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Programme de rétablissement de la loutre de mer

1. Contexte

1.1 Information sur l’évaluation de l’espèce provenant du COSEPAC

Date de l'évaluation : avril 2007 Nom commun : loutre de mer Nom scientifique : Enhydra lutris Critères d'évaluation : sans objet Statut : espèce préoccupante Justification de la désignation : Au début des années 1900, l'espèce est disparue du territoire de la Colombie-Britannique en raison du commerce des fourrures marines, puis a été réintroduite de 1969 à 1972. Elle a depuis repeuplé de 25 à 33 % de son aire de répartition historique en Colombie-Britannique, mais son rétablissement demeure incertain. Les effectifs sont faibles (< 3 500 individus) et doivent faire l'objet d'une surveillance attentive. La vulnérabilité de l'espèce au pétrole et la proximité des principales routes maritimes empruntées par les pétroliers rendent cette espèce particulièrement vulnérable aux déversements de pétrole. Répartition canadienne : Océan Pacifique, Colombie-Britannique Historique du statut : Espèce désignée comme étant « en voie de disparition » en avril 1978.

La loutre de mer est inscrite à l’annexe 1 de la LEP (juin 2003) en tant qu’espèce menacée. Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a procédé, en avril 2007, à une réévaluation de la population de loutres de mer et l’a désignée en tant qu’espèce préoccupante. Le changement de la désignation légale de la loutre de mer en vertu de la LEP découlant de la présente réévaluation sera traité conformément au processus d’inscription régulier de la LEP.

1.2 Description

La loutre de mer est le deuxième plus petit mammifère marin et le deuxième plus grand membre de la famille des Mustelidae (belette). On recense douze espèces de loutres dans le monde entier. Toutes ont un corps profilé, une fourrure épaisse et un comportement amphibie. Toutefois, la loutre de mer est la seule espèce de loutre qui passe toute sa vie dans l’environnement marin. Pour ce faire, la loutre de mer s’est adaptée de bien des façons. Parmi les adaptations qui la caractérisent, mentionnons ses nageoires arrière qui facilitent ses déplacements dans l’eau, ses prémolaires et ses molaires aplaties qui lui servent à broyer les coquilles des invertébrés marins, ainsi que ses reins de plus grande taille qui lui permettent d’éliminer les grandes quantités de sel marin ingérées (passé en revue dans Riedman et Estes, 1990).

En moyenne, les loutres de mer pèsent entre 19,5 et 29,5 kg (passé en revue dans Riedman et Estes, 1990). Les mâles adultes tendent à être plus lourds que les femelles et peuvent atteindre jusqu’à 50 kg et mesurer jusqu’à 1,5 m de longueur (R. Jameson, comm. pers., 2002). Le pénis et le gonflement testiculaire sont les seuls indices fiables pour déterminer le sexe de loutres en liberté. Les nouveau‑nés sont recouverts d’une fourrure laineuse brun pâle ou jaunâtre qui est remplacée entièrement par la fourrure adulte au bout de 13 semaines (Payne et Jameson, 1984).

Trois sous-espèces de loutre de mer ont été identifiées à partir de mesures détaillées de la boîte crânienne. Enhydra lutris kenyoni, qui aurait occupé une aire de répartition s’étendant de la côte de l’Oregon jusqu’aux îles Aléoutiennes, Enhydra lutris nereis, que l’on trouve le long de la côte californienne, et Enhydra lutris lutris, dont la présence est observée à partir des Kouriles jusqu’à la péninsule du Kamchatka et les îles du Commandeur (Wilson et al., 1991). L’analyse génétique de la variation de l’ADN mitochondriale (ADNmt) soutient l’existence de trois espèces, bien qu’il existe certaines similitudes au chapitre des fréquences des haplotypes d’ADNmt entre Enhydra l. lutris et Enhydra l. kenyoni (Cronin et al., 1996). Une analyse génétique récente indique également qu’un certain flux génétique s’est produit entre les individus de la Californie et du détroit Prince-William, en Alaska, avant la traite des fourrures marines (Larson et al., 2002a).

Les loutres de mer n’ont que peu ou pas de graisse corporelle. Pour survivre dans leur environnement aquatique, elles maintiennent un métabolisme exceptionnellement élevé et comptent sur l’intégrité de leur fourrure dense qui leur sert d’isolant. La fourrure des loutres se compose d’une couche extérieure de jarres protectrices sous laquelle on trouve une fourrure dense extrêmement fine constituée d’environ 100 000 poils par cm2 (Kenyon, 1969). Des glandes sécrètent une huile qui améliore l’imperméabilité de la fourrure. Les loutres de mer doivent nettoyer leur fourrure fréquemment pour en maintenir la qualité isolante et l’imperméabilité. En nettoyant leur fourrure, les loutres la débarrassent de toute saleté, redressent et alignent les tiges pilaires, ce qui maintient le volume de la fourrure, répartissent l’huile dans la fourrure et y introduisent de l’air qui est emmagasiné sous la forme de petites bulles qui améliorent la valeur isolante de la fourrure (passé en revue dans Riedman et Estes, 1990).

Le métabolisme de la loutre de mer est de 2,4 à 3,2 fois plus élevé que celui des mammifères terrestres de taille semblable. Pour maintenir cette production calorifique interne, les loutres de mer doivent consommer l’équivalent de 23 à 33 % de leur poids corporel chaque jour (passé en revue dans Riedman et Estes, 1990).

1.3 Populations et répartition

Répartition

La loutre de mer est présente dans l’ensemble des zones côtières du Pacifique Nord (figure 1). L’espèce a déjà occupé une aire de répartition assez continue allant du nord du Japon jusqu’au centre de la Basse‑Californie (Kenyon, 1969), mais la traite des fourrures marines a provoqué la quasi extinction de l’espèce vers le milieu des années 1800. De nos jours, la loutre de mer est présente sur environ la moitié de son aire de répartition historique. De petites populations ont subsisté en Californie, aux îles Aléoutiennes et en Russie et ont fini par se rétablir. Il reste toutefois de grandes zones au sud du golfe de l’Alaska, à l’exception de la Californie, qui ne sont pas occupées, sauf lorsque les loutres de mer y ont été réintroduites par l’homme (sud-est de l’Alaska, C.‑B., État de Washington). On trouve des loutres de mer dans l’État de Washington et dans le sud-est de l’Alaska, qui sont des territoires américains contigus à la C.‑B. Dans le sud-est de l’Alaska, la loutre de mer est présente dans l’entrée Dixon (USFWS, 2002c). Dans l’État de Washington, on la rencontre le long de sections de la côte ouest, au nord de Cape Flattery, et vers l’est dans le détroit de Juan de Fuca jusqu’à Pillar Point (Lance et al., 2004).

air de répartition

Figure 1 Aire de répartition mondiale historique et actuelle des trois sous-espèces de loutres de     mer.

Afin de ramener l’espèce en C.‑B., on a réintroduit 89 loutres de mer d’Alaska dans la baie Checleset, en C.‑B. (Bigg et MacAskie, 1978) (tableau 1). Jusqu’en 1987, les loutres de mer occupaient deux emplacements le long de la côte ouest de l’île de Vancouver, à savoir la baie Checleset et le récif Bajo, au large de l’île Nootka, qui se trouve à 75 km au sud-est de la baie Checleset. En 1992, l’aire de répartition de la population continuait de s’agrandir le long de l’île de Vancouver, depuis la pointe Estevan jusqu’à la baie Quatsino, au nord-ouest (Watson et al., 1997). En 2004, les loutres de mer vivant le long de l’île de Vancouver étaient présentes depuis l’île Vargas, dans la baie Clayoquot, jusqu’au cap Scott, vers le nord, et jusqu’à l’île Hope, vers l’est (détroit de la Reine‑Charlotte) (Nichol et al., 2005) (figure 2). En 1989, des femelles et leurs petits ont été signalés près des îles Goose, dans la région centrale de la côte de la C.‑B., révélant ainsi l’établissement de l’espèce dans le secteur (BC Parks, 1995). En 2004, les loutres de mer occupaient, dans la région centrale de la côte de la C.‑B., une aire continue allant de l’extrémité sud de l’archipel Goose Group jusqu’au cap Mark, à la limite de la baie Milbanke, vers le nord, en passant par la baie Queens. On signale également de temps à autre la présence de loutres de mer seules à l’extérieur de l’aire de répartition continue de l’espèce.

Tableau 1. Sexe, maturité et état de santé des 89 loutres de mer relâchées dans la baie Checleset de 1969 à 1972. Tiré de Bigg et MacAskie (1978.)

 Nombre relâché
AdultesImmatures 
Date d’introductionOrigineTotal?Santé
31 juillet 1969Amchitka29919  1Asssez bonne
27 juillet 1970Détroit Prince-William1468   Excellente
15 juillet 1972Détroit Prince-William46822 7* 9* Excellente
Total 892349791 

Air de répartition

Figure 2Aire de répartition de la loutre de mer en C.‑B. et nom des lieux mentionnés dans le texte concernant l’aire de répartition. Les zones ombrées sur l’île de Vancouver représentent l’aire de répartition en 1977. La ligne grise correspond à l’aire de répartition en 1995, la ligne noire à celle de 2001 et la ligne pointillée, à l’expansion de l’aire de répartition sur l’île de Vancouver en 2004.


De 5 à 10 % environ de l’aire de répartition mondiale des loutres de mer se trouve au Canada, dans les eaux côtières de la C.‑B. Pour ce qui est de l’effectif, les loutres de mer canadiennes représentent de 3 à 4 % de la population mondiale, mais si le déclin des populations du sud-ouest de l’Alaska se poursuit, ce pourcentage pourrait s’accroître.

Taille et tendance des populations

Population mondiale

 Les estimations de l’effectif historique des loutres de mer dans l’ensemble du Pacifique Nord antérieur à la traite des fourrures marines sont brutes et incertaines et varient de 150 000 à 300 000 individus (Kenyon, 1969; Johnson, 1982). Kenyon (1969) fait état d’une population mondiale vers la fin des années 1960 d’environ 30 000 individus répartis sur environ le cinquième de l’ancienne aire de répartition. Il avance donc de façon prudente que l’effectif antérieur à la traite des fourrures pourrait avoir oscillé entre 100 000 et 150 000 animaux. Johnson (1982) a suivi l’approche adoptée par Kenyon, mais a utilisé le chiffre de 60 000 individus comme estimation de la population à la fin des années 1960.

Bien que la période de la traite des fourrures marines en ait été une de chasse intensive à la loutre de mer, les peuples autochtones la chassaient déjà. L’examen de détritus trouvés à certains sites dans les îles Aléoutiennes révèle une alternance dans l’abondance des oursins et des loutres de mer, ce que l’on peut considérer comme une preuve que l’homme peut avoir provoqué la disparition locale périodique de l’espèce bien avant l’arrivée des Européens (Simenstad et al., 1978). Il n’en demeure pas moins que c’est la surexploitation de la ressource par les Européens et les Américains qui faisaient la traite des fourrures marines avec les peuples autochtones qui a amené les loutres de mer au bord de l’extinction vers le milieu des années 1800. Le Traité international sur le phoque à fourrure, signé par le Japon, la Russie, les États-Unis et le Royaume‑Uni (pour le Canada) protégeait le phoque à fourrure du Nord et comportait un article qui interdisait aux non-autochtones et aux chasseurs commerciaux de prélever des loutres de mer dans les eaux internationales (trois milles de la côte). Cette mesure a assuré une certaine protection à l’espèce. Toutefois, en 1911, moins de 2 000 loutres étaient dispersées dans les 13 populations qui subsistaient (Kenyon, 1969). Il est à noter que plusieurs de ces populations subsistantes ont connu des déclins qui les ont menées à l’extinction (Kenyon, 1969).

Jusqu’au début des années 1980, la majeure partie de la population mondiale de loutres de mer (~ 165 000 individus) se trouvait dans les îles Aléoutiennes (de 55 100 à 73 700 individus) (Calkins et Schneider, 1985). Toutefois, des déclins spectaculaires se sont produits dans les îles Aléoutiennes à partir du milieu des années 1980 (Estes et al., 1998; Doroff et al., 2003). L’estimation la plus récente de la population totale pour l’Amérique du Nord et la Russie, établie par Gorbics et al. (2000) à partir de données de la fin des années 1990, est d’environ 126 000 loutres. Cependant, la population mondiale est probablement inférieure maintenant du fait que cette estimation a été établie pendant le déclin de la population de l’ouest de l’Alaska. Avec les déclins subits observés dans les îles Aléoutiennes, où la population est passée à 8 742 individus en 2000 (CV = 0,215), la loutre de mer de l’ouest de l’Alaska est maintenant considérée comme une population menacée (2005) en vertu de la Endangered Species Act des États-Unis (USFW, 2006). Le tableau 3 donne un résumé des estimations et des dénombrements récents pour l’Amérique du Nord et la Russie que l’on a effectués à l’aide de diverses méthodes de relevés et différents niveaux d’effort de relevés. Dans certains cas, il s’agit de dénombrements minimaux, tandis que dans d’autres, on a procédé à des ajustements à l’aide de facteurs de correction pour tenir compte des animaux non observés.

Tableau 2. Estimations et dénombrements récents concernant les populations de loutres de mer dans le Pacifique Nord.

RégionNombre de loutresAnnée de l’estimationSource
États-Unis – Californie 2 735a2005USGS, 2005
États-Unis - Washington 814a2004Jameson et Jeffries, 2004
Canada – C.-B. 3 185a2001, 2004Nichol et al., 2005
États-Unis – Sud-est de l’Alaska 12 632b1994, 1995, 1996USFW, 2002c
États-Unis – Centre sud de l’Alaska 16 552b1996, 1999, 2002USFW, 2002b
États-Unis – Sud-ouest de l’Alaska 41 474b2000, 2001, 2002USFW, 2002a; Doroff et al., 2003
Russie – Îles du Commandeur 5 546a2002A. Burdin comm. pers., 2003
Russie – Péninsule du Kamchatka et Kouriles 16 910a1997Gorbics et al., 2000
Japon – Cap Nossapu 1a1997Gorbics et al., 2000

a = dénombrements directs; b = estimations corrigées en fonction des animaux non observésCanada (Pacifique) – Colombie-Britannique

La taille de la population de loutres de mer de la côte de la C.‑B. avant l’exploitation commerciale de l’espèce demeure inconnue, mais certains registres de la traite des fourrures marines donnent une indication de l’envergure de la chasse et de la population de loutres de mer à l’époque. Les débarquements de pelleteries de loutre de mer effectués en C.‑B. entre 1785 et 1809 se sont chiffrés à 55 000 unités. Sans un registre complet des journaux de bord indiquant avec certitude le lieu où chaque transaction s’est déroulée, il est difficile de déterminer la provenance géographique de ces pelleteries. Certaines pouvaient provenir de l’État de Washington, de l’Oregon ou du sud-est de l’Alaska, mais au moins 6 000 provenaient de la côte ouest de l’île de Vancouver (Fisher, 1940; Rickard, 1947; Mackie, 1997). Selon les journaux de bord et les relevés de voyage du 18e siècle disponibles, au moins 11 000 pelleteries ont été achetées entre 1787 et 1797 dans les îles de la Reine‑Charlotte uniquement. En 1791 uniquement, l’ensemble des débarquements en provenance des îles de la Reine‑Charlotte effectués par quatre navires totalisaient au moins 3 000 pelleteries (Dick, 2006). En 1850, la loutre de mer canadienne était considérée comme disparue sur le plan commercial et était peut‑être déjà disparue sur le plan écologique (et aurait cessé de jouer le rôle d’espèce clé, Estes et al., 1989) (Watson, 1993).

Malgré la réintroduction de 89 loutres de mer sur la côte de la C.‑B. effectuée dans le cadre de trois initiatives de translocation (1969 à 1972), de nombreux individus n’ont pas survécu, et la population initiale pourrait avoir décliné à aussi peu que 28 individus (Estes, 1990). Soixante‑dix loutres de mer ont été dénombrées pendant un relevé aérien effectué en 1977 à deux endroits sur la côte ouest de l’île de Vancouver. En 1995, 1 522 loutres de mer ont été dénombrées, dont 1 423 le long de la côte ouest de l’île de Vancouver et 99 le long de la région centrale de la côte continentale, dans les îles Goose (Bigg et MacAskie, 1978; Watson et al., 1997). Des relevés effectués en 2001 ont permis de dénombrer 2 673 loutres le long de la côte de l’île de Vancouver et 507 loutres dans la région centrale de la côte de la C.‑B., pour un total de 3 180 individus (Nichol et al., 2005). Des relevés ont également été effectués en 2002, en 2003 et en 2004, mais certains segments de l’aire de répartition n’ont pas été couverts chaque année. L’interpolation des données pour estimer l’effectif de loutres dans les segments non couverts (qui représentaient moins de 10 % de chaque dénombrement annuel) a une population estimée à 2 369 individus en 2002, à 2 809 individus en 2003 et à 3 185 individus en 2004 (Nichol et al., 2005).

Watson et al. (1997) estiment que la croissance de la population de l’île de Vancouver a été de 18,6 % par année de 1977 à 1995. Depuis 1995, le taux de croissance de la population de l’île de Vancouver semble avoir ralenti, et le taux de croissance annuel moyen entre 1977 et 2004 était de 15,6 % (Nichol et al., 2005).

Les populations de loutres de mer sont dépendantes de la densité. Lorsque le nombre de loutres de mer présentes dans une région s’accroît et que les ressources alimentaires deviennent un facteur limitatif, la densité des loutres se maintient en équilibre par mortalité et émigration (Estes, 1990). Les taux de croissance initiaux rapides de 17 à 20 % par année (~ rmax pour l’espèce) et un ralentissement subséquent de la croissance au fur et à mesure que des portions de la population atteignent un équilibre sont des caractéristiques types des populations de loutres de mer réintroduites (Estes, 1990). De tels taux résultent vraisemblablement de l’abondance illimitée de la nourriture et des habitats à la suite d’une absence prolongée de la loutre de mer. Sur l’île de Vancouver, certaines portions de la population situées près du centre de l’aire de répartition sont en équilibre depuis le milieu des années 1990, et d’autres secteurs sont maintenant en état d’équilibre ou près de l’état d’équilibre, ce qui signifie que la dépendance à la densité peut, en partie, expliquer le ralentissement du taux de croissance de la population de l’île de Vancouver (Watson et al., 1997; Nichol et al., 2005). Les relevés couvrant la région centrale de la côte de la C.‑B. ont débuté en 1990 après l’observation, en 1989, de femelles avec leurs petits dans les îles Goose (BC Parks, 1995; Watson et al., 1997). Selon Nichol et al. (2005), la croissance de la population entre 1990 et 2004 aurait été de 12,4 % par année. Cependant, les auteurs signalent que cette estimation semble faible étant donné la quantité d’habitats non habités disponibles. Il peut également y avoir une plus grande variabilité entre les relevés dans ce secteur, ce qui dissimule les tendances et/ou les causes de mortalité inconnues.

États-Unis (Californie, Alaska et État de Washington)

 Après l’entrée en vigueur des mesures de protection contre la chasse commerciale en 1911, les populations de loutres de mer ont commencé à se rétablir à partir des populations subsistantes (ouest et centre de l’Alaska et Californie). Toutefois, même dans les années 1960, les loutres de mer n’avaient pas repeuplé la zone s’étendant du sud-est de l’Alaska au nord de la Californie. Des tentatives de translocation d’individus dans le sud-est de l’Alaska, en C.‑B., dans l’État de Washington et en Oregon ont eu lieu dans les années 1960 et 1970 afin de ramener l’espèce dans son aire de répartition historique (Jameson et al., 1982). Les efforts de réintroduction ont été concluants dans tous les cas sauf en Oregon (Jameson et al., 1982). En général, les populations ayant fait l’objet d’une translocation ont affiché des taux de croissance maximaux de 17 à 20 % par année, tandis que la croissance des populations subsistantes a été moins élevée et plus variable et a souvent comporté des périodes de déclin (Estes, 1990; Bodkin et al., 1999; Doroff et al., 2003). Les raisons expliquant ces différences apparentes ne sont pas entièrement comprises. Tandis que les forts taux de croissance des populations ayant fait l’objet d’une translocation ont été attribués aux ressources illimitées en matière de nourriture et d’habitats dans les zones où la réintroduction a eu lieu, les taux faibles et variables constatés au sein des populations subsistantes seraient de leur côté à tout le moins attribuables en partie à la poursuite du braconnage après l’application de mesures de protection en 1911 ainsi qu’à la mortalité accidentelle provoquée par les pêches dans la dernière partie du 20e siècle (Bodkin et al., 1999; Bodkin, 2003). Évidemment, certaines des populations subsistantes après 1911, comme la population relique des îles de la Reine‑Charlotte, ont décliné jusqu’à disparaître après 1911 (Kenyon, 1969).

Californie

La croissance a varié de 5 à 7 % par année, même s’il y a eu des périodes de déclin (Estes et al., 2003; USFWS, 2003). Au milieu des années 1970, on a décelé un déclin d’environ 5 % par année, lequel a été attribué à des mortalités provoquées par les filets de pêche submergés. La tendance s’est inversée à la suite de l’imposition de restrictions sur l’utilisation des filets et, en 1995, les relevés indiquaient une population d’au moins 2 377 individus. Cependant, la population de loutres de mer du Sud continue d’afficher un taux élevé de mortalité comparativement aux autres populations de loutres de mer. Certaines maladies, en particulier celles associées à des parasites pour lesquels les loutres de mer peuvent ne pas être l’hôte naturel, certains facteurs anthropiques, y compris les rejets d’eaux d’égout et de ruissellement, ainsi que les emprisonnements dans les filets maillant et les trémails côtiers sont des facteurs qui contribuent au maintien d’un taux de mortalité élevé (Estes et al., 2003; USFWS, 2003). Selon des relevés de la population récents, la population était d’au moins 2 735 individus en 2005 (USGS, 2005).

Centre-sud de l’Alaska

Dans le centre-sud de l’Alaska, les loutres de mer ont recolonisé la majeure partie de leur ancienne aire de répartition. Dans le détroit Prince‑William, toutefois, la population a été affectée de façon significative par le pétrole déversé par l’Exxon Valdez en 1989. Depuis ce désastre, la population de loutres de mer du détroit Prince‑William s’est rétablie, mais n’a jamais atteint le niveau prévu (USFWS, 2002b). On estime à 16 552 le nombre de loutres de mer présentes dans le centre-sud de l’Alaska (USFWS, 2002b).

Sud-ouest de l’Alaska

Dans le sud-ouest de l’Alaska, les loutres de mer se sont rétablies pour former une grande population dès la fin des années 1950; cette population représentait alors environ 80 % de la population mondiale, laquelle était estimée à 30 000 individus à la fin des années 1960 (Kenyon, 1969). Dans les années 1980, la population de loutres de mer des îles Aléoutiennes comptait à elle seule entre 55 100 et 73 700 individus (Calkins et Schneider, 1985), mais a commencé à décliner de façon subite à la fin des années 1980. En 2000, la population avait chuté à 8 742 individus (CV = 0,215), à un rythme de -17,5 %par année (Doroff et al., 2003). Des relevés menés dans d’autres parties du sud‑ouest de l’Alaska laissent entrevoir que le déclin pourrait s’étendre vers l’ouest jusqu’à la péninsule d’Alaska et l’archipel Kodiak (Doroff et al., 2003). L’estimation la plus récente de la population de l’ensemble du sud‑ouest de l’Alaska est de 41 474 individus (USFWS, 2002a).

Sud-est de l’Alaska

Entre1965 et 1969, 412 loutres de mer provenant du sud‑ouest de l’Alaska ont été réintroduites dans le sud‑est de l’Alaska (Jameson et al., 1982). La croissance de la population s’est maintenue en moyenne à 18 % par année entre 1969 et 1988, mais a depuis ralenti à 4,7 % par année dans l’ensemble (1988 à 2003), bien que de grandes aires d’habitat inoccupées soient toujours disponibles pour l’expansion de l’espèce (Esslinger et Bodkin, 2006). Le faible taux de croissance de la population ne semble pas être attribuable à la maladie, à la prédation ou des ressources limitées, mais il convient de noter que l’espèce est chassée dans cette région de l’Alaska (Esslinger et Bodkin, 2006). On estime que la population comprend 12 632 individus (y compris les individus présents dans la région de Yakutat et du nord du golfe de l’Alaska (USFWS, 2002c).

État de Washington

En 1969 et en 1970, 59 loutres de mer provenant d’Amchitka, en Alaska, ont été réintroduites dans l’État de Washington. La population a affiché une croissance rapide au cours des premières années (~ 20 % par année), mais depuis 1989, elle s’est maintenue en moyenne à 8,2 % par année (Estes, 1990; Jameson et Jeffries, 2004). En 2004, la population de loutres de mer de l’État de Washington comportait 814 individus (Jameson et Jeffries, 2004). On a laissé entendre que la population pouvait se rapprocher de sa densité d’équilibre dans certains habitats rocheux de la côte ouest (Gerber et al., 2004; Jameson et Jeffries, 2002).

Russie (Kouriles, péninsule du Kamchatka et îles du Commandeur)

Gorbics et al. (2000) a compilé des dénombrements provenant de la Russie, y compris ceux effectués en 1997 dans les Kouriles et la péninsule du Kamchatka (16 910 individus). Les résultats des relevés effectués dans les îles du Commandeur en 2002 indiquent un total de 5 546 individus, et la population y aurait probablement atteint sa capacité biotique (Bodkin et al., 2000; A. Burdin, comm. pers., 2003). Les loutres de mer ne sont pas considérées comme en voie de disparition en Russie, mais on estime que la population n’a pas encore atteint ses niveaux historiques. On considère toutefois que la population est menacée par le braconnage, la contamination de l’habitat et les conflits avec les pêches. Le braconnage est particulièrement important du fait que l’on croit qu’un marché noir existe en Russie et qu’il permet d’exporter illégalement des fourrures vers la Chine, la Corée et le Japon (Burdin, 2000).

Translocation des loutres de mer

Le recours à la translocation en tant que moyen de rétablir des populations de loutres de mer dans des parties de leurs anciennes aires de répartition a donné des résultats concluant à la fin des années 1960 et au début des années 1970 dans le sud-est de l’Alaska, en C.‑B., dans l’État de Washington et en Oregon (voir ci‑devant). Même si les loutres de mer se sont reproduites et sont demeurées en Oregon pendant plusieurs années, elles en sont finalement disparues. La raison de l’échec enregistré en Oregon demeure ambiguë (R. Jameson, comm. pers., 2003). Les premières translocations d’individus provenant des îles Aléoutiennes effectuées en 1950 (Kenyon et Spencer, 1960) et l’initiative de translocation de 55 loutres de mer aux îles Pribilof menée en 1966 se sont soldées par un échec (Jameson et al., 1982). Présentement, on recense moins de 50 loutres de mer dans les îles Pribilof, et on se demande s’il s’agit de descendants des animaux réintroduits ou d’animaux qui se sont dispersés depuis la péninsule de l’Alaska (R. Jameson, comm. pers., 2003). On a effectué un certain nombre de ces premières translocations pour déterminer si les loutres de mer pouvaient être relocalisées avec succès et pour évaluer certaines techniques de capture et de transport. Jameson et al. (1982) dresse un bilan de l’ensemble de ces premières translocations de loutres de mer.

Plus récemment, on a eu recours à la translocation en Californie en tant que stratégie de rétablissement pour augmenter l’aire de répartition des populations de loutres de mer du Sud, réduisant par le fait même les impacts que pourrait avoir un déversement de pétrole, et pour établir une autre population reproductrice (Benz, 1996). Les paragraphes qui suivent résument les résultats obtenus à ce jour au chapitre du rétablissement de la population de loutres de mer du Sud.

En 1982, les responsables du Southern Sea Otter Recovery Plan (1982) ont demandé au United States Fish and Wildlife Service (USFWS) d’établir un deuxième groupe de reproducteurs au sein de la population de loutres de mer de la Californie, ce qui devait étendre l’aire de répartition de l’espèce, augmenter la taille de la population et réduire par le fait même la menace posée par les déversements de pétrole (Riedman, 1990). La population de loutres de mer du Sud ne s’était pas accrue suffisamment depuis 1973 et les déversements de pétrole étaient alors considérés comme une menace majeure en Californie (VanBlaricom et Jameson, 1982).

De 1987 à 1990, le USFWS a procédé à la translocation de 140 loutres de mer provenant de la région centrale de la Californie vers l’île San Nicolas, située dans les îles Channel au large de Santa Barbara, à plus de 200 km au sud-est de la population continentale et à environ 100 km à l’ouest de la côte. En plus de réduire les effets d’un éventuel déversement de pétrole sur la population de loutres de mer du Sud, les scientifiques espéraient également raffiner les techniques utilisées pour capturer, garder et relocaliser des loutres de mer, recueillir des données sur la dynamique de la population et les relations écologiques ainsi que déterminer si le prélèvement de loutres de mer affectait la population source (Benz. 1996).

La décision de procéder à la translocation de loutres de mer a soulevé nombre de controverses. Le USFWS était tenu par la loi à confiner la « population expérimentale » de loutres de mer au site de translocation de l’île San Nicolas et de s’assurer que les populations de loutres de mer ne s’étendraient pas au sud de la pointe Conception. Cette stratégie de « gestion zonale » a été appliquée à la demande des pêcheurs de mollusques et crustacés, lesquels voulaient qu’une zone exempte de loutres de mer soit créée pour assurer le maintien de ressources coquillières exploitables sur le plan commercial au sud de la pointe Conception. Les loutres de mer pénétrant dans la zone exempte de loutres de mer ont été capturées et relocalisées dans la zone approuvée pour les loutres de mer (Benz, 1996).

Vers la fin de la première année de l’initiative de translocation, un nombre supérieur à ce qui était prévu de loutres de mer s’était dispersé à partir de l’île San Nicolas, et il a fallu modifier à plusieurs reprises la stratégie de translocation afin de tenter de résoudre le problème. Les dernières loutres ont été relâchées en 1990. Parmi les 140 loutres de mer déplacées à l’île San Nicolas, 36 sont retournées sur les lieux de leur capture sur le continent. Onze ont été capturées dans la zone exempte de loutres de mer et ont été retournées au continent. Sept ont été trouvées morte dans la zone exempte de loutres de mer. Trois ont été trouvées mortes sur l’île San Nicolas, et au moins 13 se seraient établies sur l’île San Nicolas. On ignore ce qu’il est advenu des 70 autres animaux transférés, mais on pense qu’ils sont retournés sur le continent ou dans la zone exempte de loutres de mer et qu’ils sont morts (USFWS, 2003). Toutefois, les résultats enregistrés dans le cadre des premières translocations effectuées dans l’État de Washington laissent sous-entendre qu’une mortalité élevée et que la dispersion suivant la translocation sont des phénomènes normaux et que, même à partir d’une très petite population fondatrice, les loutres de mer se sont en bout de ligne établies dans l’état de Washington (Benz, 1996). Cela est également vrai pour la C.‑B. et le sud-est de l’Alaska (voir les sections ci‑devant).

Sur le plan de l’établissement d’une population reproductrice, le projet de translocation a été moins concluant que prévu. Le nombre de loutres sur l’île San Nicolas s’est accru lentement depuis 1993, avec 27 individus en 2002 et au moins 73 nouveau-nés depuis la réintroduction (USFWS, 2003). Pour ce qui est du confinement de la population, le projet a été un échec. La gestion zonale s’est révélée inefficace, coûteuse et potentiellement nuisible pour la population souche. En juillet 2000, le USFWS a décidé que le confinement des loutres de mer en tentant de maintenir la zone exempte de loutres de mer mettait en péril de rétablissement de la population de loutres de mer du Sud et a arrêté de retirer les loutres de mer présentes dans la zone d’exclusion (Federal Register, 22 janvier 2002, volume 66:14:6649‑6652). La décision d’arrêter de capturer les loutres de mer a été remise en question par les pêcheurs commerciaux qui ont entamé des poursuites contre le USFWS. Les tribunaux, cependant, se sont prononcés en faveur de l’USFWS, et la population de loutres de mer a pu prendre de l’expansion dans la zone exempte de loutres de mer. Aucune décision finale concernant les options relatives au programme de translocation, à savoir revoir le programme ou y mettre un terme, n’a encore été prise (USFW, 2005).

On ne sait pas vraiment pourquoi la translocation n’a obtenu qu’un succès limité (Benz, 1996). Au moins le tiers des loutres de mer adultes dispersées à partir de l’île San Nicolas sont retournées à l’endroit où elles avaient été capturées ou ont gagné d’autres zones, au‑delà de l’île San Nicolas. L’obligation de capturer et de relocaliser les loutres ayant quitté la zone de translocation, et particulièrement de limiter l’aire de répartition de la population actuelle, a été une mesure extrêmement coûteuse et difficile à appliquer et, probablement, néfaste pour la population originale de loutres de mer. Si la zone exempte de loutres de mer n’avait pas été instaurée et si la population relocalisée avait été laissée à elle‑même, les efforts visant à rétablir une nouvelle population reproductrice au‑delà de l’aire de répartition actuelle en Californie auraient pu être plus concluants  (R. Jameson, comm. pers., 2003). Le déversement de pétrole de l’Exxon Valdez, en 1989, a démontré qu’un désastre d’une ampleur semblable en Californie aurait affecté à la fois la population existante et la population expérimentale de l’île San Nicolas. Comme tel, l’initiative de translocation ne peut réduire la menace posée par un déversement d’une telle envergure, mais la menace posée par des déversements de moindre importance pourrait être réduite.