploitation forestière, l'exploitation minière, l'exploration pétrolière et gazière (p. ex. application de pesticides, construction de routes, accès aux ressources et extraction de ces ressources).

Protection de l'habitat de reproduction

Le parc national Wood Buffalo est protégé en vertu de la Loi sur les parcs nationaux du Canada. L'habitat de reproduction de la Grue blanche a été désigné zone 1 (préservation spéciale), ce qui correspond au niveau de protection le plus élevé. Cette désignation fait en sorte qu'il n'y aura aucune installation d'origine anthropique dans ce territoire (à l'exception de la route 5) et que l'accès est interdit du 15 avril jusqu'à la fin du mois d'octobre, sauf pour le personnel du parc et les scientifiques qui font des recherches sur la Grue blanche. Les lieux de reproduction ont également été désignés comme des zones humides d'importance internationale en vertu de la Convention de Ramsar, et BirdLife International leur a accordé le statut de zone importante pour la conservation des oiseaux. Grâce à ces désignations, l'habitat essentiel proposé est à l'abri d'un certain nombre de menaces anthropiques.

2.8.2 Calendrier des études visant à désigner de l'habitat essentiel additionnel

La désignation de secteurs additionnels d'habitat essentiel (p. ex. les lieux de reproduction potentiels inoccupés situés à l'extérieur des limites du parc national Wood Buffalo et les aires de rassemblement migratoires) sera prise en considération dans le cadre des plans d'action ultérieurs. La désignation d'habitat essentiel additionnel aura lieu lorsque les consultations avec les propriétaires fonciers et autres parties directement concernées incluant un certain nombre d'organisations autochtones seront terminées. Lors de ces consultations, les options envisagées en vue de la protection de l'habitat essentiel seront également examinées.

Habitat de reproduction

Le taux de croissance de la population pourrait augmenter de façon significative à mesure que les grues s'étendent dans l'habitat convenable situé en dehors des limites de l'aire de reproduction décrite ci-dessus (Tischendorf, 2003). Le Service canadien de la faune et Parcs Canada ont étudié l'habitat inoccupé convenable pour la nidification situé dans le parc national Wood Buffalo et les territoires adjacents qui pourraient être nécessaires au rétablissement des Grues blanches (Olson and Olson, 2003). Cette étude révèle qu'une expansion de la population Arkansas/Wood Buffalo amènera sans doute les Grues blanches à se reproduire à l'extérieur de l'aire de reproduction délimitée ci-dessus. On prévoit de plus une expansion de la population à l'extérieur du parc national Wood Buffalo dans des secteurs voisins actuellement non protégés des Territoires du Nord-Ouest (Olson and Olson, 2003). Mis ensemble, l'habitat convenable à la reproduction disponible au sein du parc et l'habitat convenable à la reproduction disponible dans le secteur jouxtant la pointe nord-est du parc semblent pouvoir soutenir une population comptant plus de 250 couples reproducteurs et de 1 000 individus, assez pour atteindre les buts du rétablissement (Olson and Olson, 2003). Au cours des dernières années, les Grues blanches ont commencé à étendre leur aire de reproduction dans ces nouveaux secteurs. Par conséquent, la protection de tout l'habitat convenable disponible est nécessaire pour soutenir le taux de croissance maximal possible de la population de Grues blanches. Ces secteurs additionnels pourraient éventuellement être désignés comme habitat essentiel en attendant de mieux connaître les superficies et les limites précises.

Protection de l'habitat essentiel potentiel pour la reproduction

À l'heure actuelle, il n'existe aucune protection officielle s'appliquant à l'habitat de terres humides qui est adjacent à l'angle nord-est du parc. Ces territoires relèvent de la compétence du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien et de la Première nation Salt River. Il est nécessaire de consulter ces organisations et d'effectuer aussi des consultations communautaires auprès de toutes les parties concernées afin de présenter le nouvel habitat essentiel qu'on prévoit désigner et de discuter de ce qui représenterait la meilleure option pour protéger cet habitat (DeWandel, 2003). S'il y a lieu, les possibilités d'intendance seront évaluées avec les gestionnaires des terres touchées (DeWandel, 2003).  Si, dans le futur, ces secteurs additionnels sont désignés comme habitat essentiel, il sera nécessaire de protéger ces secteurs des mêmes types d'activités que ceux mentionnés ci-dessous comme étant de la destruction.

Habitat de migration – Haltes migratoires en Saskatchewan

Pendant la migration automnale, les Grues blanches font généralement une halte de plusieurs jours ou de plusieurs semaines dans le centre-sud de la Saskatchewan. La région située entre Meadow Lake, Swift Current, Estevan et les lacs Quill, en Saskatchewan, peut être définie comme une région de rassemblement pour l'espèce. Le soir, les grues se reposent dans les bassins palustres peu profonds et, le jour, elles se nourrissent, principalement de blé et d'orge, dans les champs déjà récoltés (Johns et al., 1997). Les terres humides qui servent de lieu de rassemblement à l'automne se trouvent en majorité sur des terres privés (85 %) (Johns et al., 1997). Très peu de terres humides sont occupées d'année en année, puisqu'elles sont éphémères pour la plupart et leur disponibilité pour les grues varie d'une année à l'autre en fonction des précipitations. Les terres humides qui conviennent le mieux aux rassemblements possèdent les caractéristiques suivantes : terres inondées en permanence (32 %) ou de façon semi permanente (53 %); fond de vase molle (83 %); superficies variables, allant de moins d'un demi-hectare à plusieurs milliers d'hectares; profondeur moyenne de l'eau de 13 cm aux sites de repos (ET = 7,5); sites de repos généralement situés à moins de 2 km des aires d'alimentation convenables (champs cultivés) et généralement à plus de 1 km de toute habitation (Johns et al., 1997). Les vastes terres humides qui ont un approvisionnement d'eau constant représentent d'importants sites de rassemblement car elles offrent un refuge aux oiseaux lorsque les terres humides éphémères sont sèches.

En raison de la nature éphémère de la majorité des terres humides des Prairies et de leur fréquentation irrégulière par les Grues blanches, il est difficile de prédire lesquelles seront occupées par les oiseaux d'une année à l'autre. Cependant, les ensembles de terres humides qui satisfont aux critères énumérés dans Johns et al. (1997) et/ou qui accueillent régulièrement des Grues blanches pourraient être désignés comme habitat essentiel dans l'avenir.

Calendrier des études
  • Inventaire continu de l'effectif et des habitats occupés (2007-2010).
  • Délimiter avec précision les secteurs et les limites de portions additionnelles d'habitat essentiel potentiel pour la reproduction au Canada (2008; voir ci-dessus).
  • Mise au point de critères de sélection et détermination de la faisabilité de désigner de l'habitat essentiel pour le rassemblement de Grues blanches au Canada (2008; voir ci-dessus).
  • Examen et mise à jour de la liste des territoires désignés comme habitat essentiel (2010).

2.8.3 Habitat essentiel – États-Unis

Habitat de migration

Aux États-Unis, l'habitat essentiel de migration a été désigné à quatre emplacements : les plaines alluvionnaires de la rivière Platte, entre Lexington et Denman, au Nebraska; la Cheyenne Bottoms State Waterfowl Management Area et le Quivira National Wildlife Refuge, au Kansas, et le Salt Plains National Wildlife Refuge, en Oklahoma. Ces emplacements ont été désignés comme habitat essentiel en 1978 en vertu de l'Endangered Species Act des États-Unis (Fed. Reg. Vol. 43, Number 94, May 15, U.S. Fish and Wildlife Service, 1994).

Territoires d'hivernage

Certaines portions de l'Aransas National Wildlife Refuge et des terres environnantes, au Texas, ont été désignées comme habitat essentiel de la Grue blanche depuis 1978, en vertu de l'Endangered Species Act des États-Unis (Fed. Reg. Vol. 43, Number 94, May 15, U.S. Fish and Wildlife Service, 1994). Le plan international de rétablissement contient des renseignements supplémentaires sur l'habitat essentiel et sa protection aux États-Unis.

2.9 Calendrier d'exécution du plan d'action

Le plan d'action canadien pour le rétablissement de la Grue blanche sera achevé d'ici juin 2008.

2.10 Évaluation des activités de rétablissement

L'équipe internationale canado-américaine de rétablissement de la Grue blanche évalue continuellement les activités de rétablissement, leur orientation et la méthodologie employée pour chacune d'elles. De plus, des organismes externes sont périodiquement appelés à évaluer divers aspects du programme de rétablissement afin de s'assurer que les activités qui en découlent sont conformes au plan international de rétablissement, au Programme de rétablissement de la Grue blanche au Canada et au protocole d'entente entre le Canada et les États-Unis sur la conservation de la Grue blanche. Ces mesures sont prises en vertu du paragraphe 49d) de la Loi sur les espèces en péril.