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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Gérardie rude (Agalinis aspera) au Canada

Information sur l’espèce

Nom et classification

Nom scientifique :

Agalinis aspera (Dougl.) Britton

Synonymes :

Agalinis greenei Lunell
Gerardia aspera Dougl. ex Benth.

Noms communs :

Gérardie rude; rough agalinis.

Famille :

Orobanchacées

Grand groupe végétal :

Eudicotylédones

Le genre Agalinis Raf. comprend environ 60 espèces, toutes indigènes d’Amérique du Nord ou d’Amérique du Sud. Pennell (1929) avait initialement reconnu 38 espèces en Amérique du Nord, mais il a par la suite réduit ce nombre à 35 (Pennell, 1935). À la lumière de recherches récentes (Canne-Hilliker et Kampny, 1991), 32 espèces nord-américaines sont reconnues. Pennell (1929) a divisé le genre Agalinis en 6 sections, l’A. aspera étant le seul représentant de la sectionAsperae, caractérisée par l’anatomie particulière des parties végétatives. Comme les espèces de la sectionHeterophyllae, l’A. aspera possède une capsule allongée, mais il se distingue de ces espèces par ses sépales soudés formant un calice dont les lobes ne mesurent que la moitié de la longueur du tube. Selon Pennell, les feuilles étroites et allongées constituent également un caractère distinctif. Canne-Hilliker et Kampny (1991) divisent également le genre en 6 sections, mais elles y apportent plusieurs changements : elles placent notamment l’A. aspera dans la section Purpureae et la sous-section Pedunculares. D’après cette nouvelle classification, l’A. aspera n’est plus le seul représentant de sa section. La taxinomie complexe du genre Agalinis a suscité d’abondantes études sur les liens phylogéniques entre ses différentes sections.

La gérardie rude a initialement été décrite sous le nomGerardia aspera par Douglas, qui avait récolté les spécimens types en 1827 sur le territoire de l’actuelle province du Manitoba (Pennell, 1929). L’espèce a pour la première fois été appelée Agalinis aspera (Dougl.) Britt. dans la seconde édition de l’Illustrated Flora of the Northern United States and Canada de Britton et Brown (1913).L’ancien Agalinis greenei Lunell est aujourd’hui inclus dans l’espèce A. aspera (Pennell, 1929). La plante poussant au Manitoba, étant courte et peu ramifiée, semble correspondre à la description du spécimen type de l’A. greenei (qui a été récolté à Leeds, au Dakota du Nord, 80 km au sud de la frontière canadienne). Ce taxon pourrait représenter une forme de diversification génétique résultant de l’adaptation de l’espèce aux conditions qui prévalent en périphérie de son aire de répartition.

On considérait autrefois que le genre Agalinisappartenait à la famille des Scrofulariacées, mais des recherches récentes ont montré que toutes les plantes parasites qui étaient classées dans cette famille doivent plutôt être incluses dans celle des Orobanchacées (Olmstead et al., 2001).

Le nom français « gérardie rude » n’est pas d’usage courant. En anglais, l’espèce a été appelée « rough purple agalinis » (Britton et Brown, 1970), « rough gerardia » (NPWRC, 2005), mais aucun de ces noms n’est largement accepté.

Outre l’Agalinis aspera, deux taxons du genreAgalinis ont été signalés au Manitoba. L’A. tenuifolia Vahl var. parviflora Nutt. a été observé dans plusieurs localités du sud de la province : Giroux, Pinawa, Marchand, Vita, Tolstoi et Gardenton; on le trouve généralement à l’est de la rivière Rouge, alors que l’A. aspera se trouve à l’ouest de ce cours d’eau. Scoggan (1957) mentionne également pour la province l’A. paupercula (Gray) Britton; selon la Budd’s Flora (Looman et Best, 1979), ce troisième taxon serait l’A. purpurea (L.) Pennell var. parviflora (Benth.) Boiv., qui serait présent dans les « prairies humides du sud-est de la tremblaie-parc ». De même, trois taxons sont consignés au centre de données sur la conservation du Manitoba, l’A. aspera, l’A. tenuifoliavar.parviflora et l’A. paupercula var.borealis, ce dernier étant considéré comme un synonyme de l’A. purpureavar. parviflora. L’herbier WIN de la University of Manitoba, à Winnipeg, renferme des spécimens de seulement deux espèces, l’A. aspera et l’A. tenuifolia. De toute évidence, sur le terrain, il convient d’identifier l’A. aspera avec une grande minutie, pour s’assurer d’étudier la bonne espèce. L’espèce appelée A. purpurea par Looman et Best (1979) et A. paupercula par Scoggan (1957) peut être distinguée de l’A. aspera par ses pédicelles, qui sont plus courts que le calice ou la capsule. L’A. tenuifolia possède quant à lui des pédicelles très fins et généralement plus longs que ceux de l’A. aspera. Les capsules de l’A. tenuifolia sont sphériques, alors que celles de l’A. aspera varient de ellipsoïdes à ellipsoïdes-ovoïdes; en outre, les fleurs ont une corolle beaucoup plus petite chez l’A. tenuifolia que chez l’A. aspera. Enfin, l’A. aspera est toujours rude au toucher, en raison de ses feuilles scabres à hispides-scabres.

D’autres espèces du genre Agalinis sont considérées comme rares, dont l’A. acuta, qui figure sur la liste du gouvernement fédéral des espèces en voie de disparition aux États-Unis, et l’A. gattingeri, qui figure sur celle des espèces en voie de disparition au Canada.

Figure 1. Agalinis aspera en fleurs à Grosse Isle, au Manitoba, le 16 août 2004. Photo de M. Hughes.

Figure 1. Agalinis aspera en fleurs à Grosse Isle, au Manitoba, le 16 août 2004

Description morphologique

La description qui suit est fondée sur Pennell (1929), Pennell (1935), Britton et Brown (1970) ainsi que nos observations personnelles sur des spécimens frais et séchés provenant du Manitoba.

L’Agalinis aspera est une plante herbacée annuelle hémiparasite à tige mince et dressée. Plus au sud, aux États-Unis, l’espèce atteint une hauteur de 20 à 80 cm, mais au Manitoba elle n’atteint que de 8 à 35 cm (tableau 1). Aux États-Unis, les tiges de la plante produisent de nombreuses ramifications ascendantes, tandis qu’au Manitoba elles ne sont pas ramifiées ou portent à peine une ou deux petites ramifications. Les feuilles sont opposées à subopposées, linéaires, longues de 1 à 4 cm et larges de 0,8 à 1,5 mm. Leur face supérieure est scabre, ce qui donne à la plante une texture rude, d’où son nom commun. Les racèmes sont allongés et comportent de 4 à 18 fleurs. Pendant la floraison, les pédicelles sont minces, presque dressés et longs de 4 à 13 mm, soit 1 à 2 fois la longueur du calice; avec la formation du fruit, ils deviennent un peu plus longs (de 5 à 20 mm). Le calice est pubérulent et constitué de 5 sépales soudés. Les dents du calice sont aiguës et atteignent le tiers de la longueur du tube, qui est long de 4 à 7 mm. La corolle est violet-rose, campanulée, longue de 15 à 25 mm, constituée de 5 pétales soudés en un tube terminé par des lobes. Elle est évanescente et tombe dès le jour de son ouverture (figure 1). La capsule est brun foncé, oblongue-ovoïde, longue de 7 à 11 mm, et elle dépasse longuement du calice. Les graines, d’une longueur de 1,2 à 1,4 mm, ont une forme ovoïde anguleuse rappelant un losange.

Tableau 1. Sommaire des données sur les populations, leur effectif et la hauteur moyenne des plantes.
PopulationLocalitéNombre d’individusHauteur moyenne (cm)
1Grosse Isle819,5
2Warren2020,0
3Woodlands2715,4
4Saint-Laurent30 - 5020,0
5Poplar Point1319,5
6Poplar Point717,6
7-1Poplar Point109,9
7-2Poplar Point1520,0
7-3Poplar Point2310,1
8Poplar Point110,0
9Poplar Point1811,5
10Poplar Point2816,5
11Brandon715,1
Nombre total d’individus et hauteur moyenne des plantes209 - 22915,8

Description génétique

Le nombre de chromosomes a été étudié chez 19 espèces du genre Agalinis, mais malheureusement aucun dénombrement n’a été effectué chez l’A. aspera. Chez les espèces étudiées, les nombres chromosomiques observés en phase méiotique étaient de n = 13 ou n = 14, et ceux observés en phase mitotique étaient de 2n = 26 ou 2n = 28 (Canne, 1984).